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Fermez d’urgence Fessenheim !

Cet article, sous forme de supplique aux candidats(tes) aux élections présidentielles, revient sur la nécessité absolue de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim. Aucune raison économique ou sociale, et encore moins géopolitique (« indépendance énergétique de la France ! ») ne peut prévaloir sur le principe de précaution sanitaire et écologique.

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GCO : DES ROUTES QUI NE MÈNENT NULLE PART!

Le projet du « grand contournement ouest de Strasbourg » (GCO), qui remonte dans sa formulation aux années 70, a fait l’objet d’une procédure qui dure depuis quinze ans, a été deux fois enterré et à nouveau exhumé : le voilà qui refait surface avec force depuis fin 2013, à la faveur d’un brusque revirement des élus socialistes de la CUS (Communauté urbaine de Strasbourg) en sa faveur.

L’objectif affiché est de délester l’A35 à hauteur de Strasbourg, embouteillée matin et soir en construisant une autoroute de 24 km dans la grande périphérie de l’agglomération.

Pourtant, en 2005, une expertise indépendante, le « rapport TTK », avait démontré l’inutilité du projet. Malgré cela, l’enquête publique de 2006 formule un avis favorable qui aboutira en janvier 2008 par la signature du décret de la déclaration d’utilité publique.

Les opposants au projet sont nombreux (associations, élus, communes, Alsace Nature, agriculteurs, particuliers, etc.) et sont organisés de longue date au sein d’un collectif « GCO, non merci » http://gcononmerci.org

Un GCO qui n’apporte pas de solutions aux problèmes…

Une opposition qui ne se fonde pas uniquement sur les nombreux dégâts environnementaux induits par le projet, mais qui repose également sur des doutes sérieux quant à la capacité de cet aménagement de remplir la fonction qui lui est assigné. En effet, les mesures d’impact fournies par les études ne donnent que des chiffres plutôt modestes en termes de réduction du trafic obtenu : de 9 à 12 % aux heures de pointe et de 6 à 10% en moyenne journalière. Pas de quoi soulager réellement l’engorgement structurel du tronçon urbain concerné, d’autant que cette relative embellie, comme que le souligne le rapport de la mission ministérielle, pourrait encourager des usagers qui avaient renoncé à la voiture à reprendre le volant, rendant ainsi quasi nul le bilan de l’investissement.

Didier Dieudonné, directeur des Transports et des Déplacements à la région Alsace ne dit tien d’autre (DNA, 17 septembre 2007) :« Il est vrai que du point de vue des liaisons pendulaires vers Strasbourg, le GCO n’apportera pas beaucoup de solutions. Le risque est en fait que la capacité dégagée par cette nouvelle voie ne soit réinvestie par des gens qui se détourneraient des transports collectifs pour retourner vers la voiture. Au bout du compte, l’A35 resterait victime de ses thromboses à répétition et rien ne serait résolu…».

D’épouvantables conséquences écologiques

Les conséquences écologiques seront, elles par contre, bien plus tangibles et … incontournables ! Vingt-deux à vingt-quatre communes concernées par le trajet envisagé de l’autoroute, seront impactées en termes de nuisances sonores et de pollution, verront leurs paysages défigurés, particulièrement Vendenheim, où 10 hectares de la forêt du Grittwald disparaîtraient, au détriment de la biodiversité et d’un lieu de promenade favori pour les habitants de l’agglomération strasbourgeoise.

Plus de 300 hectares de terres agricoles du Kochersberg, parmi les plus fertiles d’Europe, (à l’heure où l’on s’interroge sérieusement sur les conséquences de la diminution des surfaces cultivables avec l’extension des zones bâties) seront requises pour la construction envisagée.

hamster

Les travaux de contournement font peser une menace mortelle sur le grand hamster d’Alsace : le rongeur trouve dans les champs en question son dernier habitat en France déjà bien fragilisé, à la limite occidentale de la zone d’extension de l’espèce en Europe. Une telle préoccupation peut sembler secondaire et prêter certains à sourire, mais l’Europe, elle, ne rigole pas : la France encourt une lourde pénalité pour le non-respect de ses engagements en matière de préservation du mammifère parmi les plus menacés du continent (parfois, l’UE a du bon !)

Au passage, le tracé du contournement abîmera également la perspective du parc du château de Kolbsheim, haut lieu patrimonial et culturel de la région qui sera coupé par un ouvrage autoroutier à plusieurs mètres de haut.

