Tous les articles par l'alterpresse68

M. Théry, président du Crédit Mutuel, commettra-t-il l’irréparable ?

Disons-le sans ambages : le propriétaire des deux quotidiens alsaciens veut faire disparaître un de ces titres dans les prochains mois avec des licenciements massifs dans l’ensemble du salariat. L’exécuteur en chef du plan du Crédit Mutuel, M. Carli, l’annonce clairement, il faut lui reconnaître sa franchise : « Nous garderons les « marques » et unifieront les contenus ». Ramener un journal à une simple « marque », c’est le considérer comme une vulgaire marchandise ! Non, M. Carli, un journal c’est un « titre », avec son orientation éditoriale, ses outils rédactionnels, commerciaux, techniques… Les salariés des deux journaux accepteront-ils cette liquidation en contrepartie de mesures sociales comme cela ce fait tellement souvent ?

 

Bref historique de la presse alsacienne

1605 : la presse d’information nait à Strasbourg. Un éditeur et imprimeur Johann Carolus lance un petit périodique intitulé « Ordinarii Avisen » présenté ainsi par son créateur  « Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien so sich hin und wider in Hoch unnd Nieder Teutschland, auch in Franckreich, Italien, Schott und Engelland, Hisspanien, Hungern, Polen, Siebenbürgen (Transsylvanie), Walachey, Moldaw, Türcken etc verlauffen und zutragen möchte. »

C’est le premier journal qui paraît au monde. « La Gazette » de Théophraste Renaudot ne naît qu’en 1631 et est pourtant présenté comme le premier périodique en France.

En 1650 paraît à Leipzig le premier quotidien, avec une parution sur 6 jours, les « Einkommenden Zeitungen » de Timotheus Ritzsch.  Il fallut attendre la fin du XVIIIe  siècle pour voir apparaître le premier quotidien français Le journal de Paris en 1777.

Bien évidemment, la situation florissante de la région Alsace au sein de l’espace rhénan tant sur le plan économique, technologique, commercial, culturel, en fait le berceau naturel du développement de technologie comme l’imprimerie qui facilite l’apparition d’organes d’information. De là naît en Alsace une tradition d’industrie graphique et de presse.

L’Alsace, une terre d’une presse politique et pluraliste

Ainsi, en 1885,  on compte 35 titres de presse dans la Région à l’époque territoire prussien, donc paraissant en allemand pour la plupart. De cette époque naît également la tradition du « portage à domicile » qui permet à la presse alsacienne, la seule en France, de compter aujourd’hui encore près de 80% d’abonnés parmi ses lecteurs : une véritable manne financière… que tous les quotidiens français lui envient.

En 1918, après le  retour à la France, 52 titres de presse donc 24 quotidiens sont édités en Alsace.

Les journaux, même à l’époque prussienne, sont très liés aux partis politiques et à la vie politique. Cela ne fait que se développer après 1918 où après une euphorie des Alsaciens de redevenir français, un profond malaise se développe dès 1919 devant la politique d’intégration forcenée que mènent les gouvernements de la République. En suivent des débats autour de l’appartenance à la France, du maintien de la langue, de l’autonomie à l’égard du pouvoir central… Tous les partis ont leurs journaux souvent quotidiens et donc partisans.

Dans les années 30, la forte montée de la presse d’extrême-droite en France, touche également la presse,  les Croix de feu et le Parti populaire français créent des journaux en Alsace rédigés en allemand.

Dès l’annexion par l’Allemagne nazie, la presse alsacienne est nazifiée et les autorités interdisent la parution de tous les journaux qui, de fait, disparaissent. Quatre quotidiens, tous sous contrôle du Parti Nazi les remplacent : les « Straßburger Neueste Nachrichten », organe du NSDAP dans le Bas Rhin, le « Elsässer Kurier » à Colmar, le « Mülhauser Tagblatt » et le « Mülhauser Volksblatt » à Mulhouse.

