Brigitte Klinkert: Nous construisons une Collectivité territoriale à statut particulier !

Madame Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin depuis le 1er septembre 2017 en remplacement d’Eric Straumann. Elle nous a reçus il y a quelques jours dans ses bureaux pour un entretien exclusif durant lequel nous avons pu aborder toutes les questions que nous souhaitions lui poser. Souriante, détendue, elle nous a livré des réflexions et analyses qui laissent apparaître une détermination sans faille pour défendre l’existence et l’action des départements au sein d’une région Alsace dotée d’un statut particulier qu’elle nous détaille. Des problèmes aigus dans le département sont également traités : le RSA Bénévolat, Stocamine, Fessenheim, l’avenir de la presse régionale… A vous de juger !

L’Alterpresse : Vous avez récemment exprimé votre avis sur la réforme territoriale en regrettant que l’Alsace ait disparu de la carte institutionnelle. Avec M. Frédéric Bierry, vous avez rencontré Le Premier Ministre ainsi que M. Gérard Larcher, pour leur présenter un projet qui vise à « rendre à l’Alsace une existence politique et institutionnelle ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Brigitte Klinkert : Notre démarche est soutenue par la majorité des parlementaires alsaciens aujourd’hui. On se rend compte qu’il faut à nouveau renforcer l’Alsace dans le Grand Est. Celui-ci est beaucoup trop grand et il n’y a pas vraiment de cohérence dans cette grande région.

Avec Frédéric Bierry, président du Bas-Rhin, dans le cadre qui nous a été défini par M. le président de la République, c’est-à-dire dans le cadre du Grand Est…

L’Alterpresse : … donc pas de sortie du Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Même si l’idéal aurait été de sortir du Grand Est, le président de la République nous a dit que cela n’était pas possible. Il faut savoir qu’au plus haut niveau, ils se rendent bien compte du souci posé par la grande région mais détricoter le Grand Est amènerait d’autres problèmes au sein de cette nouvelle région sans l’Alsace et puis d’autres problèmes dans d‘autres nouvelles régions, du côté de la Savoie, du Pays Basque…

Fusion des deux assemblées, pas des départements

On nous a dit d’accord pour expérimenter quelque chose mais dans le cadre du Grand Est. Il s’agit d’un projet d’une Collectivité territoriale à statut particulier sur lequel nous travaillons. Cela signifie que les deux assemblées départementales du Haut-Rhin et du Bas-Rhin pourraient fusionner, je dis bien les deux assemblées et pas les départements, mais à une seule condition : d’avoir en plus des compétences actuelles, des compétences fortes qui nous seraient déléguées d’une part par la Région et d’autre part par l’Etat.

Alors pourquoi seulement à cette condition ? Si nous voulons créer une Collectivité territoriale à statut particulier Alsace, c’est pour que ce soit une collectivité efficace politiquement, forte, et nous souhaitons également nous inscrire dans une dynamique européenne, celle de l’espace rhénan.

C’est un projet d’innovation territoriale, d’expérimentation, d’efficacité, et un projet pleinement européen.

Nous avons une chance extraordinaire d’avoir le Bade Württemberg et la Suisse du Nord Est (et notamment l’agglomération de Bâle) comme voisins. Ce sont des régions économiquement les plus prospères en Europe et nous souhaitons travailler avec elles. Nous expliquons à nos contacts parisiens que c’est une chance pour l’Alsace de s’ouvrir plus vers ces territoires et que nous y gagnerons en dynamisme économique. Et si l’Alsace y gagne, la France aussi y gagnera.

Une Collectivité avec des compétences nouvelles

Ce projet, innovant, consiste à demander à la Région deux compétences. Nous aurions pu en demander beaucoup plus, mais nous avons retenu d’une part le tourisme, car c’est l’Alsace qu’il faut vendre et pas le Grand Est. Et deuxième compétence forte, c’est l’économie. Parce que tous les jours la présidente du Conseil départemental que je suis, fait de l’économie, et donc de l’emploi, mais qu’en vertu de la Loi Notre, nous n’avons plus le droit d’en faire. Je constate aussi que si on veut créer de l’emploi, redynamiser l’économie dans le territoire haut-rhinois, cela demande un fort investissement d’une collectivité de proximité dans le domaine de l’économie. Je pourrais vous citer des dizaines d’exemples confirmant cette analyse.

