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Des élus vassalisés par le Crédit Mutuel ?

Le mois dernier, Radio MNE a diffusé, trois heures durant, une émission consacrée à la volonté du Crédit Mutuel de fermer l’imprimerie du journal L’Alsace à Mulhouse. Débutant par un reportage d’une heure sur place, lors d’une nuit d’impression,  les salariés ont fait part de leur incompréhension, leur désarroi et leur volonté de ne pas se laisser faire, l’émission s’est poursuivie par un débat dans les studios avec les syndicats, des élus politiques, des associations, des lecteurs… Et c’est là que nous avons été surpris par les interventions de Mme la maire de Mulhouse, Mme Lutz, et de M. Olivier Becht, député, qui avaient, il y a encore quelques jours exprimé leur total soutien au maintien de l’imprimerie à Mulhouse. Dans la soirée du 14 décembre, tout a semblé changer…

Depuis le début, les salariés pouvaient compter sur un soutien plus ou moins affiché de nombreux élus politiques. M. Becht fut même le premier à envoyer un courrier à M. Théry, PDG du Crédit Mutuel, pour lui faire part de sa désapprobation  devant son choix de liquider 70 emplois et tous les autres induits. Il est vrai que M. Becht avait de l’expérience : c’est sur sa commune de Rixheim que le Crédit Mutuel possédait une imprimerie, Roto Offset, d’où sortait le journal gratuit PAM (Petites annonces mulhousiennes). Au printemps 2012, la banque a décidé de fermer cette usine et licenciait 116 salariés… tout en promettant à M. le maire Becht des compensations devant cette grosse tuile industrielle et sociale. Il attend toujours… Fort de cette expérience, il a bien compris que les promesses n’engageaient que ceux qui y croient et exige donc, à nouveau, des contreparties à la fermeture de l’imprimerie mulhousienne cette fois-ci.

M. Becht croit avoir fait son job… et advienne que pourra !

M. Carli, l’exécuteur des basses œuvres du Crédit Mutuel, a bien compris le message. Il promet donc aux élus mulhousiens (municipalité et parlementaire) la création de « quelque chose dans le domaine du numérique » dans le cadre de l’initiative KM0 de Mulhouse. Les salariés voudraient en savoir plus, le « quelque chose » étant quand même un peu vague… La question fut donc posée à M. Carli lors de l’émission de radio MNE qui dit sans hésiter : « Il ne s’agira pas d’un outil industriel, mais plutôt d’une structure qui reste encore à définir tant dans son rôle que sa composition. » Cela pour répondre au Comité d’entreprise de L’Alsace qui propose que soit installée une imprimerie numérique, nouvelle technologie dans le domaine des industries graphiques et qui auraient toute leur place dans le projet de la ville. Mais le Crédit Mutuel n’en veut pas.

Et que dit M. Becht lors de la même émission : « J’ai eu des garanties de M. Carli que le Crédit Mutuel va installer un outil industriel dans le cadre de KM0 ». Et donc je n’ai plus rien à redire à la fermeture de l’imprimerie du journal ! Naïf, M. Becht ? On à peine à le croire vu son parcours et son pédigrée. Alors, quelque peu manipulateur, le député ? Ce serait plutôt dans ce registre qu’il faudrait chercher. M. Becht a sûrement eu des assurances, comme en 2012 en tant que maire de Rixheim. Son soutien aux salariés du journal était donc une simple manipulation d’un député voulant apparaître soutenant son électorat…mais flanchant à la première promesse de Gascon d’une banque qui a d’évidence des arguments pour tranquilliser le député.

Mme Lutz : « Les élus ne peuvent intervenir dans la gestion des entreprises »…

Mme la maire de Mulhouse nous a également surpris lors de cette émission. Elle qui, a plusieurs reprises, a manifesté son soutien aux salariés du journal, semble bien plus timide à présent. Elle aussi, a-t-elle reçue des « garanties » quant à la liquidation de 70 postes de travail et autant d’emplois indus ? Si ce sont les mêmes que M. Becht, elle devrait être bien plus méfiante que le député quelque peu éloignés des contingences de son électorat préoccupé qu’il est par son ambition pour sa carrière qui est, paraît-il, incommensurable. L’ambition, pas la carrière…

Mais Mme Lutz ne peut affirmer que les élus ne sauraient intervenir dans la gestion des entreprises ! Non seulement ils peuvent mais ils doivent ! Ou bien cela signifierait que les politiques ont totalement capitulés devant le moloch économique… et ils alimenteront dès lors, encore plus la méfiance des citoyens à l’égard de la politique.

Tout n’est pas perdu, cependant, pour Mme la maire ! La FILPAC-CGT, syndicat majoritaire dans l’entreprise, a commandité des experts pour bâtir un projet d’imprimerie numérique dans le cadre de KM0. Cela ne créerait sûrement pas de très nombreux emplois, mais serait un complément de ressources pour l’imprimerie du journal.

Soutenir un tel projet, Mme Lutz, n’est pas une dangereuse immixtion dans la gestion d’une entreprise : c’est rappeler au Crédit Mutuel qu’il a des droits et des devoirs. Si les entreprises bénéficient de soutien public et exonérations diverses des collectivités locales, ces dernières doivent leur imposer leurs devoirs : celui de développer un espace économique et non pas l’appauvrir en liquidant, sans véritable justification, un outil industriel.

Les deux mensonges du Crédit Mutuel

Pour convaincre ces deux élus, le Crédit Mutuel a développé une stratégie de communication qui convainc ceux qui veulent être convaincus. Même dans une partie de la rédaction, ce qui est bien dommage.

Premier mensonge : la fermeture de l’imprimerie n’aura pas d’incidence sur le titre L’Alsace. Cela n’est tout simplement pas possible techniquement. Même les imprimeurs des Dernières Nouvelles d’Alsace qui imprimeraient le journal mulhousien selon le crédit Mutuel, en conviennent : il est impossible d’imprimer dans les délais les deux quotidiens sans une réduction du nombre d’édition, sans une heure de bouclage précoce pour L’Alsace, sans une accélération du nombre d’articles et de pages commun.e.s aux deux journaux. Et, tôt ou tard, le Crédit Mutuel imposera le journal unique devant les contraintes de l’impression à Strasbourg.

Second mensonge : les compensations. Dans le  plan de M. Carli, il n’y a qu’une seule certitude : la fermeture du centre d’impression mulhousien. Tout le reste : développement, investissements, créations éditoriales, sont de vagues promesses, non datées, non chiffrées. Ce ne sont que des arguments pour tenter de dévoyer le refus des imprimeurs de perdre leur emploi « puisque c’est le passage obligé pour préserver les autres salariés ». Arguments archi-rebattus à tout occasion par le patronat pour casser la solidarité entre les salariés et faire accepter les « sacrifices »… Cela est évidemment favorisé par la division syndicale qui fait preuve, une nouvelle fois, du poison qu’elle représente pour les travailleurs quand les syndicats ne veulent pas s’entendre.

Des élus qui restent fermes…

Pour les salariés du journal qui ne perdent pas espoir de préserver leur entreprise, tous les élus ne semblent pas sensibles aux mensonges du Crédit Mutuel et ne semble pas se laisser vassaliser comme d’autres.

Dans un courrier ferme, le Conseil départemental du Haut-Rhin rappelle à M. Théry qu’il ne compte pas se laisser abuser et qu’il a bien compris les enjeux qui se profilent au-delà de la fermeture de l’imprimerie.

On le voit, MM. Théry et Carli veulent présenter la fermeture de l’imprimerie comme acquise et irrévocable, ils devront encore compter sur une résistance dans le Centre- et Sud-Alsace. 2018, année erratique pour le Crédit Mutuel ?

Michel Muller

Repenser l’Alsace autrement…

L’Initiative Citoyen Alsacienne 2010 lance un « Appel aux élus alsaciens » dont nous publions des extraits. En effet, le gouvernement et sa majorité considèrent que la « réforme territoriale » est entérinée et on ne reviendra plus là-dessus. Il est méritoire que des associations s’élèvent contre cette forme d’oukase que des élus alsaciens semblent à présent accepter contre des « mesurettes » que M. Rottner, jadis opposant farouche du Grand Est, veut mettre en place pour faire passer la réforme… rejetée à près de 90% par les Alsaciens interrogés.

Pour ne pas tomber dans ce qui pourrait être considéré comme un « repli sur soi » (ce qui peut bien exister dans certaines organisations), nous publions ci-dessous une réflexion de Bernard Umbrecht qui permet de pousser la réflexion au-delà des lieux communs et lui donne une vraie hauteur de vue sur les enjeux démocratiques qui se posent dans le cadre d’une société mondialisée qui remet les anciennes structures étatiques chaque jour en cause.

« L’Alsace est actuellement en quête d’une nouvelle manière de s’individuer. Cela s’exprime par une aspiration à un retour à son ancienne existence institutionnelle. Cette région me paraît détenir un potentiel d’expérimentation de cet internation contre le dogme national de l’unicité qui se résume dans le slogan absurde de un peuple, un Etat, une nation, une langue, qui empêche la pleine reconnaissance des langues régionales y compris l’allemand comme langues de France. Cette reconnaissance est une condition nécessaire mais non suffisante. Les langues régionales ne peuvent se résumer – même si ce n’est pas négligeable – à des facilités pour trouver des emplois chez nos voisins. Elles véhiculent aussi des cultures. D’autres chantiers doivent être ouverts si l’on veut éviter une simple restauration du passé pour une continuation de la politique telle qu’elle a été menée par les mêmes jusqu’à présent. La question est : si retour aux anciennes institutions – et pourquoi pas de nouvelles ?– ce serait pour faire quoi ? Au cours d’une récente rencontre, l’on s’est demandé ce qui pourrait mobiliser dans un projet commun, dans une même région, « alsaciens «  et « non-alsaciens », en fait dialectophones et non dialectophones et/ou anciens et nouveaux arrivants ? En déplaçant la focale, on peut trouver des réponses. Dans le fait, par exemple, que nous partageons une même nappe phréatique de plus en plus polluée de nitrates et de pesticides ou dans le fait – autre optique – que nous avons en commun avec nos voisins suisses et du pays de Bade, sur le Rhin, une centrale nucléaire qu’il est temps de fermer. Nous avons en commun avec l’ensemble des habitants de la planète la lutte contre les effets de l’anthropocène. D’autres pistes existent. Nous avons un remarquable modèle de sécurité sociale, hérité de Bismarck, et qui fonctionne bien, à défendre, etc …etc.. . Il serait bon aussi bien sûr pour faciliter les relations avec les autres que les « alsaciens » sortent de leur béate innocence à propos de tout ce qu’il s’est passé dans le siècle écoulé, ils ont à prendre aussi leur part de responsabilité. »

 Bernard Umbrecht

A lire le texte entier sur http://www.lesauterhin.eu/bernard-stiegler-1917-2017-et-apres/

 

Appel aux élus d’Alsace

L’Alsace se trouve à la croisée des chemins. Soit elle disposera à l’avenir des pouvoirs et des moyens lui permettant de définir et de gérer ce qui lui est propre, tout en définissant et gérant avec d’autres ce qui est commun, soit elle disparaîtra dans les oubliettes de l’histoire, alignée qu’elle serait sur l’uniformité jacobine qui se veut d’unir les mêmes et non les différents et qui ce faisant créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque[1].

 Pour définir ce qui est propre à l’Alsace, il faut raisonner, en premier lieu, en termes d’espace. La première identité de l’Alsace est géographique. L’Alsace, ce n‘est pas qu’une extrémité orientale de la France. Elle n’est pas qu’une fin de France, un finistère. Elle est le début de la Mitteleuropa, son extrémité occidentale. Et c’est en premier lieu de sa situation géographique que découlent ses particularismes, ses besoins et ses intérêts propres, qu’il s’agisse en particulier de bilinguisme, de culture, d’économie, de transport ou de transfrontalier. La dimension transfrontalière est dans l’ADN de l’Alsace[2].

(…)

Au moment même où au niveau national l’amitié franco-allemande est proclamée en permanence, l’Alsace peut-elle accomplir son devoir historique et culturel, celui d’être le trait d’union ? Sert-elle de champ d’expérimentation de la coopération franco-allemande au quotidien ? Est-elle un exemple et une référence pour les autres États membres de l’Union européenne en la matière ?

La France n’a jamais conduit en Alsace une politique à la hauteur des enjeux, obsédée qu’elle est par l’égalitarisme et coincée qu’elle est dans son centralisme, et l’Alsace n’a jamais disposé des pouvoirs et des moyens pour le faire.