Et si on parlait des alternatives… Car elles existent!

Pourtant, les alternatives à ce projet coûteux existent et le collectif des opposants les énumère à souhait :

– une part non négligeable du trafic en question est constitué de poids lourds en transit qui empruntent l’A 35 suite à la mise en place la « LKW Maut » (péage poids lourds) sur l’autoroute allemande : une éco-taxe similaire ferait rebasculer en bonne part ce lourd contingent automobile – particulièrement polluant – sur l’A5 d’outre-Rhin. Les portiques ad hoc ne sont-ils pas déjà en place ?

–  il y a lieu et moyen d’améliorer les transports en commun et le co-voiturage.

–  il convient également de faciliter les liens entre modes de transport, dont la « mobilité active » (marche, vélo).

Les résurgences et abandons épisodiques du projet ne sont pas sans rappeler, dans notre région, ceux du canal à grand gabarit Rhin-Rhône qui renaissait de ses cendres à intervalles réguliers il y a quelques décennies.

En tous cas, celui du GCO a toute sa place dans la liste des « GPII », les « Grands Projets Inutiles et Imposés » – on a envie d’ajouter « Nuisibles » -, qui, de Notre-Dame-des-Landes à Sivens, bétonnent et dévastent les paysages sans bénéfice réel pour le public et faisant fi, en outre, du refus des populations concernées.

Les portiques en place: à quand l’éco-taxe pour les poids lourds?

Les bouchons de l’A35 sont dus pour l’essentiel à des déplacements pendulaires, les trajets domicile-travail entre Strasbourg et sa périphérie : un simple coup d’œil sur la carte du projet suffit pour se rendre compte que le contournement ne changera rien, ou bien peu, à cet état de fait. La circulation de transit, éventuellement susceptible d’emprunter le contournement, représente 20% du trafic et le contournement ne soulagerait que faiblement le tronçon urbain  (des estimations officielles parlent de moins de 8%) ; car on peut incidemment s’interroger sur la pertinence de l’instauration d’un péage – l’A35 étant, elle, gratuite – au tarif modulable en fonction de l’horaire : l’itinéraire de contournement coûtera plus cher au moment où l’on en aurait le plus besoin … et sera d’autant dissuasive ! Curieuse logique, et parfaite illustration de la loi du marché, aux antipodes de l’intérêt public.

Les aspects lucratifs du projet qui affleurent ici nous sont confirmés, bien sûr involontairement, par le président de l’ancienne autant que de la nouvelle Région, Philippe Richert, quand il affirme  que « ce chantier promet 1500 emplois pendant trois ans » : argument qui pèse évidemment de tout son poids par les temps de chômage qui courent. Cependant, on pourrait souhaiter plus de pérennité aux emplois qu’il convient urgemment de créer, d’une part, et d’autre part les voir créer dans des domaines bien plus utiles, surtout en regard du coût prévu de l’opération (près de 500 millions d’euros) et ce, sans parler des retombées négatives sur l’environnement et la qualité de vie évoquées précédemment.

La CCI Bas-Rhin, pour sa part, insiste elle aussi sur l’intérêt « économique » du projet … et on s’éloigne ainsi tout doucement de sa finalité initiale, celle de trouver une solution à un grave problème de circulation routière, pour retrouver une constante immanente aux motivations réelles de bien des grands chantiers publics : car qui dit « emplois » dit aussi implicitement « profit » pour les entreprises retenues pour leurs maîtrises d’œuvre.

Pourquoi, dès lors, cette obstination des pouvoirs publics à imposer ce chantier aussi peu convaincant ?

Balayons encore l’argument avancé de la pollution de l’air, car aussi  spécieux que les autres, les pics de celle-ci étant relevés sur toute la région et non uniquement sur la ville : le contournement n’y changerait rien.

Lors d’une réunion publique, le président de l’Eurométropole a concédé que le GCO ne règlera pas le problème de l’engorgement de Strasbourg, mais qu’il était indispensable pour la survie de Strasbourg … Le déclassement de la A35 d’autoroute en boulevard urbain permettra, en vertu du changement de statut, de rapprocher les constructions de la voie. Et l’on sait que la ville est à l’étroit dans ses murs !

