Archives de catégorie : Culture

Les bulles de Cécile!

Cécile Germain, fan de bandes dessinées, nous fait part de ses coups de coeur et coups de tête. Voici un florilège de ces lectures récentes… Album à trouver dans toutes les bonnes librairies…

Johnson m’a tué

Louis Theillier est employé chez Johnson-Mathey, une entreprise de fabrication de pots d’échappement. Un jour, en allant au travail, tout semble différent. En effet, lorsque le directeur de l’usine les réunit, le couperet tombe : le site va fermer au profit d’une ouverture en Macédoine. Sidérés, les uns et les autres vont devoir réfléchir à la conduite à tenir face à une grosse entreprise qui réalise des bénéfices mais qui en cherche toujours plus, mettant à sac des vies entières.

Louis Theillier a réalisé cette bande-dessinée au fur et à mesure des évolutions de la situation. Malgré l’immédiateté du propos, il en profite tout de même pour prendre du recul, notamment lors des échanges avec les collègues, et met en avant des réflexions bienvenues sur la schizophrénie de la société moderne. Comment ne pas frissonner en lisant la réaction du directeur, au courant depuis des mois mais qui n’a pas manifesté car « J’aurais eu l’air de quoi ? ». Comment ne pas s’insurger face aux négociations du plan social complètement cyniques ? Pas de héros, pas de bonnes fées dans cet ouvrage, mais un point de vue lucide et désabusé sur la réalité de milliers de personnes qui perdent leur emploi chaque année au nom de la course au profit. Louis Theillier a voulu porter leurs voix d’une manière différente et nous offre un ouvrage authentique, à mettre dans toutes les mains !

Plogoff

Un couple décide de donner vie en BD au combat de Plogoff, petit village breton qui se voit imposé la construction d’une centrale nucléaire sur leur territoire. De 1973 à 1981 (date d’arrêt du projet), les auteurs nous racontent une histoire des luttes pour l’écologie et surtout, pour la démocratie. En lutte contre un pouvoir central autoritaire et violent, les habitant.e.s de Plogoff se durcissent et s’organisent avec des soutiens dans toute la France. Étrangement, ce récit se fait l’écho de nos luttes actuelles, notamment de celle de Notre-Dame-des-Landes. Alors que le gouvernement semble avoir renoncé sur le sujet pour des raisons officielles de démocratie, c’est avant tout grâce à la résistance des locaux et à l’enjeu national qu’est devenu la construction de cet aéroport que le pouvoir a été obligé de reculer. Les auteurs nous dévoilent aussi une France militarisée, dans laquelle la force légitime de la police sert à faire taire les contradicteurs. On pourrait penser que la situation a évolué mais ce serait oublié la mort de Rémi Fraisse, les poursuites judiciaires sur les militant.e.s de l’environnement ou des droits de l’homme et la répression lors des manifestations. Face aux violences policières et à l’impunité de l’état, cette BD rappelle que c’est sur la durée et en restant ferme qu’on remporte des combats. Un joli pied de nez à toutes celles et ceux qui se soumettent avec cynisme aux injonctions de l’état.
A Stocamine contre l’enfouissement irréversible des déchets, dans la vallée de la Bruche contre le GCO, à Fessenheim pour la fermeture de la centrale nucléaire, à Bure contre la poubelle radioactive et dans bien des villages soumis à des petits projets inutiles et destructeurs, c’est par l’information, l’organisation et la résistance que nous pouvons espérer un jour remporter ces combats.

Au pays des purs

Sarah Caron, photo-reporter pour de grands magazines internationaux, nous fait découvrir le Pakistan comme on ne l’a jamais vu. Prise pour cible par une foule en colère suite à l’assassinat de Benazir Buttho, celle qui aurait pu devenir la première femme présidente du Pakistan, Sarah retrace sa découverte du « Pays des purs » entre anecdotes et réflexions géo-politiques. Au fil de ses rencontres, la reporter dresse un portrait riche et complexe du pays, nous offrant même une petite romance entre deux coups de feux ! On appréciera particulièrement le dessin élégant d’Hubert Maury et les photos de Sarah au début de l’album.

La légende du Changeling – 5 tomes

Angleterre, époque victorienne. L’industrialisation du pays bat son plein et chaque jour la terre engouffre son lot d’hommes et de femmes. Dans une famille paysanne de Cornouailles, un bébé est enlevé par les fées qui rendent à la mère, en remplacement, l’un de leurs enfants. Le petit Scrubby grandi entouré par la nature, élevé par son père, sa sœur et un vieil homme qui habite au cœur des forêts et qui raconte à Scrubby l’histoire du « petit peuple ». Un jour, le propriétaire des terres décède et la famille doit quitter son petit coin de paradis pour tenter sa chance en ville. Au milieu de la violence, de la misère et d’un monde minéral bien éloigné de la nature qu’il côtoyait jusqu’alors, Scrubby va accomplir sa destinée.
Sous couvert d’une bande-dessinée fantastique pour enfant, Pierre Dubois trouve l’occasion de rapprocher deux thèmes écologistes importants : la lutte des classes avec des mouvements ouvriers réprimés dans le sang, la cruauté et l’impunité des personnes aisées tout comme la misère issue de l’industrialisation d’une part et le rapport de l’homme à la nature comme soutien à son épanouissement d’autre part.
Aidée par un dessin chaleureux et agréable, cette bande dessinée permet de transmettre aux plus jeunes une petite connaissance de la culture et l’histoire ouvrière encore trop souvent mise de côté dans les manuels scolaires. Le côté fantastique apporte une touche de poésie à l’ensemble et ravira petits et grands !

