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Des élus vassalisés par le Crédit Mutuel ?

Le mois dernier, Radio MNE a diffusé, trois heures durant, une émission consacrée à la volonté du Crédit Mutuel de fermer l’imprimerie du journal L’Alsace à Mulhouse. Débutant par un reportage d’une heure sur place, lors d’une nuit d’impression,  les salariés ont fait part de leur incompréhension, leur désarroi et leur volonté de ne pas se laisser faire, l’émission s’est poursuivie par un débat dans les studios avec les syndicats, des élus politiques, des associations, des lecteurs… Et c’est là que nous avons été surpris par les interventions de Mme la maire de Mulhouse, Mme Lutz, et de M. Olivier Becht, député, qui avaient, il y a encore quelques jours exprimé leur total soutien au maintien de l’imprimerie à Mulhouse. Dans la soirée du 14 décembre, tout a semblé changer…

Depuis le début, les salariés pouvaient compter sur un soutien plus ou moins affiché de nombreux élus politiques. M. Becht fut même le premier à envoyer un courrier à M. Théry, PDG du Crédit Mutuel, pour lui faire part de sa désapprobation  devant son choix de liquider 70 emplois et tous les autres induits. Il est vrai que M. Becht avait de l’expérience : c’est sur sa commune de Rixheim que le Crédit Mutuel possédait une imprimerie, Roto Offset, d’où sortait le journal gratuit PAM (Petites annonces mulhousiennes). Au printemps 2012, la banque a décidé de fermer cette usine et licenciait 116 salariés… tout en promettant à M. le maire Becht des compensations devant cette grosse tuile industrielle et sociale. Il attend toujours… Fort de cette expérience, il a bien compris que les promesses n’engageaient que ceux qui y croient et exige donc, à nouveau, des contreparties à la fermeture de l’imprimerie mulhousienne cette fois-ci.

M. Becht croit avoir fait son job… et advienne que pourra !

M. Carli, l’exécuteur des basses œuvres du Crédit Mutuel, a bien compris le message. Il promet donc aux élus mulhousiens (municipalité et parlementaire) la création de « quelque chose dans le domaine du numérique » dans le cadre de l’initiative KM0 de Mulhouse. Les salariés voudraient en savoir plus, le « quelque chose » étant quand même un peu vague… La question fut donc posée à M. Carli lors de l’émission de radio MNE qui dit sans hésiter : « Il ne s’agira pas d’un outil industriel, mais plutôt d’une structure qui reste encore à définir tant dans son rôle que sa composition. » Cela pour répondre au Comité d’entreprise de L’Alsace qui propose que soit installée une imprimerie numérique, nouvelle technologie dans le domaine des industries graphiques et qui auraient toute leur place dans le projet de la ville. Mais le Crédit Mutuel n’en veut pas.

Et que dit M. Becht lors de la même émission : « J’ai eu des garanties de M. Carli que le Crédit Mutuel va installer un outil industriel dans le cadre de KM0 ». Et donc je n’ai plus rien à redire à la fermeture de l’imprimerie du journal ! Naïf, M. Becht ? On à peine à le croire vu son parcours et son pédigrée. Alors, quelque peu manipulateur, le député ? Ce serait plutôt dans ce registre qu’il faudrait chercher. M. Becht a sûrement eu des assurances, comme en 2012 en tant que maire de Rixheim. Son soutien aux salariés du journal était donc une simple manipulation d’un député voulant apparaître soutenant son électorat…mais flanchant à la première promesse de Gascon d’une banque qui a d’évidence des arguments pour tranquilliser le député.

Mme Lutz : « Les élus ne peuvent intervenir dans la gestion des entreprises »…

Mme la maire de Mulhouse nous a également surpris lors de cette émission. Elle qui, a plusieurs reprises, a manifesté son soutien aux salariés du journal, semble bien plus timide à présent. Elle aussi, a-t-elle reçue des « garanties » quant à la liquidation de 70 postes de travail et autant d’emplois indus ? Si ce sont les mêmes que M. Becht, elle devrait être bien plus méfiante que le député quelque peu éloignés des contingences de son électorat préoccupé qu’il est par son ambition pour sa carrière qui est, paraît-il, incommensurable. L’ambition, pas la carrière…

Mais Mme Lutz ne peut affirmer que les élus ne sauraient intervenir dans la gestion des entreprises ! Non seulement ils peuvent mais ils doivent ! Ou bien cela signifierait que les politiques ont totalement capitulés devant le moloch économique… et ils alimenteront dès lors, encore plus la méfiance des citoyens à l’égard de la politique.

Tout n’est pas perdu, cependant, pour Mme la maire ! La FILPAC-CGT, syndicat majoritaire dans l’entreprise, a commandité des experts pour bâtir un projet d’imprimerie numérique dans le cadre de KM0. Cela ne créerait sûrement pas de très nombreux emplois, mais serait un complément de ressources pour l’imprimerie du journal.

Soutenir un tel projet, Mme Lutz, n’est pas une dangereuse immixtion dans la gestion d’une entreprise : c’est rappeler au Crédit Mutuel qu’il a des droits et des devoirs. Si les entreprises bénéficient de soutien public et exonérations diverses des collectivités locales, ces dernières doivent leur imposer leurs devoirs : celui de développer un espace économique et non pas l’appauvrir en liquidant, sans véritable justification, un outil industriel.

Les deux mensonges du Crédit Mutuel

Pour convaincre ces deux élus, le Crédit Mutuel a développé une stratégie de communication qui convainc ceux qui veulent être convaincus. Même dans une partie de la rédaction, ce qui est bien dommage.

Premier mensonge : la fermeture de l’imprimerie n’aura pas d’incidence sur le titre L’Alsace. Cela n’est tout simplement pas possible techniquement. Même les imprimeurs des Dernières Nouvelles d’Alsace qui imprimeraient le journal mulhousien selon le crédit Mutuel, en conviennent : il est impossible d’imprimer dans les délais les deux quotidiens sans une réduction du nombre d’édition, sans une heure de bouclage précoce pour L’Alsace, sans une accélération du nombre d’articles et de pages commun.e.s aux deux journaux. Et, tôt ou tard, le Crédit Mutuel imposera le journal unique devant les contraintes de l’impression à Strasbourg.

Second mensonge : les compensations. Dans le  plan de M. Carli, il n’y a qu’une seule certitude : la fermeture du centre d’impression mulhousien. Tout le reste : développement, investissements, créations éditoriales, sont de vagues promesses, non datées, non chiffrées. Ce ne sont que des arguments pour tenter de dévoyer le refus des imprimeurs de perdre leur emploi « puisque c’est le passage obligé pour préserver les autres salariés ». Arguments archi-rebattus à tout occasion par le patronat pour casser la solidarité entre les salariés et faire accepter les « sacrifices »… Cela est évidemment favorisé par la division syndicale qui fait preuve, une nouvelle fois, du poison qu’elle représente pour les travailleurs quand les syndicats ne veulent pas s’entendre.

Des élus qui restent fermes…

Pour les salariés du journal qui ne perdent pas espoir de préserver leur entreprise, tous les élus ne semblent pas sensibles aux mensonges du Crédit Mutuel et ne semble pas se laisser vassaliser comme d’autres.

Dans un courrier ferme, le Conseil départemental du Haut-Rhin rappelle à M. Théry qu’il ne compte pas se laisser abuser et qu’il a bien compris les enjeux qui se profilent au-delà de la fermeture de l’imprimerie.

On le voit, MM. Théry et Carli veulent présenter la fermeture de l’imprimerie comme acquise et irrévocable, ils devront encore compter sur une résistance dans le Centre- et Sud-Alsace. 2018, année erratique pour le Crédit Mutuel ?

Michel Muller

Etats généraux des migrations…Vite!

Quelques 500 tracts distribués rapidement devant la gare de Mulhouse ce 18 décembre, journée mondiale des migrants. 

 Symbolique, oui…mais pas que….

 Les milliers d’enfants, de femmes et d’hommes accablés.e.s par les violences, les dangers de mort sur les routes de l’exil, ne laissent plus indifférents une opinion publique recrue  de mensonges, de phantasmes, de calculs électoraux de politiciens minables, de désinformation.

 Le mépris des droits humains, la criminalisation des bénévoles, les financements de camps de tri en Libye, l’abandon de milliers de mineurs totalement isolés aux hasards et dangers de la rue, interrogent de plus en plus une opinion publique qui évolue rapidement sur ces sujets, qui comprend la réalité des drames et l’indigence des politiques publiques proposées – en France notamment.

 500 associations et collectifs nationaux voulaient d’abord affirmer ce 18 décembre que ces politiques de chasse au migrant, de violation des droits humains élémentaires ne sont pas conduites en notre nom.

 La France de l’accueil s’est mise en mouvement par ses mobilisations de citoyens solidaires et responsables, eux…

Les dispositifs les plus répressifs

 Mais ce gouvernement, celui de Monsieur Macron, prépare un projet de loi qui durcit encore les conditions d’accueil des migrants; il invente des dispositifs qu’aucun gouvernement n’avait encore osé imaginer (éloignement vers des pays de transit, refoulement pur et simple à la frontière franco – italienne, dispositif de renvoi massif de sans – papiers mais aussi de demandeurs d’asile, contrôles policiers jusque dans les centres d’hébergement sociaux ou d’abri d’urgence, redéfinition de la notion de pays sûrs, réinvention des centres d’assignation à résidence à proximité des aéroports, mobilisation de dispositions  issues du dispositif anti – terroriste pour se dispenser du contrôle judiciaire tels les contrôles au faciès, les zones de contrôles frontaliers élargies…).