A l’Etat, nous demandons les compétences des routes. Nous avons déjà en charge les routes départementales, mais ce que nous demandons ce sont également les routes nationales et les autoroutes non concédées. Parce que nous savons faire et cela nous permettrait de mettre en place, sur l’axe nord-sud, une écotaxe puisque nous avons encore les portiques. Je l’ai dit au Président Macron lors du déjeuner de travail que nous avions à Soultz, en présence du président allemand, lors de l’inauguration du Hartmannswillerkopf.

Je lui ai dit que nous devons avoir cet axe nord-sud parmi nos responsabilités,  car sur cette autoroute, défilent des murs de camions et cela justifie la mise en place de cette écotaxe.

Deuxième compétence transférée de l’Etat : la coopération transfrontalière. Bien sûr l’Etat devra toujours ratifier les décisions que nous prendrions avec nos voisins mais nous devons avoir plus de latitude pour travailleur avec eux. Il y a une demande de la part de nos voisins suisses et allemands pour développer notre travail ensemble.

L’enseignement allemand et le recrutement de professeurs

Troisième compétence : l’enseignement bilangue, pas seulement le bilinguisme, même si c’est avant tout le bilinguisme, mais je dirais le multilinguisme. Aujourd’hui on se rend compte qu’il y a des entreprises en Alsace, d’origine allemande, qui ont beaucoup de mal à recruter des salariés car elles leur demandent de parler quelques mots d’allemand et malheureusement ils ne le savent pas. Nous en sommes, nous département, à faire l’interface avec les entreprises allemandes qui veulent s’implanter chez nous ou même des entreprises qui se trouvent juste de l’autre côté du Rhin, je pense à Europapark qui cherche à embaucher des salariés mais en leur demandant quelques mots d’allemands, eh bien, nous sommes en train de négocier avec ces entreprises pour voir comment elles peuvent prendre en charge l’enseignement  de l’allemand auprès de leurs futurs salariés, quitte à ce que nous les accompagnons ou que nous prenions totalement cet enseignement en charge.

L’Alterpresse : Un des obstacles sur ce point est souvent l’absence ou les difficultés de trouver des enseignants….

Brigitte Klinkert : Justement, les deux départements et la Région, sont liés avec l’Education Nationale dans le cadre d’une convention triennale avec le Rectorat, convention dans laquelle nous mettons chacun 1 million d’euro pour notamment favoriser les jeunes qui souhaitent devenir profs d’allemand. Ils touchent un plus s’ils acceptent d’être prof d’allemand et nous avons pourtant du mal à en recruter. Je suis quelqu’un de très pragmatique : j’ai abordé aussi cette question avec les deux Présidents de la République lors du déjeuner à Soultz, je leur ai demandé, il s’agit d’un exemple parmi d’autres, pourquoi ne pas envisager de faire venir en Alsace, dans les collèges, puisque cela relève de nos compétence, des étudiants allemands en fin de cycle, pendant six mois ou une année scolaire, pour donner des cours au moins de conversation en allemand à nos jeunes et surtout de leur donner envie d’apprendre l’allemand. Le problème est aussi celui-là car l’allemand est présenté comme difficile, ce n’est pas une langue assez « exotique »…

Une autre piste qui me tient à cœur : le fait de favoriser, et nous y travaillons,  les échanges entre les jeunes collégiens haut-rhinois et ceux qui sont juste au-delà de la frontière du Rhin, pas à Munich ou Berlin, pour qu’ils puissent se voir plusieurs fois dans l’année, qu’ils se fassent des copains et que là aussi ils aient envie d’apprendre la langue.

Voilà nos demandes, nous avons déjà pris tous les contacts qu’il faut pour travailler le dossier sous son aspect juridique pour que le moment venu, et si nous obtenons ces compétences, nous puissions mettre en place cette Collectivité territoriale à statut particulier Alsace.