Au bout du compte, il semblerait bien que la seule utilité, absolument pas publique celle-là, mais prosaïquement privée, soit dans cette affaire celle qu’y trouvent les actionnaires de Vinci, dont l’honoré légionnaire Bolloré qui, d’un bout à l’autre de la planète, détruit les éco-systèmes et bouleverse les agricultures vivrières. Actionnaires pour qui le sommeil des habitants de Pfulgriesheim ou le sort du hamster d’Alsace, comme celui du campagnol amphibie de Notre-Dame-des-Landes, sont le cadet des soucis.

Daniel MURINGER

Merci à Andrée BUCHMANN pour ses remarques et contributions.

 

Vers la pétition : GCO non merci !

[PETITION] Signez contre le GCO

– Article connexe :

Richert : du culot à revendre, des dettes à fourguer (novembre 2015) où l’on rappelle que la convention de financement du GCO la décision a été approuvée en catimini lors de l’ultime réunion de la commission permanente du conseil régional d’Alsace (voir le dernier paragraphe intitulé :  » Le bouquet final. Chiche Masseret ! Chiche Bachy ! » )

Podcasts des émissions enregistrées à l’occasion des élections régionales  (GCO évoqué par les candidat-e-s interrrogé-e-s par L’Alterpresse68 :

Elections régionales : Interview de Cléo Schweitzer (PS) (Radio MNE, décembre 2015)

Elections régionales : Interview d’Antoine Waechter et Djamila Sonzogni (Radio MNE, nov. 2015)

Pollutions ou transports gratuits ?

Les pics de pollution ont parfois des conséquences étonnantes! Ainsi, dans l’Ile-de-France, un pic de pollution conduit à la gratuité des transports en commun. Objectif: réduire le nombre de voiture dans la cité! Ainsi reconnaît-on que la voiture est une des principales causes de la pollution qui encrasse les poumons des habitants… Pourquoi alors ne pas instaurer la gratuité permanente des transports pour agir en amont de la pollution? Pas possible économiquement? Ici, nous prouvons le contraire…

La semaine dernière, à Paris, je suis tombé en pleine alerte « pollution » et j’ai bénéficié des mesures prises par les autorités. Oui, « bénéficié », puisque grâce à l’accumulation des particules fines, les transports en commun étaient gratuits ! La circulation alternée, plutôt bien suivie par une population pas toujours très docile quand il s’agit de la bagnole, a dégagé les rues parisiennes même si l’horrible périphérique qui enserre la ville comme un corset étouffant était comme d’habitude bouché…

Il y a là une énorme absurdité. On en est à se féliciter de la pollution, voire espérer qu’elle dure un peu, car cela rend les transports en commun gratuits ! Quand on connaît l’importance du réseau de transport dans une aire urbaine de 12 millions d’habitants et le budget que cela représente pour les familles, (une carte Navigo coûte jusqu’à 64 euros par mois et par personne sur la totalité de la région), on comprend que la gratuité des transports est une bonne nouvelle.

Voyage en Absurdie…

Pourtant, n’est-ce pas d’une profonde débilité d’attendre pour appliquer cette mesure qu’un pic de pollution présente un risque grave pour la population ? Alors que l’on sait que les voitures individuelles sont une des causes de cette pollution et que l’écrasante totalité des automobilistes sont seuls dans leurs véhicules à savourer les bouchons dans les artères de notre capitale.

Pourquoi ne pas pratiquer la gratuité des transports publics en permanence pour réduire le nombre de voitures et ainsi lutter contre la pollution avant qu’elle ne vienne s’attaquer aux bronches des Parisiens ?

Evidemment, tout le monde va se dire : mais qui va payer cela ? Comment la RATP pourrait-elle être financée ?

D’abord, d’autres villes pratiquent la gratuité des transports en commun sans qu’elles ne se soient ruinées. Niort et ses 100.000 habitants de l’agglomération passeront à la gratuité le 1er janvier 2017.

Ensuite, la gratuité permettrait de faire des économies aux régies de transports ne serait-ce que le coût des portillons, de leur entretien, des agents contrôleurs… et on éliminerait le coût de la fraude !

Un rapport sénatorial évalue le coût global de la pollution

Un rapport d’une commission d’enquête du Sénat paru en juillet 2015, a fait, pour la première fois,   une évaluation de la charge économique et financière de la mauvaise qualité de l’air. Les doctes sénateurs arrivent à un coût qu’ils considèrent comme un minimum, de 101,3 milliards d’euros pour la France ! Deux fois plus que le tabac !