 Outre que nombre de ces dispositions sont en contradiction avec des dispositions légales nationales et européennes, avec nombre de conventions internationales signées par la France, elles sont présentées par le locataire de l’Elysée comme un dispositif rationnel, équilibré humain… »efficace » en somme.

 En fait il s’agit désormais de sous – traiter la demande d’asile, ses garanties légales nationales et européennes,  ses principes fondateurs même, à des pays tiers (Turquie comme référence et Tunisie, Maroc, Algérie, Niger, Mali sans doute demain).

Le distinguo entre « demandeurs d’asile » et « migrants économiques » cher à Emmanuel Macron ne cache même plus la réalité de politique de renvoi systématique des uns comme des autres.

Le mur législatif : une terrible régression

Carine Fouteau, dans un article repris par « Mediapart » évoque à juste titre le « mur législatif » construit par le Ministre de l’Intérieur.

Le Défenseur des droits observe par ailleurs que le dispositif de renvoi touche particulièrement les étrangers malades et cite l’éloignement de personnes dont les pathologies ne peuvent pas être traitées dans leur pays d’origine; il souligne « la régression particulièrement terrible et une atteinte au droit fondamental le plus essentiel, le droit à la vie ».

Plus d’un an après la destruction de la jungle de Calais, des experts de l’O.N.U viennent de rappeler à la France la nécessité d’octroyer de l’eau potable aux migrants, de cesser la maltraitance organisée à leur encontre.

La question est désormais de savoir jusqu’où ira ce Président pour, « en même temps » expulser, interdire, oublier nombre d’engagements internationaux de la France, imposer aux pays d’origine récalcitrants, notamment africains, des réadmissions de leurs nationaux, par ce qu’il faut bien nommer un chantage aux aides financières publiques au développement et « en même temps » cacher la réalité de sa politique qui semble désormais ébranler quelques certitudes dans les rangs même de sa majorité.

En Alsace comme ailleurs le  processus national de rencontres, débats, mobilisations est désormais  lancé, avec l’ensemble des personnes impliquées aux côtés des migrant.e.s pour élaborer des propositions, une politique alternative au niveau national comme au niveau européen, les Etats généraux des migrations.

 Il faut le rejoindre…

 C.R

 

La pauvreté sous contrôle ?

La France, comme beaucoup d’autres pays européens, connaît ce phénomène qui s’aggrave d’année en année. Selon le Secours Catholique,  près de 9 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants, vivent dans la pauvreté en France.  « Nous constatons, ajoute-t-il, une précarisation croissante des familles, des femmes et des enfants, ainsi que des personnes d’origine étrangère, avec davantage de personnes sans ressources, en logement très précaire ».

La Fondation de l’Abbé Pierre quant à elle, rappelle que  « la France compte 2,3 millions de personnes vivant avec moins de 672 euros par mois et 1,9 million de bénéficiaires de l’aide alimentaire. La grande pauvreté persiste en France. »

Le Secours populaire indique qu’en 2017, plus d’un tiers des Français (37 %) a déjà vécu une situation de pauvreté. Plus d’un Français sur cinq ne parvient pas à équilibrer son budget à la fin du mois. 23 % des Français rencontrent des difficultés à faire trois repas par jour. »

Parmi les sept pôles de plus de 100 000 habitants de la région, la ville de Mulhouse se détache nettement avec trois habitants sur dix vivants sous le seuil de pauvreté selon les chiffres de l’INSEE.

L’action admirable des associations

Elles sont près des milliers en France. A Mulhouse, plusieurs dizaines d’associations, avec des centaines de bénévoles, viennent au secours des plus démunis, dans de multiples domaines. Car la pauvreté se décline sous tous les angles de la vie sociale : emploi évidemment (et la précarité engendre à présent des travailleurs pauvres), logement, accès à la santé, à la culture… Et bien évidemment alimentaire.

Un grand nombre d’entre elles développent une activité d’éducation populaire pour socialiser des femmes, des hommes, des enfants, qui se sentent exclues de notre société. Dans de nombreux cas, ces personnes ne demandent même plus les aides auxquelles elles ont droit, elles ne vont plus voter, elles ne peuvent participer à des activités culturelles, associatives, sportives. La marginalisation est en route.

Par leur incessante activité, les bénévoles de ces associations viennent en appui aux services sociaux et bien souvent assument leurs tâches. L’extension des besoins et le manque de moyens humains des services sociaux rejaillissent sur leurs activités et font douter bien de personnes démunies de l’efficacité de l’Etat pour combattre la pauvreté.

L’exemple de l’aide alimentaire

Nous l’avons dit : les associations s’investissent dans toute la chaîne de la pauvreté. Mais nous souhaiterions relever ici le cas particulier de l’aide alimentaire. Celle-ci est très organisée en Europe et en France. Comme le montre le tableau ci-dessous, l’aide alimentaire est sous contrôle. A priori, il n’est pas scandaleux qu’une distribution d’aliments à cette échelle nécessite un suivi et des contrôles.

Le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) participe à la réduction de la pauvreté et vise, à terme, à l’éradication des formes les plus graves de pauvreté dans l’Union. En France, tout le système d’aide est placé sous la responsabilité du Ministère de l’Agriculture et des Préfets de Région.

La France bénéficie, pour la période 2014-2020 de 500 millions d’euros de crédits européens auxquels s’ajoutent 88 millions de crédits nationaux et a choisi que ces crédits soient uniquement consacrés à l’achat de denrées alimentaires.

Les denrées alimentaires acquises par les divers circuits (voir schéma) sont mises à disposition des plus démunis à titre gracieux par l’intermédiaire d’associations caritatives désignées par le Gouvernement. Actuellement quatre associations participent au PEAD : la Fédération française des banques alimentaires, les Restaurants du Cœur, le Secours populaire français et la Croix-Rouge française.

Ainsi, les 79 Banques alimentaires et leurs 23 antennes ont distribué 106 000 tonnes de denrées à 5400 associations et organismes sociaux. Environ 2 millions de personnes ont pu bénéficier de cet accompagnement alimentaire représentant l’équivalent de 210 millions de repas. Les ressources globales de la Fédération des banques alimentaires est de 31.821.000 € en 2016. Donc tout l’alimentaire distribué par des associations doit transiter par la Banque alimentaire. En outre, des « Epiceries solidaires » proposent aux plus démunis des aliments variés comme dans une vraie boutique. Les personnes viennent y faire leurs courses elles-mêmes, moyennant une participation financière à hauteur de 10 à 20% du prix habituel,

La colère des associations 

Ce système apparemment rodé est pourtant gangrené par une organisation très (trop ?) encadrée, des contrôles tatillons et de certaines règlementations proprement scandaleuses.

Les associations distribuant de l’aide alimentaire sont soumises à des impératifs qui pèsent de plus en plus lourds. Elles doivent d’abord obtenir un agrément préfectoral et justifier d’une activité d’au moins trois ans. Elles doivent établir chaque jour une liste des personnes aidées, leur adresse, leur état-civil. Cette liste est adressée au Ministère et au Préfet de Région : dans ces lieux, seront vérifiés si ces personnes ne se sont pas servies ailleurs, auprès d’une autre association.  A combien peut-on estimer le coût de ces contrôles quotidiens ?

Chaque personne aidée ne peut l’être que durant trois mois. Au-delà de cette date, il est interdit à l’association de redonner de l’aide alimentaire.

Mais pour en bénéficier, la personne concernée doit posséder une justification dressée par une Assistance sociale dûment mandatée.

Si on peut comprendre qu’un contrôle soit établi pour éviter des abus, les bénévoles se sentent de plus en plus démunis : comment expliquer à telle famille en détresse alimentaire, qu’on ne peut rien lui donner car elle n’est pas administrativement en règle ? Ces bénévoles mus essentiellement par leur volonté d’aider, de soutenir, ne se sentent pas à l’aise dans ces tâches administratives dont toutes ne sont pas compréhensibles.

Interdiction de distribuer aux migrants déboutés !

Ainsi, dans la politique des migrants du gouvernement, ceux qui sont déboutés de leur droit d’asile, ne peuvent recevoir une aide alimentaire ! Car pour le Ministère de l’Intérieur, ces personnes, expulsables, ne devraient plus être sur le territoire français… et n’auraient donc aucun droit.

Or, selon la Cour des comptes, 97% des migrants déboutés restent en France… ce qui conduit M. Collomb a trépigné en exigeant plus d’expulsions… peut importe ce qui va advenir de ces personnes.

Pour les bénévoles des associations, c’est un crève-cœur de refuser à une famille qui vient demander une aide alimentaire, de la lui accorder sous prétexte qu’elle ne devrait pas être là… Etre débouté du droit d’asile, supprime-t-il la faim ? Là, nous quittons le domaine du contrôle de l’aide pour passer dans celui de l’inhumanité et la répression la plus ignoble.

Car si une association contrevient à ces règlements, elle doit rembourser la valeur de l’aide alimentaire accordée… et cela revient à condamner le bénévole qui, devant la détresse, a estimé qu’on ne pouvait pas priver ne famille d’un besoin de base : celui de s’alimenter.