Cher pays de notre enfance

Benoît Collombat, grand reporter au journal « Le Monde », signe avec cette BD un documentaire saisissant des années de plomb de la Vème république. Le titre, un brin nostalgique, nous renvoit à une image apaisée de l’époque du « c’était mieux avant » alors que l’image, la photo présidentielle du général De Gaulle éclaboussée de sang, interpelle les Français.es désireux.ses de mieux connaître leur histoire.
Pour les personnes qui n’ont pas vécu cette époque ou qui n’y ont vu que ce que les médias de l’état voulaient bien en montrer, cet ouvrage soulève les secrets d’état honteux de notre beau pays.
Avec Etienne Davodeau et Benoît Collombat, plongez dans les magouilles de l’état au travers de nombreux scandales. Assassinat du juge Renaud, meurtre du ministre Roger Boulin, exactions du SAC (service d’action civique, un genre de milice à la solde des gaullistes)… la liste des pratiques honteuses de la droite française est longue et violente. Les liens avec la Françafrique et le personnage de Jacques Foccart apparaissent comme une porte ouverte sur un monde tout aussi obscur et malodorant (que vous pouvez appréhender grâce à l’excellent documentaire «
Alors qu’on assiste à une sorte de bienveillance à l’égard du général de Gaulle, repris par de nombreux candidats à la présidentielle, on peut se poser la question de l’enseignement de l’histoire dans notre pays et de la fascination nauséabonde pour des hommes forts.
« Cher pays de notre enfance » est un ouvrage incontournable pour comprendre une page de notre histoire qui, aujourd’hui encore, est loin d’être complètement tournée.

Repenser l’Alsace autrement…

L’Initiative Citoyen Alsacienne 2010 lance un « Appel aux élus alsaciens » dont nous publions des extraits. En effet, le gouvernement et sa majorité considèrent que la « réforme territoriale » est entérinée et on ne reviendra plus là-dessus. Il est méritoire que des associations s’élèvent contre cette forme d’oukase que des élus alsaciens semblent à présent accepter contre des « mesurettes » que M. Rottner, jadis opposant farouche du Grand Est, veut mettre en place pour faire passer la réforme… rejetée à près de 90% par les Alsaciens interrogés.

Pour ne pas tomber dans ce qui pourrait être considéré comme un « repli sur soi » (ce qui peut bien exister dans certaines organisations), nous publions ci-dessous une réflexion de Bernard Umbrecht qui permet de pousser la réflexion au-delà des lieux communs et lui donne une vraie hauteur de vue sur les enjeux démocratiques qui se posent dans le cadre d’une société mondialisée qui remet les anciennes structures étatiques chaque jour en cause.

« L’Alsace est actuellement en quête d’une nouvelle manière de s’individuer. Cela s’exprime par une aspiration à un retour à son ancienne existence institutionnelle. Cette région me paraît détenir un potentiel d’expérimentation de cet internation contre le dogme national de l’unicité qui se résume dans le slogan absurde de un peuple, un Etat, une nation, une langue, qui empêche la pleine reconnaissance des langues régionales y compris l’allemand comme langues de France. Cette reconnaissance est une condition nécessaire mais non suffisante. Les langues régionales ne peuvent se résumer – même si ce n’est pas négligeable – à des facilités pour trouver des emplois chez nos voisins. Elles véhiculent aussi des cultures. D’autres chantiers doivent être ouverts si l’on veut éviter une simple restauration du passé pour une continuation de la politique telle qu’elle a été menée par les mêmes jusqu’à présent. La question est : si retour aux anciennes institutions – et pourquoi pas de nouvelles ?– ce serait pour faire quoi ? Au cours d’une récente rencontre, l’on s’est demandé ce qui pourrait mobiliser dans un projet commun, dans une même région, « alsaciens «  et « non-alsaciens », en fait dialectophones et non dialectophones et/ou anciens et nouveaux arrivants ? En déplaçant la focale, on peut trouver des réponses. Dans le fait, par exemple, que nous partageons une même nappe phréatique de plus en plus polluée de nitrates et de pesticides ou dans le fait – autre optique – que nous avons en commun avec nos voisins suisses et du pays de Bade, sur le Rhin, une centrale nucléaire qu’il est temps de fermer. Nous avons en commun avec l’ensemble des habitants de la planète la lutte contre les effets de l’anthropocène. D’autres pistes existent. Nous avons un remarquable modèle de sécurité sociale, hérité de Bismarck, et qui fonctionne bien, à défendre, etc …etc.. . Il serait bon aussi bien sûr pour faciliter les relations avec les autres que les « alsaciens » sortent de leur béate innocence à propos de tout ce qu’il s’est passé dans le siècle écoulé, ils ont à prendre aussi leur part de responsabilité. »

 Bernard Umbrecht

A lire le texte entier sur http://www.lesauterhin.eu/bernard-stiegler-1917-2017-et-apres/

 

Appel aux élus d’Alsace

L’Alsace se trouve à la croisée des chemins. Soit elle disposera à l’avenir des pouvoirs et des moyens lui permettant de définir et de gérer ce qui lui est propre, tout en définissant et gérant avec d’autres ce qui est commun, soit elle disparaîtra dans les oubliettes de l’histoire, alignée qu’elle serait sur l’uniformité jacobine qui se veut d’unir les mêmes et non les différents et qui ce faisant créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque[1].