On peut y lire : « La pollution n’est pas qu’une aberration sanitaire, c’est aussi une aberration économique », en rappelant qu’elle est à l’origine de 42.000 à 45.000 décès prématurés par an en France ! Bronchite chronique, asthme, cancer du poumon, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde font partie du palmarès des pollueurs ! Le coût qui est associé à ces pathologies n’est pas suffisamment appréhendé par les pouvoirs publics et les entreprises,  concluent les sénateurs.

Comme preuve, ils rappellent que le coût sanitaire de la pollution est compris entre 68 et 97 milliards d’euros dont 3 milliards pour l’impact sur la Sécurité sociale : 650.000 journées d’arrêt de travail seraient prescrites chaque année du fait de la mauvaise qualité de l’air. Et des arguments de ce type, il y en a à la pelle, allez lire ce rapport, vous le trouverez aisément sur le réseau.

Donc, la pollution coûte cher, très cher, à la collectivité nationale mais ce coût est réparti sur de multiples budgets, ce qui ne le rend visible.

Le coût de la pollution peut payer les transports gratuits…

Regardons maintenant ce que coûte, par exemple, le plus grand réseau de transport urbain de France, celui du Syndicat des transports de l’Ile-de-France. Le chiffre d’affaires de la RATP est de 5,556 milliards d’euros en 2015. Les collectivités locales contribuent à hauteur de près d’1 milliard au fonctionnement du réseau mais vont participer, entre 2016 et 2020, à hauteur de plus de 4 milliards aux investissements… Les citoyens paient deux fois : par leur billet mais aussi par leurs impôts…

Avec à peine 10% du coût de la pollution, on pourrait financer la gratuité des transports en commun de l’Ile-de-France ! Mais curieusement, la Commission d’enquête du Sénat n’intègre pas cette solution dans les propositions qu’elle fait pour améliorer la situation…

Réduire d’une manière autoritaire s’il le faut, la circulation des voitures en ville en offrant un réseau de transports publics performants et gratuit, semble encore au-dessus des forces des tenants de l’orthodoxie économique… sauf en cas de pollution grave !

Une suggestion : au lieu de faire de la M2A comme un champ d’affrontement entre élus, pourquoi ne pas lui confier une étude sur la gratuité des transports de la région mulhousienne ? Le sénateur Bockel n’aurait-il pas lu le rapport de ces collègues trop préoccupé par sa succession ?

Michel Muller

Stocamine : rappels cruels et question gênante de TET

L’association Thur Ecologie et Transports (TET) a envoyé récemment des observations bien senties aux commissaires enquêteurs dans le cadre de l’« Enquête publique relative à une demande d’autorisation de prolongation, pour une durée illimitée, du stockage souterrain en couches géologiques profondes de produits dangereux non radioactifs, dans la commune de Wittelsheim, par la Société des Mines de Potasse d’Alsace (MDPA) ». Continuer la lecture de Stocamine : rappels cruels et question gênante de TET

Presse : aux ordres de la direction de Stocamine ?

Nous savons trop bien qu’informer n’est pas chose facile. Que les pressions sont nombreuses. Que des journalistes honnêtes essaient tant bien que mal de donner l’information la plus juste possible. Et qui appliquent le précepte de Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde : « l’objectivité n’existe pas, l’honnêteté si ». Une majorité des rédacteurs de L’Alsace relève de cette catégorie.

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Voyage aux pays des déchets nucléaires

(Documentaire programmé sur Arte le 11 mai 2016 à 9 h).

Aux quelque 380 000 tonnes de détritus hautement radioactifs accumulés depuis 1943 dans le monde s’ajoutent environ 10 000 tonnes chaque année, émanant des 398 réacteurs opérationnels actuellement dans 31 pays. Durant cinq ans, Edgar Hagen avait accompagné aux quatre coins du globe le physicien écossais Charles Mc Combie, un expert du «rangement» définitif. Continuer la lecture de Voyage aux pays des déchets nucléaires

Et pendant ce temps le Titanic….

AREVA:

4,9 milliards de pertes en 2014 pour le «fleuron historique» de l’industrie nucléaire française et 2 milliards en 2015.

Le cauchemar  du chantier de l’EPR, construit pour l’électricien finlandais TVO sur le site d’Olkiluoto, se poursuit: il devrait coûter de fait de 7 à 8 milliards pour 3 milliards de facturation et devrait être livré en 2018, soit 9 ans après la date prévue… si tout va bien.