L’Etat ou l’Europe n’ont pas à s’octroyer le droit de séparer le bon grain de l’ivraie.

Le libre arbitre de la distribution alimentaire doit être laissé aux associations. C’est un devoir humanitaire et d’humanité des associations, qu’aucune administration ne peut déranger.

Un militant d’ATD Quart Monde le dit avec ses mots : « La liberté des associations, c’est comme la liberté de la presse. On n’a pas à être sous la coupe d’un gouvernement politique ou d’intérêts privés. Sans cela, nous perdons tout sens, tout intérêt et toute crédibilité. L’association se doit d’être un lieu un espace neutre. »

Quelles sont les motivations ?

Cette situation envenime les relations entre les acteurs de la lutte contre la pauvreté… alors qu’ils sont tous au service de la même cause.

Des associations comme Bouge ta Galère et de nombreuses autres, ne se limitent d’ailleurs pas à l’aide alimentaire. Leur activité est souvent plus centrée sur l’éducation populaire.

Devant une règlementation de plus en plus régressive, les bénévoles ont souvent l’impression de faire partie d’un réseau de contrôle des individus. Comme s’il fallait mettre la pauvreté sous contrôle et dissuader une grande partie des personnes de faire appel à l’aide. Ou des les orienter plutôt vers les Epiceries solidaires qui se consacrent exclusivement à l’aide alimentaire… ce qui est certes essentiel mais pas suffisant dans la lutte contre la pauvreté. Les associations, par l’aide alimentaire, peuvent commencer à travailler avec les personnes pour arriver à une réinsertion sociale indispensable pour sortir définitivement de leur état.

A écouter attentivement les bénévoles, on sent pointer un découragement, une lassitude, une incompréhension du rôle qu’on veut leur faire jouer.

Alors de nouvelles idées commencent à pointer. A Mulhouse, Astrid Noel, par exemple, est en train de lancer un « groupement d’achats » auquel peuvent adhérer les personnes démunies ou non-démunies : aucune distinction ou stigmatisation de la pauvreté. Aucun contrôle de la situation des adhérents, pas besoin de passer par un service d’action sociale pour être adhérent. Ce groupement pourra, par la masse de produits qu’il peut acheter, négocier des prix pouvant être extrêmement compétitifs sur des denrées de première nécessité (pas de produits de luxe ou d’épicerie fine). Ce serait une manière d’assurer la solidarité sans passer par un circuit qui devient de plus en plus contrôlé bien au-delà de ce qu’il faudrait pour assurer l’équité de la distribution des aides alimentaires.

En guise de conclusion, la ferme position d’ATD Quart Monde : «  On n’adosse pas aide alimentaire et politique migratoire. Il n’y a pas de bon pauvre et de mauvais pauvre (origine, couleur de peau …). Il n’y a que de bonnes politiques et de mauvaises politiques. ». Fermer le ban !

Michel Muller

La grande pauvreté en France
Nombre
Personnes vivant sous le seuil de pauvreté à 40 % du revenu médian (Insee – 2014) 2 269 000
Personnes sans domicile personnel (Fondation Abbé Pierre – 2017) 896 000
– dont personnes hébergées chez des tiers dans des conditions de logement très difficiles 643 000
– dont personnes sans domicile* 143 000
– dont habitats de fortune (cabane, camping, etc.) 85 000
Personnes en habitat dégradé ou exigu 2 819 000
– dont logements inconfortables 2 090 000
– dont logements surpeuplés 934 000
Personnes bénéficiaires des Banques Alimentaires (Banques Alimentaires – 2015) 1 900 000
Allocataires de minima sociaux (Drees – 2015) 4 149 100
– dont RSA socle 1 945 900

Source Fondation Abbé Pierre

 

Fêtez les fêtes avec la planète !

Le marché de Noël s’est bien installé sur les places des villes et villages d’Alsace. Vin chaud, tartes flambées et mannalas sont au programme, la neige tombe parfois mais de moins en moins à cause du réchauffement climatique… Bref, nous sommes en décembre, le mois de toutes les folies !
Entre le calendrier de l’avent à usage unique, le suremballage, l’orgie de chocolat, les mille et une destinations pour le Nouvel An et l’arbre de Noël, difficile de se sentir ouvert à l’écologie.
Pourtant, c’est la période idéale pour faire les choses différemment !

Privilégiez le 0 déchet

Tout le monde le sait, les emballages, c’est naze.  Mais s’en passer demande quand même un peu d’organisation. Alors avant d’aller faire vos courses, prenez des sachets en tissu ou en papier réutilisables et des petites boîtes en fer ou en carton pour stocker vos achats. Dans les boulangeries et chocolateries du centre-ville, votre démarche sera bien acceptée et parfois même félicitée !

Soutenez les petits commerces locaux

Les grandes enseignes et les magasins standardisés ont pignon sur rue dans le centre-ville. Pourtant, il existe plein de petites boutiques sympas qui non contentes de faire vivre le centre-ville, ont aussi pour qualité de payer leurs impôts en France (#StopEvasionFiscale). En vous garant dans les parkings relais-tram ou en utilisant le train et le vélo, vous pourrez faire du lèche-vitrine sans pester après une place de parking et profiter sans stresser de la magie de Noël.

Pensez avant de dé-pensez !

Les néons et lumières de Noël ont tôt fait de nous aveugler, nous rendant sans doute plus sensibles à la publicité. Réductions, offres exclusives, promos, tout est bon pour nous faire acheter n’importe quoi dans une sorte d’euphorie qui n’est bonne ni pour notre porte-monnaie, ni pour la planète. Profitons-en donc pour éviter les publicités, vous vous rendrez peut-être compte à quel point c’est difficile. Les études le prouvent, les publicités fatiguent le cerveau et encore plus quand elles sont sur des écrans. Pour leur résister, essayez le boycott inversé : toutes les marques vues sont absolument à éviter ! Après tout, le prix de leur produit comprend un budget pub souvent astronomique et comme chacun sait, toute publicité est mensongère.

Conjuguez faste et sobriété

Deux termes qu’on pense antinomiques mais si on y pense, en utilisant des produits sains, locaux et peu carnés, on évite de participer au gaspillage ambiant sans pour autant sacrifier les grandes tablées chaleureuses qui font le plaisir de Noël. Vous n’aurez peut-être pas de dinde à mettre sur la table ou d’avocats dans votre salade mais en découvrant à plusieurs plein de recettes différentes et respectueuses de l’environnement, vous pourrez offrir à vos invité.e.s tout le faste et la richesse d’un grand festin, la bonne conscience en plus !

Idées pratiques :

            *Calendrier de l’Avent : si vous tenez à en acheter un, prenez-le en tissu pour le remplir chaque année de friandises préparées par vos soins ou achetées en 0 déchet.

            *Saint-Nicolas : Faites vos Mannalas maison avec des ami.e.s accompagnés d’une soirée vin chaud sympa ou avec des enfants qui créeront toutes sortes de petites figures fantastiques. Si vous n’avez pas la fibre pâtissière, il vous reste les boulangeries.

            *Cadeaux : Là aussi, on privilégie la simplicité. Ce qui n’empêche pas l’originalité ! En chinant au « Magasin pour Rien » (103, rue Vauban) ou à Emmaüs Cernay, vous pourriez tomber sur des petites merveilles avec une empreinte plus douce pour la planète que les objets décos, chers et de mauvaise qualité des magasins « tendance ». Si vous êtes plus dans l’expérience, le concret, vous pouvez offrir un week-end dans le programme « Accueil paysan » pour un moment authentique à la campagne, des cours à l’UP (ça tombe bien, elle a d’ailleurs sorti son nouveau programme), une carte de bibliothèque, un abonnement légumes à l’AMAP ou encore une carte Presto pour prendre le train moins cher et (re-)découvrir la région toute en douceur.

Pour des cadeaux plus passe-partout et moins onéreux, il reste les bocaux de gâteaux à faire soi-même. Pas la peine de les acheter tout fait : on reste dans le 0 déchet en recyclant et en customisant un vieux bocal et en le remplissant d’ingrédients en vrac de la biocoop. Miam, la bonne recette de bredala ou de cookies avec tous les ingrédients prêts (sauf les œufs et le beurre bien sûr).

*Le réveillon : c’est sans doute dans la cuisine que la démarche écologiste trouvera le plus facilement sa place. Des plats préparés avec amour qui sentent bon Noël, ce sont d’abord des plats avec des produits locaux et bios de préférence. Et pour aller un peu plus loin dans la découverte, on réduit considérablement l’apport en viande car l’élevage industriel, trop souvent présent dans nos assiettes, participe activement au réchauffement climatique. Poêlée de champignons des bois, fondue de poireaux, röstis, salade de mâche aux noix, pommes au beurre, mandarines au four… ce ne sont pas les recettes savoureuses qui manquent, il suffit de se lancer ! Chacun fait son choix mais le foie gras, c’est quand même triste quand il existe tant d’alternatives délicieuses qui ne requièrent pas de rendre un animal malade (stéatose) !