Les initiatives transfrontalières au sein du Traité de l’Elysée…

L’Alterpresse : Nous fêtons le Traité de l’Elysée signé en 1953 et il est envisagé d’en rédiger un nouveau. Le travail transfrontalier ne devrait-il pas trouver sa place dans cette nouvelle mouture ?

Brigitte Klinkert : Je peux vous dire que c’est le cas et lors de ce fameux déjeuner à Soultz, le Président Macron l’a évoqué. Nous avons déjà toute une série de propositions dont la plupart ont déjà été travaillées avec nos voisins, nous avons des projets à intégrer dans cette nouvelle résolution qui complètera le Traité prochainement.

L’Alterpresse : Un exemple concret de projet ?

Brigitte Klinkert : La liaison ferroviaire Colmar-Fribourg en Brisgau.

L’Alterpresse : Verra-t-on la fin de cette aberration que représente l’absence de transport ferroviaire entre ces deux villes voisines ?

Brigitte Klinkert : Très franchement je suis optimiste, tous les feux sont au vert, il y a une volonté de l’Etat, du président  Macron en particulier, de l’Etat allemand également, l’Union Européenne pourrait s’engager sur ce dossier et au niveau local, les principaux acteurs sont favorables à ce projet et sont prêts à le porter. C’est un projet qui ne consiste pas uniquement à relier par le train Colmar, Breisach  et Fribourg, mais il y a aussi les territoires entre Colmar et Fribourg qui seraient irrigués et comme nous parlons beaucoup de Fessenheim, les territoires le long du Rhin. C’est ce que j’ai expliqué au Ministre Le Cornu la semaine dernière : si nous voulons recréer une zone d’activité importante le long du Rhin, il faut aussi prévoir les transports et si possible, le transport ferroviaire. C’est un projet structurant.

L’Alterpresse : Pour revenir quelque peu sur l’apprentissage de la langue allemande, il y a une attractivité de l’Allemagne sur le plan économique par exemple, mais beaucoup moins en sa culture. Ne croyez-vous pas qu’il faudrait également penser à des investissements entre autres dans les activités culturelles ?

Brigitte Klinkert : C’est pour cela aussi que déjà dans un premier temps on souhaite une meilleure connaissance de l’autre. Et si on connaît mieux son voisin, obligatoirement on s’intéressera à son mode de vie, sa culture. Je suis présidente de l’association des Dominicains de Haute-Alsace à Guebwiller et au cours de l’année scolaire passée, nous avons mené à bien un beau projet culturel initié entre une classe d’un collège du département et une autre de Breisach, dans le cadre duquel les collégiens alsaciens et allemands étaient les acteurs. Nous avons envie d’entrer dans les collèges haut-rhinois pour y développer l’enjeu citoyen mais également la culture, notamment cette culture rhénane qui est celle de notre territoire.

L’Alterpresse : Donc sur cette reforme territoriale, l’objectif est de recréer une Collectivité en fusionnant les assemblées départementales mais pas les départements et en demandant des compétences nouvelles aujourd’hui assumées par soit la Région, soit l’Etat…

Brigitte Klinkert : Je tiens à préciser que fusionner les assemblées juste en l’état n’a aucun sens car on souhaite donner une vraie efficacité politique à cette nouvelle collectivité…

L’Alterpresse : Il ne s’agit pas d’un bricolage institutionnel…

Brigitte Klinkert : Non, non…

L’Alterpresse : Est-ce que votre projet est compatible avec ce que veut créer Jean Rottner au sein de la région Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Je ne sas pas exactement ce que Jean Rottner veut faire… Je n’ai pas suivi cela… Mais nous sommes en négociation avec lui.

Le financement de la Collectivité territoriale

L’Alterpresse : Une dimension nouvelle pour notre région Alsace mais dans quelle mesure aurez-vous les moyens financiers pour assurer ces nouvelles compétences ?

Brigitte Klinkert : Le département ne tire plus ses ressources des impôts locaux depuis quelques années. Evidemment, transfert de compétences veut dire transférer des moyens pour les assumer. La mise en place de l’écotaxe sera également une entrée financière substantielle pour cette Collectivité.