Retour au pluralisme en 1945

L’Alsace compte, en 1948, 17 quotidiens et 11 hebdomadaires. Une véritable soif d’information, de débats, de pluralisme conduit à la parution de dizaine de titres très souvent liés à des mouvements politiques ou idéologiques. Grâce aux décisions du Conseil National de la Résistance, la parution de la presse est encouragée par la création d’aides à la presse facilitant économiquement l’édition de journaux. Notons une ordonnance particulière à l’Alsace, celle du 13 septembre 1945 : entre autres sur l’utilisation de la langue française dans les journaux. La parution rédigée totalement en allemand est interdite : il faut des parutions « bilingues » et le français ne peut descendre en-dessous des 25% des textes. Sont obligatoirement rédigés  en français : le titre, la publicité, le sport, les informations légales, les articles pour la jeunesse…

Pour être lue, la presse alsacienne se doit de paraître évidemment en bilingue : les DNA en 1950 compte 75% de leur diffusion en bilingue ; les mêmes proportions pour L’Alsace à Mulhouse. Cela durera vingt ans, l’édition française passe en tête en 1970.

Les conséquences tragiques de la concentration

Mais la presse alsacienne n’échappe pas à la concentration des titres, véritables plaie de la presse française car le système chez nous est l’absorption d’un titre par un autre. Ce qui conduit à ce que nous ne connaissions plus que 66 quotidiens en France… contre 329 en Allemagne (313 journaux régionaux et des 8 titres nationaux). Le résultat de cette stratégie mortifère pour la presse quotidienne française : son tirage est aujourd’hui d’un peu plus de 8 millions d’exemplaires contre 16 millions en Allemagne.

Il est prouvé qu’à chaque disparition de titres après une concentration, il y a systématiquement perte d’au moins un tiers des lecteurs. Mieux, il est prouvé que les rares régions qui connaissent une pluralité de quotidiens, ont un taux de lectorat plus élevés que les autres régions où ne subsiste qu’un seul titre. Exemple : la Bretagne… et l’Alsace.

Notre région a failli connaître le monopole d’un seul journal début des années 1970. En effet, le journal L’Alsace était à cette époque en grosse difficultés et a failli disparaître : seul le rachat par… le Crédit Mutuel l’a sauvé. On peut donc dire qu’à cette époque, le Crédit Mutuel, du moins quatre caisses mulhousiennes et une colmarienne des CMDP ont sauvé le pluralisme de la presse dans notre région.

FUSION

Le Crédit Mutuel sera-t-il à présent le fossoyeur du pluralisme historique en Alsace ?

Jamais de toute son histoire, l’Alsace n’a connu qu’un seul journal quotidien. Même sous la période nazie, elle en comptait quatre.

Et pourtant, le Crédit Mutuel s’apprête à commettre l’irréparable. Devant de (réelles) difficultés économiques au sein de son groupe presse (9 titres dans tout l’Est et Sud-Est de la France), il fait appel à un « restructurateur » patenté qui a déjà sévi au groupe Le Parisien avec un palmarès éloquent : vente de journaux, liquidation des imprimeries… sans résultat positif sur le développement des journaux.

Cette méthode radicale est celle qu’applique depuis des années la presse nationale avec le succès que l’on sait : nous sommes en queue de peloton de la lecture de la presse en Europe. La presse régionale avait échappé quelque peu à cela en développant des articles sur la vie locale, en assurant des informations de services souvent bien appréciées par le lectorat. Mais cela nécessite le développement d’agences locales et une distribution sans faille. Les quotidiens alsaciens ont, grâce à cela, développé un réseau d’abonnés qui résistent un peu mieux à l’érosion du lectorat qui touche la presse française.

Le « costs-killer » à l’œuvre…

Or, ce sont les pratiques de cette presse là que le « restructurateur » du Crédit Mutuel veut appliquer avec un remède de cheval : liquidation des titres en préservant la « marque », une sorte d’escroquerie vendue aux lecteurs de L’Alsace : leur journal gardera le nom mais le contenu sera le même que celui des DNA… Combien de postes de journalistes en moins ?