*Le Nouvel An : La SNCF veut vous vendre un tour d’Europe des capitales pour un Nouvel An inoubliable mais entre nous, où qu’on soit, les meilleures fêtes sont celles qu’on fait avec ses ami.e.s. Un chalet dans les Vosges, un appart sur Mulhouse ou le réveillon proposé par l’association du coin dans la salle polyvalente, pas besoin d’aller bien loin pour que ces fêtes de fin d’année se terminent sur une note heureuse ! Et si vous trouvez ça trop morne, à vous de l’épicer avec des costumes, du karaoké, une murder-party, des jeux de sociétés ou des défis à lancer. Le plus, c’est quand même d’utiliser de la vaisselle réutilisable et pas trop de « conneries » qui sitôt utilisées viendront alourdir la poubelle… et votre bilan carbone !

Voilà déjà quelques idées pour se mettre en jambe pour la période des fêtes, n’hésitez pas à partager vous aussi vos idées pour une fin d’année écolo ! Perso, étant allergique aux aiguilles de sapin, je décore mon ficus et ça lui va très bien !

Cécile Germain

Petit coup de colère…

parce que cela commence à bien faire!

Depuis quelques mois, il ne se passe pas de jour sans que nous ayons des nouvelles terribles.
Ça fait au moins trente ans que la situation sociale de ce pays se détériore à bas bruit, en compagnie d’autres pays jadis prospères et sur la voie du progrès social, la dégradation des uns servant de prétexte à justifier et amplifier celle des autres…Les Jeux Olympiques de la Régression Sociale en quelque sorte…Plus Cynique, plus Crade, plus Sordide, telle est la nouvelle devise de nos Maîtres du Monde du moment…

Après des décennies de résistance, on s’est habitués peu à peu à voir les gens perdre leur emploi, puis avoir du mal à joindre les deux bouts, et maintenant à dormir dans la rue et mendier tout ce qu’autrefois ils pouvaient légitimement se procurer en échange de leur travail.

Le visage hideux de ce monde soi-disant civilisé, où comme le disait Leo Ferré prémonitoirement, on voit « les dentelles flottant au nez de la misère » ne choque plus personne, en tout cas pas les médias tenus en laisse par des milliardaires impudents, mais, plus grave, par des ministres en exercice qui, après des années de minauderies cauteleuses, se lâchent aujourd’hui et encouragent par leurs paroles ignobles la majorité des citoyens à se laisser aller à l’égoïsme et au cynisme les plus indécents, regardant de haut leurs semblables plus malheureux qu’eux et leur faisant la leçon..

Quelles que soient les contorsions de langage et les justifications pseudo- philosophico-économiques, un être humain qui n’a pas de toît, un enfant qui ne peut pas vivre son enfance, un étranger chassé de partout qui est un intrus où qu’il aille, une femme exposée à toutes les violences et brutalités, un individu que la faim et l’insécurité torturent, un salarié qui perd son travail pour satisfaire la rapacité de quelques « créateurs d’emploi », la bonne blague ! sont le signe d’une société malade, gravement malade, au point qu’elle ne se rend même plus compte de son état et passe son temps à se gargariser de grands principes pour exorciser sa lâcheté et justifier sa rapacité.

A quoi sert de déclarer la guerre aux violences faites aux femmes, sur le lieu de travail et le domicile, si tant d’entre elles sont obligées de vendre leur corps pour manger ou trouver un toît ? A quoi sert de déclarer la guerre au chômage, si l’on s’en prend à celles et ceux qui en sont les victimes ? A quoi sert de déclarer la guerre au terrorisme, si on laisse grandir toute une génération dans le mépris, le soupçon et le déni ?

Il semble que tout le monde dans ce pays ( à l’instar de bien d’autres régions prospères du monde, je le concède ), a perdu de vue que la finalité d’une civilisation est la recherche du bien public, et non la satisfaction d’intérêts privés à coups d’exonération fiscale et de morale élastique envers les fraudeurs, faisant semblant de croire que la confiscation de l’argent par quelques prédateurs n’est pas la cause première de tous ces scandales innommables, et regardent ailleurs quand on leur met le nez sur ces évidences peu ragoûtantes…

Ces grands distraits laissent détourner leur attention par une cravate qui manque, une chemise qui dépasse ou un maillot de foot non sponsorisé par le club des adorateurs de Lionel Messi pour ne pas avoir à répondre de leur non-assistace à personne en danger, comme ces voyous en garde-à vue qui soutiennent qu’ils n’étaient pas sur les lieux du crime alors qu’ils apparaîssent sur les caméras de surveillance …

Il faut que le corps social se réveille. Il faut que celles et ceux qui s’échinent jour après jour pour que cette épave de civilisation ne sombre pas tout-à-fait se rencontrent, s’unissent et mettent sur le métier un projet d’organisation sociale basé sur le partage, la fraternité et la satisfaction des besoins vitaux de toutes et tous, en commençant par les plus fragiles et les plus exposés.

Il n’est plus possible de continuer à vivre dans cet air irrespirable, de plus en plus irrespirable, à cause de quelques beaux esprits qui n’ont que la préservation de l’environnement à la bouche, mais trouvent des excuses à toutes les catastrophes, du moment qu’elles ne les touchent pas, et qui en renvoient la responsabilité à celles et ceux qui en sont victimes…

Est-ce que les mots ont encore un sens ? Est-ce que le langage articulé sert encore à décrire la réalité, ou a-t-il lui aussi été privatisé par ceux qui peuvent en détourner le sens pour priver la multitude de ce qui lui reste comme arme pour défendre son droit à l’existence dans la dignité ? Faudra-t-il une fois de plus que les bombes prennent le relai des mots pour que ces grands inconscients comprennent qu’ils ont largemenbt dépassé les limites ?

Que ceux qui trouvent que j’exagère m’expliquent que tout ça n’est pas grave, qu’on peut dormir dans la rue en France au XXIe siècle parce que personne n’y peut rien, parce que c’est comme ça, parce qu’on n’a pas d’argent pour ça, parce que si on est capables de construire des tours de 1000 mètres de haut qui résistent aux tremblements de terre, on ne sait pas comment faire pour mettre les mal logés à l’abri sans que ça énerve la classe moyenne qui a peur pour la valeur de son Sam’suffi, parce que ce n’est pas ma fonction de fonctionnaire de réfléchir à tout ça, voyez le guichet d’à côté… Et puis les classes, ça n’existe pas, tout le monde le sait…

Tout ça est furieusement moderne, enfin plutôt « post-moderne » disent ceux qui ont le souci de faire sauter les références temporelles, parce qu’à y bien réfléchir, tout ça sent furieusement le XIXème siècle, avec en plus l’âcre odeur de poussière, de rance et de moisi.. Il ne manque même pas les visites aux potentats pour leur vendre les merveilles technologiques dont ils ont besoin pour faire tenir leurs sujets tranquilles et bombarder leurs voisins, en toute humanité fraternelle, et qui aident nos industriels à amortir les frais de fabrication de ces mêmes merveilles fort utiles à faire tenir tranquilles les classes dangereuses bien de chez nous …

Retour sur investissement, le mot favori de nos marchands de canons et de nourriture frelatée…Dangereuses pour qui, d’ailleurs , ces classes qui paraît-il, n’existent pas ?

On se demande ce qu’on apprend dans ces « grandes » écoles où les plus intelligents, les plus agiles, les plus apprenants d’entre nous bénéficient de l’enseignement sponsorisé par nos impôts, de toute la culture accumulée depuis des millénaires, et sont ensuite chargés de prendre les décisions qui organisent la vie quotidienne de nous autres, gens de peu, gens de rien, juste bons à nous lever le matin pour trois poignées de cacahuètes, et à qui ont vient encore de reculer l’âge de départ à la retraite, de raboter les points d’indice, le RSA, l’APL, les allocations diverses et variées que tant d’entre nous doivent quémander faute de trouver un travail décent…

C’est à croire que nos apprenants n’ont pas appris grand chose à part bien se tenir à table et dire poliment des choses abominables comme « je ne suis pas le Père Noêl » quand les sans-boulot et sans avenir lui demandent justice et protection …

Tout ce qui concerne le bien-être du peuple est toujours trop cher, ma chère, il ne faut pas se laisser attendrir, vous savez comme ils sont roublards, ces pue-la-sueur…

Tout ça pour voir la mer sillonnée de yachts privés grands comme des paquebots croisant des barcasses de fortune où s’entasse toute la misère du monde…

Mais, un exemple au hasard, l’exploitation à bas prix de ressources minières pour le profit de grandes compagnies n’y est pour rien, qu’est ce que vous allez chercher là ? Bolchevisme attardé et populisme actualisé que tout cela, mon bon !

Et nos beaux esprits nourris de grandes idées ne voient pas le problème…

Et moins encore la solution, ils ne sont pas allés à la  Grande Ecole pour soulager la misère publique, mais pour trouver des formules cabalistiques qui multiplient les profits comme Jésus multipliait les petits pains au chocolat, il faut au moins ça pour mériter la médaille Fields !

Je ne sais pas où en sera l’Humanité dans 1000 ans, si elle ne fait pas la bêtise de se suicider à force de saloper son seul espace vital, mais je ne crois pas que notre époque laissera le souvenir d’un impérissable sommet de civilisation.
Je sais bien que ça n’arrêtera pas la rage destructrice de nos aimables élites qui se prennent pour Dieu depuis qu’ils ont inventé la bombe atomique, déchiffré l’ADN et instauré la dématérialisation des transactions financières, mais de savoir que la postérité les regardera avec horreur et incrédulité me venge, quelque part dans l’espace-temps…
A moins que les riens, les sans-dents et les fainéants, mais pas-sans-coeur et sans -cerveau, se réveillent enfin de ce cauchemar…
Mais c’est là une autre histoire, qui reste à écrire…

Dédé Barnoin

Avec ou sans le Crédit Mutuel, le journal vivra !