L’Alterpresse : Pas de nouveaux impôts en vue ?

Brigitte Klinkert : Non, nous ne sommes pas dans ce registre. Quand je suis arrivée à la tête du Département, j’ai proposé à mes collègues, qui sont dans le même état d’esprit, un pacte budgétaire qui exclut le recours à l’impôt, cela serait juste impossible à réaliser.

L’Alterpresse : Avez-vous des assurances de la part de la Région et de l’Etat d’obtenir les moyens financiers liés aux nouvelles compétences que vous devrez assumer ?

Brigitte Klinkert : Elément important. Ce que nous demandons avec Frédéric Bierry, c’est que ce soit la loi qui mette cette Collectivité en place, sans ambigüité et qu’on ne puisse pas, en cas de changement de président de Région par exemple, revenir sur cette création…

L’Alterpresse : Et les engagements financiers seront également définis par la loi…

Brigitte Klinkert : Oui. Très franchement, nous en sommes au projet et je dois voir Frédéric Bierry ces jours-ci pour voir comment avancer.

L’Alterpresse : Revenons à l’actualité immédiate. Nous avons vu votre budget et avons été frappé que vous ayez pu dégager ces deux dernières années, 104 millions d’euros pour le remboursement de la dette. Cela fait près de 20% des dépenses d’activité… N’aurait-il pas été plus efficace de les affecter ailleurs, par exemple aux investissements qui ne sont que d’environ 76 millions d’euros ?

Brigitte Klinkert : Il faut savoir qu’un gros travail a été réalisé pour réaliser des économies de fonctionnement et il faut saluer le travail fait par Eric Straumann dans ce domaine. Aujourd’hui, nous avons toujours des contraintes budgétaires mais avec mes collègues et dans la mesure de nos possibilités, nous souhaitons clairement faire des investissements plus importants. Car c’est ainsi qu’on peut redynamiser l’économie : si les départements veulent continuer à garder leur place (et aujourd’hui on se rend compte justement du fait des grandes régions que les départements ont toute leur place, que ce sont des collectivités de proximité irremplaçables qui ne sont pas remises en question clairement aujourd’hui), il faut donc qu’ils répondent présents en matière d’investissements.

Par ailleurs, nous allons continuer à faire des économies notamment de fonctionnement.

« Je suis pour l’équité territoriale »

L’Alterpresse : Le département a fort à faire pour répondre aux défis de développement dans toute la Sud Alsace… Avec ce que Mulhouse est en train de vivre actuellement…

Brigitte Klinkert : Absolument et avec tout ce qui va se passer aussi dans le secteur des 3 Frontières, dans le secteur de Fessenheim, il y  a là de beaux enjeux.

 

L’Alterpresse : Que pensez-vous de la place que prennent de plus les métropoles. N’y a-t-il pas là une concurrence avec les départements qui  est en train de s’affirmer… L’Eurométropole de Strasbourg donne un peu cette impression…

Brigitte Klinkert : Il ne faut jamais oublier que les élus des départements, plus que d’être proches des territoires, en sont issus. Je dis toujours que les conseillers départementaux ont de la boue à leurs souliers, on les connaît, ce sont eux, avec les maires, qu’on va voir quand il y a des problèmes…

Je suis une ardente défenseuse de l’équité territoriale : j’y veille dans le Haut-Rhin entre autres entre les trois principales villes, Colmar, Mulhouse, Saint-Louis et les autres territoires. Cela est du rôle du Conseil départemental. Comme vous évoquiez Strasbourg, une étude récemment faite par France Stratégie* démontre que ce n’est pas la métropole de Strasbourg qui dynamise les territoires du département, mais que ce sont bien les territoires du département qui portent le dynamisme vers Strasbourg.

Troisième élément de réponse : l’eurométropole de Strasbourg n’est pas destinée à suivre le modèle lyonnais cela a été clairement affirmé.