 Pour définir ce qui est propre à l’Alsace, il faut raisonner, en premier lieu, en termes d’espace. La première identité de l’Alsace est géographique. L’Alsace, ce n‘est pas qu’une extrémité orientale de la France. Elle n’est pas qu’une fin de France, un finistère. Elle est le début de la Mitteleuropa, son extrémité occidentale. Et c’est en premier lieu de sa situation géographique que découlent ses particularismes, ses besoins et ses intérêts propres, qu’il s’agisse en particulier de bilinguisme, de culture, d’économie, de transport ou de transfrontalier. La dimension transfrontalière est dans l’ADN de l’Alsace[2].

(…)

Au moment même où au niveau national l’amitié franco-allemande est proclamée en permanence, l’Alsace peut-elle accomplir son devoir historique et culturel, celui d’être le trait d’union ? Sert-elle de champ d’expérimentation de la coopération franco-allemande au quotidien ? Est-elle un exemple et une référence pour les autres États membres de l’Union européenne en la matière ?

La France n’a jamais conduit en Alsace une politique à la hauteur des enjeux, obsédée qu’elle est par l’égalitarisme et coincée qu’elle est dans son centralisme, et l’Alsace n’a jamais disposé des pouvoirs et des moyens pour le faire.

Pourtant ces particularismes, ces besoins et intérêts propres sont aussi, au travers de l’Alsace, ceux de la France. Qu’aujourd’hui, la France ne l’oublie pas au moment où l’Alsace revendique une nouvelle institution politique.

Tout en opérant des avancées considérables en matière de droits, de libertés et de progrès social, la France n’a jamais entrepris une véritable prise en compte du fait régional, les collectivités territoriales ne constituant, pour le mieux, que des modalités d’organisation administrative, même si des ouvertures ont été obtenues. La chose est bien connue et maintes fois dénoncée, et pas par les moindres, mais jamais vraiment réformée.

 Nous appelons de nos vœux une nouvelle répartition des pouvoirs et des compétences entre l’État et les Régions. Un nouveau pacte devrait intervenir. Ces dernières devraient pouvoir gérer ce qui ne relève pas expressément de l’État, autrement dit, tout ce qui n’est pas régalien. La dualité de l’organisation étatique ainsi créée reposerait et se construirait sur une double loyauté des citoyens : l’une à l’égard de l’État, l’autre à l’égard de la Région. Mais le grand soir du girondisme n’est pas arrivé.

Pour l’heure, L’Alsace demande et nécessite pour exister en tant que telle une institution politique propre bénéficiant de vraies compétences, les unes transférées par l’État, les autres par la Région Grand Est. Les plus importantes, et les plus déterminantes, celles qui correspondent en premier aux particularismes, aux besoins et aux intérêts propres seraient celle de l’économie avec l’attractivité et le tourisme, celle de la gestion de la langue et de la culture régionales (bilinguisme français-allemand standard et dialectal, scolaire et sociétal, formation des enseignants et des communicants, enseignement de l’histoire et de la culture d’Alsace, politique culturelle…), celle aussi de la gestion de la coopération transfrontalière permettant de travailler à hauteur de pouvoir avec nos partenaires du Rhin supérieur.

Au-delà du contenu, il s’agit aussi de donner une structure et un mode gouvernance à la nouvelle institution. L’Alsace est par elle-même une métropole, tant tout y est proche et lié, une métropole qui resterait à instituer et qui fédèrerait les pays qui la composent.

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est à la reconstruction, tant l’Alsace a perdu en substances économique, linguistique, culturelle… ces dernières décennies. Le temps n’est plus aux tergiversations, aux conflits de personne ou aux intérêts partisans. Le temps est à la démocratie[3]. Le temps est à la prise de responsabilité et à l’unité.

[1] Il existe en effet des statuts particuliers en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux Antilles, en Corse, à Paris…

2L’Alsacianitude est une confluence et une synthèse.

3 C’est-à-dire dans ce cas au «  droit et [à] la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part importante des affaires publiques ». cf.  Charte de l’autonomie locale ratifiée par la France le 17 janvier 2007.

 

 

Multiplexe à Wittenheim : un mauvais thriller !

Revoilà le saugrenu projet de multiplexe cinématographique de Wittenheim sur la table, à défaut d’être sous le tapis. La frénésie pour les surfaces commerciales et de loisir en périphérie des villes et des villages ne semble pas faiblir. A contrario, l’action de M2A en faveur d’une véritable politique durable et d’équilibre des territoires peine, pour le moins, à se dessiner.

Reprenons les faits. Dans « l’Alsace » du 8 janvier 2016, Antoine Homé, maire de Wittenheim, appuie un projet de multiplexe cinématographique de 10 salles porté par le groupe Cinéville. Avançant une batterie d’arguments favorables à cette réalisation et au choix du site, le maire se doute déjà qu’une opposition farouche marquera sa désapprobation, principalement chez les exploitants actuels de cinémas et parmi les élus mulhousiens. La commission départementale d’aménagement commercial/cinématographique (CNAC) rejette le projet le 2 février obligeant les acteurs favorables au dossier à revoir leur copie.

Passion commune pour le 7e art chez les édiles de Cernay et de Wittenheim

Il faut dire que Wittenheim n’est alors pas la seule commune en lice pour accueillir un cinéma : à Cernay aussi on veut du grand écran… en tout cas à la mairie. Pas loin de 1800 sièges contre pratiquement 2000 dans le Bassin potassique. La folie des grandeurs alors qu’au même moment le cinéma Le Florival à Guebwiller souhaite modestement s’agrandir.