Pourtant ces particularismes, ces besoins et intérêts propres sont aussi, au travers de l’Alsace, ceux de la France. Qu’aujourd’hui, la France ne l’oublie pas au moment où l’Alsace revendique une nouvelle institution politique.

Tout en opérant des avancées considérables en matière de droits, de libertés et de progrès social, la France n’a jamais entrepris une véritable prise en compte du fait régional, les collectivités territoriales ne constituant, pour le mieux, que des modalités d’organisation administrative, même si des ouvertures ont été obtenues. La chose est bien connue et maintes fois dénoncée, et pas par les moindres, mais jamais vraiment réformée.

 Nous appelons de nos vœux une nouvelle répartition des pouvoirs et des compétences entre l’État et les Régions. Un nouveau pacte devrait intervenir. Ces dernières devraient pouvoir gérer ce qui ne relève pas expressément de l’État, autrement dit, tout ce qui n’est pas régalien. La dualité de l’organisation étatique ainsi créée reposerait et se construirait sur une double loyauté des citoyens : l’une à l’égard de l’État, l’autre à l’égard de la Région. Mais le grand soir du girondisme n’est pas arrivé.

Pour l’heure, L’Alsace demande et nécessite pour exister en tant que telle une institution politique propre bénéficiant de vraies compétences, les unes transférées par l’État, les autres par la Région Grand Est. Les plus importantes, et les plus déterminantes, celles qui correspondent en premier aux particularismes, aux besoins et aux intérêts propres seraient celle de l’économie avec l’attractivité et le tourisme, celle de la gestion de la langue et de la culture régionales (bilinguisme français-allemand standard et dialectal, scolaire et sociétal, formation des enseignants et des communicants, enseignement de l’histoire et de la culture d’Alsace, politique culturelle…), celle aussi de la gestion de la coopération transfrontalière permettant de travailler à hauteur de pouvoir avec nos partenaires du Rhin supérieur.

Au-delà du contenu, il s’agit aussi de donner une structure et un mode gouvernance à la nouvelle institution. L’Alsace est par elle-même une métropole, tant tout y est proche et lié, une métropole qui resterait à instituer et qui fédèrerait les pays qui la composent.

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est à la reconstruction, tant l’Alsace a perdu en substances économique, linguistique, culturelle… ces dernières décennies. Le temps n’est plus aux tergiversations, aux conflits de personne ou aux intérêts partisans. Le temps est à la démocratie[3]. Le temps est à la prise de responsabilité et à l’unité.

[1] Il existe en effet des statuts particuliers en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux Antilles, en Corse, à Paris…

2L’Alsacianitude est une confluence et une synthèse.

3 C’est-à-dire dans ce cas au «  droit et [à] la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part importante des affaires publiques ». cf.  Charte de l’autonomie locale ratifiée par la France le 17 janvier 2007.

 

 

Chasse à courre à Pôle Emploi

Pour démarrer 2018, nous publions deux chroniques de Dédé Barnoin qui sont dans l’air du temps… Pour en lire plus, rendez-vous sur son blog.

Pour celles et ceux qui ne se tiendraient pas au courant de l’actualité, et ils ont des excuses, car nous sommes entrés dans le viaduc qui conduit des réjouissances de Noël aux festivités de la Nouvelle Année, ( quoique la culture de l’excuse, hein ? ), je m’en vais vous conter une petite anecdote qui est arrivée à un chômeur privé d’emploi toucheur de subventions en pleine villégiature dans les bois de Bonneuil-En-Valois…

Alors que ce profiteur de la manne publique se prélassait en broutant du gui et en se gavant de houx en veux-tu en Valois, un fier équipage de traqueurs de fainéants vint à passer par là…

Superbes dans leur costume traditionnel, veste sable à boutons d’or, pantalon de gueules, coiffés de la bombe de même et harnachés de leur gibecière à ordonnances, ils patrouillaient à la recherche de ces parasites qui mettent en danger tout le bel ordonnancement de notre société si civilisée, si policée, si douce aux faibles et aux laborieux, pourvu qu’ils enlèvent leur casquette quand sonne la trompe à vilains et que claquent les sabots des chevaux surmontés d’un gyrophare…

Or donc, pendant la trêve des confiseurs, le chef d’équipage Gattaz, Pierre pour les dames, fine mouche s’il en fût, se doutait bien que quelque part, dans quelque fourré juridique bien camouflé sous les épines de l’aide juridictionnelle, un oisif ennemi de la société se la coulait douce en ricanant de la naïveté de ses semblables qui se saignaient aux quatre veines pour lui offrir à lui, Feignasse Cerf ( ou Serf, selon les époques ), des vacances aux Bahamas et des promenades insolentes dans les bois autour de son Agence Pôle Emploi d’attache…

D’un impérieux coup de cor, Gattaz Pierre convoqua son chef de meute Macron, dit Jupiter, qui sauta illico dans son pantalon de gueules et, droit dans ses bottes, courut fissa à son destrier de parade, entraînant à sa suite Muriel, la Diane Chasseresse titulaire actuelle du Ministère de la Chasse aux Fainéants et aux Assistés.

Déjà, dans la cour de l’Elysée éclairée aux flambeaux par les secrétaires particuliers et les stagiaires surnuméraires réveillés en sursaut, Jehan Bassère, maître-chien à la longue expérience, tenait à bout de laisse la meute hurlante de ses limiers impatients d’en découdre avec la méchante bête brouteuse de subventions publiques…

Je ne raconterai pas la longue chevauchée de l’héroïque phalange à travers le maquis législatif peuplé de zadistes sournois et de bergers rebelles à toute objurgation, aidés dans leur entreprise maléfique par des cégétistes obtus, des militants associatifs procéduriers et des opposants à toute forme de retour aux temps bénis de la chandelle de suif pour les manants et de la bougie de cire pour les personnes qui comptent dans la société…

Voilà donc notre troupe battant les fourrés dans la cambrousse, ce lieu incertain et dangereux dont le principal mérite est de fournir des sauts d’obstacle à la bonne société, et accessoirement de cadre de vie à la population ordinaire quand il y reste un bureau de poste en état de marche et une maternité pas encore fermée…

Mais voilà que les chiens donnent tous les signes d’une grande excitation : Pas de doute, ils ont senti la présence du fraudeur, du parasite, du mauvais exemple à ne pas suivre et à radier d’urgence : le Chômeur de Longue Durée !

Aussitôt, la traque s’organise : maître Bassère déboucle, et ses contrôleurs assermentés se précipitent en rugissant sur les pièces justificatives, les attestations, les décomptes, les agendas, les curriculum vitae rédigés à 160 exemplaires et expédiés en vain à des employeurs potentiels, putatifs et dubitatifs noyés sous les candidatures spontanées, eux-mêmes à la recherche éventuelle de postes de travail à créer afin de la faire fléchir un peu, cette sacrée courbe qui se hausse du col et refuse un tant soit peu de faire plaisir aux annonceurs de bonnes nouvelles anticipées, histoire de maintenir un semblant de popularité à ceux qui se risquent à prendre les manettes des affaires publiques…

A force de reniflages, de farfouillages et de recoupages, voilà que la bête tapie non loin dans un épais buisson de règlements contradictoires, se met à suer d’angoisse et émet ses effluves à portée de truffe des enquêteurs spécialement sélectionnés pour leur savoir-flaire…

Aussitôt, c’est le grand branle-bas, c’est le tumulte, c’est la chasse à cor et à cris, c’est le chômeur dix cors qui jaillit des fourrés, talonné de près par les limiers lancés à ses trousses, courant, haletant, affolé par les trompes de la renommée qui répètent à l’envi son nom et son matricule à tous les échos…

Déjà les banquiers se frottent les mains et réservent leur part de sa dépouille sous forme de frais augmentés d’agios arrosés d’interdictions diverses et de saisies conservatoires à partager fifty-fifty avec les huissiers, les loueurs de bosquets changent les serrures en prévision de son expulsion, les opérateurs téléphoniques lui coupent la chique avant qu’il n’explose son forfait…

Le voilà fait, le brigand, le gibier de potence, qui fuit à travers les friches industrielles où autrefois le travail poussait à foison, et où ne reste plus que de maigres carrés de start-up maintenues en vie au goutte-à-goutte des subventions filtrées à travers des tonnes de paperasses exsudant l’encre antipathique et la sueur bureaucratique…

En traversant le marché du travail installé sur le carreau de l’usine envolée Dieu sait où, il ne jette même pas un regard sur les stands d’annonces d’aides à domicile pour personnezagées, de vendeurs-démonstrateurs-réparateurs d’objets en panne avant d’être mis en service, de serveurs de fast-food gastronomiques, de pondeur d’appels téléphoniques en batterie ou de contrôleurs de surveillants de vigiles gardiens d’agents de sécurité, métier pourtant en pleine expansion en cette époque bénie de bienveillance de tous contre tous…

Ah, le sacripant ! Ah l’ingrat ! Au lieu de ralentir puis de s’arrêter, comme l’y enjoint la Ministre de la Chasse aux Chômeurs et aux Assistés qui s’époumone dans son cor de chasse à gyrophare, puis de fléchir le jarret afin de recevoir le coup de stylet à radiation porté par Jehan Bassère le préposé idoine, le voilà qui se met en tête de sauter la barrière des convenances et de se réfugier dans la cour de l’Agence Pôle Emploi de son village, seul service public en voie d’extension, y semant l’embarras et la confusion parmi le petit personnel qui ne sait plus à quel saint se vouer :

Prêtera-t-il main forte à son chef légitime en tenant ferme le récalcitrant par les sabots, comme le prévoit le règlement intérieur de la Maison, ou se laissera-t-il aller à son bon sens naturel, qui lui dit que le métier d’aide aux chômeurs consiste à aider les chômeurs, et pas à leur pourrir la vie sur ordre ?

Ici s’arrête mon histoire.

La suite, vous la connaissez par les journaux. Je vous renvoie à la video qui circule sur les réseaux sociaux et qui illustre cet aimable moment de convivialité dans la campagne française au début du XXI ème siècle, et qui laisse M. Hulot pantelant, à moitié étouffé par une couleuvre plus grosse que les autres….

Je soulignerai tout au plus que vous ne reconnaîtrez ni M. Gattaz, ni M. Macron, ni Mme Pénicaud, ni M. Bassère sur les images, car ils ont gardé leur masque pour faire croire qu’ils n’ont rien à voir avec ce monde faisandé et plein de morgue.

Vous ne reconnaîtrez pas non plus Feignasse Cerf (ou Serf ) qui a gardé son apparence de fier dix-cors et qui a eu la chance inouïe d’échapper au massacre d’une bande organisée grâce au courage et au sens de l’humanité d’une communauté villageoise qui sait ce que la vie en société et le respect dû aux êtres vivants veut dire.

Et aussi un peu grâce à internet que d’aucuns aimeraient bien faire rentrer dans le rang.

Bonne Année 2018, en espérant qu’elle soit un peu moins désespérante que la précédente…

Si cette histoire vous a plu, n’hésitez pas à la propager, elle ne contient pas de virus, sauf celui de l’insolence,

Ce qui ne fait pas forcément du mal en cette période de soumission généralisée,

Surtout de la part de celles et ceux dont c’est le métier de dire et proclamer que le Roi est nu,

Surtout quand il est nu…

Et ce n’est pas madame Lucet qui dira le contraire…

 

“ Bonne Année, Emmanuel ! “

Vous connaissez sans doute la fable de La Fontaine intitulée “Les Grenouilles qui demandent un roi “ ? Non  ?

Ca m’étonnerait que parmi celles et ceux qui ont voté la dernière fois, beaucoup de gens la connaissent, sinon notre bon Emmanuel ne serait pas là où il est…

Vous me direz, moi aussi j’ai fini par voter pour lui à reculons parce que la fifille à son père le Blond, non vraiment ce n’était pas possible, et rester à la maison sans donner mon avis, ce n’est pas mon genre. Alors bien fait pour ma gueule.

Et puis voilà. A force de réclamer un qui connaît la musique, un qui en a, un qui se les bouge, un qui n’a pas froid aux yeux, on a fini par l’avoir…Celui-là a un appétit de jeune homme, une vue perçante, un cerveau boosté aux nanoparticules et ne dort jamais.