L’Alterpresse : Dans votre budget, on voit apparaître le peu de moyens affectés à la question économique et on comprend pourquoi puisque cela est du domaine de la Région. Le budget fait plus apparaître vos interventions sur les conséquences économiques, comme si vous étiez les « pompiers de service » pour réparer les dégâts… Peut-on imaginer que vous soyez plus à l’initiative avec la nouvelle Collectivité ?

Brigitte Klinkert : Aujourd’hui, j’ai passé ma matinée à faire de l’économie. Je n’ai pas le droit d’en faire selon la loi Notre, mais depuis que je suis présidente, la moitié de mon temps est consacré aux choses économiques. Parce que nous sommes les élus de proximité, il y a une confiance des chefs d’entreprise envers nous, et nous avons aussi la chance d’avoir un outil qui travaille « dans la dentelle » et qui a la confiance des entreprises, c’est l’ADIRA qui fait vraiment un très beau travail.

Par le biais de la solidarité, plus spécifiquement de l’insertion, nous allons sur le terrain de l’économie. Un exemple : nous sommes en train de mettre en place, dans notre Direction de la Solidarité, en partenariat avec les acteurs de l’emploi et de  l’insertion sur le terrain, une cellule qui met en lien nos bénéficiaires du RSA avec des entreprises qui recherchent et qui ont beaucoup de mal à trouver des salariés. Non seulement, nous essayons de trouver parmi nos bénéficiaires du RSA des personnes intéressées mais nous nous efforçons des les accompagner pour les rassurer dans leur démarches de retour à l’emploi mais également de rassurer les entreprises prêtes à recruter ces bénéficiaires du RSA.

Bilan du RSA bénévolat

L’Alterpresse : Est-ce que cela signifie que vous envisagez des contrats d’engagement récriproque avec les entreprises privées comme cela se fait déjà avec les collectivités ou les associations ?

Brigitte Klinkert :  Non, là il s’agit juste d’une mise en contact. Je suis effarée par le nombre d’entreprises, d’artisans qui ne trouvent pas de salariés. Nous avons à présent des bénéficiaires du RSA qui font du bénévolat dans les collectivités ou les associations, mais ce bénévolat doit aussi être un tremplin pour eux pour accéder à l’emploi.

L’Alterpresse : Quel est le bilan que vous tirez de onze mois du dispositif RSA que vous avez mis en place et qui a été tellement décrié…

Brigitte Klinkert : Le RSA bénévolat ne fonctionne pas depuis onze mois, car il a fallu du temps pour le mettre en place à partir de la décision de février 2017. Il a vraiment démarré en septembre 2017, en quatre mois nous avons 500 bénéficiaires du RSA qui ont accepté des missions de bénévolat. Et nous avons 700 propositions de postes…

L’Alterpresse : Pour l’instant vous n’avez donc pas pu répondre favorablement à toutes les demandes des associations ou collectivités…

Brigitte Klinkert : Evidemment, pour qu’un bénéficiaire du RSA accepte une mission de bénévolat, il y a tout un travail à faire par notre Direction de la Solidarité. Se posent des questions comme l’emplacement géographique, l’intérêt du bénéficiaire pour la mission proposée, et cela me conduit à penser que 500 en quatre mois, c’est franchement un bon résultat.

L’Alterpresse :  A partir de ces informations, pouvez-vous savoir si cette mesure a un impact sur l’emploi dans les collectivités, ou bien de l’utilisation du bénévolat pour compenser la perte de contrats aidés ou de postes fixes…

Brigitte Klinkert : Ce n’est pas l’esprit de cette mesure !  Nous y veillons de très près, il y a une charte qui doit être signée par l’association ou la collectivité. Nous avons des partenaires à nos côtés qui nous aident à veiller au grain, il n’est pas question de remplacer des postes fixes…

L’Alterpresse : Est-ce que des collègues d’autres départements vous ont contactée en vue d’appliquer cette mesure chez eux ?

Brigitte Klinkert : Oui, nous avons des collègues qui sont intéressés et qui nous demandent des renseignements.

L’Alterpresse : Et les associations sont satisfaites ? Il y a moins de réactions que ne pouvaient le présager les protestations à l’origine ?