La salle apprend qu’un nouveau projet de multiplexe voit le jour

Mécontent d’être retoqués, Messieurs Homé et Sordi préparent la riposte, comprenez le recalibrage des projets. Pour Cernay, la nouvelle mouture (7 salles pour près de 1000 sièges) est validée de justesse en CDAC du 25 avril 2017 par six voix contre quatre mais validée quand même. Comme on pouvait s’y attendre, un recours est déposé auprès de la CNAC (Commission Nationale d’Aménagement Commercial/Cinématographique) qui, de façon hallucinante, suit l’avis favorable émis précédemment. Enfin on hallucine surtout quand on regarde la composition de cette instance : un entre soi d’élus et de hauts-fonctionnaires[1]. Exit les associations environnementales et les collectifs citoyens. A Wittenheim la nouvelle est tombée le 20 novembre 2017 : la proposition retravaillée de 6 salles et 1253 sièges obtient une majorité de cinq voix contre trois oppositions. Le maire dit se réjouir (l’Alsace du 21/11/2017) d’un tel vote oubliant au passage l’opposition exprimée. Passer en force, continuer la fuite en avant et raisonner comme un élu du siècle passé, voilà qui résume la manière dont le premier magistrat de Wittenheim gère ce dossier.

Troublantes et condamnables complicités

Plus étonnant, le soutien de M2A revendiqué par l’édile. Il faut dire que le jeu politique communautaire nous a habitués à un niveau digne d’une cour de récréation. Sans doute est-ce dans la continuité de la rivalité Rottner-Jordan qu’il faut chercher le soutien à ce projet néfaste. L’ancien maire de Mulhouse n’ayant pas réussi à devenir calife à la place du calife s’est mis à dos bon nombre d’élus de l’agglomération ; ces derniers ayant apporté leur soutien à Fabien Jordan attendent peut-être en retour d’être confortés dans leur image de maires bâtisseurs. Antoine Homé a t’il obtenu le feu vert du nouveau Président de l’agglomération ? Si tel est le cas, M2A va devoir s’expliquer sur ses véritables priorités.

La fiction d’un projet aux atouts multiples

Car cette implantation d’un méga cinéma sur le carreau Anna cumule les non-sens. Monsieur Homé parle d’une « desserte idéale » et fait par là-même un aveu terrible : pour lui seule compte l’accessibilité automobile. Pas la peine de chercher, les mobilités douces sont inexistantes : pas de trottoir digne de ce nom (mais qui a envie de marcher entre des parkings bondés et une 2X2 voies ?), pas de bandes cyclables, un bus de journée avec un arrêt situé à près d’un kilomètre (pas très pratique pour aller voir des films en soirée…).

[1]https://www.entreprises.gouv.fr/cnac/composition-la-commission

La transition énergétique version M2A dans le domaine des transports, déjà bien utopique, risque d’être sérieusement décrédibilisée. Le cocktail voitures thermiques, parkings XXL et étalement urbain est particulièrement néfaste. Certains élus ont visiblement loupé un épisode, celui de la COP 21. Et s’ils sont climato-sceptiques qu’ils le disent (certains ont visiblement des doutes à partager[1]), au moins on y verra plus clair ! On aimerait d’ailleurs que Monsieur Spiegel, commissaire à la Transition énergétique se fasse davantage entendre sur ces dossiers chauds et pas seulement sur la (nécessaire) réinvention de notre modèle démocratique.

Il est également question d’associer « sport et culture ». S’il s’agit en partie d’une affaire de goût, on peut tout de même relever qu’une séance de C.A.F.(cuisses abdos fessiers pour les initiés) chez Décathlon pour perdre du poids et sculpter son corps revient à vouloir corriger les effets d’une trop grande dépendance à la voiture individuelle alors qu’un peu de vélo ou de marche suffisent à se sentir mieux : CQFD.

Pour la culture on repassera également : n’ayons pas d’illusions, les grands exploitants servent des blockbusters testostéronés qui participent à la diffusion d’un modèle de consommation qui justement fait des ravages. Ce désir de multiplexe en est le syndrome. Des élus qui se réclament de gauche profitent à fond de ce monopoly néolibéral ; créer des emplois (précaires) ici revient à en détruire ailleurs. En clair : si un multiplexe voit le jour à Wittenheim, c’est la mort du Kinépolis à Mulhouse (desservi lui par le tramway !) et peut être même d’autres cinémas !

Au final, alors que les villes se meurent de la fermeture en pagaille des commerces de proximité avec le développement à outrance des enseignes de périphérie, on poursuit dans ce délire auquel même les libéraux britanniques ont fini par renoncer[2]. En cela ce combat est symbolique : quels paysages voulons-nous laisser à nos enfants ? Des superficies entièrement artificialisées, bétonnées et livrées aux spéculateurs ? La France et à fortiori la région mulhousienne ressemblent de plus en plus aux Etats-Unis et ça n’est pas prêt de s’arrêter.

[1]A écouter à partir de 9mn40s :

https://www.mixcloud.com/radio-mne/f%C3%AAte-de-l%C3%A9nergie-05102017/

 

[2]http://www.club-ville-amenagement.org/_upload/ressources/actualites/2017/cva_avril_2017.pdf

©Patrick Messina

En 2010, Télérama, précurseur et un brin donneur de leçon, titrait « Comment la France est devenue moche »[1]. Le premier cliché de cet article, qui est reproduit ici, a été pris au Kaligone, à deux pas du carreau Anna où on voudrait faire trôner un nouveau temple des superproductions hollywoodiennes. A-t-on seulement tiré les leçons des échecs du passé et de la désagrégation du modèle sociétal nord-américain ? A lire ce qui précède on peut légitimement en douter… .