Fermeture de l’imprimerie à Mulhouse et impression à Strasbourg : ce qui facilitera évidemment, chacun le comprendra, la distribution des journaux à Ferrette les petits matins d’hiver sur les chaussées enneigées ! Et obligera la rédaction à boucler le journal dès la fin de l’après-midi…

On le voit, c’est la logique d’une économie classique et traditionnelle qui tente de s’imposer, ne tenant aucunement compte que la presse n’est pas un produit comme un autre et qu’elle a besoin d’un modèle économique spécifique. Et la presse régionale n’est en rien comparable à la presse nationale où le « costs-killer » du Crédit Mutuel a fait ses armes.

Pourtant, la presse écrite a de l’avenir : après avoir négligé pendant très longtemps la « recherche et le développement », la presse s’est mise travailler la question. Il en ressort qu’elle a des atouts considérables pour prendre sa place dans le monde de la communication tel que nous le connaissons actuellement. Pour cela, il faut certes des restructurations, des nouveaux produits y compris sur papier et imposer un nouveau modèle économique au grands groupes qui contrôle l’ensemble de la filière: elle aura besoin de toutes ses forces pour y parvenir.

Loin des idées du cost-killer qui deviendra, s’il peut aller sans encombre jusqu’au bout, le « press-killer » des journaux alsaciens.

Michel Muller

 

10ème AG Les Sheds : riche et prometteuse

L’association Les Sheds à Kingersheim a tenu sa 10ème assemblée générale le vendredi 16 juin 2017 à 18h sur le site de l’ancienne usine textile qu’elle occupe depuis trois ans, en y faisant fonctionner un restaurant et une épicerie avec un marché paysan hebdomadaire. Elle y propose tout plein d’activités. L’Alterpresse68 était présent à cette AG. Continuer la lecture de 10ème AG Les Sheds : riche et prometteuse

OPTIMISATION FISCALE DANS LA PRESSE : L’ETRANGE M. RICCOBONO

Quand la presse quotidienne nationale a décidé de se séparer de son outil d’impression, elle a confié le travail a un groupe d’imprimeries appartenant à la famille Riccobono. Celle-ci détient le quasi-monopole de l’impression de la presse quotidienne nationale… et lorgne à présent sur la presse régionale. Elle serait même dans les petits papiers de celui qui doit restructurer la presse en Alsace au nom de M. Théry, PDG du Crédit Mutuel. Un rapide constat permet de découvrir que toutes les entreprises du groupe en France sont déficitaires, pour l’une M. Riccobono demande même la liquidation. Or, surprise : à l’examen des comptes, on s’aperçoit que la famille est riche à millions et réalise ses profits… au Luxembourg ! Informations sur un potentiel scandale majeur…

Un groupe aux pratiques douteuses

L’origine du groupe Riccobono se trouve sur la côte d’Azur avec une imprimerie locale offset installée au Muy. De cette modeste place, la famille conquiert en quelques années l’impression de la presse nationale en proposant des imprimeries décentralisées installées dans divers lieux du pays, ce qui permet aux journaux nationaux d’être plus rapidement distribué, à la même heure que la presse régionale. Auparavant, l’impression centralisée sur Paris allongeait considérablement le temps de trajet.

Ainsi, le groupe a pu installer des imprimeries entre autres à Lyon, Vitrolles (près de Marseille), Toulouse, Nantes, Nancy. Les investissements ? Payés essentiellement par les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne qui devenaient la tête du réseau de cette impression et distribution décentralisée… et la pompe à fric de M. Riccobono.