L’EPR de Flamanville suit le même chemin

Areva doit mener des essais de qualification afin de démontrer que la cuve de l’EPR de Flamanville est fiable après constat de la présence de microfissures dans l’acier du couvercle et du fond de la cuve.

Des organisations françaises hostiles à l’atome ont annoncé ce 3 mars le dépôt de recours devant le Conseil d’Etat en vue de l’annulation d’un arrêté relatif aux équipements sous pression nucléaire qui, selon elles, n’a comme seul objectif que d’accorder un délai supplémentaire de trois ans pour permettre à Areva de se mettre en conformité avec la réglementation qui s’applique à ces équipements depuis 2005.

Le président des l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) vient de déclarer qu’avant la fin de l’année Areva devrait démontrer la fiabilité de la  cuve de l’EPR ou «la changer» – ce qui est techniquement au minimum très complexe, la cuve étant au cœur du réacteur.

La conjonction du rachat par Areva de la société canadienne UraMin en 2007 à 10 fois le prix des titres valorisés un an auparavant et des actifs dépréciés à 1,5 milliards d’euros en 2011 a incité le parquet financier à ouvrir une enquête en février 2014. Un juge d’instruction a été désigné pour une affaire où conflits d’intérêts, paradis fiscaux et disparition de quelques milliards sont évoqués.

Le carnet de commande EPR est  depuis longtemps vide de toute commande.

En décembre 2009 la filière française a perdu la compétition pour la construction de deux centrales à Abu Dhabi et les entreprises françaises n’ont conquis que 2% du marché international total des réacteurs.

Après Tchernobyl et Fukushima la quasi totalité des projets de réacteurs à travers le monde est gelé.

Enfin personne ne semble connaître la faisabilité réelle d’une version « light » de l’EPR, parfois évoquée, ni même son acceptabilité par l’Autorité de sécurité nucléaire (ASN).

A Cadarache, le réacteur de recherche devait entrer en service en 2014. Il accuse un retard considérable et son budget initial de 500 millions a déjà doublé.

L’activité de retraitement du combustible usagé gérée par Areva dans son usine de la Hague n’intéresse personne hors de nos frontières.

Areva, c’est 47.000 salariés, 30.000 en France dont 2700 emplois devraient être supprimés et plus de 400 dans la Drôme sont déjà concernés par un plan de suppression d’emplois officialisé.

Bure

Le coût du futur stockage géologique des déchets nucléaires à haute activité et à longue vie dans le sous  sol de la commune de Bure – outre la contestation du projet dans sa conception même par les opposants à ce projet (CIGEO) –  vient de faire l’objet d’un recours devant le Conseil d’Etat par cinq associations et ONG.

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs avait évalué le prix de la construction et de l’exploitation, pour une durée de cent quarante ans, à 34,4 milliards d’euros. Les producteurs de déchets (Areva et EDF) l’avaient estimé à 20 milliards. Mme Segolène Royal l’a évalué à 25 milliards.

Pour les opposants cela revient à faire payer aux générations futures des sommes non provisionnées.

E.D.F

Symbole phare des entreprises du CAC 40 depuis sa cotation en bourse, le titre a perdu plus de 40% en 2015 et depuis le 21 décembre dernier il ne figure plus dans cet indice boursier parisien de référence.

Les difficultés d’Areva  – dont la branche réacteurs a été rachetée récemment par EDF-  l’envolée des coûts des réacteurs, les retards précités des EPR en Finlande, à Flamanville et les travaux préliminaires arrêtés de deux réactereurs au Royaume-Uni font fuir les investisseurs.

EDF est confrontée en même temps aux contraintes du «grand carénage» qui vise à rafistoler tous les réacteurs français en vue de repousser leur durée de vie à au moins 50 ou 60 ans, pour une durée d’exploitation initialement prévue de 40 ans.

Ce grand carénage des 58 réacteurs en France est estimé à 55 milliards d’euros et près du double d’ici 2030 si on y ajoute le renouvellement du parc.

Rappelons que la dette d’EDF est déjà très lourde et qu’elle a doublé en dix ans…et l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence change sensiblement la donne pour l’ancien détenteur du monopole de l’électricité, malgré des résultats financiers encore confortables en 2015.

Pour l’entreprise les prix de vente deviennent inférieurs à ses coûts de production; le financement du projet de réacteurs  nucléaires en Angleterre (projet Hinkley Point) aggrave ses fragilités financières et risque de la priver des moyens nécessaires au renouvellement du parc nucléaire.