Vous allez voir qu’en 5 ans, il va réussir à boucler tout ce que les autres bûches n’ont pas été foutues de faire depuis l’abdication du Général : défaire fissa ce qui avait été mis en place à la Libération et qui avait empêché de dormir des générations de patrons du patronat : la sécu, la retraite, les congés payés, tout ça, augmentés au fil des années des Comités d’Entreprise, des Comités d’Hygiène et de Sécurité, du SMIC, de la RTT, des 35 heures, toutes ces choses qui empêchent l’entrepreneur d’entreprendre le cœur léger et le portefeuille bien lesté…

Vous me direz que ça n’avait pas empêché la France de devenir la cinquième puissance mondiale et de s’y maintenir jusqu’à ces derniers mois, malgré sa population riquiqui et son niveau scolaire qui baisse depuis Charlemagne… Vous me direz que ça n’a pas empêché les millionnaires de devenir milliardaires… Mais ces manants qui prétendaient singer les habitudes de la haute société, ces foules hébétées défilant avec leur cornet de glace devant nos yachts à l’heure de l’apéritif, ou se prenant pour des stars en dévalant les pistes de leur station familiale, non vraiment ça n’était plus possible…

Et dire que pendant ce temps là l’ouvrier japonais, puis le coréen puis le chinois et maintenant l’éthiopien se défoncent 17 heures par jour en échange d’un bol de riz quotidien pour fabriquer nos sacs Vuitton et nos vêtements de marque ! Non mais je t’en foutrai, des 35 heures et des 6 semaines de congé payé ! Le mot “compétitif” n’a pas été forgé en vain, en voilà un néologisme qui vaut son pesant de lingots d’or !

Heureusement Emmanuel vint, et le pays respira ! Enfin, un Code du Travail allégé ! Enfin, un qui ose dire leur fait aux manants et aux vilains qui l’ont trop longtemps ramené et qui ont enfin compris que défiler dans la rue ne sert à rien quand le châtelain leur tient la dragée haute ! Aussitôt, les effectifs de la CGT fondent, paraît-il, comme neige au soleil, c’est ça qui va remettre du beurre dans les épinards de la ménagère monoparentale de plus ou moins 50 ans !

Enfin, un Président pas fier qui téléphone à son pote Hanouna le jour de son anniversaire ! Voilà qui doit ravir M. Finkielkraut et toute la théorie des hommes (et femmes, on l’oublie trop vite !) en vert qui frétillent d’aise depuis l’élection du jeune prodige !

Quel dommage que notre bon Jean d’O n’ait pas vécu ça ! Il nous en aurait fait devant les caméras une pirouette drolatique dont il avait le secret pour rajuster sa cravate quand son image ne collait plus tout-à-fait avec son personnage…Vous me direz que M. Hulot est en train de reprendre le rôle, mais en moins primesautier, je trouve…

Finalement, c’était une riche idée cette idée de milliardaires, d’acheter tous les médias et d’étrangler ou couler ceux qui ne se laissent pas faire !

En 20 ans, une fois débarrassés de tous les vieux briscards (sauf une ou deux  vieilles mules qui s’accrochent ), qui croyaient que leur métier consistait à parler des sujets qui fâchent les puissants et les malfaisants, le paysage médiatique est devenu un lieu paisible où il faut mettre un peu d’agacerie hanounesque pour que le bon peuple ne sombre dans une profonde léthargie entre deux matches de foot et deux funérailles nationales de vieux rockers, ce qui n’est pas bon pour la productivité et nuit à la compétitivité de nos comptes en banque bien garnis, jamais assez garnis, vous avez compris bande de salarié(e)s en Contrats à Durée Déterminée Indéterminés de projets jamais loin de la porte de Pôle Emploi ?

“Je ne suis par le Père Noël “ avait été son slogan de campagne… Pour une fois, nous avons un Président qui dit ce qu’il fait, et qui fait ce qu’il dit… Je ne sais pas si mes concitoyen(ne)s ont apprécié ce qu’ils ont trouvé dans leur sabot le matin de Noël, en matière d’augmentation de coups de bambou et de diminution de sucreries, mais je crois qu’on peut dire que notre premier magistrat tient plus du Père Fouettard que du Père Noël…

Mais puisqu’il l’avait promis, où est le problème ? Ne sommes-nous pas en démocratie, et le peuple souverain n’a-t-il pas le droit de se voter des coups de martinet, si son derrière le réclame ?

            Donc, Emmanuel, notre nouveau capitaine, non de pédalo, mais de porte-avions à turbo-réaction, il ne me reste plus, avec l’ensemble du peuple  qu’à vous souhaiter, en compagnie du Bouffon Hanouna à vous gracieusement prêté par Bolloré en guise de cadeau d’anniversaire, une Bonne Année 2018 pleine de rapines, d’évasions fiscales, de reculs sociaux et de chasses à courre le Chômeur, l’Etranger et le Militant syndicalo-associatif ringard et passéiste…

Ce vestige des trente glorieuses qui se croit autorisé à prolonger le rêve des lendemains qui chantent et qui ne trouve à s’occuper que de tentes sur les quais du Canal st Martin, de distribution de nourritures récupérées en fin de marché et de serrures forcées pout mettre à l’abri des femmes et des enfants dans des appartements gardés vides pour ne pas faire baisser les loyers, toutes activités misérabilistes et peu porteuses de plus-values pour notre portefeuille…

Tous ces sous-produits de l’humanité non comptabilisés au bilan de la start-up France, Marque Déposée et Certifiée par la Grâce de l’Académie Françoise, cette vieille dame qui a retrouvé une nouvelle jeunesse en croyant entendre Richelieu renouveler ses lettres patentes, alors que ce n’était que Finkielkraut qui bramait à la cantonade dans un cornet acoustique à l’attention  de ses camarades de fauteuil, son dépit d’avoir été éconduit d’une Assemblée Générale de Nuit debout…

Bonne Année,donc, mister Président, profitez bien de la stupéfaction des foules ébaubies par votre désinvolture de fils à maman, comme celle de  ces cantonniers qui se faisaient insulter par des fils à papa juchés dans leur topolino, juste avant qu’elle tombe en panne sèche à portée de leurs pelles vengeresses…

Les « Vitelloni », le film culte de Fellini, les « Vitelloni », les veaux élevés sous la mère, vous vous souvenez, Président ?

 

 

Etats généraux des migrations…Vite!

Quelques 500 tracts distribués rapidement devant la gare de Mulhouse ce 18 décembre, journée mondiale des migrants. 

 Symbolique, oui…mais pas que….

 Les milliers d’enfants, de femmes et d’hommes accablés.e.s par les violences, les dangers de mort sur les routes de l’exil, ne laissent plus indifférents une opinion publique recrue  de mensonges, de phantasmes, de calculs électoraux de politiciens minables, de désinformation.

 Le mépris des droits humains, la criminalisation des bénévoles, les financements de camps de tri en Libye, l’abandon de milliers de mineurs totalement isolés aux hasards et dangers de la rue, interrogent de plus en plus une opinion publique qui évolue rapidement sur ces sujets, qui comprend la réalité des drames et l’indigence des politiques publiques proposées – en France notamment.

 500 associations et collectifs nationaux voulaient d’abord affirmer ce 18 décembre que ces politiques de chasse au migrant, de violation des droits humains élémentaires ne sont pas conduites en notre nom.

 La France de l’accueil s’est mise en mouvement par ses mobilisations de citoyens solidaires et responsables, eux…

Les dispositifs les plus répressifs

 Mais ce gouvernement, celui de Monsieur Macron, prépare un projet de loi qui durcit encore les conditions d’accueil des migrants; il invente des dispositifs qu’aucun gouvernement n’avait encore osé imaginer (éloignement vers des pays de transit, refoulement pur et simple à la frontière franco – italienne, dispositif de renvoi massif de sans – papiers mais aussi de demandeurs d’asile, contrôles policiers jusque dans les centres d’hébergement sociaux ou d’abri d’urgence, redéfinition de la notion de pays sûrs, réinvention des centres d’assignation à résidence à proximité des aéroports, mobilisation de dispositions  issues du dispositif anti – terroriste pour se dispenser du contrôle judiciaire tels les contrôles au faciès, les zones de contrôles frontaliers élargies…).

 Outre que nombre de ces dispositions sont en contradiction avec des dispositions légales nationales et européennes, avec nombre de conventions internationales signées par la France, elles sont présentées par le locataire de l’Elysée comme un dispositif rationnel, équilibré humain… »efficace » en somme.

 En fait il s’agit désormais de sous – traiter la demande d’asile, ses garanties légales nationales et européennes,  ses principes fondateurs même, à des pays tiers (Turquie comme référence et Tunisie, Maroc, Algérie, Niger, Mali sans doute demain).

Le distinguo entre « demandeurs d’asile » et « migrants économiques » cher à Emmanuel Macron ne cache même plus la réalité de politique de renvoi systématique des uns comme des autres.

Le mur législatif : une terrible régression

Carine Fouteau, dans un article repris par « Mediapart » évoque à juste titre le « mur législatif » construit par le Ministre de l’Intérieur.

Le Défenseur des droits observe par ailleurs que le dispositif de renvoi touche particulièrement les étrangers malades et cite l’éloignement de personnes dont les pathologies ne peuvent pas être traitées dans leur pays d’origine; il souligne « la régression particulièrement terrible et une atteinte au droit fondamental le plus essentiel, le droit à la vie ».

Plus d’un an après la destruction de la jungle de Calais, des experts de l’O.N.U viennent de rappeler à la France la nécessité d’octroyer de l’eau potable aux migrants, de cesser la maltraitance organisée à leur encontre.

La question est désormais de savoir jusqu’où ira ce Président pour, « en même temps » expulser, interdire, oublier nombre d’engagements internationaux de la France, imposer aux pays d’origine récalcitrants, notamment africains, des réadmissions de leurs nationaux, par ce qu’il faut bien nommer un chantage aux aides financières publiques au développement et « en même temps » cacher la réalité de sa politique qui semble désormais ébranler quelques certitudes dans les rangs même de sa majorité.

En Alsace comme ailleurs le  processus national de rencontres, débats, mobilisations est désormais  lancé, avec l’ensemble des personnes impliquées aux côtés des migrant.e.s pour élaborer des propositions, une politique alternative au niveau national comme au niveau européen, les Etats généraux des migrations.

 Il faut le rejoindre…

 C.R

 

La pauvreté sous contrôle ?

La France, comme beaucoup d’autres pays européens, connaît ce phénomène qui s’aggrave d’année en année. Selon le Secours Catholique,  près de 9 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants, vivent dans la pauvreté en France.  « Nous constatons, ajoute-t-il, une précarisation croissante des familles, des femmes et des enfants, ainsi que des personnes d’origine étrangère, avec davantage de personnes sans ressources, en logement très précaire ».

La Fondation de l’Abbé Pierre quant à elle, rappelle que  « la France compte 2,3 millions de personnes vivant avec moins de 672 euros par mois et 1,9 million de bénéficiaires de l’aide alimentaire. La grande pauvreté persiste en France. »

Le Secours populaire indique qu’en 2017, plus d’un tiers des Français (37 %) a déjà vécu une situation de pauvreté. Plus d’un Français sur cinq ne parvient pas à équilibrer son budget à la fin du mois. 23 % des Français rencontrent des difficultés à faire trois repas par jour. »

Parmi les sept pôles de plus de 100 000 habitants de la région, la ville de Mulhouse se détache nettement avec trois habitants sur dix vivants sous le seuil de pauvreté selon les chiffres de l’INSEE.

L’action admirable des associations

Elles sont près des milliers en France. A Mulhouse, plusieurs dizaines d’associations, avec des centaines de bénévoles, viennent au secours des plus démunis, dans de multiples domaines. Car la pauvreté se décline sous tous les angles de la vie sociale : emploi évidemment (et la précarité engendre à présent des travailleurs pauvres), logement, accès à la santé, à la culture… Et bien évidemment alimentaire.

Un grand nombre d’entre elles développent une activité d’éducation populaire pour socialiser des femmes, des hommes, des enfants, qui se sentent exclues de notre société. Dans de nombreux cas, ces personnes ne demandent même plus les aides auxquelles elles ont droit, elles ne vont plus voter, elles ne peuvent participer à des activités culturelles, associatives, sportives. La marginalisation est en route.

Par leur incessante activité, les bénévoles de ces associations viennent en appui aux services sociaux et bien souvent assument leurs tâches. L’extension des besoins et le manque de moyens humains des services sociaux rejaillissent sur leurs activités et font douter bien de personnes démunies de l’efficacité de l’Etat pour combattre la pauvreté.

L’exemple de l’aide alimentaire

Nous l’avons dit : les associations s’investissent dans toute la chaîne de la pauvreté. Mais nous souhaiterions relever ici le cas particulier de l’aide alimentaire. Celle-ci est très organisée en Europe et en France. Comme le montre le tableau ci-dessous, l’aide alimentaire est sous contrôle. A priori, il n’est pas scandaleux qu’une distribution d’aliments à cette échelle nécessite un suivi et des contrôles.