Brigitte Klinkert : Il est normal que les gens s’interrogent, cela ne s’est jamais fait auparavant. C’est toujours bien que tout le monde ne soit d’accord, car cela permet d’affiner, d’aller plus loin. Aujourd’hui, c’est un dispositif qui est tout à fait sécurisé, avec des mesures d’accompagnement.

L’Alterpresse : Savez-vous que beaucoup de bénéficiaires potentiels du RSA ne le demandent même pas… Ne croyez-vous pas que votre condition en découragerait encore plus…

Brigitte Klinkert :  Notre dispositif n’est pas une condition ! Il ne faut pas le voir comme cela, ce n’est pas une obligation. Il s’agit d’une proposition que chacun est libre d’accepter. Nous voyons cela comme une mobilisation de la personne, que cela peut lui donner un objectif d’activité dans la semaine, car ne pas travailler, c’est ne plus se sentir inclus dans la société.

« Stocamine : Je maintiens ma demande de déstockage total »

L’Alterpresse : Autre dossier important pour la région. Stocamine. Vous avez eu la chance de pouvoir accéder au lieu de stockage au fond de la mine. Qu’y avez-vous vu ?

Brigitte Klinkert : Ce sont deux grandes galeries dans lesquelles apparaissent des problèmes de fluage de sel qui sous la pression, déforment les galeries, réduisent l’espace de stockage et compliquent de ce fait l’enlèvement des matières qui y sont déposées. On a pu voir aussi le chantier expérimental des futurs bouchons en béton qui devraient permettre d’isoler Stocamine des galeries voisines.

Je voudrai quand même rappeler qu’un accord initial avait été établi pour assurer la réversibilité du stockage. Et les problèmes de fluage, d’inondation, n’avaient, à cette époque, jamais été évoqués. La question que je me pose, c’est que ces « big-bags » qui contiennent ces déchets sont certes difficiles à déplacer dans la galerie où l’incendie avait sévi. Mais les autres ont été déplacés dans la galerie pour faire le tri et je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas été sorti à cette occasion, j’ai du mal à accepter cela.

Ma position a été confortée lors de cette visite et compte tenu des risques réels d’ennoiement de ces galeries dans lesquelles sont entreposés encore des déchets dangereux et du risque pour la qualité des eaux en Alsace, je maintiens ma demande du déstockage de tous les déchets.

L’Alterpresse : Pourtant, le préfet maintient son arrêté et les travaux de déstockage sont arrêtés. Pensez-vous intervenir pour que les travaux reprennent ?

Brigitte Klinkert : Vous savez qu’il y a une procédure en cours, nous poursuivons notre procès contre cet arrêté.

L’Alterpresse : Il y a constitution d’un groupe d’élus locaux qui se définit comme le seul interlocuteur auprès du ministère. En faites-vous partie ?

Brigitte Klinkert : Oui, je suis parmi ce groupe d’élus. Le préfet, lui, est le représentant de l’Etat dans le département. Nous nous adressons au Ministre.

Fessenheim : Cinq axes pour trouver des solutions

L’Alterpresse : Fessenheim. Vous avez accompagné le ministre et lui avez fait des propositions…

Brigitte Klinkert : J’ai été occupé durant deux jours par Fessenheim ! Nous avons  remis au ministre, un document au nom de l’ensemble des élus, des propositions avec un plan de transition énergétique et économique. Cinq axes : créer une zone d’activité franco-allemande à proximité de la Centrale, des investissements d’avenir avec un espace de recherche transfrontalier tourné vers l’énergie et les matériaux de demain, ainsi que vers l’industrie et l’agriculture de demain. Ensuite alimenter le département en énergie exclusivement renouvelable d’ici une dizaine d’années (éolien, solaire, méthanisation, géothermie) mais aussi le stockage de l’énergie, la construction d’une centrale au gaz « vert ».

Les deux autres axes portent sur la fiscalité et, sur le plan social avec lequel j’aurai d’ailleurs dû commencer et dans lequel nous incluons les prestataires et sous-traitants.

Compte tenu des compétences, le plan social sera assumé par l’Etat en lien avec la Région.