Les coûts des mises à niveau de pour les centrales en France (comme partout dans le monde) menacent de faire exploser la facture de production de l’électricité nucléaire.

On estime la majoration nécessaire du prix du kilowatt heure à 25% pour faire face à ces déficits financiers.

EDF a annoncé  le 21 janvier un plan de réduction de 5% de ses effectifs (soit 4200 postes pour la France seule et 8000 dans le monde) pour un effectif total de 160 000.

Commission d’enquête parlementaire:

Denis Baupin, vice-président (EELV) de l’Assemblée nationale, a déclaré devant cette formation: «Si l’Etat veut éviter à EDF le marasme dans lequel s’enfonce Areva, il doit faire des choix clairs et donner pour feuille de route à l’électricien [EDF] le triptyque: maîtrise de l’énergie, énergies renouvelables, décentralisation et réseaux intelligents». 

Entendu il y a quelques mois par cette même commission l’ancien président du directoire d’Areva, Luc Oursel, a confirmé l’implosion du modèle énergétique nucléaire français: demandes toujours plus fortes de sécurité de la part des populations, coûts non maîtrisés des installations, compétitivité disparue face à des énergies renouvelables aux coûts tendanciellement décroissants se conjuguent.

Le rapport de la Cour des Comptes pointe  l’inflation des coûts d’exploitation des centrales françaises: plus 21% en 3 ans, largement dus aux phénomènes de vieillissement des installations et aux difficultés de maintenance induites.

L’Autorité de sûreté des installations nucléaires (ASN) rappelle régulièrement, avec insistance, qu’il n’y a pas de garanties que la durée de vie des réacteurs puisse être prolongée.

Les «micro» fissures constatées sur des cuves des réacteurs qui semblent quasi impossibles à changer et leur dégradation continue sous le bombardement neutronique sont un des facteurs d’aggravation majeure; nos voisins belges viennent de découvrir que leurs réacteur comportent des milliers de ces «micro» fissures…. dont certaines de près de 20cms.

Ségolène Royal, ministre de l’environnement et de l’énergie vient de se déclarer ce 28 février «prête à donner le feu vert au prolongement de vie des centrales nucléaires françaises, sous réserve de l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire».

Rappelons que la ministre n’a absolument aucune compétence pour décider des conditions d’exploitation ou pas des réacteurs nucléaires; l’ASN est une autorité indépendante et, comme la femme de César, ne saurait être soupçonnée….

La loi de transition énergétique promulguée en août 2015 prévoit de baisser de 75 % à 50% d’ici à 2025 la part de l’électricité d’origine nucléaire en développant et renouvelant en même temps les filières de l’énergie renouvelable.

Mais Madame la ministre n’a pas mentionné des fermetures de réacteurs si la production du parc hexagonal électronucléaire est plafonnée à son niveau actuel.

La Cour des Comptes, dans son rapport, de février, estimait que la part de l’atome dans le mix électrique devrait se traduire par « la fermeture de 17 à 20 réacteurs».

Les ONG ont des estimations d’arrêt de 5 à 8 réacteurs d’ici 2018 et de 19 à 24 supplémentaires d’ici 2023 pour se mettre en ligne avec la loi sur la transition énergétique.

Le PDG de l’entreprise publique EDF a un avis différent: arrêt de seulement 2 réacteurs à moyen terme – par exemple ceux de Fessenheim – pour compenser la mise en service de l’EPR de Flamanville attendue donc en fin 2018.

Les coûts et conditions de ces options différentes auraient des conséquences très différentes.

Pays frontaliers de centrales françaises 

La ville et le canton de Genève viennent d’annoncer le 2 mars le dépôt d’une plainte contre X «pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux» visant la centrale nucléaire du Bugey dans l’Ain (30 kms de Lyon et 70 de Genève).

L’Allemagne et le Luxembourg s’inquiètent publiquement de la sûreté de la centrale de Cattenom. Le leader des Verts au Parlement allemand a demandé au gouvernement fédéral d’ouvrir des négociations avec la France en vue de la fermeture de la centrale pour «danger imminent».

http://www.sueddeutsche.de/wissen/frankreich-panne-im-akw-fessenheim-war-gravierender-als-gedacht-1.2890408

Le dernier rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) pointait des déficits de performance en matière de sûreté nucléaire par rapport au niveau général EDF et soulignait  «plusieurs écarts aux référentiels d’exploitation ainsi qu’une maîtrise imparfaite des installations » pour Cattenom, pour conclure que le «site doit retrouver davantage de rigueur dans l’exploitation des installations».