Le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) participe à la réduction de la pauvreté et vise, à terme, à l’éradication des formes les plus graves de pauvreté dans l’Union. En France, tout le système d’aide est placé sous la responsabilité du Ministère de l’Agriculture et des Préfets de Région.

La France bénéficie, pour la période 2014-2020 de 500 millions d’euros de crédits européens auxquels s’ajoutent 88 millions de crédits nationaux et a choisi que ces crédits soient uniquement consacrés à l’achat de denrées alimentaires.

Les denrées alimentaires acquises par les divers circuits (voir schéma) sont mises à disposition des plus démunis à titre gracieux par l’intermédiaire d’associations caritatives désignées par le Gouvernement. Actuellement quatre associations participent au PEAD : la Fédération française des banques alimentaires, les Restaurants du Cœur, le Secours populaire français et la Croix-Rouge française.

Ainsi, les 79 Banques alimentaires et leurs 23 antennes ont distribué 106 000 tonnes de denrées à 5400 associations et organismes sociaux. Environ 2 millions de personnes ont pu bénéficier de cet accompagnement alimentaire représentant l’équivalent de 210 millions de repas. Les ressources globales de la Fédération des banques alimentaires est de 31.821.000 € en 2016. Donc tout l’alimentaire distribué par des associations doit transiter par la Banque alimentaire. En outre, des « Epiceries solidaires » proposent aux plus démunis des aliments variés comme dans une vraie boutique. Les personnes viennent y faire leurs courses elles-mêmes, moyennant une participation financière à hauteur de 10 à 20% du prix habituel,

La colère des associations 

Ce système apparemment rodé est pourtant gangrené par une organisation très (trop ?) encadrée, des contrôles tatillons et de certaines règlementations proprement scandaleuses.

Les associations distribuant de l’aide alimentaire sont soumises à des impératifs qui pèsent de plus en plus lourds. Elles doivent d’abord obtenir un agrément préfectoral et justifier d’une activité d’au moins trois ans. Elles doivent établir chaque jour une liste des personnes aidées, leur adresse, leur état-civil. Cette liste est adressée au Ministère et au Préfet de Région : dans ces lieux, seront vérifiés si ces personnes ne se sont pas servies ailleurs, auprès d’une autre association.  A combien peut-on estimer le coût de ces contrôles quotidiens ?

Chaque personne aidée ne peut l’être que durant trois mois. Au-delà de cette date, il est interdit à l’association de redonner de l’aide alimentaire.

Mais pour en bénéficier, la personne concernée doit posséder une justification dressée par une Assistance sociale dûment mandatée.

Si on peut comprendre qu’un contrôle soit établi pour éviter des abus, les bénévoles se sentent de plus en plus démunis : comment expliquer à telle famille en détresse alimentaire, qu’on ne peut rien lui donner car elle n’est pas administrativement en règle ? Ces bénévoles mus essentiellement par leur volonté d’aider, de soutenir, ne se sentent pas à l’aise dans ces tâches administratives dont toutes ne sont pas compréhensibles.

Interdiction de distribuer aux migrants déboutés !

Ainsi, dans la politique des migrants du gouvernement, ceux qui sont déboutés de leur droit d’asile, ne peuvent recevoir une aide alimentaire ! Car pour le Ministère de l’Intérieur, ces personnes, expulsables, ne devraient plus être sur le territoire français… et n’auraient donc aucun droit.

Or, selon la Cour des comptes, 97% des migrants déboutés restent en France… ce qui conduit M. Collomb a trépigné en exigeant plus d’expulsions… peut importe ce qui va advenir de ces personnes.

Pour les bénévoles des associations, c’est un crève-cœur de refuser à une famille qui vient demander une aide alimentaire, de la lui accorder sous prétexte qu’elle ne devrait pas être là… Etre débouté du droit d’asile, supprime-t-il la faim ? Là, nous quittons le domaine du contrôle de l’aide pour passer dans celui de l’inhumanité et la répression la plus ignoble.

Car si une association contrevient à ces règlements, elle doit rembourser la valeur de l’aide alimentaire accordée… et cela revient à condamner le bénévole qui, devant la détresse, a estimé qu’on ne pouvait pas priver ne famille d’un besoin de base : celui de s’alimenter.

L’Etat ou l’Europe n’ont pas à s’octroyer le droit de séparer le bon grain de l’ivraie.

Le libre arbitre de la distribution alimentaire doit être laissé aux associations. C’est un devoir humanitaire et d’humanité des associations, qu’aucune administration ne peut déranger.

Un militant d’ATD Quart Monde le dit avec ses mots : « La liberté des associations, c’est comme la liberté de la presse. On n’a pas à être sous la coupe d’un gouvernement politique ou d’intérêts privés. Sans cela, nous perdons tout sens, tout intérêt et toute crédibilité. L’association se doit d’être un lieu un espace neutre. »

Quelles sont les motivations ?

Cette situation envenime les relations entre les acteurs de la lutte contre la pauvreté… alors qu’ils sont tous au service de la même cause.

Des associations comme Bouge ta Galère et de nombreuses autres, ne se limitent d’ailleurs pas à l’aide alimentaire. Leur activité est souvent plus centrée sur l’éducation populaire.

Devant une règlementation de plus en plus régressive, les bénévoles ont souvent l’impression de faire partie d’un réseau de contrôle des individus. Comme s’il fallait mettre la pauvreté sous contrôle et dissuader une grande partie des personnes de faire appel à l’aide. Ou des les orienter plutôt vers les Epiceries solidaires qui se consacrent exclusivement à l’aide alimentaire… ce qui est certes essentiel mais pas suffisant dans la lutte contre la pauvreté. Les associations, par l’aide alimentaire, peuvent commencer à travailler avec les personnes pour arriver à une réinsertion sociale indispensable pour sortir définitivement de leur état.

A écouter attentivement les bénévoles, on sent pointer un découragement, une lassitude, une incompréhension du rôle qu’on veut leur faire jouer.

Alors de nouvelles idées commencent à pointer. A Mulhouse, Astrid Noel, par exemple, est en train de lancer un « groupement d’achats » auquel peuvent adhérer les personnes démunies ou non-démunies : aucune distinction ou stigmatisation de la pauvreté. Aucun contrôle de la situation des adhérents, pas besoin de passer par un service d’action sociale pour être adhérent. Ce groupement pourra, par la masse de produits qu’il peut acheter, négocier des prix pouvant être extrêmement compétitifs sur des denrées de première nécessité (pas de produits de luxe ou d’épicerie fine). Ce serait une manière d’assurer la solidarité sans passer par un circuit qui devient de plus en plus contrôlé bien au-delà de ce qu’il faudrait pour assurer l’équité de la distribution des aides alimentaires.

En guise de conclusion, la ferme position d’ATD Quart Monde : «  On n’adosse pas aide alimentaire et politique migratoire. Il n’y a pas de bon pauvre et de mauvais pauvre (origine, couleur de peau …). Il n’y a que de bonnes politiques et de mauvaises politiques. ». Fermer le ban !

Michel Muller

La grande pauvreté en France
Nombre
Personnes vivant sous le seuil de pauvreté à 40 % du revenu médian (Insee – 2014) 2 269 000
Personnes sans domicile personnel (Fondation Abbé Pierre – 2017) 896 000
– dont personnes hébergées chez des tiers dans des conditions de logement très difficiles 643 000
– dont personnes sans domicile* 143 000
– dont habitats de fortune (cabane, camping, etc.) 85 000
Personnes en habitat dégradé ou exigu 2 819 000
– dont logements inconfortables 2 090 000
– dont logements surpeuplés 934 000
Personnes bénéficiaires des Banques Alimentaires (Banques Alimentaires – 2015) 1 900 000
Allocataires de minima sociaux (Drees – 2015) 4 149 100
– dont RSA socle 1 945 900

Source Fondation Abbé Pierre

 

Paradis fiscaux: signer juste ……….mais surtout viser juste!

On sait qu’un pays qui fait bénéficier les non-résidents qui y placent des capitaux, d’avantages fiscaux devient paradis bancaire/fiscal/centre financier offshore si les flux de capitaux circulent dans un contexte rendu plus attractif par le système fiscal et par le secret bancaire.

L’Union européenne a dressé une liste, dite « grise », de 47 pays dont 17 vraiment vilains petits canards qui relèvent de la liste dite « noire » (toutefois pas de sanctions formellement définies à ce stade et la dite liste noire ne regroupe que de petits centres financiers et oublie des paradis fiscaux comme la Suisse, le Luxembourg, les îles Caïman).

Mais  les  fameuses « listes » de mauvais élèves dressées par les 28 mousquetaires de l’Union européenne notamment … ne servent à rien ou presque – techniquement du moins – tant que la fiscalité directe reste l’apanage de pays souverains.

Et là n’est plus tellement la question compte tenu de la pression internationale (Europe, OCDE, G20, ONG telles Oxfam…) sur ces pays  paradisiaques fiscalement parlant et de la régression de la portée du secret bancaire face à la demande d’Etats européens qui veulent récupérer leurs euros.

Classer comme « coopératif » devient leur arme,  le vrai nœud du problème

Le Code général des impôts français parle ainsi de contribuables « soumis à un régime fiscal privilégié » et s’intéresse aux « Etats et Territoires non coopératifs ».

Il n’est pas interdit de placer de l’argent dans un « paradis fiscal »… mais si le pays en question a un régime fiscal privilégié (soit moins de la moitié de l’impôt qui serait dû en France dans les mêmes circonstances), le droit français prévoit des mesures pour imposer en France le revenu peu ou pas taxé dans l’autre pays. Et ce régime ne s’applique pas aux pays de l’UE, exclus du dispositif, sauf si l’administration prouve l’existence d’un « montage artificiel », (ce qu’elle cherche par ailleurs volontiers à démontrer).

 Il n’y a là rien de plus que l’application de principes communautaires fondamentaux (liberté de prestation de services, liberté d’établissement notamment)…sous réserve habituelle d’abus de droit, principe consacré notamment par la Cour de Justice européenne.

En France, il n’y a pas de liste officielle de pays à régime fiscal privilégié mais compte tenu de ce que la France a un des taux d’impôt sur les sociétés (I.S) les plus élevés du monde (bientôt 28 puis 25%)  beaucoup de pays seraient des paradis fiscaux vus de France…et la France elle-même est un paradis fiscal pour certaines activités/ structures exonérées d’IS ou à IS à faible taux (traitement fiscal des Jeunes entreprises innovantes, des fonds d’investissement, des sociétés de recherche et développement par exemple….et même si on s’appelle Sanofi).

Vu de notre fenêtre (comme de celle de nombre de fenêtres européennes) l’élément du débat devenu central est la notion d’Etats peu ou pas coopératifs, définis comme ne communiquant pas d’informations à l’administration fiscale française – il n’y en que 7 sur notre liste nationale – dont Panama; les autres pays  – paradis fiscaux compris –  donnent de l’information et le Français qui investit dans un pays coopératif  voit ses revenus imposés en France le cas échéant.

Nombre de pays, et non seulement en Europe, se retrouvent dans ce type de problématique d’échanges croisés d’informations.

La Tunisie, mais par l’Irlande, Malte, Chypre…

 Mais…. « Selon que vous serez puissant ou misérable… » (La Fontaine : les animaux malades de la peste),  les  règles du jeu sont variables. Ainsi,  le 5 décembre dernier la Tunisie a eu la mauvaise surprise de se réveiller classée « juridiction non coopérative pour les sujets fiscaux » par l’Union européenne, malgré ses efforts pour « coopérer ».

Selon le Conseil européen, elle aurait en particulier pris des mesures fiscales préférentielles pouvant être regardées comme dommageables parce que concernant des « activités mobiles », autrement dit des activités sans actifs réels correspondants dans le pays.

(Il aurait d’ailleurs fallu plutôt évoquer les règles de « concurrence commerciale » définies par  l’Organisation mondiale du commerce (O.M.C.) et non celles d’une justice fiscale…)

L’UE reproche à la Tunisie d’offrir un taux d’imposition plus favorable aux entreprises « totalement exportatrices », ce qui est pourtant logique pour un pays en voie de développement à la recherche permanente de devises.

La Tunisie cherche d’abord par ses dispositions fiscales, à garantir des emplois locaux   puisque les exportateurs  n’ont pas l’obligation de rapatrier leurs recettes.

Elle n’entre d’ailleurs dans aucun des critères d’Oxfam révélateurs de flux de capitaux à visée d’évasion fiscale.

(On rappelle que l’Irlande, Malte, Chypre offrent ce type de pratiques et de taux faibles sans encourir de foudres particulières de l’Union…).

Et les règles à la tête du client ?

La pratique du  rescrit fiscal ou «tax ruling» est une prise de position formelle de l’administration fiscale du pays saisie par un contribuable en amont de toute imposition.