Loïc MINERY

[1]http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php

Inclusif… en exclusivité!

Par ces lignes, je veux défier cette docte assemblée qu’est l’Académie Française, farouche gardienne de la langue française. Car elle vient, à l’unanimité s’il vous plaît, de rejeter l’usage de l’écriture inclusive.

Petite explication pour celles et ceux qui ignore ce que c’est : il s’agit d’une « graphie », une représentation écrite d’un mot, qui accorde les fonctions, métiers, grades et titres en fonction du genre : on parlera ainsi de chroniqueuse, chercheuse… Ensuite, l’utilisation à la fois du féminin ET du masculin quand on parle d’un groupe de personnes, soit par l’utilisation de ce qu’on appelle la double-flexion – « les auditrices et auditeurs ». On peut aussi rajouter un « e » entre parenthèses à la fin d’un mot masculin pour le féminiser : ainsi écrire « candidat(e) ».

Les Académiciens et Académiciennes estiment qu’il s’agit là d’un «péril » mortel et ils lancent un « appel solennel » pour que cesse cette « aberration » sic…Cette volonté de féminiser les mots n’est pas nouvelle, les cercles féministes ont toujours combattu cette règle grammaticale qui veut que le masculin l’emporte systématiquement sur le féminin. Ils y voient une discrimination à l’égard des femmes d’autant plus que cette règle grammaticale date de 1647, l’Académie a alors tout juste 13 ans, quand un de ses membres, Claude Favre de Vaugelas, préconise que le masculin doit l’emporter sur le féminin car « le masculin est plus noble que le féminin ».

Rappelons également qu’à cette époque, les femmes sont interdites d’université et elles le seront jusqu’en 1880. Le caractère sexiste de cette mesure est totalement avéré. D’ailleurs avant cette sentence de Vaugelas, la féminisation des mots était la règle dans notre langue : jusqu’au 17e siècle, une femme écrivaine était appelée une « autrice » au moment où les femmes investissaient la sphère intellectuelle et prenaient donc de plus en plus d’importance dans la société. Pour la petite histoire, sa forme modernisée, « auteure », date des années 90 et vient de nos amis québécois.

Est-ce que cette écriture inclusive met la langue française en danger comme le prétend l’Académie Française, rejointe sur ce point par le Ministre de l’Education Jean-Marie Blanquer ou le philosophe Raphael Enthoven, tous les deux ne sont pas, il est vrai, à classer dans la catégorie « progressiste »…

On peut penser que le risque que court la langue française est bien ailleurs que dans l’écrite inclusive. L’écriture phonétique utilisée par le rappeur Jul dans ses tweets est sûrement tout aussi mortifère pour la langue. Et que pensez de l’utilisation de plus en plus fréquente de l’anglais dans des expressions françaises. Et bientôt de mots arabes…

Car il en va ainsi : n’en déplaise aux (trop) sages Académiciens, une langue évolue. Sinon, elle est morte comme l’est le latin ou le grec. Il n’est pas scandaleux que le dictionnaire rédigé sous le contrôle de l’Académie française intègre chaque année des mots d’une autre langue dans l’usage du français. Tiens, au hasard, piqué aux Allemands : bretzel, diktat, ersatz, kitsch, knödel, land, mark, nickel ; aux Anglais, job, jogging, ketchup, knock-out, laser, lift, lob/lober, match ; aux Arabes : méchoui, mechta, medersa, médina, merguez, moka et même aux Cingalais le terme de nélombo.

Alors, pourquoi la féminisation des mots seraient-elles « une aberration ». L’écriture inclusive ne conduirait-elle pas efficacement à aider à gommer ces discriminations qui veulent qu’une fille joue à la poupée et un garçon se projette en mécano ?

Ce message même pas subliminal donné aux petites filles dans les écoles « le masculin l’emporte sur le féminin » n’est-ce pas déjà légitimer le fait qu’un jour la jeune femme au travail gagnera 20% de moins que son collègue homme, qu’on lui confiera moins de responsabilité, sans qu’elle n’y trouve à redire, tout cela illustré par une règle grammaticale reflétant la volonté dominatrice des hommes sur les femmes.

Mais la roue de l’Histoire tourne, tourne, inlassablement. Les femmes, on le voit encore récemment, veulent conquérir une égalité réelle dans tous les domaines de la vie. Il serait étonnant que la grammaire n’y passe pas un jour ou l’autre.Et en attendant, vous pourrez toujours retrouver sur L’Alterpresse68, des chroniqueuses et des chroniqueurs qui ne manqueront pas d’osez l’écriture inclusive. Mais nous ne demandons aucune exclusivité…

Michel Muller

ABSURDITE DE LA MEGA-REGION GRAND EST : LA PREUVE PAR …

La commission de licences d’entrepreneur de spectacles vivants

 

La licence d’entrepreneur de spectacles est une obligation qui remonte à 1945 pour tous les organisateurs au-delà de six manifestations par an, que l’objet principal de leur activité soit le spectacle vivant ou non. Elle permet d’assurer une conformité des postulants aux règles de sécurité des lieux accueillant le public, et également d’avoir un regard sur le respect de la législation sociale portant sur l’emploi des personnels artistique et technique.