L’incident survenu à Fessenheim en 2014 et l’appréciation de son degré exact de gravité  défraient l’actualité du jour; il menace de tourner à l’incident diplomatique avec l’Allemagne qui rappelle de plus en plus fortement la nécessité de fermer cette centrale, incarnation du combat des anti nucléaires des deux côtés du Rhin depuis des années.

Des questions, une exigence:

La France est le pays le plus nucléarisé du monde, le seul à générer plus de la moitié de son électricité à partir de l’atome.

Aujourd’hui  la sûreté du nucléaire français est en question mais ce nucléaire est devenu également dangereux économiquement pour le pays tout entier.

Peut-on laisser Areva entraîner dans le gouffre le fleuron industriel qu’est EDF?

Face à l’offre de services énergétiques combinant maîtrise de l’énergie, énergies renouvelables, réseaux intelligents, faut- il en rester à la seule proposition d’EPR dont aucun modèle ne fonctionne dans le monde?

L’Etat ne doit- il pas jouer, de toute urgence, le rôle de stratège dans ses entreprises à capitaux publics?

EDF ne pourra pas mener de front la transition énergétique, la remise à niveau de ses centrales, la construction d’un nouveau parc, le sauvetage d’Areva. Le coût faramineux  du carénage des centrales nucléaires ne devrait- il pas être investi dans des moyens de production électrique alternatifs ?

Le déclin de la filière nucléaire est  désormais  visible au niveau planétaire: le nucléaire pesait 18% de l’électricité mondiale, il n’en représente plus que 11%.

En 2017 les renouvelables électriques produiront dans le monde deux fois plus d’électricité que le nucléaire.

L’impasse est devant nous et le marché international se rétracte depuis 20 ans.

Pour redéfinir une politique énergétique il faut rappeler les atouts hexagonaux considérables pointés par Denis Baupin devant l’Assemblée nationale il y a déjà un an: «formidable potentiel en énergies renouvelables (solaire, trois régimes de vent, des énergies marines, hydrauliques, biomasse, géothermie) en métropole et dans ses  îles».

Et pour emprunter encore au plaidoyer de Denis Baupin «le parc vieillissant, un coût du nucléaire neuf prohibitif», »la nécessaire comparaison des filières de production et la vérité des prix» pour une France «qui ne peut rater la révolution énergétique mondiale»…«si l’Etat veut éviter à EDF le marasme dans lequel s’enfonce Areva, il doit lui donner pour feuille de route le triptyque maîtrise de l’énergie, énergies renouvelables, décentralisation et réseaux intelligents».

Pour la Fédération de l’Energie et des Mines CGT le projet Hinkley Point d’ EPR pour les Britanniques est une fuite en avant qui fragilise la filière nucléaire et qui divise dans l’entreprise publique jusqu’à la direction.

Sa porte – parole, Marie – Claire Cailletaud, déclare que sa Fédération exige «un bilan de la déréglementation qui est en train de nous envoyer [l’entreprise] dans le mur».

Cette Fédération  continue par ailleurs de dénoncer la loi de transition énergétique qui ne s’attaquerait pas aux émissions de gaz de serre car centrée sur la baisse de la part du nucléaire et sur l’ouverture à la concurrence  des barrages hydroélectriques, secteurs non producteurs de CO2 et qui, en outre, privilégie une « libéralisation désastreuse ».

Mais la CGT n’est pas la seule à dénoncer l’aventure britannique : Le directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal, a présenté sa démission au PDG du groupe en raison d’un désaccord sur la faisabilité du projet controversé de construction de deux réacteurs à Hinkley Point

L’heure est à des choix cruciaux:

Naufrage industriel d’Areva, échec du modèle global nucléaire français, réponses aux défis énergétiques avec une offre industrielle désormais inadaptée au marché mondial en nucléaire et très en retard en alternatif, opacité cultivée sur les vrais coûts du nucléaire, dangerosité accrue des installations du fait de leur vieillissement, dangerosité du recours à la sous – traitance et à une main d’œuvre d’appoint  pour des installations très hautement spécialisées, défis financiers majeurs, imposent  désormais des réponses urgentes et une vraie vision pour le moyen et le long terme

L’avenir énergétique ne saurait dépendre de la désinformation, des aveuglements idéologiques, du poids du lobby du nucléaire, des errements stratégiques imposés par le politique à son principal énergéticien, EDF,  chargé en outre du désastre Areva, des  méfaits d’une déréglementation libérale, de l’absence de  priorités assumées, bref d’une véritable politique, en dépit des options retenues par la loi sur la transition énergétique.