La règle du jeu est alors à la carte, individualisée, et la sécurité juridique du contribuable est garantie par le principe d’une légalité négociée qui s’imposera au système légal de ce même pays…et qui ne sera pas connue des autres pays. (La  multinationale aura sans doute  plus de chance que l’artisan du coin…).

Les rescrits luxembourgeois révélés dans le cadre du « scandale Lux Leaks » avaient défrayé la chronique en leur temps mais 22 pays de l’Union pratiquent le rescrit, dont la France.

Pratique de dumping fiscal et de concurrence par la fiscalité entre Etats, les rescrits ont toutefois contribué à lancer la machine communautaire en vue de l’échange automatique d’informations entre les administrations fiscales des Etats européens… Une certaine  transparence fiscale donc; mais ni le grand public, ni la Commission, n’ont obligatoirement d’informations à ce jour sur  le contenu de ces rescrits et il n’y a pas d’enquêtes possibles, pour distorsion de concurrence par exemple.

En 2015, la Commissaire européenne à la concurrence avait indiqué que la légalité de l’ensemble des dispositifs de rescrits fiscaux était contestable (cas Fiat au Luxembourg, Starbuck aux Pays – Bas).

En 2016, la même Commissaire a demandé à Apple de rembourser à l’Etat irlandais 13 milliards d’euros plus les intérêts au motif d’«aides d’Etat» contraires au droit européen de la concurrence puisqu’Apple ne soumettait pas les profits qu’elle rapatriait d’Europe en Irlande au taux normal d’imposition irlandais (taux très bas par ailleurs).

L’Irlande se hâtait alors de faire savoir qu’elle ne voulait pas de cet argent pour sauvegarder absolument sa politique des «rescrits».

Une imagination débordante

Ce 5 décembre 2017 une nouvelle liste de paradis fiscaux a été adoptée par les ministres des finances des pays de l’Union pour étendre la « liste noire » des paradis fiscaux version UE,  suite à l’affaire des «Panama Papers».

Les Pays-Bas, l’Irlande, le Luxembourg, Malte candidats potentiels ont rapidement disparu de la liste initialement évoquée, mais Guam, Samoa, Namibie, Mongolie, les Palaos, Grenade, Bahreïn, Macau, Sainte-Lucie et autres endroits exotiques ne sont pas oubliés…le Qatar en a disparu, lui, le 4 décembre.

Les Etats – Unis (cf. en particulier le paradis fiscal qu’est le Delaware) n’y figurent évidemment  pas, ni la Russie, etc…

 Dans la foulée a été établie une liste complémentaire dite « grise » d’une quarantaine de juridictions/pays qui ont pris des engagements « forts » à changer leurs pratiques dans les mois à venir.

Pour faire bonne mesure une liste supplémentaire de huit autres  pays, dite « Liste hurricane » concernant de petites îles en développement de la zone Caraïbe ayant été touchées par les ouragans de cet été a aussi été établie; ses membres ont quelques mois de plus (échéance février 2018) pour « changer leurs pratiques ».

Le respect ou pas des critères de Bruxelles sur l’échange automatique de données standards définies par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), le souci d’éviter l’implantation de sociétés offshore et l’acceptation des lignes directrices sur l’évasion fiscale des multinationales ont présidé à l’inscription ou pas sur ces listes.

Faut-il préciser que les pays de l’Union se sont exclus d’emblée de cette liste, censés qu’ils sont se conformer déjà au droit de l’UE en matière d’évasion et fraude fiscale…et  que les sanctions éventuelles font débat et sont loin d’être acquises.

Bref, de listes en listes « à géométrie variable » –  pour mémoire la liste noire version OCDE élaborée par le G20 en juin 2017 ne compte qu’un seul pays, Trinité-et-Tobago, celle établie par Oxfam 35,  plus les 3 du 5 décembre précitées, plus toutes celles d’autres pays et de l’Union etc., etc., etc….on ne sait plus trop s’il faut rire, sourire ou pleurer de ce petit jeu des listes ou de bonneteau qui doit d’abord  distraire des vraies questions le contribuable – électeur  européen.

Mais communication seulement ou volonté réelle d’une certaine efficacité: quid de l’ACCIS ?

Tous les pays du monde cherchent évidemment à attirer des investisseurs grâce à l’arme fiscale (taux d’imposition très faible version Panama, Irlande, facilités pour élaborer des montages internationaux versions Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Royaume-Uni, régimes spécifiques d’exonération et création massive de « niches fiscales » version France, taux facialement élevés mais bases d’impositions faibles, rescrits fiscaux dérogatoires par nature aux propres règles fiscales du pays qui les pratique…), l’imagination fiscale des Etats, des sociétés, des particuliers est sans limite.

Aller vers de vraies pistes de solutions ? Oui mais comment?

Le  travail de fond effectué par la Commission et le Parlement pour harmoniser la base de calcul de l’impôt sur les sociétés au niveau européen (par le projet de directive Accis qui permettrait d’inclure les entreprises numériques dans une approche globale) se retrouve en concurrence directe (hasard?) avec l’initiative de quatre ministres des Finances européens (dont celui de notre gouvernement macronien) pour un mode de prélèvement fiscal européen spécifique pour les GAFA (Apple, Google, Facebook, Amazon) sur la base de leur chiffre d’affaires et selon les pays où il est réalisé.

Or, et suite au rapport de deux députés européens (Lamassoure, Tang), le projet Accis propose des solutions beaucoup plus opérationnelles et pour tous les types d’activité.

Le principe en est simple: les entreprises travaillant en Europe doivent payer l’impôt dans le pays où elles  réalisent leurs bénéfices mais sur une base taxable européenne  utilisant  un seul référentiel au niveau européen,  le taux de taxation restant défini souverainement par les Etats membres.

Pour les implantations non physiques (cas des quatre mousquetaires GAFA notamment) le rapport des deux députés propose d’affiner les critères de l’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés en augmentant les facteurs de l’imposition déjà pris en compte (présence de main d’œuvre, d’un siège social ou d’établissement – «immobilisations» – , ventes par destination plus ajout proposé de la « collecte et de l’utilisation des données à caractère personnel des utilisateurs de services et de plateformes en ligne à des fins commerciales»).

Ces données sont nationales et localisables et un critère de pondération peut leur être affecté (la répartition de l’I.S sur les bénéfices entre Etats  membres serait affectée de ce même critère de pondération par Etat).

L’optimisation dans les « petits paradis fiscaux », version Luxembourg ou Irlande, comme pour l’ensemble des bénéfices continentaux des grandes entreprises – numériques ou non –  ne serait plus possible.

En conclusion, les pays vraiment amoureux du secret bancaire absolu, dits « non coopératifs », tendent à disparaître sous la pression internationale (Europe, OCDE, G20, ONG comme Oxfam, opinions publiques en général…) et  les enjeux se précisent: souverainetés nationales sur les taux d’imposition mais sur une base fiscale européenne plus intégrée?

Version Accis pour  une orientation européenne plus marquée par une harmonisation de règles du jeu et l’assujettissement des GAFA à un droit commun de la fiscalité européenne?

Ou ajout au meccano européen d’une imposition spécifique GAFA et petits calculs entre amis pour négocier chacun pour soi avec eux?

Ou  poursuite du petit jeu des listes de moutons gris ou noirs pour faire patienter le bon peuple?

Et que devient dans tout ça la prise en compte de la nécessaire harmonisation sociale (par le haut de préférence)  puisque les ressources nationales affectées au filet de sécurité sociale dépendent de l’impôt et des cotisations sociales?

Et quelles orientations pour les activités non localisées en Europe et les fiscalités induites?

Très vastes chantiers qui méritent d’autres débats qu’une communication opaque…

NB: Quant à moi je signe naturellement la pétition d’Oxfam; elle a au moins le mérite de contribuer à maintenir une pression citoyenne…en attendant  de vrais débats sur les vrais enjeux!

C.R

https://actions.oxfam.org/france/mettons-fin-au-scandale-des-paradis-fiscaux/petition/

 

 

 

 

 

 

Fêtez les fêtes avec la planète !

Le marché de Noël s’est bien installé sur les places des villes et villages d’Alsace. Vin chaud, tartes flambées et mannalas sont au programme, la neige tombe parfois mais de moins en moins à cause du réchauffement climatique… Bref, nous sommes en décembre, le mois de toutes les folies !
Entre le calendrier de l’avent à usage unique, le suremballage, l’orgie de chocolat, les mille et une destinations pour le Nouvel An et l’arbre de Noël, difficile de se sentir ouvert à l’écologie.
Pourtant, c’est la période idéale pour faire les choses différemment !

Privilégiez le 0 déchet

Tout le monde le sait, les emballages, c’est naze.  Mais s’en passer demande quand même un peu d’organisation. Alors avant d’aller faire vos courses, prenez des sachets en tissu ou en papier réutilisables et des petites boîtes en fer ou en carton pour stocker vos achats. Dans les boulangeries et chocolateries du centre-ville, votre démarche sera bien acceptée et parfois même félicitée !

Soutenez les petits commerces locaux

Les grandes enseignes et les magasins standardisés ont pignon sur rue dans le centre-ville. Pourtant, il existe plein de petites boutiques sympas qui non contentes de faire vivre le centre-ville, ont aussi pour qualité de payer leurs impôts en France (#StopEvasionFiscale). En vous garant dans les parkings relais-tram ou en utilisant le train et le vélo, vous pourrez faire du lèche-vitrine sans pester après une place de parking et profiter sans stresser de la magie de Noël.

Pensez avant de dé-pensez !

Les néons et lumières de Noël ont tôt fait de nous aveugler, nous rendant sans doute plus sensibles à la publicité. Réductions, offres exclusives, promos, tout est bon pour nous faire acheter n’importe quoi dans une sorte d’euphorie qui n’est bonne ni pour notre porte-monnaie, ni pour la planète. Profitons-en donc pour éviter les publicités, vous vous rendrez peut-être compte à quel point c’est difficile. Les études le prouvent, les publicités fatiguent le cerveau et encore plus quand elles sont sur des écrans. Pour leur résister, essayez le boycott inversé : toutes les marques vues sont absolument à éviter ! Après tout, le prix de leur produit comprend un budget pub souvent astronomique et comme chacun sait, toute publicité est mensongère.

Conjuguez faste et sobriété

Deux termes qu’on pense antinomiques mais si on y pense, en utilisant des produits sains, locaux et peu carnés, on évite de participer au gaspillage ambiant sans pour autant sacrifier les grandes tablées chaleureuses qui font le plaisir de Noël. Vous n’aurez peut-être pas de dinde à mettre sur la table ou d’avocats dans votre salade mais en découvrant à plusieurs plein de recettes différentes et respectueuses de l’environnement, vous pourrez offrir à vos invité.e.s tout le faste et la richesse d’un grand festin, la bonne conscience en plus !

Idées pratiques :

            *Calendrier de l’Avent : si vous tenez à en acheter un, prenez-le en tissu pour le remplir chaque année de friandises préparées par vos soins ou achetées en 0 déchet.

            *Saint-Nicolas : Faites vos Mannalas maison avec des ami.e.s accompagnés d’une soirée vin chaud sympa ou avec des enfants qui créeront toutes sortes de petites figures fantastiques. Si vous n’avez pas la fibre pâtissière, il vous reste les boulangeries.

            *Cadeaux : Là aussi, on privilégie la simplicité. Ce qui n’empêche pas l’originalité ! En chinant au « Magasin pour Rien » (103, rue Vauban) ou à Emmaüs Cernay, vous pourriez tomber sur des petites merveilles avec une empreinte plus douce pour la planète que les objets décos, chers et de mauvaise qualité des magasins « tendance ». Si vous êtes plus dans l’expérience, le concret, vous pouvez offrir un week-end dans le programme « Accueil paysan » pour un moment authentique à la campagne, des cours à l’UP (ça tombe bien, elle a d’ailleurs sorti son nouveau programme), une carte de bibliothèque, un abonnement légumes à l’AMAP ou encore une carte Presto pour prendre le train moins cher et (re-)découvrir la région toute en douceur.

Pour des cadeaux plus passe-partout et moins onéreux, il reste les bocaux de gâteaux à faire soi-même. Pas la peine de les acheter tout fait : on reste dans le 0 déchet en recyclant et en customisant un vieux bocal et en le remplissant d’ingrédients en vrac de la biocoop. Miam, la bonne recette de bredala ou de cookies avec tous les ingrédients prêts (sauf les œufs et le beurre bien sûr).