C’est par ces mots forts que la secrétaire du comité d’entreprise de L’Alsace, Sandrine Debenath, également déléguée syndicale de la FILPAC-CGT, a conclu la réunion lors de laquelle M. Carli, l’émissaire du Crédit Mutuel, a annoncé la décision du banquier mutualiste ( ?) de jeter 70 familles dans les affres du chômage en fermant l’imprimerie du journal à Mulhouse. Cela montre la détermination du moins des salariés du Centre d’impression de se battre jusqu’au bout pour arriver à empêcher cette hérésie économique et sociale.

Que peuvent encore attendre les salariés de L’Alsace de leur actionnaire unique : celui qui sauva le journal de la disparition en 1972, (certes avec une autre direction et une autre vision d’une banque des valeurs mutualistes) peut devenir le fossoyeur du pluralisme de la presse en Alsace. Et cela au détriment des intérêts du Centre- et du Sud-Alsace, Colmar et Mulhouse compris. Car la pluralité de la presse alsacienne répond à des différences, à des situations propres aux territoires alsaciens : les impératifs économiques, sociaux, politiques, culturels, ne sont pas les mêmes ici qu’à Strasbourg devenue une tentaculaire « Eurométropole ».

Mensonges et cynisme

Le Crédit Mutuel a trouvé son factotum : M. Philippe Carli, ancien PDG de Siemens France qui a fait ses premières armes dans la presse en restructurant à la hache le journal Le Parisien et L’Equipe. Entre autres, en vendant les imprimeries à un imprimeur délinquant fiscal. Il s’est retrouvé disponible quand la direction du groupe Amaury (patron de L’Equipe) a compris que l’individu était juste bon à sabrer dans les effectifs… et que, pour reconstruire, il fallait des gens d’une autre dimension.

M. Carli est donc un de ses mercenaires payés pour tailler dans les effectifs… et après ce funeste travail, il s’en va, ailleurs, au service de nouveaux patrons. Dans de nombreuses entreprises, les salariés ont connus ce type d’individus : pour eux, la fin justifie tous les moyens. Y compris le mensonge et le cynisme.

Ainsi, dans son plan présenté aux élus du personnel de L’Alsace mercredi dernier, il y a beaucoup de promesses : mais sans aucun chiffrage, sans aucun budget annoncé. Même la date de la mise en œuvre de ces prétendues « mesures de relance » sont floues, projetées dans plusieurs mois, voire plusieurs années.

La seule mesure concrète et chiffrée : la fermeture du Centre d’impression de Mulhouse. Et nous apprenons par une lettre d’information consacrée à la presse, La Lettre A, que M. Carli a embauché… M. Riccobono, celui qui a pratiqué l’optimisation fiscale au Luxembourg… et qui imprime dorénavant L’Equipe… M. Carli est apparemment fidèle en « amitiés »… A moins que d’autres facteurs rentrent en ligne de compte dans ce pas de deux Carli-Riccobono…

70 silhouettes rue de Thann, devant l’imprimerie de L’Alsace – Photo Brahim Bouchareb

L’impossibilité technique du plan du Crédit Mutuel

Sans entrer ici dans des détails techniques fastidieux, l’enquête menée par L’Alterpresse68 auprès d’experts en imprimerie et connaisseurs de la particularité de la presse régionale qui édite de multiples éditions (contrairement à la presse nationale, la seule que M. Carli connaisse un peu) démontre qu’il n’est pas possible d’imprimer les deux journaux alsaciens sur un seul site à Strasbourg.

Les deux journaux, DNA et L’Alsace, éditent 25 éditions chaque nuit, plus un journal bilingue. Chaque changement d’édition nécessite l’arrêt des rotatives ce qui peut coûter 1 h 30 à 2 h d’arrêt chaque nuit.

D’autre part, nos journaux alsaciens ont une particularité peu ou pas connue dans la vieille France : plus de 80% de ses lecteurs sont des abonnés qui reçoivent leur journal au plus tard à 7 h chaque matin grâce à un réseau de plusieurs milliers de porteurs. L’éloignement d’un centre d’impression fait peser des risques sur l’acheminement des journaux. Or, les abonnés ont horreur de ne pas recevoir leur journal à l’heure et les retards de distribution sont (avec la hausse des prix) la cause majeure des désabonnements.

M. Carli ose affirmer qu’il garantit la livraison en temps et en heure même dans les territoires les plus excentrés du Haut-Rhin ! Comment peut-il affirmer sérieusement une telle ineptie ! C’est totalement ignorer les aléas de transport dans une région où les conditions climatiques peuvent bouleverser la circulation d’autant plus que le Conseil départemental veut réduire, pour des raisons budgétaires, le déneigement de certaines routes… Il est vrai qu’il dit également que le Crédit Mutuel est prêt à perdre… 2.000 abonnés!

La réponse apportée par le Crédit Mutuel : avancer l’heure de bouclage de L’Alsace à 22 h 30 ! Comment des journalistes aussi expérimentés que ceux du journal  peuvent accepter cet oukase ! Car cela veut dire en clair que le journal mulhousien ne pourra plus rendre compte d’informations qui surviendraient après cette heure. Nous vous laissons imaginer combien d’événements ne pourront plus être couverts par L’Alsace… mais le seront par contre par les Dernières Nouvelles d’Alsace qui garderont leur heure de bouclage bien au-delà de 23 h !

Encore un exemple de l’impossibilité d’imprimer les deux journaux sur un seul lieu ? Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont imprimés en 4 cahiers ; L’Alsace en 2 cahiers. M. Carli affirme que cela restera ainsi. Mais ce n’est tout simplement pas compatible avec les temps d’impression nécessaire. Là aussi, nos experts nous confirment que pour passer de 2 cahiers à 4, il faut arrêter les rotatives, modifier les passages du papier… Au minimum de 30 minutes à 1 h d’arrêt de la production pour cela. Et il faudra prier pour qu’il n’y ait aucune casse du papier, car il faudrait refaire tout le processus. Et les casses du papier ne sont pas rares sur ce type de machine…

La solution pour le Crédit Mutuel : le journal unique

Nous ne faisons pas l’injure au Crédit Mutuel de méconnaître tout cela ! Mais il ne peut le reconnaître car pour pouvoir imprimer les deux journaux sur un seul centre d’impression, la seule solution est de faire des deux quotidiens un seul, au même contenu et dans un premier temps, maintenir les titres à la Une… ce qui sera la seule différence entre les deux quotidiens.

Seconde mesure : il faut imprimer l’édition bilingue pendant la journée. Ce qui équivaut à condamner ce journal, car il ne collera plus à l’information quotidienne et se privera totalement des événements relatés par le journal francophone.

Troisième mesure : réduire drastiquement le nombre d’éditions. Passer de 17 éditions (ceux des DNA) à 3 ou 4 est tout à fait envisageable. Mais cela signifie moins de place pour les informations locales et donc appauvrissement de la partie du quotidien qui fait son originalité.

Nous sommes là dans la méthode historique de la presse française : aujourd’hui nous ne comptons plus que 66 quotidiens dans l’Hexagone. Ils sont plus de 320 en Allemagne. Car en France, la concentration s’est faite par des rachats qui se sont soldés par la disparition des titres. En Allemagne, le même phénomène de concentration a conduit les éditeurs à maintenir au sein de leur groupe les différents titres en prenant en compte leur ancrage local.

Ainsi, dans le tout voisin Pays de Bade, les citoyens ont encore 11 quotidiens à leur disposition, avec des imprimeries performantes qui impriment à tout va… Mais le Crédit Mutuel ne regarde plus depuis longtemps vers le pays qui a vu naître Raiffeisen, celui qui a inventé le mutualisme bancaire… Et voilà comment la région Alsace va connaître à brève échéance, l’uniformité éditoriale avec 1 seul journal : ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de notre région. Même sous l’annexion nazie, trois journaux avaient été conservés…

Le Centre- et le Sud-Alsace perdront leur quotidien

Dans la série « mensonges et cynisme », M. Carli affirme, sans ciller, que l’indépendance des deux journaux sera maintenue, voire développée. Pourquoi doit-il affirmer cela actuellement contre toute logique et contre la réalité qui est déjà en marche : par exemple, il est manifeste que la rédaction régionale est à présent celle des DNA et non pas celle de L’Alsace.

Il doit délivrer ce mensonge car la disparition de L’Alsace jette un trouble auprès des élus et de la population du Centre- et Sud-Alsace. Nous l’avons vérifié lors de réunion publiques tenues à Mulhouse, Colmar et Thann pour informer sur les véritables intentions du Crédit Mutuel.

Lors de ces réunions, de nombreuses interventions d’élus locaux, font part de leur insatisfaction qui n’est pas récente : ils constatent, en effet, depuis des mois, qu’il y a de plus en plus d’articles communs aux deux journaux tant dans les pages régionales que locales.