Le nucléaire – roi à la française appartient à hier.

Désormais dans la zone des icebergs dérivants la politique énergétique française ne doit pas  mettre le cap sur la banquise pour les éviter.

Entre ce monde et celui  de demain il faut choisir le cap de la transition énergétique…et vite.

Christian Rubechi

http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/04/un-incident-dans-la-centrale-de-fessenheim-a-ete-plus-grave-qu-annonce-selon-des-medias-allemands_4876722_3244.html

 

 

 

Samedi 27 février, Notre Dame des Landes…

NDDA

Samedi 27 février : au long du barreau routier partie de la future desserte de l’éventuelle future plate – forme aéroportuaire de Notre – Dame des Landes, entre les RN 65 (Nantes Vannes) et 137 (Nantes Rennes).

Notre Dame des landes elle- même a peut être lu ces panneaux, banderoles, pancartes, portés joyeusement dans le cortège de dizaines de milliers de manifestants qui occupaient entièrement ces 5 kilomètres d’asphalte ?

« Oui aux oiseaux, non aux lacrymaux », « Stop aux avions, oui aux tritons », « Cop 21 en décembre, kérosène en janvier », « Bure, Fessenheim, grands projets inutiles », « Des courgettes, pas des jets », « Remi Fraisse, mort à Sivens »…

Mais aussi : « TOTALe ment responsable », « Vinci – concessionnaire du futur éventuel aéroport – dégage »…

Ou encore : « Touche pas à ma terre », « Touche pas à ma ZAD », « Solidarité climat », « Sauvons la ZAD et le Code du travail », « Entendez- vous dans les campagnes nos vaillants paysans ? » « Mort à l’état d’urgence »…

Peut – a- elle vu fleurir des drapeaux régionaux, les quelques bonnets rouges portés par des manifestants, quelques drapeaux de partis politiques (Parti de gauche, EELV, organisations anarchistes, PCF, NPA…) ou de syndicats (CGT, Solidaires, Confédération paysanne..), remarqué les « tracteurs vigilants » de paysans locaux ?

Et maintenant ? Après cette énième mobilisation des anti-aéroports dont les organisateurs et les participants estimaient qu’elle avait été la plus forte de toutes (des médias locaux avançaient samedi soir le chiffre de 50 000 participants) ?

Référendum?

Un référendum local est donc annoncé par le gouvernement : mais référendum imbroglio ou référendum vrai ? Sur quel périmètre de populations pour un projet national.

Avec le support légal de la future possible Haute autorité de la participation du public sur le dialogue environnemental ?

A l’échelle de la Pays de Loire dont le président refuse l’idée de l’organiser ?
A l’échelle du département de Loire Atlantique pour un projet qui en impacte directement au moins 5 ?
A moins que le référendum ne soit formaté comme celui de la version projet de loi sur le travail conçu pour contourner si nécessaire les représentations syndicales majoritaires dans une entreprise, ou rejouer une version de référendum sauce 2005, rejeté massivement par le corps électoral français mais voté par le Parlement deux ans plus tard ?

Tous les juristes sérieux pointent les raisons d’invalidation d’un référendum sur le sujet Notre Dame des Landes dans le paysage légal et réglementaire qui est le nôtre.

Les opposants au projet d’aéroport exprimaient pour leur part samedi leur scepticisme quant à la solution référendaire mais pointent l’absence totale d’informations sur le sujet à l’heure actuelle, comme la difficulté d’organiser un débat public suer un sujet ou expertises et contre – expertises s’enchaînent depuis 15 ans ?

Et si Notre Dame des Landes elle-même avait une solution ? Sur un bout de nuage, pour ne pas l’oublier, je crois savoir qu’elle a recopié samedi une grande inscription taguée sur l’asphalte et appelant à l’unité : « Des fissures de la ZAD sortent les racines de leurs projets ».

Et sur une banderole on pouvait également lire samedi : « l’abandon, c’est maintenant ».

Christian Rubechi