*Le réveillon : c’est sans doute dans la cuisine que la démarche écologiste trouvera le plus facilement sa place. Des plats préparés avec amour qui sentent bon Noël, ce sont d’abord des plats avec des produits locaux et bios de préférence. Et pour aller un peu plus loin dans la découverte, on réduit considérablement l’apport en viande car l’élevage industriel, trop souvent présent dans nos assiettes, participe activement au réchauffement climatique. Poêlée de champignons des bois, fondue de poireaux, röstis, salade de mâche aux noix, pommes au beurre, mandarines au four… ce ne sont pas les recettes savoureuses qui manquent, il suffit de se lancer ! Chacun fait son choix mais le foie gras, c’est quand même triste quand il existe tant d’alternatives délicieuses qui ne requièrent pas de rendre un animal malade (stéatose) !

*Le Nouvel An : La SNCF veut vous vendre un tour d’Europe des capitales pour un Nouvel An inoubliable mais entre nous, où qu’on soit, les meilleures fêtes sont celles qu’on fait avec ses ami.e.s. Un chalet dans les Vosges, un appart sur Mulhouse ou le réveillon proposé par l’association du coin dans la salle polyvalente, pas besoin d’aller bien loin pour que ces fêtes de fin d’année se terminent sur une note heureuse ! Et si vous trouvez ça trop morne, à vous de l’épicer avec des costumes, du karaoké, une murder-party, des jeux de sociétés ou des défis à lancer. Le plus, c’est quand même d’utiliser de la vaisselle réutilisable et pas trop de « conneries » qui sitôt utilisées viendront alourdir la poubelle… et votre bilan carbone !

Voilà déjà quelques idées pour se mettre en jambe pour la période des fêtes, n’hésitez pas à partager vous aussi vos idées pour une fin d’année écolo ! Perso, étant allergique aux aiguilles de sapin, je décore mon ficus et ça lui va très bien !

Cécile Germain

Petit coup de colère…

parce que cela commence à bien faire!

Depuis quelques mois, il ne se passe pas de jour sans que nous ayons des nouvelles terribles.
Ça fait au moins trente ans que la situation sociale de ce pays se détériore à bas bruit, en compagnie d’autres pays jadis prospères et sur la voie du progrès social, la dégradation des uns servant de prétexte à justifier et amplifier celle des autres…Les Jeux Olympiques de la Régression Sociale en quelque sorte…Plus Cynique, plus Crade, plus Sordide, telle est la nouvelle devise de nos Maîtres du Monde du moment…

Après des décennies de résistance, on s’est habitués peu à peu à voir les gens perdre leur emploi, puis avoir du mal à joindre les deux bouts, et maintenant à dormir dans la rue et mendier tout ce qu’autrefois ils pouvaient légitimement se procurer en échange de leur travail.

Le visage hideux de ce monde soi-disant civilisé, où comme le disait Leo Ferré prémonitoirement, on voit « les dentelles flottant au nez de la misère » ne choque plus personne, en tout cas pas les médias tenus en laisse par des milliardaires impudents, mais, plus grave, par des ministres en exercice qui, après des années de minauderies cauteleuses, se lâchent aujourd’hui et encouragent par leurs paroles ignobles la majorité des citoyens à se laisser aller à l’égoïsme et au cynisme les plus indécents, regardant de haut leurs semblables plus malheureux qu’eux et leur faisant la leçon..

Quelles que soient les contorsions de langage et les justifications pseudo- philosophico-économiques, un être humain qui n’a pas de toît, un enfant qui ne peut pas vivre son enfance, un étranger chassé de partout qui est un intrus où qu’il aille, une femme exposée à toutes les violences et brutalités, un individu que la faim et l’insécurité torturent, un salarié qui perd son travail pour satisfaire la rapacité de quelques « créateurs d’emploi », la bonne blague ! sont le signe d’une société malade, gravement malade, au point qu’elle ne se rend même plus compte de son état et passe son temps à se gargariser de grands principes pour exorciser sa lâcheté et justifier sa rapacité.

A quoi sert de déclarer la guerre aux violences faites aux femmes, sur le lieu de travail et le domicile, si tant d’entre elles sont obligées de vendre leur corps pour manger ou trouver un toît ? A quoi sert de déclarer la guerre au chômage, si l’on s’en prend à celles et ceux qui en sont les victimes ? A quoi sert de déclarer la guerre au terrorisme, si on laisse grandir toute une génération dans le mépris, le soupçon et le déni ?

Il semble que tout le monde dans ce pays ( à l’instar de bien d’autres régions prospères du monde, je le concède ), a perdu de vue que la finalité d’une civilisation est la recherche du bien public, et non la satisfaction d’intérêts privés à coups d’exonération fiscale et de morale élastique envers les fraudeurs, faisant semblant de croire que la confiscation de l’argent par quelques prédateurs n’est pas la cause première de tous ces scandales innommables, et regardent ailleurs quand on leur met le nez sur ces évidences peu ragoûtantes…

Ces grands distraits laissent détourner leur attention par une cravate qui manque, une chemise qui dépasse ou un maillot de foot non sponsorisé par le club des adorateurs de Lionel Messi pour ne pas avoir à répondre de leur non-assistace à personne en danger, comme ces voyous en garde-à vue qui soutiennent qu’ils n’étaient pas sur les lieux du crime alors qu’ils apparaîssent sur les caméras de surveillance …

Il faut que le corps social se réveille. Il faut que celles et ceux qui s’échinent jour après jour pour que cette épave de civilisation ne sombre pas tout-à-fait se rencontrent, s’unissent et mettent sur le métier un projet d’organisation sociale basé sur le partage, la fraternité et la satisfaction des besoins vitaux de toutes et tous, en commençant par les plus fragiles et les plus exposés.

Il n’est plus possible de continuer à vivre dans cet air irrespirable, de plus en plus irrespirable, à cause de quelques beaux esprits qui n’ont que la préservation de l’environnement à la bouche, mais trouvent des excuses à toutes les catastrophes, du moment qu’elles ne les touchent pas, et qui en renvoient la responsabilité à celles et ceux qui en sont victimes…

Est-ce que les mots ont encore un sens ? Est-ce que le langage articulé sert encore à décrire la réalité, ou a-t-il lui aussi été privatisé par ceux qui peuvent en détourner le sens pour priver la multitude de ce qui lui reste comme arme pour défendre son droit à l’existence dans la dignité ? Faudra-t-il une fois de plus que les bombes prennent le relai des mots pour que ces grands inconscients comprennent qu’ils ont largemenbt dépassé les limites ?

Que ceux qui trouvent que j’exagère m’expliquent que tout ça n’est pas grave, qu’on peut dormir dans la rue en France au XXIe siècle parce que personne n’y peut rien, parce que c’est comme ça, parce qu’on n’a pas d’argent pour ça, parce que si on est capables de construire des tours de 1000 mètres de haut qui résistent aux tremblements de terre, on ne sait pas comment faire pour mettre les mal logés à l’abri sans que ça énerve la classe moyenne qui a peur pour la valeur de son Sam’suffi, parce que ce n’est pas ma fonction de fonctionnaire de réfléchir à tout ça, voyez le guichet d’à côté… Et puis les classes, ça n’existe pas, tout le monde le sait…

Tout ça est furieusement moderne, enfin plutôt « post-moderne » disent ceux qui ont le souci de faire sauter les références temporelles, parce qu’à y bien réfléchir, tout ça sent furieusement le XIXème siècle, avec en plus l’âcre odeur de poussière, de rance et de moisi.. Il ne manque même pas les visites aux potentats pour leur vendre les merveilles technologiques dont ils ont besoin pour faire tenir leurs sujets tranquilles et bombarder leurs voisins, en toute humanité fraternelle, et qui aident nos industriels à amortir les frais de fabrication de ces mêmes merveilles fort utiles à faire tenir tranquilles les classes dangereuses bien de chez nous …

Retour sur investissement, le mot favori de nos marchands de canons et de nourriture frelatée…Dangereuses pour qui, d’ailleurs , ces classes qui paraît-il, n’existent pas ?

On se demande ce qu’on apprend dans ces « grandes » écoles où les plus intelligents, les plus agiles, les plus apprenants d’entre nous bénéficient de l’enseignement sponsorisé par nos impôts, de toute la culture accumulée depuis des millénaires, et sont ensuite chargés de prendre les décisions qui organisent la vie quotidienne de nous autres, gens de peu, gens de rien, juste bons à nous lever le matin pour trois poignées de cacahuètes, et à qui ont vient encore de reculer l’âge de départ à la retraite, de raboter les points d’indice, le RSA, l’APL, les allocations diverses et variées que tant d’entre nous doivent quémander faute de trouver un travail décent…

C’est à croire que nos apprenants n’ont pas appris grand chose à part bien se tenir à table et dire poliment des choses abominables comme « je ne suis pas le Père Noêl » quand les sans-boulot et sans avenir lui demandent justice et protection …

Tout ce qui concerne le bien-être du peuple est toujours trop cher, ma chère, il ne faut pas se laisser attendrir, vous savez comme ils sont roublards, ces pue-la-sueur…

Tout ça pour voir la mer sillonnée de yachts privés grands comme des paquebots croisant des barcasses de fortune où s’entasse toute la misère du monde…

Mais, un exemple au hasard, l’exploitation à bas prix de ressources minières pour le profit de grandes compagnies n’y est pour rien, qu’est ce que vous allez chercher là ? Bolchevisme attardé et populisme actualisé que tout cela, mon bon !

Et nos beaux esprits nourris de grandes idées ne voient pas le problème…

Et moins encore la solution, ils ne sont pas allés à la  Grande Ecole pour soulager la misère publique, mais pour trouver des formules cabalistiques qui multiplient les profits comme Jésus multipliait les petits pains au chocolat, il faut au moins ça pour mériter la médaille Fields !

Je ne sais pas où en sera l’Humanité dans 1000 ans, si elle ne fait pas la bêtise de se suicider à force de saloper son seul espace vital, mais je ne crois pas que notre époque laissera le souvenir d’un impérissable sommet de civilisation.
Je sais bien que ça n’arrêtera pas la rage destructrice de nos aimables élites qui se prennent pour Dieu depuis qu’ils ont inventé la bombe atomique, déchiffré l’ADN et instauré la dématérialisation des transactions financières, mais de savoir que la postérité les regardera avec horreur et incrédulité me venge, quelque part dans l’espace-temps…
A moins que les riens, les sans-dents et les fainéants, mais pas-sans-coeur et sans -cerveau, se réveillent enfin de ce cauchemar…
Mais c’est là une autre histoire, qui reste à écrire…

Dédé Barnoin

Avec ou sans le Crédit Mutuel, le journal vivra !

C’est par ces mots forts que la secrétaire du comité d’entreprise de L’Alsace, Sandrine Debenath, également déléguée syndicale de la FILPAC-CGT, a conclu la réunion lors de laquelle M. Carli, l’émissaire du Crédit Mutuel, a annoncé la décision du banquier mutualiste ( ?) de jeter 70 familles dans les affres du chômage en fermant l’imprimerie du journal à Mulhouse. Cela montre la détermination du moins des salariés du Centre d’impression de se battre jusqu’au bout pour arriver à empêcher cette hérésie économique et sociale.

Que peuvent encore attendre les salariés de L’Alsace de leur actionnaire unique : celui qui sauva le journal de la disparition en 1972, (certes avec une autre direction et une autre vision d’une banque des valeurs mutualistes) peut devenir le fossoyeur du pluralisme de la presse en Alsace. Et cela au détriment des intérêts du Centre- et du Sud-Alsace, Colmar et Mulhouse compris. Car la pluralité de la presse alsacienne répond à des différences, à des situations propres aux territoires alsaciens : les impératifs économiques, sociaux, politiques, culturels, ne sont pas les mêmes ici qu’à Strasbourg devenue une tentaculaire « Eurométropole ».

Mensonges et cynisme

Le Crédit Mutuel a trouvé son factotum : M. Philippe Carli, ancien PDG de Siemens France qui a fait ses premières armes dans la presse en restructurant à la hache le journal Le Parisien et L’Equipe. Entre autres, en vendant les imprimeries à un imprimeur délinquant fiscal. Il s’est retrouvé disponible quand la direction du groupe Amaury (patron de L’Equipe) a compris que l’individu était juste bon à sabrer dans les effectifs… et que, pour reconstruire, il fallait des gens d’une autre dimension.

M. Carli est donc un de ses mercenaires payés pour tailler dans les effectifs… et après ce funeste travail, il s’en va, ailleurs, au service de nouveaux patrons. Dans de nombreuses entreprises, les salariés ont connus ce type d’individus : pour eux, la fin justifie tous les moyens. Y compris le mensonge et le cynisme.