Le défaut de licence est sévèrement réprimé : il peut engendrer de deux à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 30 000 à 150 000 euros selon les cas. Sur le papier, en tout cas, car ces sanctions ont tendance à y rester, sur le papier, tant ce dispositif  est menacé, notamment par Bruxelles, au nom de la fameuse entrave à la libre concurrence, etc. ! Mais ceci est une autre histoire.

Ce sont les DRAC (Directions régionales des Affaires culturelles) qui ont en charge d’organiser les commissions d’attribution des licences, sous l’autorité des préfets, ces derniers en désignant les membres, dont des représentants des organisations syndicales.

La DRAC Alsace examinait jusqu’à présent trois fois par an une cinquantaine de candidatures en l’espace d’une demi-journée. La proximité géographique permettait aux représentants des salariés d’avoir une certaine connaissance du terrain et donc des postulants.

La constitution du Grand Est et l’extension de la commission à l’ensemble des trois anciennes régions a évidemment multiplié par trois le nombre de dossiers de candidatures à examiner, et ce en une seule journée.

Mais surtout, les structures demanderesses sont pour la plupart, en raison du territoire plus large, totalement inconnues des représentants syndicaux, privés pour cette raison d’éléments d’appréciation.

Cet état de fait contribue à vider encore davantage la licence de son efficacité et obère sa capacité à protéger les salariés de ces entreprises tout en fournissant des arguments à ceux qui souhaitent la disparition du dispositif.

Il est en outre peu probable que la fusion des trois commissions en une seule ait réalisé des  économies en terme de coût au vu des déplacements plus importants que les membres de la commission doivent effectuer, entraînant des frais de bouche, voire des nuitées.

À ma question de savoir si la grande région a permis de réaliser les économies annoncées, un conseiller de la DRAC répondra indirectement en confirmant l’apparition consécutive d’une strate hiérarchique supplémentaire : a-t-on renoncé à des instances de proximité élues pour privilégier le mille-feuilles administratif en voie de recentralisation ?

Daniel MURINGER

Tout numérique ? Tous foutus !

Les gadgets ont toujours existé : la pince à sucre, le découpe-oeuf et tous leurs amis qui ajoutent pendant un temps de la magie avant de finir immanquablement au fond d’un placard à prendre la poussière une fois leur inutilité mise à jour. On refourgue, on offre, on abandonne, bref, le gadget n’a rien d’essentiel à la vie mais il peut fasciné un temps et il y a toujours des personnes pour s’enthousiasmer pour ces « musts » du moment. Parmi ces fans de la nouveauté, on retrouve les membres du conseil départemental.

Et oui ! Les mêmes qui se plaignent que les caisses sont vides, ont pourtant réussi à débloquer assez de fonds pour doter tous les élèves d’établissement pilote en tablette numérique, sans aucun doute le gadget le plus onéreux et le moins utiles de la boîte à outils de l’enseignant. L’ambition était de faire un test mais il n’y a aucun retour à mi-parcours sur les progrès ou les régressions liés à l’utilisation de ces tablettes dans les classes. Plus de 600 tablettes achetées et aucune réflexion sur leur sens ? Bravo pour la gestion du budget. Et après, on vient dire aux personnes en situation de précarité que c’est le RSA qui coûte trop cher…

La nocivité des tablettes dans le milieu scolaire

Mais non seulement les tablettes sont un gadget coûteux et dont l’efficacité n’est pas prouvée mais elle a en plus un impact négatif sur la santé. Les enfants passent en moyenne 15 heures par semaine devant les écrans et cela varie beaucoup qu’on soit dans un milieu aisé ou dans un milieu plus modeste. Les problèmes qui découlent de cette surexposition aux écrans sont nombreux et touchent beaucoup les enfants : baisse de concentration, sédentarisation, addiction et, le plus évident, l’impact sur la vue.

… et dans l’impact écologique!

Du point de vue écologique, c’est aussi une catastrophe ! Les métaux rares utilisés, cobalt, lithium et bien d’autres, voient leur nombre, leur coût et leur production exploser. L’impact environnemental des mines est énorme, entraînant la pollution de régions entières. De plus, on va chercher ces composants dans des pays où les conditions de travail sont souvent digne d’un roman de Zola, exploitation des enfants inclus. Encore une fois, tout cela pour que nos chères têtes blondes puissent « apprendre en s’amusant » et « maîtriser l’outil informatique ». A quoi peut bien servir un cours d’éducation morale et civique si à l’école déjà, on justifie l’exploitation de l’Autre pour satisfaire une lubie dépourvue de sens ?

A grand renfort de « journées de formation » où des professeur-e-s essaient d’enthousiasmer leurs collègues avec des applications « trop cools », qui permettent aux enfants de « vraiment s’amuser », le projet avance sans que le corps enseignant, très engourdi par l’augmentation de son travail, ne réagisse avec une quelconque vigueur. « A cheval donné, on ne regarde pas les dents », dit le proverbe. Et pourtant, il serait bon de réfléchir au projet pédagogique qui se trouve derrière cette distribution de tablettes. Les enfants apprennent-ils mieux ? Aucune étude ne le prouve.

Où est l’efficacité pédagogique?

Certains parents font part de leur scepticisme mais sont vite relégués à la marge. « Le numérique, c’est l’avenir ! » nous dit-on. Mais alors, pourquoi les tablettes et pas les ordinateurs des salles informatiques qui permettent tout de même plus de manipulation ? Si le but, c’est d’instruire les programmeur-se-s dont l’industrie a besoin, quel est le sens de faire un quiz sur sa tablette en cours d’anglais ? A-t-on besoin d’une tablette par élève pour faire un cours ou deux dans l’année sur l’utilisation de l’internet ? Il existe des établissements où tous les cours sont pris sur la tablette, bien que les neurosciences démontrent l’inefficacité d’un tel processus par rapport à la prise de note au crayon.