En effet, les élus locaux sont bien plus sensibles à l’information locale et régionale qui rend compte de leur action et leur permet de mesurer son impact. La plupart du temps abonnés aux deux quotidiens, ils sont les mieux placés pour mesurer la dégradation du contenu du quotidien haut-rhinois au profit de celui des DNA.

La plupart des maires restent attachés à l’information locale et à sa diversité. On pourrait croire qu’à l’heure d’Internet, les sites des municipalités ou les blogs des élus pourraient suffire pour rendre compte de leurs actions. Mais eux-mêmes insistent sur le rôle du journaliste ou du correspondant, décryptant l’information par exemple d’un conseil municipal, rôle particulièrement apprécié pour mesurer l’impact d’une politique dans une ville ou un village.

Des élus ont fait part du constat que la disparition d’un correspondant local de L’Alsace, a eu un effet négatif sur l’information. La concurrence entre les deux journaux quotidiens enrichissait les contenus et la rapidité de la parution des informations. Aujourd’hui où il n’y a plus que le correspondant des DNA sur place, les informations paraissent au compte-gouttes et avec des délais de plus en plus longs.

Ces élus estiment que le pluralisme est aussi un atout dans l’information locale. Non pour faire la publicité à une « Dorfpolitik » mais pour faire vivre la démocratie au plus près des citoyens par des informations qui touchent à leur vécu immédiat.

La Centre- et Haute-Alsace ont besoin d’un quotidien

Les élus de toutes tendances sont formels : il n’y a aucune « guerre » entre Haut-Rhin et Bas-Rhin ou de contestation sur la place et le rôle de Strasbourg dans la région. Mais ils sont tout aussi formels en faisant part des différences parfois profondes existant au sein même des territoires alsaciens. La proximité économique, sociale, culturelle, de la Centre- et Haute-Alsace avec le sud du Pays de Bade (Fribourg) et la Suisse (Bâle et le Jura avec Porrentruy et Delémont), mais aussi avec la Franche-Comté, pèse sur les choix et orientations politiques.

C’est ce qu’ont affirmé clairement, MM. Rottner, président de la Région Grand Est, Mme Lutz, maire de Mulhouse, M. Fabian Jordan, président de M2A, dans un courrier adressé à M. Théry, le président du Crédit mutuel. Nous citons :

« Vous nous avez assurés que que le pluralisme et l’identité des titres seraient préservés. Il s’agit pour nous  de deux éléments indispensables notamment pour L’Alsace, titre qui s’écrit et se lit essentiellement dans le sud du Haut-Rhin. Nous nous permettons d’insister sur ce point. »

La réaction de M. Carli à cette lettre lors de la funeste réunion démontre son mépris pour la parole des élus car il laissa entendre que ce courrier était destiné à faire plaisir aux salariés. De l’opportunisme politique donc ! Ce n’est pourtant pas ce que ces élus ont confiés aux membres du comité d’entreprise qui les avaient sollicités.

Faut-il plus pour démontrer que les affirmations et les promesses de M. Carli sont uniquement de la gestion de sa communication. Il faut rassurer les journalistes, les autres salariés de l’entreprise et les élus… pour avoir les mains libres pour liquider l’outil de travail et marginaliser ceux qui se battent pour le maintenir.

Autre exemple du cynisme du personnage : à la sortie de la salle de réunion, il eut cette sublime phrase adressée à des salariés qui l’interpellaient : à l’un d’entre eux, le visage remplis de larmes qui lui expliquait sa détresse et celle de sa famille s’il perdait son emploi, il rétorqua, un peu la mine basse quand même : « Je dois rester froid »… Effectivement, pour faire ce sale boulot, il faut être insensible à ce qui est humain, à oublier le malheur qui couve derrière chaque détresse sociale, il faut être un peu inhumain…

Sauver le journal à tout prix…

Ceux qui ne veulent pas être les dupes du discours dont l’ambivalence est facilement démontable pour qui ne veut pas avoir des œillères, ont le sentiment qu’il n’y a plus rien à attendre du Crédit Mutuel. Pourquoi faut-il conserver un actionnaire qui va tuer votre entreprise alors que des solutions de développement sont possibles comme nous le prouverons dans un article reprenant le plan alternatif proposé par la FILPAC-CGT et ses experts.

Si le Crédit Mutuel considère que le journal L’Alsace ne rentre plus dans ses plans et qu’il faut le faire disparaître (mort lente certes, mais mort tout de même !), pourquoi ne pas le céder à un éventuel repreneur? Selon nos informations, des propositions ont été faites dans ce sens à M. Théry qui les a rejetées car elles n’étaient pas financièrement suffisamment élevées.

Les salariés du Centre d’impression ne baissent pas les bras malgré la volonté de la direction et ses affidés, de faire apparaître la décision comme irrévocable. Rien n’est jamais irrévocable pour les gens qui se battent, disent les travailleurs. Et avertissent gentiment les autres salariés : après notre disparition, c’est vous qui serez sur la sellette.

Et de conclure : « Avec ou sans le Crédit Mutuel, L’Alsace vivra… ».

Michel Muller

Une overdose…

Cela ne met pas en cause la popularité de l’artiste. Mais pour beaucoup d’entre nous, le traitement médiatique du décès de Johnny Hallyday a quelque chose de « trop » : trop d’hommages, trop de place dans les médias (5 pages dans L’Alsace du 8 décembre !), trop de cérémonies, trop de TV, trop de larmoyants témoignages… Alors que le président des Etats-Unis Donald Trump prend le risque d’allumer une guerre dont on ne peut connaître les conséquences en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, les médias français tartinent du Johnny jusqu’à l’indigestion. La hiérarchisation de l’information c’est donc cela ? L’émotion remplace la raison, avant le héros national s’appelait Victor Hugo et la référence journalistique Hubert Beuve-Méry. Aujourd’hui, le héros c’est Johnny et la référence c’et Léa Salamé… Décadence ?
L’Alterpresse68

 

On a tous quelque chose du grand Johnny, planqué en Suisse, votant pour Sarkozy … Cet hommage là, c’est le seul que j’ai réussi à apprécier et il a été diffusé mercredi soir, le 6décembre, sur France-Inter dans l’émission de Charline Vanhoenaeker « Par Jupiter », vers 17h30. Néanmoins, on a quand même chargé la bête, jusqu’à l’overdose dans le pathos, les honneurs et la flagornerie. Le concours de celui qui tartine le mieux le « lèche-bottes blues » a marché à fond les manettes et ce n’est sans doute pas fini.

Tout le monde critique le culte de la personnalité des uns et des autres avec raison, mais les mêmes, toujours prompts à donner des leçons de retenue ou de discrétion, ont oublié leurs conseils et sont tombés profondément dans ce qu’ils dénonçaient par ailleurs, cette fois-ci.

On n’a jamais vu un truc pareil, sauf peut-être à la télé et à la radio Nord-Coréenne, qui fait encore un peu mieux dans ce genre d’exercice … sinon, il faut chercher loin. Même du temps de l’O.R.T.F. il n’y avait pas cette façon d’imposer de manière péremptoire le recueillement obligatoire, sur tous les canaux hertziens et dans la presse.

D’ailleurs Mélenchon, une fois de plus, en a fait les frais ! Il n’a pas fait d’hommage vibrant à l’exilé fiscal ! Scandale dans les chaumières et dans les salles de rédaction et la presse « main-stream », à son habitude, a sorti une phrase de son contexte et brodé une histoire incroyable de « non-hommage », déplacé …

Pendant ce temps-là, il y a des gosses et de pauvres hères qui dorment dans la rue, alors que des bâtiments sont vides et chauffés – rien qu’à Mulhouse, dans le secteur de la « Mer Rouge », on pourrait loger du monde – et ça couterait moins cher que les chambres d’hôtel « Formule 1 » et similaires, totalement inadaptés à une vie normale, en famille.

D’autres hommes, oui des êtres humains, sont vendus comme esclaves – mais personne ne pose la question à qui, étonnant non ? Trump délocalise l’ambassade américaine à Jérusalem … tout le monde s’en fiche aussi, malgré un nouveau risque d’embrasement au Moyen-Orient. Pas grave, on pourra vendre de nouvelles armes …

Evidemment que notre Johnny national – enfin très relativement quand même, puisque exilé fiscal, au même titre que beaucoup d’autres de nos vedettes « bankables » – avait du talent et ne se foutait pas de la gueule de son public, mais seulement des français, puisqu’il refusait de participer à l’effort national au titre de la répartition juste des impôts.

Il n’était pas le seul d’ailleurs. Beaucoup de nos millionnaires, soutenus par l’état, au titre de la défiscalisation des oeuvres d’art, qui trouvent que les « charges » salariales sont énormes et invivables pour ces pauvres entrepreneurs du CAC40, disposent d’un exil fiscal, ainsi que bon nombre de nos artistes de la chanson, du cinoche, de la raquette, de la voiture de course … etc.

Ces derniers trouvent eux aussi que la politique fiscale en France est invivable  … Cherchez l’erreur !
Bref, une journée et plus à nous suriner sur toutes les chaînes hertziennes, télévision comprise, au frais du contribuable … chapeau l’artiste !

De Gaulle, Malraux, Jean Ferrat, Cocteau, Pompidou, Mitterrand, Coluche, Balavoine …. beaucoup d’autres avec autant de talent dans un registre différent, n’ont pas eu cet honneur. Il y a même Fabrice Lucchini qui ose la comparaison avec Victor Hugo … on croit rêver !