Sur le fond de ma pensée, je crois qu’on ferme un peu trop vite et je plaide avec un espoir d’y arriver pour repousser la fermeture en 2021 ou 2022 pour commencer à concrétiser la redynamisation économique de ce territoire.

Le département n’a pas perdu de temps sur cette affaire : nos cinq axes sont des vraies propositions qui ont été profondément étudiées.

Les représentants de la municipalité de  Freiburg, ceux de la Chambre de commerce de Freiburg, étaient là lors de la visite du Ministre. Il y a une volonté de leur part de s’impliquer dans la revitalisation du territoire.

Maintenir le pluralisme de la presse en Alsace

L’Alterpresse : Une dernières question : que pensez-vous de la décision du Crédit Mutuel de fermer l’imprimerie de Mulhouse et des risques que cela fait poser au pluralisme de la presse en Alsace ?

Brigitte Klinkert : On nous a assuré que nous allions conserver les deux quotidiens, les DNA plus dans le Bas-Rhin et L’Alsace plus dans le Haut-Rhin. Il y a déjà une mutualisation faite au niveau des rédactions. Bien évidemment, je regrette la fermeture de l’imprimerie de Mulhouse mais malheureusement elle n’est plus viable économiquement d’après les informations qu’on m’a données.

En tout cas, j’ai exprimé auprès de la direction d’Ebra les préoccupations du conseil départemental car il y a des répercussions sur les personnels, cela va demander des déplacements des personnes, il faut donc des mesures d’accompagnement. Je lui ai également fait part de notre détermination pour le maintien de deux titres en Alsace. C’est effectivement une préoccupation pour qu’il y ait encore un pluralisme de l’information mais surtout que les spécificités haut-rhinoises puissent être prises en compte.

Si le groupe Ebra pouvait développer sur Mulhouse son pole digital, avec les investissements à la fois humains et financiers, cela répondra à un souhait de notre part. Et nous en avons fait part au Crédit Mutuel.

* http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-na-64-dynamique-emploi-metropoles-30-novembre-2017.pdf

Propos recueillis par Michel Muller

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Une réflexion sur « Brigitte Klinkert: Nous construisons une Collectivité territoriale à statut particulier ! »

  1. LA PLACE DU PEUPLE ?

    Comme le sparadrap sur les doigts du capitaine Haddock, la question du devenir de la région Alsace et de ses deux départements Bas-Rhin et Haut-Rhin est remise sur le tapis. Nos édiles politiques, en fonction de leur appartenance à l’une ou l’autre coterie, nous présente leurs élucubrations pour sortir du dilemme de ce Grand Est machine à dévorer la proximité et la suppression, de services publics.
    Tous semblent oublier le résultat du référendum du 7 avril 2013 la population rejetant la proposition d’un Conseil Unique d’Alsace.
    Va-t-on assister au même scénario qu’en 2005 où 54,68% des électeurs s’étant exprimés (hors bulletins blancs et nuls) avaient répondu « non » au référendum national sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Un non qui n’a pas été respecté, trahi par le traité MERKOZY. Traité accepté par HOLLANDE et appliqué sans vergogne par MACRON et l’actuel gouvernement nous imposant l’austérité.
    En constituant les départements, l’un des buts des révolutionnaires de 1789 était de briser le pouvoir des Princes de l‘ancien régime, maîtres chacun de sa Seigneurie. Aujourd’hui, depuis le sommet de l’état, de nouvelles seigneuries se sont constitués (grandes régions, grandes agglomérations, intercommunalités…) générant bien des ambitions personnelles.
    Dans notre République, les départements, les communes doivent rester les structures au plus près du vivre ensemble de la population ; ce qui n’empêche nullement la nécessaire coordination entre elles ; ce qui existait sans que de sulfureux énarques viennent inventer de nouvelles usines à gaz !
    L’abbé SIEYES qui fut l’un des principaux protagoniste de la mise en place des départements disait… « Dans toute nation libre, et toute nation doit être libre, il n’y a qu’une manière de terminer les différends qui s’élèvent touchant la constitution. Ce n’est pas à des notables qu’il faut avoir recours, c’est à la nation elle-même ».

    Bernard ENGGASSER

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