Avec des locaux en décrépitude, des connexions souvent défaillantes et le manque de personnel, la tablette numérique ressemble avant tout à un gâchis d’argent public et à une faillite de l’institution scolaire qui ne sait plus que faire pour remonter le niveaux des élèves. Quant à la formation des enseignant-e-s, le plan de formation n’a jamais été aussi pauvre que cet année…

Une dernière question se pose sur l’entrée des entreprises privées dans les écoles quand on sait que ces tablettes ont été achetée à de grandes compagnies telles que Apple et que l’ancienne ministre de l’éducation, Mme Vallaud-Belkacem, a signé pour plusieurs millions d’euros l’achat de licences Microsoft (Windows) pour les écoles, laissant l’usage de Linux(libre) aux seuls enseignant-e-s militant-e-s.

La voix des enseignant(e)s

Heureusement, des enseignant-e-s s’insurgent. Certain-e-s agissent officieusement, pour ne pas s’attirer les foudres de la hiérarchie, désireuse de plaire ou non-informée des enjeux liés à l’utilisation des tablettes numériques. D’autres, moins nombreux-ses, s’opposent officiellement au discours hors-sol de l’éducation nationale. En 2015, des personnels de l’éducation signent « l’appel de Beauchastel » pour dénoncer la part grandissante du numérique dans les politiques menées par le ministère mais aussi le manque de réflexion des élu-e-s locaux. Si un mouvement de refus du tout-numérique doit s’organiser en France, ce n’est pas par le gouvernement, trop heureux de compter l’école comme une plateforme d’achat, que cela passera. Non, il faut s’informer et informer autour de soi pour que les parents d’élèves et les enseignant-e-s soucieux-ses refusent de participer à cette mascarade.

Cécile Germain

Deux infos qui n’ont rien à voir avec cet article… quoique…?

  • Mercredi soir, à 19h devant le Tilvist (23 rue de la Moselle) aura lieu la vélorution mensuelle avec comme dress-code la couleur rouge. Nous avons invité la presse car nous avons des revendications concernant les aménagements vélos rue des Bonnes Gens et nous organiserons une action en rapport.
  • Samedi: grande manif contre le GCO à Strasbourg car la ZAD a réussi à stopper les travaux qui devaient commencer mercredi dernier et les militant-e-s attendent la suite des événements. Beaucoup soulèvent que MM. Ries, Hermann et Richert auraient beaucoup à perdre avec l’abandon du projet et c’est pourquoi ils pèsent pour l’avancée des travaux bien que les recours juridiques ne soient pas arrivés à terme.

CONSIDERATIONS DIVERSES SUR LA NOTION DE PATRIMOINE

Dimanche 17 septembre dernier a été une nouvelle « Journée du Patrimoine », manifestation créée en 1984 et promue européenne depuis 1991.Consacrée d’abord aux monuments historiques, selon l’appellation initiale de son instigateur Jack Lang (« Journée portes ouvertes dans les monuments historiques »), elle en reste marquée par une forte propension à mettre en valeur avant tout les témoignages architecturaux construits par l’aristocratie et l’Eglise catholique, auxquels s’ajoutent les ouvrages militaires.

Châteaux, forts ou de plaisance, manoirs, cathédrales, églises, monastères et cloîtres, ainsi que fortifications édifices religieux sont autant de traces de la suprématie des castes dominantes, selon le dogmeétabli par Adalbéron de Laon au début du XIè siècle, qui scella à jamais, du moins l’espérait-il, la division du corps social en trois ordres, les bellatores, ceux qui combattent, les oratores, ceux qui prient et les laboratores, l’immense majorité, ceux qui triment pour les deux autres et auxquels ils doivent obéissance, division voulue par Dieu : notre Président de la République n’habite pas un palais pour rien (palais toutefois visitable – gratuitement- un jour par an…)

Pour autant toutes ces demeures somptueuses ne sont pas accessibles le jour en question, loin s’en faut : nombre d’entre elles restent la propriété, ou des descendants de l’aristocratie ayant réussi leur reconversion dans le monde nouveau issu de la perte des privilèges féodaux, ou encore, et plus souvent, de la classe qui a supplanté la précédente, à savoir la bourgeoisie : ne pas confondre le patrimoine « public » avec le patrimoine « pas touche », genre celui de feue Liliane de Bettencourt.

Certes, on s’ennuierait ferme dans la France touristique, si nos anciens maîtres féodaux, seigneurs qui guerroyaient et prenaient du bon temps, ou prêtres et moines qui priaient pour le salut de nos âmes dans leurs cathédrales et monastères – tout en y accaparant le grain et le vin, quand ils n’en faisaient pas denrées de spéculation-n’avaient jonché l’hexagone des bâtisses à contempler pour occuper les jours où la pluie et le mauvais temps rendent les plages ou la campagne moins engageant.

Admirer, de temps d’une visite, le fruit du labeur de nos ancêtres

Alors, non sans un droit de passage souvent conséquent, nous pouvons, le temps d’une visite, admirer ce que nos ancêtres roturiers ont construit, forcés et contraints par les corvées, ou financé avec force gabelle, taille, dîme, octroi, sou additionnel. Et nous payons avec humilité et sans broncher à notre tour pour contempler le fruit de leur labeur extorqué sous la menace du sabre et du goupillon, histoire de bien savoir d’où on vient et de nous remettre à notre place : en bas. Qui donc parlait de servitude volontaire ?