Et maintenant on parle de funérailles « populaires » et de défilé de quelques 500 motards sur les Champs Elysées. On a déjà oublié la COP 23 et Mme Hidalgo fermera aussi les yeux sur le coût « carbone » de cet évènement hors normes, évidemment.

Tout ça, pour finir dans une caisse, à Saint-Barth, loin de ses fans. Quand on a choisi l’exil fiscal, c’est vraiment pour l’éternité !

Mais de quoi nous plaignons nous finalement ?

Les retraités ont eu droit à une augmentation de leur pouvoir d’achat de 10 euros/mois, le smic  a été bonifié de quelques centimes de l’heure et pour faciliter l’aide au logement, le gouvernement a amputé de 5 euros/mois l’A.P.L. … et supprimé l’ISF !

Ce qui permettra d’acheter encore un yacht et une Porsche ou une Maserati aux « premiers de cordée » et l’effet du ruissellement tant vanté par nos énarques S.D.F. (Sans difficultés financières) sera sans doute fort utile dans certains paradis fiscaux, listés par la Commission Européenne … c’est déjà ça, mais on attend quand même la suite donnée à ces listes avec beaucoup d’intérêt.

pierre dolivet / mulhouse

 

 

Le « social » vu par le Crédit Mutuel…

Dans sa farouche volonté de liquider l’imprimerie de L’Alsace à Mulhouse et ses 70 emplois (non inclus les emplois indus), le Crédit Mutuel ne lésine pas sur les moyens. Il distille les perfides informations sur la « générosité » du plan social et laisse croire à des naïfs que le montant d’un chèque pour le départ volontaire serait particulièrement incitatif.

Sauf que, quelque soit le montant d’un chèque, jamais il ne remplacera la perte d’un emploi dans un secteur où les reclassements sont difficiles, pour un salarié de moins de 60 ans.

L’exemple du Républicain Lorrain

On n’en parle peu mais le Crédit Mutuel ne veut pas uniquement fermer l’imprimerie mulhousienne, il envisage de faire la même chose avec celle du Républicain Lorrain à Metz. Toute la production du journal mosellan se ferait à Nancy sur les presses de l’Est Républicain…

Le Crédit Mutuel dévoile ses cartes pour imposer la fermeture qui bien évidemment est un traumatisme pour les salariés. Il faut savoir que les emplois d’une imprimerie sont très spécifiques : un imprimeur-rotativiste comme tout le personnel autour de la rotative, sont souvent des ouvriers très qualifiés et très spécifiques. Perdre son emploi équivaut donc à subir une vraie galère pour retrouver de l’emploi… et le « généreux » chèque du Crédit Mutuel s’évapore très rapidement.

Des luttes emblématiques pour l’emploi dans le passé ont fixé des cadres pour l’établissement d’un plan dit « social » pour virer le personnel. Entre autres mesures, il faut que la direction propose des reclassements.

C’est ce que le Crédit Mutuel vient de faire à Metz et les ouvriers sont tombés de haut.

Voilà ce qu’en pense le Comité d’entreprise du journal mosellan : «  Dans le cadre de la négociation ouverte sur le projet de « plan de sauvegarde de l’emploi » provoqué par la décision de supprimer l’imprimerie, la Direction avait transmis, la veille, une liste de postes à pourvoir dans le Pôle Presse du Crédit Mutuel… soit six postes d’assistantes commerciales (sic) ou d’assistantes de rédaction ! Deux autres listes, transmises précipitamment mardi matin, ne se sont pas révélées plus pertinentes que la première. »

Et on apprend que des propositions aussi fantaisistes que « directeur d’une agence du CIC dans le Sud-Ouest » auraient été rajoutées… En outre, les salaires sont en général divisés par deux dans les offres proposées.

Se conduire ainsi pour une banque qui s’affirme mutualiste (et qui l’est dans la tête de la plupart des sociétaires et des animateurs locaux des caisses) c’est montré son vrai visage. La haute direction du Crédit Mutuel se comporte comme tout le patronat, pire pourrait-on dire, puisqu’elle avance masqué se drapant de la respectabilité mutualiste.

Pour Mulhouse, pas d’autres choix : se battre pour maintenir l’imprimerie

Les salariés mulhousiens sont donc avertis : n’attendez pas des reclassements qui vous permettent de voguer vers la retraite ! Ils en sont conscients et mesure la difficulté de lutter contre un des leaders bancaires européens aux moyens infinis et qui ne s’embarrasse pas de moralité quant à la manière d’arriver à ses fins.

La défense de l’imprimerie c’est en fait défendre l’existence d’un quotidien pour la moyenne et haute Alsace qui risque de disparaître à brève échéance : d’où l’importance d’alerter élus et populations sur ce qui les attend et dont ils sont, pour la plupart, bien conscients. Oseront-ils affronter le Crédit Mutuel ? Un député comme Olivier Becht ne s’est pas retenu pour envoyer une lettre bien sentie à M. Théry.

La fermeture de l’imprimerie n’est pas encore acquise pour le Crédit Mutuel. La moyenne et haute Alsace a besoin d’un quotidien demain… Et si le Crédit Mutuel en a décidé autrement, il n’est pas le seul à pouvoir éditer un journal.

Pour appuyer les salariés défendant leur emploi, leur outil de travail et notre journal, signez la pétition sur

http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2017N49830

Michel Muller

Parti Communiste : « Nous devons mieux faire » !

Plus d’une centaine de convives au banquet républicain du Parti Communiste français organisé dans le cadre des « rencontres d’automne du PCF 68 » à Wittenheim. Des militants, des sympathisants mais également le maire de Wittenheim, Antoine Homé et la toute nouvelle (et jeune) secrétaire régionale d’EELV, Cécile Germain étaient présents. LO68 fut également de la partie. Pour l’animation politique de la journée, c’est Guillaume Roubaud-Quashie (notre photo), membre du Comité exécutif national et rédacteur en chef de la revue « Cause commune » qui anima un débat sur le thème « Face à Macron : on subit ou on résiste ? ». Quelques questions à l’invité de la journée…

L’A : « On subit ou en résiste? » : est-ce cela la thématique du congrès extraordinaire du PCF en novembre 2018 ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Le principal objectif de ce congrès est de repenser nos actions et nos ambitions. Actions pour donner plus d’ampleur aux luttes qui se déroulent actuellement mais avec un manque de coordination, ambitions pour réinventer le Parti communiste, en somme remettre en chantier une stratégie et des pratiques de conquêtes et de victoires durables pour la transformation sociale qui reste l’objectif de notre parti. Une première étape dans ce vaste chantier, seront les Etats généraux du progrès social prévus en février 2018 pour rassembler tous ceux qui résistent et combattent la politique d’Emmanuel Macron.

L’A : Emmanuel Macron n’est-il pas en train d’imposer sa politique et sa méthode sans que cela fasse trop de vagues ?

GRQ : M. Macron est en train d’imposer une politique libérale en étant reconnu comme le « Président des riches »… Toutes les réformes entreprises affaiblissent les plus pauvres et n’ont qu’une ambition : répondre aux exigences du MEDEF. Il veut aussi incarner l’homme au-delà des clivages gauche-droite : ce qui est sûr c’est qu’il n’est « ni de gauche, ni de gauche » !

Son action, est très impopulaire notons-le. Mais dans le pays, nous constatons également une perte de confiance dans la possibilité de changer le cours des choses. Nous payons là les échecs des grandes manifestations sociales collectives de ces dernières années : non pas échec dans la mobilisation mais dans l’objectif de changer la politique imposée par le gouvernement. Il faut donc travailler à faire renaître la confiance que les situations ne sont pas inéluctables, qu’on peut changer les orientations politiques sans attendre les rendez-vous électoraux. En somme, démontrer que l’action collective peut mener à des victoires. Et cela commence par notre investissement dans des mobilisations locales, multiples… Des victoires à ce niveau permettront de restaurer la confiance des citoyens dans leur capacité à imposer d’autres choix que ceux imposés par le pouvoir.

L’A : Mais à l’heure de la mondialisation, de la perte d’influence des Etats-nations, aux difficultés de mobilisation du mouvement social, le Parti communiste pourra-t-il s’affirmer comme porteur d’une alternative politique ?

GRQ : Regardons les choses telles qu’elles sont dans ce processus de mondialisation. Celle-ci est loin d’emporter une adhésion globale des peuples : des voix alternatives s’élèvent, regardons ce qui se passe en Espagne, en Grèce… Nous communistes, la mondialisation est un terrain que nous ne négligeons pas, nous sommes tournés vers l’internationale. Et la France, 6e puissance mondiale, peut être un levier pour lutter contre cette mondialisation.

Mais le capitalisme lui-même s’interroge et mesure bien que son fonctionnement « les actionnaires décident, les citoyens appliquent » n’est plus adaptés. Le capitalisme numérique est le plus avancé sur ce point : Google n’écoutent pas que ses actionnaires, l’entreprise fait appel à l’intelligence de ses salariés et des utilisateurs pour définir ses choix stratégiques. Bien évidemment, cela est fait avant tout pour assurer ses intérêts mais par là il reconnaît que la prise en compte de l’avis et des désirs des utilisateurs et des salariés est important pour atteindre ses objectifs.