Ainsi, dans son plan présenté aux élus du personnel de L’Alsace mercredi dernier, il y a beaucoup de promesses : mais sans aucun chiffrage, sans aucun budget annoncé. Même la date de la mise en œuvre de ces prétendues « mesures de relance » sont floues, projetées dans plusieurs mois, voire plusieurs années.

La seule mesure concrète et chiffrée : la fermeture du Centre d’impression de Mulhouse. Et nous apprenons par une lettre d’information consacrée à la presse, La Lettre A, que M. Carli a embauché… M. Riccobono, celui qui a pratiqué l’optimisation fiscale au Luxembourg… et qui imprime dorénavant L’Equipe… M. Carli est apparemment fidèle en « amitiés »… A moins que d’autres facteurs rentrent en ligne de compte dans ce pas de deux Carli-Riccobono…

70 silhouettes rue de Thann, devant l’imprimerie de L’Alsace – Photo Brahim Bouchareb

L’impossibilité technique du plan du Crédit Mutuel

Sans entrer ici dans des détails techniques fastidieux, l’enquête menée par L’Alterpresse68 auprès d’experts en imprimerie et connaisseurs de la particularité de la presse régionale qui édite de multiples éditions (contrairement à la presse nationale, la seule que M. Carli connaisse un peu) démontre qu’il n’est pas possible d’imprimer les deux journaux alsaciens sur un seul site à Strasbourg.

Les deux journaux, DNA et L’Alsace, éditent 25 éditions chaque nuit, plus un journal bilingue. Chaque changement d’édition nécessite l’arrêt des rotatives ce qui peut coûter 1 h 30 à 2 h d’arrêt chaque nuit.

D’autre part, nos journaux alsaciens ont une particularité peu ou pas connue dans la vieille France : plus de 80% de ses lecteurs sont des abonnés qui reçoivent leur journal au plus tard à 7 h chaque matin grâce à un réseau de plusieurs milliers de porteurs. L’éloignement d’un centre d’impression fait peser des risques sur l’acheminement des journaux. Or, les abonnés ont horreur de ne pas recevoir leur journal à l’heure et les retards de distribution sont (avec la hausse des prix) la cause majeure des désabonnements.

M. Carli ose affirmer qu’il garantit la livraison en temps et en heure même dans les territoires les plus excentrés du Haut-Rhin ! Comment peut-il affirmer sérieusement une telle ineptie ! C’est totalement ignorer les aléas de transport dans une région où les conditions climatiques peuvent bouleverser la circulation d’autant plus que le Conseil départemental veut réduire, pour des raisons budgétaires, le déneigement de certaines routes… Il est vrai qu’il dit également que le Crédit Mutuel est prêt à perdre… 2.000 abonnés!

La réponse apportée par le Crédit Mutuel : avancer l’heure de bouclage de L’Alsace à 22 h 30 ! Comment des journalistes aussi expérimentés que ceux du journal  peuvent accepter cet oukase ! Car cela veut dire en clair que le journal mulhousien ne pourra plus rendre compte d’informations qui surviendraient après cette heure. Nous vous laissons imaginer combien d’événements ne pourront plus être couverts par L’Alsace… mais le seront par contre par les Dernières Nouvelles d’Alsace qui garderont leur heure de bouclage bien au-delà de 23 h !

Encore un exemple de l’impossibilité d’imprimer les deux journaux sur un seul lieu ? Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont imprimés en 4 cahiers ; L’Alsace en 2 cahiers. M. Carli affirme que cela restera ainsi. Mais ce n’est tout simplement pas compatible avec les temps d’impression nécessaire. Là aussi, nos experts nous confirment que pour passer de 2 cahiers à 4, il faut arrêter les rotatives, modifier les passages du papier… Au minimum de 30 minutes à 1 h d’arrêt de la production pour cela. Et il faudra prier pour qu’il n’y ait aucune casse du papier, car il faudrait refaire tout le processus. Et les casses du papier ne sont pas rares sur ce type de machine…

La solution pour le Crédit Mutuel : le journal unique

Nous ne faisons pas l’injure au Crédit Mutuel de méconnaître tout cela ! Mais il ne peut le reconnaître car pour pouvoir imprimer les deux journaux sur un seul centre d’impression, la seule solution est de faire des deux quotidiens un seul, au même contenu et dans un premier temps, maintenir les titres à la Une… ce qui sera la seule différence entre les deux quotidiens.

Seconde mesure : il faut imprimer l’édition bilingue pendant la journée. Ce qui équivaut à condamner ce journal, car il ne collera plus à l’information quotidienne et se privera totalement des événements relatés par le journal francophone.

Troisième mesure : réduire drastiquement le nombre d’éditions. Passer de 17 éditions (ceux des DNA) à 3 ou 4 est tout à fait envisageable. Mais cela signifie moins de place pour les informations locales et donc appauvrissement de la partie du quotidien qui fait son originalité.

Nous sommes là dans la méthode historique de la presse française : aujourd’hui nous ne comptons plus que 66 quotidiens dans l’Hexagone. Ils sont plus de 320 en Allemagne. Car en France, la concentration s’est faite par des rachats qui se sont soldés par la disparition des titres. En Allemagne, le même phénomène de concentration a conduit les éditeurs à maintenir au sein de leur groupe les différents titres en prenant en compte leur ancrage local.

Ainsi, dans le tout voisin Pays de Bade, les citoyens ont encore 11 quotidiens à leur disposition, avec des imprimeries performantes qui impriment à tout va… Mais le Crédit Mutuel ne regarde plus depuis longtemps vers le pays qui a vu naître Raiffeisen, celui qui a inventé le mutualisme bancaire… Et voilà comment la région Alsace va connaître à brève échéance, l’uniformité éditoriale avec 1 seul journal : ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de notre région. Même sous l’annexion nazie, trois journaux avaient été conservés…

Le Centre- et le Sud-Alsace perdront leur quotidien

Dans la série « mensonges et cynisme », M. Carli affirme, sans ciller, que l’indépendance des deux journaux sera maintenue, voire développée. Pourquoi doit-il affirmer cela actuellement contre toute logique et contre la réalité qui est déjà en marche : par exemple, il est manifeste que la rédaction régionale est à présent celle des DNA et non pas celle de L’Alsace.

Il doit délivrer ce mensonge car la disparition de L’Alsace jette un trouble auprès des élus et de la population du Centre- et Sud-Alsace. Nous l’avons vérifié lors de réunion publiques tenues à Mulhouse, Colmar et Thann pour informer sur les véritables intentions du Crédit Mutuel.

Lors de ces réunions, de nombreuses interventions d’élus locaux, font part de leur insatisfaction qui n’est pas récente : ils constatent, en effet, depuis des mois, qu’il y a de plus en plus d’articles communs aux deux journaux tant dans les pages régionales que locales.

En effet, les élus locaux sont bien plus sensibles à l’information locale et régionale qui rend compte de leur action et leur permet de mesurer son impact. La plupart du temps abonnés aux deux quotidiens, ils sont les mieux placés pour mesurer la dégradation du contenu du quotidien haut-rhinois au profit de celui des DNA.

La plupart des maires restent attachés à l’information locale et à sa diversité. On pourrait croire qu’à l’heure d’Internet, les sites des municipalités ou les blogs des élus pourraient suffire pour rendre compte de leurs actions. Mais eux-mêmes insistent sur le rôle du journaliste ou du correspondant, décryptant l’information par exemple d’un conseil municipal, rôle particulièrement apprécié pour mesurer l’impact d’une politique dans une ville ou un village.

Des élus ont fait part du constat que la disparition d’un correspondant local de L’Alsace, a eu un effet négatif sur l’information. La concurrence entre les deux journaux quotidiens enrichissait les contenus et la rapidité de la parution des informations. Aujourd’hui où il n’y a plus que le correspondant des DNA sur place, les informations paraissent au compte-gouttes et avec des délais de plus en plus longs.

Ces élus estiment que le pluralisme est aussi un atout dans l’information locale. Non pour faire la publicité à une « Dorfpolitik » mais pour faire vivre la démocratie au plus près des citoyens par des informations qui touchent à leur vécu immédiat.

La Centre- et Haute-Alsace ont besoin d’un quotidien

Les élus de toutes tendances sont formels : il n’y a aucune « guerre » entre Haut-Rhin et Bas-Rhin ou de contestation sur la place et le rôle de Strasbourg dans la région. Mais ils sont tout aussi formels en faisant part des différences parfois profondes existant au sein même des territoires alsaciens. La proximité économique, sociale, culturelle, de la Centre- et Haute-Alsace avec le sud du Pays de Bade (Fribourg) et la Suisse (Bâle et le Jura avec Porrentruy et Delémont), mais aussi avec la Franche-Comté, pèse sur les choix et orientations politiques.

C’est ce qu’ont affirmé clairement, MM. Rottner, président de la Région Grand Est, Mme Lutz, maire de Mulhouse, M. Fabian Jordan, président de M2A, dans un courrier adressé à M. Théry, le président du Crédit mutuel. Nous citons :

« Vous nous avez assurés que que le pluralisme et l’identité des titres seraient préservés. Il s’agit pour nous  de deux éléments indispensables notamment pour L’Alsace, titre qui s’écrit et se lit essentiellement dans le sud du Haut-Rhin. Nous nous permettons d’insister sur ce point. »

La réaction de M. Carli à cette lettre lors de la funeste réunion démontre son mépris pour la parole des élus car il laissa entendre que ce courrier était destiné à faire plaisir aux salariés. De l’opportunisme politique donc ! Ce n’est pourtant pas ce que ces élus ont confiés aux membres du comité d’entreprise qui les avaient sollicités.

Faut-il plus pour démontrer que les affirmations et les promesses de M. Carli sont uniquement de la gestion de sa communication. Il faut rassurer les journalistes, les autres salariés de l’entreprise et les élus… pour avoir les mains libres pour liquider l’outil de travail et marginaliser ceux qui se battent pour le maintenir.

Autre exemple du cynisme du personnage : à la sortie de la salle de réunion, il eut cette sublime phrase adressée à des salariés qui l’interpellaient : à l’un d’entre eux, le visage remplis de larmes qui lui expliquait sa détresse et celle de sa famille s’il perdait son emploi, il rétorqua, un peu la mine basse quand même : « Je dois rester froid »… Effectivement, pour faire ce sale boulot, il faut être insensible à ce qui est humain, à oublier le malheur qui couve derrière chaque détresse sociale, il faut être un peu inhumain…

Sauver le journal à tout prix…

Ceux qui ne veulent pas être les dupes du discours dont l’ambivalence est facilement démontable pour qui ne veut pas avoir des œillères, ont le sentiment qu’il n’y a plus rien à attendre du Crédit Mutuel. Pourquoi faut-il conserver un actionnaire qui va tuer votre entreprise alors que des solutions de développement sont possibles comme nous le prouverons dans un article reprenant le plan alternatif proposé par la FILPAC-CGT et ses experts.

Si le Crédit Mutuel considère que le journal L’Alsace ne rentre plus dans ses plans et qu’il faut le faire disparaître (mort lente certes, mais mort tout de même !), pourquoi ne pas le céder à un éventuel repreneur? Selon nos informations, des propositions ont été faites dans ce sens à M. Théry qui les a rejetées car elles n’étaient pas financièrement suffisamment élevées.

Les salariés du Centre d’impression ne baissent pas les bras malgré la volonté de la direction et ses affidés, de faire apparaître la décision comme irrévocable. Rien n’est jamais irrévocable pour les gens qui se battent, disent les travailleurs. Et avertissent gentiment les autres salariés : après notre disparition, c’est vous qui serez sur la sellette.

Et de conclure : « Avec ou sans le Crédit Mutuel, L’Alsace vivra… ».

Michel Muller

Ari Shavit : la terrible confession…

A l’heure où la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël fait peser sur le monde entier un nouveau risque majeur de graves, très graves, conflits, il n’est pas inutile de rappeler qu’en Israël aussi, des citoyens s’engagent pour éviter cette escalade et militent pour la création d’un vrai Etat palestinien. Nous souhaitons également que leurs voix soit entendues.
L’Alterpresse68

Ari Shavit est un journaliste israélien. Il travaille pour le quotidien Haaretz. Son livre, « Ma terre promise » a obtenu de nombreux prix aux Etats-Unis. Sur la 4e de couverture, l’éditeur présente ainsi l’auteur : « Partisan de la paix et de la création d’un état palestinien, Ari Shavit nous offre, à travers l’histoire de sa famille et des principales étapes de la création d’Israël jusqu’à nos jours, le plus passionnant et contrasté des voyages (…) Son histoire met en évidence la complexité et les contradictions de la condition israélienne. L’évocation d’un pays vibrant d’énergie qui a vécu et vit toujours au bord du gouffre »

Nous publions ici, des extraits du Chapitre 9 de « My Promised Land », intitulé « Gaza Beach 1991 ».

