Archives de catégorie : Culture

Un rude coup porté à l’allemand au collège

images (1)

Le 12 mars 2015, la Ministre de l’Education Nationale a présenté son projet de réforme du collège au Conseil Supérieur de l’Education. Ce projet acte la suppression des classes bilingues en 6e.

Tous les élèves commenceront une deuxième langue en 5e, et n’auront plus la possibilité de l’apprendre dès la 6e dans ces classes bilangues. En 5e, cette deuxième langue vivante sera enseignée pendant… deux heures par semaine. Continuer la lecture de Un rude coup porté à l’allemand au collège

MA POUBELLE VAUT DE L’OR (POUR D’AUTRES : A MOI, ELLE COÛTE CHER

VIEUX PAPIERS

« Lumpaaa, Àltisaaa, Schokolàpàpiiier ! » C’était le cri du chiffonnier qui retentissait dans la rue à intervalles réguliers, pendant que la camionnette à plateau débâché avançait au pas dans la rue.

Quelques années auparavant, s’ajoutait encore à cette liste « Kìngalapelz », mais les clapiers se faisant rares, le cri tomba en désuétude.

Au passage, on notera que le papier aluminium était récupéré, alors qu’aujourd’hui il termine sa carrière dans les déchets ultimes, bien que la pénurie de minerai menace.

Le chiffonnier, plus exactement ferrailleur, était généralement un « jänischer », sorte de manouche, étiquette au contenu vague, mais signalétique d’un déclassement social, au moins autant, sinon davantage, qu’ethnique.

Car le « jänischer », victime des préjugés populaires,  était réputé plus intouchable encore que son cousin gitan, dont il serait une sorte de bâtard métissé d’autochtone, un Tzigane mâtiné d’Alsacien tombé en disgrâce. Bref, quelqu’un de louche et dont il fallait se méfier, sans trop savoir pourquoi, au juste.

Les gitans, ceux qui à Kingersheim habitaient près de la gravière devenue dépotoir, vivaient d’activités plus nobles, l’achat-vente de violons, ou d’autres, plus mystérieuses, Continuer la lecture de MA POUBELLE VAUT DE L’OR (POUR D’AUTRES : A MOI, ELLE COÛTE CHER

L’Alsace et sa culture vue par: Claude Diringer

Claude Diringer

Le poète a toujours raison, qui voit plus haut que l’horizon. Ferrat et Aragon se retrouvent toujours chez Claude Diringer, enfant de Westhalten dans la vallée noble, aujourd’hui retraité installé à Dessenheim, après avoir travaillé pendant 36 ans comme infirmier de secteur psychiatrique au centre hospitalier de Rouffach où il était aussi délégué syndical CGT.

Ç’avait été pour lui un choc quand au collège de Rouffach son professeur de musique lui avait fait découvrir Nuit et Brouillard de Jean Ferrat. À ce choc s’est ajouté ensuite celui de voir l’ancien camp de concentration du Struthof, puis plus tard le drame des Malgré-Nous et des Alsaciens-Mosellans internés à Tambov où il se rend encore régulièrement. Cela l’a forgé en homme de conviction et de combat sous de multiples formes, de l’engagement syndical à gauche et de la défense de la culture alsacienne à la militance pour le genre humain partout dans le monde, effectuant par exemple avec son épouse Marthe une mission au Sénégal pour l’ONG Échanges et Solidarité ou devenant parrain d’enfants indiens. La substantifique moelle de tout cela est la poésie, qui dit-il est la nourriture de son âme, son ouverture sur la vie, le rêve, la liberté et la fraternité. Son Panthéon est habité par Victor Hugo, Stéphane Mallarmé, Apollinaire, Arthur Rimbaud, Jacques Brel et l’Alsacien Hans Jean Arp, cofondateur du dadaïsme et « qui apporta des lettres de noblesse à l’expression universelle alsacienne ». Continuer la lecture de L’Alsace et sa culture vue par: Claude Diringer

UN LIVRE PASSIONNANT… Jean-Marie Stoerkel : L’Enfer de Schongauer

 

l-enfer-de-schongauer

jean marie

Le dernier « polar » de Jean-Marie Stoerkel est plus qu’un polar. Dans un passionnant roman dont le dénouement final est un de plus pur style baroque, il raconte sa région, son histoire, son avenir incertain, son espace marqué par les deux rives du fleuve qui la longe… Et nous fait découvrir un des artistes les plus célèbres et mystérieux, peintre d’un des plus beaux tableaux de la renaissance rhénane, Martin Schongauer… L’histoire nous plonge dans le double parcours d’une part d’un assassin bien étrange signant ses meurtres par une référence au peintre… et d’autre part d’un professeur de l’université de Fribourg qui rédige un ouvrage sur Martin Schongauer, assisté d’une très séduisante collaboratrice alsacienne, tellement amoureuse de son mentor qu’elle est prête à satisfaire tout ses fantasmes sexuels.