Des demeures de nos ancêtres plébéiens, par contre, il ne reste rien, ou si peu. Pas la peine, d’ailleurs elles n’ont pas été bâties pour résister au tempset pour proclamer en toute éternité la gloire et puissance des rois solaires, mais juste pour se mettre à l’abri l’espace d’une brève et chiche vie.

A quoi a pu ressembler l’humble atelier du savetier médiéval et la chaumière du laboureur du temps des jacqueries ? On n’en saura jamais rien.

Au printemps dernier, me trouvant dans la longue file d’attente à l’entrée du Palais des papes à Avignon, dont le flux était en outre péniblement ralenti par les contrôles de sécurité, j’entends devant moi une adolescente se tourner vers sa mère et lui faire cette réflexion : « C’est quand même incroyable ! Nos ancêtres ont payé pour construire cet endroit, et on nous demande en plus de payer pour le visiter ». Il y a de l’espoir, me dis-je, le sens de la critique sociale n’est pas encore entièrement en ruines…

Car c’était très exactement la réflexion ce qui m’était venu à l’esprit quelques années auparavant, en visitant un château (privé) de la Loire (celui de Cheverny, en l’occurrence, domaine privé, qui servit de modèle à Hergé pour son fameux Moulinsart) : la famille laisse visiter le rez-de-chaussée, ce qui lui permet de continuer à habiter le premier étage.

Bien sûr, des bâtiments publics et davantage républicains ont rejoint la liste des lieux ouverts au public lors de la Journée du Patrimoine (universités, grandes écoles, musées), mais il n’en reste pas moins que le gros des manifestations relève du legs de nos seigneurs roturiers et ecclésiastiques.

L’héritage qu’a laissé le peuple dont la sueur et le sang ont cimenté les pierres des monuments historiques est ailleurs : ce sont notamment la foultitude des savoir-faire et des métiers, les outils qu’il laissé pour alléger sa peine.

Les langues du peuple sont aussi en péril!

C’est aussi les langues du peuple, car si le patois francilien, devenu la langue des monarques, a été imposé à tout le royaume ainsi qu’aux provinces conquises et annexées, les idiomes régionaux ont longtemps tenu bon, comme autant de refuges et de résistance à l’oppression.

Aujourd’hui, c’est peu dire qu’il s’agit d’un monument en péril : rien n’a été fait pour les conserver, tout au contraire. Nul Prosper Mérimée * ne fut chargé de voler à leur secours, ni de Stéphane Bern !Le principe de langue unique l’a emporté, instrument du pouvoir, au lieu de se contenter d’être la langue commune au milieu d’une foison de diversités linguistiques aussi enrichissante que la variété des chants d’oiseaux.

C’est pourquoi on ne peut qu’applaudir l’initiative de la Communauté de communes Sud Alsace Largue qui a consacré à ce thème le dimanche 17 septembre dernier, sa version de la Journée du Patrimoine. Bien placée, en outre, puisque le territoire de la « Comcom » englobe non seulement un espace alsacophone mais aussi roman.

La belle initiative des communes Sud Alsace Largue

Se sont succédé ainsi, tout au long de l’après-midi, dans l’agréable  Maison de la Nature d’Altenach, Fabrice CHEVROTON et Daniel BARNABE lisant des poèmes de Georges ZINK et d’Adrien FINCK (deux poètes et universitaires tous deux natifs de Hagenbach), de Ulrich RICHERT, Marcel SCHWOB, HINDER, en alsacien pour ces derniers, et de René PIERRE, en patois roman, « A TàgesÜssflugmìt ‘m Autobus », pièce de Christian HEIDENREICH adaptée par  Vincent  REY et la troupe théâtrale de Hindlingen, le groupe BABUSK, le rédacteur de ces lignes, avec des chansons traditionnelles et des mises en musique de poètes régionanux. On projeta le film d’un journaliste de Stuttgart, « Schmierwurscht et Baguette », qui dresse un tableau attristant de l’état de notre langue régionale, avec toutefois quelques notes d’espoir du côté des initiatives de parents de création d’écoles immersives et bilingues. Un débat animé par Julien STEINHAUSER et Andreas  OTTMAYER, le réalisateur,  a conclu la copieuse journée.

Les élus de Sud Alsace Largue concernés ont eu ce jour-là le grand mérite et l’intelligence d’avoir mis l’accent sur un aspect un peu du patrimoine populaire, en l’occurrence, sa dimension immatérielle, à défaut d’accumulation immobilière.

Daniel MURINGER

Elsassische Liaderszene

Um 1700 hàt d’r Fìrschtàbt Martin Gerbert behàuiptet, « as gìtt küm a Lànd üssr’m Elsàss, wu so viel gsunga, getàntzt un müsiziart wìrd ».
Drum dia viela Liadersàmmlunga wu ìn d’r Provìnzüssgfiahrt wora sìnn, un d’erschta devu, dia wum Goethe, sallamols Studant ìn Strossburg.

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Six chroniques contre l’air du temps

Fin février 2017, vingt éditeurs(1) avaient initié la campagne «Lire, penser, résister». Début avril, ils ont soumis une liste de soixante-dix titres (fictions, essais, bandes dessinées…) aux libraires. De nombreuses enseignes participent à cette opération salutaire, destinée à appréhender ce monde qui va mal, à conjurer le défaitisme, le fatalisme, la résignation, le repli sur soi… Continuer la lecture de Six chroniques contre l’air du temps