« Vingt ans après que l’Occupation ait débuté et 12 ans après que Ofra fût fondé, la première Intifada éclata. En décembre 1987, les Palestiniens résidant en Cisjordanie et ceux de la bande de Gaza se révoltèrent contre la règle militaire israélienne en vigueur.

Des dizaines de milliers descendirent dans les rues. Villes, villages et camps de réfugiés ne furent que protestation. Un soulèvement palestinien sans précédent défia Israël et mit quasiment en cause son règne sur les Territoires occupés. Mais après le choc initial, Israël riposta. Il mobilisa son armée et l’entraîna pour en faire une force de police effective. Il lâcha le Shin Bet, son efficace service secret sur les masses désarmées qui s’étaient dressées contre lui.

En peu de mois, la force militaire israélienne construisit plusieurs camps de détention dans lesquels de milliers de Palestiniens furent enfermés après avoir été jugés par les tribunaux militaires. En peu d’années, l’insurrection Intifada déclina. L’usage systématique et déterminé de la force oppressive fonctionna. La campagne Palestinienne perdit de sa force propulsive. C’en fut fini des manifestations de masse. C’en fut fini de l’idée que le soulèvement populaire forcerait Israël à en finir avec l’Occupation. Des milliers de civils Palestiniens croupissaient dans les camps de détention. De bien des façons, cet emprisonnement de masse souilla l’identité démocratique d’Israël.

En mars 1991, j’étais un jeune journaliste attendant de devenir père. Quand je dus me signaler à une base militaire proche de Lydda pour mon activité obligatoire de réserve annuelle, je n’avais pas idée de ce que cela signifierait. On me dit que je devrais servir comme geôlier dans un camp de détention de Gaza.

Un endroit idyllique

L’endroit est idyllique, à quelques pas de la plage de sable blanc du bord de la Méditerranée. A 6 h du matin, quand sortent les bateaux de pêche, je me sens en Crète dans les années 50. Tout ce qui est à l’Ouest de moi capture mon cœur : ciel bleu, vagues bleu-vert, pêcheurs pleins d’espoir .Mais la brise fraîche qui souffle dans mon mirador souffle de l’Est dans les clôtures de fil de fer barbelés et sur les sombres tentes militaires. Elle soulève l’âme des Palestiniens emprisonnés et celle des Juifs qui les emprisonnent.

(…) Un jour, quand sera établie la Libre Palestine, son gouvernement louera sûrement ce morceau de terre à un entrepreneur international qui y implantera le Club Med de Gaza Beach.

Un jour, quand il y aura la paix, les Israéliens y viendront pour une courte période de vacances « à l’étranger ». Près de ces eaux bleu-verts, ils boiront du vin blanc et danseront la samba ; sur le chemin du retour ils achèteront les habits noirs palestiniens brodés dans la boutique « duty free » à air conditionné du terminal international qui sépare Israël prospère de la Palestine pacifique.

Mais pour le moment, il n’y a pas ici de Palestine libre et pas de paix. C’est pourquoi nous devons préparer la distribution du matin. Une longue file de prisonniers en uniforme bleu sont conduits à travers les boucles des clôtures de barbelés. Et ceux qui les aiguillonnent avec des tonnes de fusils M-16 sont mes potes. Ils ordonnent aux prisonniers d’arrêter, d’avancer, d’arrêter. Et pendant que la bise fraîche souffle de la mer, ils exigent des prisonniers de tenir leurs mains devant eux. Un jeune soldat va de l’un à l’autre et leur passe durement les menottes.

Le CAMP D’INTERNEMENT DE GAZA BEACH

C’est l’un des multiples camps de ce type construits à la hâte après le soulèvement Palestinien en décembre 1987. Plus d’un millier de Palestiniens sont emprisonnés ici. La plupart ne sont pas des terroristes mais des manifestants et des jeteurs de pierres. Beaucoup sont des ados. Parmi eux ici et là certains sont petits et semblent être des gamins.

Le camp dispose de deux salles d’interrogatoire et 4 compartiments. Dans chaque compartiment une douzaine de vieilles tentes militaires brunes ; dans chaque tente de vingt à trente prisonniers; dans le passé chacune des tentes en comprenait 50 ou 60 mais les conditions se sont améliorées et elles sont maintenant considérées raisonnables.

Chaque compartiment est entouré d’une clôture conventionnelle au-dessus de laquelle il y a des barbelés ; hors de cette clôture un étroit chemin pour les gardiens. Ensuite vient une clôture extérieure – une sorte de mur improvisé fait de barils métalliques remplis de ciment. Comme les geôliers vont et viennent entre ces clôtures il me vient à l’esprit qu’il n’est pas clair pour moi qui est emprisonné et qui est gardien. Le camp dans son ensemble me frappe comme une grande métaphore de ce qu’est l’emprisonnement. Israéliens et Palestiniens sont clôturés ensemble ici.

L’ensemble possède une douzaine de miradors. Certains soldats juifs sont frappés de la similitude entre ces miradors et d’autres de ces objets dont ils ont entendu parler à l’école. Mais le choc n’est qu’émotionnel. Les miradors construits en Europe dans les années 40 étaient faits de solide bois germanique ou polonais, alors que les tours de guet de l’ensemble de Gaza Beach ne sont faites que de métal israélien léger produit en Galilée. Les tours sont équipées de projecteurs qui sont rarement utilisés. En fait le camp est baigné toute la nuit par une lumière jaune extraforte qui vient de centaines de lampadaires puissants. Quand le système électrique n’est pas fermé, comme exigé, à chaque tombée du jour, les lampes et les faisceaux illuminent la lumière du jour.

(…) Une puanteur diabolique flotte dans l’air que la brise méditerranéenne ne peut pas dégager. Bien qu’injuste et infondée, l’analogie traumatisante est partout. Ici elle n’est pas suggérée par la propagande anti-israélienne mais dans le langage que les soldats utilisent comme une façon de parler.

Lorsque A. va prendre son tour de garde au quartier des interrogatoires il dit « Je pars pour l’Inquisition ». Lorsque R. voit une ligne de prisonniers approchant sous les tonnes de M-16 de ses potes, il dit avec une intensité tranquille : « Regardes, l’ « Aktion » a commencé. ». Et même N. qui charrie des idées d’extrême droite grogne auprès de quiconque l’écoute que la place ressemble à un camp de concentration. M. explique avec un sourire fin qu’il a accumulé tellement de temps comme réserviste pendant l’intifada qu’ils vont bientôt le promouvoir comme officier supérieur de la Gestapo.

Et moi aussi, qui aie abhorré l’analogie, qui ait durement polémiqué avec quiconque l’a pointée du doigt, je ne peux pas m’en empêcher. Les associations sont trop fortes. Elles envahissent lorsque je vois un homme de la Prison N° 1 appeler à travers le grillage un homme de la Prison N° 2 pour lui montrer sa fille en photo. Elles envahissent lorsqu’un jeune homme qui vient juste d’être arrêté attend mes ordres dans un mélange de soumission, de panique et de fierté tranquille. Elles envahissent lorsque je me regarde dans une glace, choqué de me voir ici comme geôlier dans cette horrible prison. Et quand je vois des milliers d’hommes, quelque chose comme ça, autour de moi, enfermés dans des prisons, en cage.

Comme un croyant dont la foi vacille je parcours la longue liste de contre arguments, toutes les différences bien connues. Le plus évident est qu’ici il n’y a pas de crématoires. Et en Europe des années 30 il n’y avait pas en Europe de conflit existentiel entre deux peuples. L’Allemagne et sa doctrine raciste étaient l’organisation de l’enfer. Les Allemands n’étaient sous la menace d’aucun danger réel de toute façon.
Mais je réalise alors que le problème n’est pas dans la similitude – personne ne peut penser sérieusement à une réelle similitude.

LE PROBLEME EST QU’IL N’EXISTE PAS ASSEZ DE MANQUE DE SIMILITUDE

Le manque de similitude n’est pas assez fort pour faire taire une fois pour toutes les échos diaboliques.

Peut-être le Shin Bet doit-il en être blâmé. Chaque nuit après avoir réussi à briser quelques jeunes dans la salle d’interrogatoire, les Services Secrets Israéliens livrent aux paras Israéliens qui contrôlent la ville de Gaza, une liste des amis proches de ces jeunes brisés. Et quiconque comme moi, debout près du portail peut voir la jeep des paras quitter le camp de détention après minuit et se rendre dans la ville occupée et dont les lumières sont éteintes à cause du couvre-feu pour arrêter ceux qui sont présumés mettre en danger la sécurité de l’état.

Je serai debout près du portail lorsque les paras reviennent dans leurs véhicules militaires avec des gamins de 15 ou 16 ans qui claquent des dents, leurs yeux sortant de leurs chaussettes. Dans quelques cas ils ont déjà été battus. Les soldats sont rassemblés pour les voir se déshabiller, les voir trembler sous leur sous vêtement. Comme ils tremblent de peur, même S. qui possède une usine de plastiques dans les Territoires occupés n’en croit pas ses yeux « Comment en sommes-nous arrivés là ? » demande-t-il ; «Comment en sommes-nous arrivés à pourchasser ces gosses ?

Ou alors c’est le médecin qu’on doit blâmer pour l’analogie qui me hante ; ce n’est pas un Mengele évidemment mais si je le réveille au profond de la nuit pour s’occuper d’un détenu juste arrivé – pieds nus, meurtri , avec un regard d’épileptique – le docteur lui hurle dessus .Et bien que le détenu ait à peine 17 ans et se plaigne d’avoir été rossé dans le dos , sur son estomac et sur son cœur , et bien qu’en effet il y ait des marques rouges horribles sur tout son corps , le docteur lui hurle : «J’aimerais que tu sois mort » Ensuite , il se tourne vers moi et dit en riant : « J’aimerais qu’ils soient tous morts » .

(…).De ce que j’ai lu des rapports variés relatifs aux droits de l’homme, je sais ce qui pourrait se passer derrière la clôture. Utilisent-ils la méthode de la banane ou des formes de torture encore plus brutales ? Ou appliquent-ils seulement le vieux et rustique passage à tabac ?

Quelle que soit la méthode, je sais qu’à partir de ce moment, je ne connaitrais pas de repos. Parce qu’à cinquante pas des douches où je tente d’éliminer la poussière et la sueur de la journée, des gens hurlent. A quatre-vingts pas du mess où j’essaie de manger, des gens hurlent. A cent pas de mon lit où je tente de dormir, des gens hurlent. Et ils hurlent parce que des gens qui portent le même uniforme que moi les font hurler. Ils hurlent parce que mon état Juif les fait hurler. De façon méthodique, ordonnée, et absolument légale, mon Israël aimé et démocratique les fait hurler.

Arrête ce sentimentalisme, me dis-je. Ne tire aucune conclusion. Est-ce que ce n’est pas le lot de toutes les nations au monde d’avoir ses caves sombres ? Toutes les nations n’ont-elles pas leurs services secrets, leurs unités spéciales et leurs bâtiments d’interrogatoire dissimulés aux yeux du public ? C’est juste ma malchance d’avoir été envoyé à l’endroit exact où je peux entendre tous ces sons. Mais alors que les hurlements deviennent plus intenses, je sais qu’il n’y a pas un atome de vérité dans ce que je viens de me raconter.

Parce que dans ce bâtiment d’interrogatoire, ils n’interrogent ni de dangereux espions ni des traîtres ni des terroristes. Il n’y a pas ici de bombes amorcées. Et dans les complexes d’emprisonnement qu’Israël a érigés dans les années récentes, des milliers et des milliers sont détenus. Beaucoup sont torturés. Dans notre cas la question n’est pas celle d’une douzaine d’agents ennemis mortels et la question n’est pas celle d’une opération limitée et précise de contre-espionnage. Ce qui se passe ici est l’écrasement d’un soulèvement populaire, l’occupation par la force d’une autre nation.

(…) C’est un phénomène sans aucun parallèle à l’Ouest. C’est une brutalité systémique qu’aucune démocratie ne peut tolérer. Et j’en fais partie. Je m’exécute.

Maintenant les hurlements s’atténuent ; ils se transforment en sanglots, en plaintes. Mais dès ce moment je sais que rien ne sera plus comme avant. Un être humain qui a entendu hurler un autre être humain est un être humain transformé .Et j’ai entendu les hurlements de quelqu’un.  Je continue de les entendre .Même lorsque ceux qui hurlent s’arrêtent de hurler, je continue d’entendre leurs hurlements .Je ne peux pas arrêter d’entendre leurs hurlements.