Le récit nous fait voyager du nord au sud de l’Alsace, en pays de Bade, et nous fait découvrir les hauts lieux culturels de la région mais nous fait également rencontrer des personnalités contemporaines dont l’auteur nous donne souvent de nombreux indices pour les reconnaître. Un certain ancien maire de Mulhouse apparaît une fois encore sous son vrai visage…

Le dénouement est inattendu et correspond à la volonté de même fiction et réalité… L’érudition de l’auteur, sa capacité à construire parfaitement une intrigue et son expérience de journaliste qui l’aide à détricoter les énigmes les plus complexes, vous font passer un excellent moment de lecture et une belle découverte des lieux alsaciens qui inspirent de toute évidence Jean-Marie Stoerkel.

Jean-Marie Stoerkel – L’Enfer de Schongauer – Les Polars – Editions du Bastberg – 14€

 

L’Alsace et sa culture vues par : François Brumbt

françois brumbt

C’est à lui qu’on doit l’expression S’Dreyeckland, le coin des trois frontières, dans notre région du Rhin Supérieur. L’auteur-compositeur-interprète François Brumbt, originaire du val de Villé, l’a inventé comme titre d’une chanson de son deuxième album publié en 1978 et qui portait le joli nom de E Hampfel Hofnung (Une poignée d’espoir). Puis ce néologisme Dreyeckland était aussi devenu le titre d’un double 33 tours alsacien-badois-suisse en même temps qu’il était devenu le nouveau nom de la première radio libre alsacienne qui s’appelait jusque-là Radio Verte Fessenheim.

Cette radio émettait clandestinement depuis le Sundgau et la Forêt Noire. François Brumbt y chantait en direct. Ses animateurs, Serge Bischoff, Élisabeth Schulthess et des écologistes comme Solange Fernex qui s’opposaient à la centrale nucléaire de Fessenheim et contre l’implantation d’un autre à Wyhl, à côté de Fribourg-en-Brisgau, étaient pourchassés par les forces de l’ordre en hélicoptère.

Mais déjà en 1974 le chant de François Brumbt avait scellé la réconciliation franco-allemande dans l’occupation qui avait empêché la construction d’une usine de plomb à Marckolsheim. L’année d’après, au premier festival de la chanson alsacienne à Elbach dans le Sundgau, il avait chanté devant 4000 personnes sa célèbre chanson 1525, en hommage aux milliers de rustauds alsaciens révoltés et massacrés cette année-là durant la guerre des paysans. Dans une autre de ses chansons qui symbolisaient la vaste protestation transfrontalière anti-nucléaire unissant des paysans, des viticulteurs, des ouvriers et des étudiants gauchistes, François Brumbt avait écrit : Mér kejje mol d’Grànze éver e Hüffe und danze drum erum (nous jetterons la frontière sur le tas et danserons autour).

Un espace rhénan au cœur de l’Europe

Après avoir longtemps participé aux Soirées médiévales au château du Haut-Koenigsbourg, revenant parfois sur scène avec un nouveau spectacle, D’r bescht Uf-trett,  de chansons nouvelles et anciennes qu’il a inauguré au festival Summerlied à Ohlungen, il continue à donner des cours de guitare et d’interprétation de chanson.

Quand on lui demande comment il voit aujourd’hui l’Alsace et sa culture, il répond que ça ressemble à une utopie: « Une Alsace ouverte sur le monde et sur les autres, un espace rhénan au cœur de l’Europe, une fraternité comme bagage quand d’aucuns voudraient nous cloisonner dans de nouvelles frontières, avec une langue alsacienne qui m’est chère et à laquelle s’ajoutent toutes les autres. Je vois l’Alsace avec son histoire, son peuple, sa culture, qui aurait son assemblée unique, son droit local, son concordat et tous ses acquis sociaux, et qui réinventerait la démocratie directe. On peut dire aussi : humanisme, tolérance, refus des nationalismes mais sans renoncer à notre héritage de longue date. J’ai adapté en alsacien  la chanson de Woody Guthrie This land is your land (Ce pays est ton pays). Ça reprend cette idée. »

Mais le résultat du premier tour des élections départementales dimanche dernier ne va pas vraiment dans ce sens : « Dur, dur ! Droite contre extrême droite, surtout en Alsace, excepté un petit îlot où on respire autour de moi à Strasbourg. » Les scores notables du parti Unser Land s’expliquent pour l’artiste François Brumbt parce qu’ « ils se disent de centre-gauche-écolo et régionalistes-autonomistes mais pas indépendantistes. Leur électorat correspond dans doute à ces sensibilités. Les régions historiques n’ont sûrement pas dit leur dernier mot»