Dès lors, nous aussi, forces de progrès, devons plus faire confiance et faire appel à cette intelligence collective pour définir un projet de société dans lequel les citoyens-« utilisateurs » formulent leur désir et définissent les moyens de les satisfaire. En clair, lutter pour une autre mondialisation, c’est commencer à construire des alternatives au plus près de la vie des gens.

L’A : Mais est-ce que la gauche est en mesure d’assumer cela ? Même Jean-Luc Mélenchon est en train de perdre de la popularité et de la confiance…

GRQ : Il est vrai que les dernières élections ont été un vrai tourbillon qui a bouleversé beaucoup de choses. La démarche « présidentielle » a été déterminante et ce sont plus des individus « hors partis » traditionnels qui ont récolté une majorité des lois. Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ont voulu se défaire de tout lien avec le système de partis et ont constitué des mouvements… Cela a conduit Jean-Luc Mélenchon à se démarquer de nous. Il le confirme encore en proposant une liste France Insoumise pour les Européennes… sans en discuter avec les autres forces de gauche.

Cela est dommageable car nous avons besoin de rassembler pour gagner. Certes, nous avons des différences, Jean-Luc Mélenchon n’est pas pour le dépassement du capitalisme, nous si. Et puis nous refusons le repli nationaliste : l’Europe tel qu’elle est ne nous va pas mais nous devons la construire en coopérant avec d’autres au niveau européen.

Mais bien évidemment nous devrons tout faire pour construire une alternative ensemble à la politique de M. Macron.

L’A : M. Macron se présente comme « girondin », donc comme décentralisateur. Vous vous sentez jacobin ?

GRQ : M. Macron est un centralisateur de la pire espèce ! Toute sa politique vise à détruire les collectivités territoriales. Une coupe de 13 milliards dans les dotations, cela ne s’est jamais vu et va peser négativement sur la décentralisation. Tout comme la construction de méga-région, que les députés communistes ont rejeté en votant contre la loi…

L’A : Les Alsaciens rejettent à 87% la disparition de leur région, pensez-vous qu’il faille revenir en arrière sur cette loi…

GRQ : Le passé n’était pas non plus la perfection… C’est plutôt autour d’une organisation territoriale favorisant la démocratie et l’expression citoyenne qu’il faudra bâtir le futur. Pas avec les méga-régions et l’omnipotence des grandes métropoles qui font disparaître de nombreuses communes…

L’A : Le Parti communiste a connu une série de défaites électorales. Comment pensez-vous renouer avec les citoyens pour redevenir une force politique qui compte ?

GRQ : Malgré nos difficultés, le Parti communiste reste une force qui compte. Nous pensons que c’est dans la construction et la mise en œuvre collective d’alternatives que nous y arriverons. Les congressistes définiront le fond et la forme, je ne vais pas anticiper aujourd’hui sur la manière de faire.

Nous avons commencé dans la préparation de notre congrès : un an avant sa tenue, nous avons sollicité des dizaines de milliers de nos adhérents, par une consultation nationale qui vient de s’achever, pour leur demander ce qui étaient leurs préoccupations, qu’elles étaient les actions à entreprendre et comment voyaient-ils le fonctionnement de notre parti.

Car il est évident que nous avons à repenser l’action du PCF pour renforcer la démocratie interne et amplifier l’action d’un parti qui reste la première force militante du pays.

Propos recueillis par Michel Muller

PLU de Wattwiller Les habitants disent NON au sacrifice du « grand pré »

Dans nos éditions précédentes,nous avions exposé les tenants et aboutissants de cette affaire. Wattwiller est un village-clairière comme on en voit très rarement : il se distingue par l’existence en milieu urbain à l’entrée du village d’un beau pré pâturé, qui offre de surcroît une perspective unique sur le Hartmannswillerkopf avec un avant plan l’église classée monument historique. Il est ainsi considéré comme une véritable carte de visite de Wattwiller, et identifié dans le SCoT (Schéma de Cohérence Territorial) du Pays Thur Doller comme un espace devant obligatoirement – au plan légal – être protégé.

http://lalterpresse.info/wattwiller-grand-pre-interet-general-interets-de-quelques-uns/

Ce patrimoine paysager aujourd’hui est menacé de destruction par le nouveau PLU concocté par le député-maire SCHELLENBERGER, au profit de deux élus et leur famille proche, qui siègent au conseil municipal. Ces derniers faisaient partie des propriétaires fonciers ayant réussi à faire annuler pour un souci de procédure l’ancien PLU jugé pourtant « particulièrement vertueux » (sic) par les services de l’État, notamment pace qu’il protégeait cet espace vert remarquable. Mais la population est entrée en résistance…

La barre des 500 été frôlée ! 493 électeurs exactement se sont exprimés à l’occasion de la consultation d’initiative citoyenne organisée par le collectif « Cœur de village » qui s’est tenue dimanche 12 novembre 2017. Le message adressé à la municipalité est clair et net : le « non au sacrifice du grand pré» représente 97% des voix exprimées bulletins blancs compris.

Le taux de participation de 36% – c’est le chiffre clé – est particulièrement élevé pour ce type de scrutin non officiel : pour mémoire une consultation de cette nature à l’occasion du dossier explosif de la construction de l’incinérateur à Aspach-le-Haut avait suscité une participation de 27%. Cette participation est d’autant plus remarquable que le scrutin s’est déroulé dans les pires conditions météo : les votants ont littéralement bravé la tempête pour aller déposer leur bulletin dans l’urne. Il en résulte que la crédibilité de la consultation ne peut pas être contestée.

L’ampleur du score final de 97% peut surprendre, mais il ne supporte aucune contestation. D’abord parce que la question posée, « approuvez-vous que le grand pré devienne constructible ? », était claire et n’induisait pas la réponse de l’électeur. Ensuite parce que, comme tous les observateurs ont pu le constater, le scrutin s’est déroulé avec toute la rigueur requise : règlement précis et public de la procédure, tenue irréprochable du bureau de vote, isoloirs etc. Enfin parce que contrairement à ce qui se passe dans une enquête publique où le citoyen qui s’exprime s’expose publiquement, le vote à bulletin secret permet à chacune et chacun de s’exprimer en toute liberté dans l’isoloir… d’autant plus que le sujet est ultra sensible. Rappelons que deux élus et leur famille proche profitent directement de cette opération foncière… C’est ce qui explique le niveau exceptionnel de la mobilisation des habitants qui ont été deux fois plus nombreux à s’exprimer que lors de l’enquête publique.

Comme indiqué dans le document de présentation de cette consultation déposé dans toutes les boites aux lettres, le résultat du scrutin n’a pas de valeur sur le plan légal. Il n’en demeure pas moins qu’il met le député-maire Schellenberger en face de ses responsabilités : est-il prêt à ignorer l’avis quasi unanime exprimé par la population ? Ce résultat sonne comme un sévère avertissement adressé par la population à la municipalité, et plus particulièrement le député-maire qui dans cette affaire s’est une nouvelle fois distingué.

La démocratie, « une manipulation grotesque »?!!!

D’abord en faisant tout ce qui lui était possible pour torpiller l’initiative : refus de mettre à disposition une urne, refus de communiquer la liste électorale, refus de mettre à disposition une salle communale… Mais le collectif « cœur de village » a su trouver des réponses adaptées permettant aux habitants de Wattwiller de vivre une expérience de citoyenneté remarquable, qui constitue une véritable première !

Ensuite en déclarant le lendemain du scrutin lors de la séance du conseil municipal ne pas vouloir s’exprimer sur le fond mais dénoncer « une manipulation grotesque». Ces propos outrageants ont créé à juste titre des remous dans le village. En effet, ils sous-entendent implicitement que les citoyens qui ont bravé les intempéries pour aller voter sont ad minima des marionnettes qui se sont laissées manipuler, au pire des clowns qui ont accepté de participer à une mascarade… Le sérieux et la sérénité dans lesquelles s’est déroulé le scrutin, tranchent furieusement avec ce nouveau dérapage verbal du premier magistrat de Wattwiller (1).

L’un des adjoint avouait en voix off déjà avant la consultation, « avec le PLU la municipalité sommes sur le fil du rasoir »… Il reste aux habitants de transformer le magnifique essai qui vient d’être marqué, car cette consultation marque un tournant dans l’affaire du PLU de Wattwiller ! Au delà d l’intérêt général c’est le bien commun est en jeu… et ce n’est pas gagné ! La mobilisation va continuer de monter en puissance : prochainement à l’occasion du conseil municipal décisionnel qui se tiendra après le remise des conclusions du commissaire enquêteur que le 4 décembre, et le cas échéant avec l’engagement d’un recours devant le TA de Strasbourg pour faire tomber un PLU dont la fragilité juridique est avérée. La détermination du collectif est totale !

Pour le Collectif « Cœur de village »

Geneviève PETER et Jean-Claude PELKA

(1) A l’occasion de l’inauguration du nouveau mémorial du Hartmannswillerkopf par le président Macron les services de la préfecture avaient comme à l’accoutumée – problème de stationnement et écologie obligent – affrété des bus pour permettre aux élus, invités et journalistes de rejoindre le site. Le député-maire SCHELLENBERGER avait refusé de monter dans une « bétaillère »… Vous avez dit mépris des gens ?