À la question de savoir ce qu’il faudrait alors faire pour faire vivre l’Alsace et sa culture, François Brumbt répond : « En n’acceptant pas la réforme territoriale qui balaie quinze siècles d’histoire quand Manuel Valls décrète qu’il n’y a pas de peuple alsacien. Il faut aussi combattre les révisionnismes qui prétendent qu’il n’y a pas eu de Malgré-nous. Mais surtout, il faut convaincre qu’on peut être solidaires en étant différents, en parlant, en écrivant, en chantant. »

Jean-Marie Stoerkel

Contact : www.francois-brumbt.fr

 

Plus de place pour l’Alsace

J’ai aujourd’hui, comme régulièrement, fait un tour à la Bibliothèque municipale Grand ‘Rue de Mulhouse. Quelle n’a pas été ma surprise de constater la disparition du compartiment Alsace et Alsatiques, donc du classement spécifique des ouvrages consacrés à l’histoire, la géographie et la culture régionales. Ils ont été répartis dans les autres rayons.

Quand on réfléchit à la symbolique d’un tel effacement dans le contexte actuel, on ne peut que se demander si la Bibliothèque municipale n’entérine pas déjà ce que d’aucuns appellent la disparition programmée de l’Alsace et son éparpillement dans un ensemble plus grand.

Renseignement pris, on me dit que c’est pour des considérations pragmatiques de place à cause de l’installation de nouvelles toilettes au premier étage de la maison. Et qu’il ne faut y voir aucune autre raison.

Moi j’en vois une de bien triste.

C’est que même à la Bibliothèque le pragmatisme tient désormais lieu de sensibilité, de réflexion et de culture.

D’r wagges

PRATIQUES ARTISTIQUES EN AMATEUR : RETROSPECTIVES

 

En 2007, un article que j’avais écrit pour le bulletin syndical du Sfa-Cgt (Syndicat Français des Artistes-Interprètes), intitulé « le spectacle vivant amateur en Alsace », avait atterri sur le bureau du Directeur Régional des Affaires Culturelles, relayé à son intention par le Ministère de la Culture et de la Communication. Le directeur en question convoqua alors une réunion associant les conseillers de la DRAC, les représentants régionaux et départementaux du Ministère du Travail, un responsable de l’Agence Culturelle d’Alsace et moi-même.

Au fil de la discussion, j’évoquais à titre d’exemple le cas d’un spectacle qui venait de tourner dans toute la région, une opérette d’Offenbach, montée par une troupe lyrique d’amateurs d’Obernai, avec le soutien du Conseil Régional et dont la diffusion s’était effectuée à grand renfort de publicité professionnelle, les tarifs pratiqués l’étant tout autant. Le conseiller musique de la Drac qui me demanda, narquois, ce que j’avais à l’encontre de l’opérette, fut mouché par son directeur qui avait, lui, bien compris qu’une production professionnelle ne pouvait en aucun cas rivaliser avec une telle opération.

Quelques jours plus tard, j’appris par le responsable de l’Agence culturelle d’Alsace (ACA) participant à la réunion, mais resté muet, que les musiciens de l’orchestre du spectacle avaient touché des petites     enveloppes …

Anecdote qui illustre à quel point la question des pratiques en amateur des arts du spectacle vivant et celle du travail dissimulé, tout en étant distinctes, se chevauchent volontiers.

Le texte en question figure en tant que tel en fin de celui-ci, car il reste (hélas !) pertinent dans son ensemble, et plutôt que de l’amender à la marge, il me semble préférable de le compléter auparavant par quelques réflexions supplémentaires en la matière couvrant la période qui s’est écoulée depuis sa rédaction.

Et en premier lieu, cette remarque : bien loin d’être réglé, le problème se pose huit ans après avec encore plus d’acuité.

UN AFFRONTEMENT PROFESSIONNEL – AMATEUR ?

La reprise de l’élaboration de la loi sur la création artistique – après un temps d’arrêt d’une année qui avait un parfum d’enterrement – remet la question à l’ordre du jour, car le point Continuer la lecture de PRATIQUES ARTISTIQUES EN AMATEUR : RETROSPECTIVES

Marie-Claire Vitoux : « Mulhouse est l’archétype de la ville fabriquée par les flux migratoires »

Entretien de la rédaction de L’Alterpresse68  avec l’historienne et citoyenne engagée Marie-Claire Vitoux, maître de conférence fraîchement retraitée de l’Université de Haute-Alsace, spécialiste de l’histoire industrielle et de condition ouvrière au XIXe siècle à Mulhouse. Continuer la lecture de Marie-Claire Vitoux : « Mulhouse est l’archétype de la ville fabriquée par les flux migratoires »

Le flou de la guerre et la guerre au flou

« Très politique » a dit la presse en réaction au discours de Jean Rottner, maire de Mulhouse, lors de la présentation de ses vœux, le 15 janvier 2015. De quoi nous inciter à aller y voir de plus près. Nous l’avons surtout trouvé très idéologique. Continuer la lecture de Le flou de la guerre et la guerre au flou