Mais M. Riccobono possède également une imprimerie… au Luxembourg. Il installe donc une holding qui détient tout le groupe dans ce pays, bien connu pour être un paradis fiscal au sein de l’Union Européenne. Cette holding détient plusieurs entités avec un système juridique en cascade… Ce qui permet d’effectuer les opérations les plus étranges…

Les entreprises françaises : des coquilles vides… et une holding riche à millions

Le groupe a créé des sociétés détenues par la « Société européenne d’investissements financier » basée au Luxembourg donc. Par un emboitement digne des poupées russes, tous les actifs des entreprises françaises appartiennent à des holdings luxembourgeoises.

Les contrats commerciaux, une partie du personnel, l’immobilier, la trésorerie sont externalisés des imprimeries françaises. Un contrat de sous-traitance les lie aux holdings et en vertu de ce contrat elles versent des sommes rondelettes en paiement de locations diverses.

Ce contrat établit les obligations et les différentes modalités du donneur d’ordre (la holding) et du sous-traitant (l’imprimerie en France).

Il s’agit donc d’un véritable pillage de l’activité en France : en effet, le chiffre d’affaires se réalise dans l’hexagone mais celui-ci ne bénéficie pas aux établissements français. Par le jeu des obligations, locations, assurances, les ressources sont versées à la holding au Luxembourg. C’est ainsi que toutes les entreprises françaises sont en déficit… et la holding luxembourgeoise est florissante.

Comme d’habitude, tous ces montages sont parfaitement opaques et la direction refuse de donner les vrais chiffres au Comité d’entreprise… Mais c’est mal connaître les salariés quand ils sont acculés par exemple en cas du risque de liquidation de leur imprimerie, ils cherchent et trouvent.

Organiser le déficit pour ne pas payer d’impôts…

On peut estimer que la holding luxembourgeoise a redistribué environ 17 millions d’euros de dividendes sur les six dernières années. Et que les résultats financiers étaient, pour la même période, de 22 millions d’euros, ces résultats intégrant le coût des investissements, des impayés clients, des salaires des dirigeants de des frais financiers. Les dividendes ne seraient donc que des pourboires ? Belle affaire… alors que quasiment tous les centre d’impression affichaient des déficits…

Prenons un exemple : pour imprimer un journal, il faut une rotative. Ainsi, le centre d’impression de Vitrolles possède, entre autres, une machine dont le coût est de 3,9 millions à l’achat. Mais bien qu’installée dans ses locaux provençaux, cette machine ne lui appartient pas, elle est la propriété de la holding luxembourgeoise. Le Centre d’impression paye donc un loyer, rubis sur ongle même quand l’imprimerie était en déficit bancaire sérieux : Il parait que ce n’est pas illégal.

Certes, mais regardons de plus près : depuis 2003, le centre d’impression de Vitrolles a payé… 17 millions de location à M. Riccobono au Luxembourg pour une machine qui coûte 3,9…

Bien évidemment, M. Riccobono ne paye pas d’impôts puisque ses entreprises sont en déficit… et récupère l’argent généré en France au Luxembourg où… il ne paye pas d’impôts.

Immoral et abus de biens sociaux… payés par les aides à la presse ?

Mais que fait M. Riccobono avec tout cet argent ? En tout cas, il ne le réinvestit pas en France : dès que nous en saurons plus, nous tiendrons nos lecteurs informés…

Ce qui est étrange, c’est que les payeurs de M. Riccobono, ce sont les éditeurs de presse. Ceux-ci étaient jusqu’à présent bien contents de trouver un professionnel pour externaliser leur outil d’impression et sa gestion pas toujours aisée.

Les éditeurs payent donc grassement leur imprimeur qui, en situation de monopole n’hésite pas à utiliser tous les moyens (pas toujours les plus délicats) pour augmenter les factures. Mais les éditeurs de la presse nationale ont accès à des aides à la presse entre autres pour se moderniser. Une partie de ces aides sert à payer leur impression et donc vont chez M. Riccobono… qui s’empresse de les faire évader vers un paradis fiscal…

Cet imprimeur est donc un parasite de la presse française. Que la presse nationale ait eu besoin d’un tel individu pour se débarrasser de leur outil d’impression n’est pas très glorieux. Mais si la presse régionale lui emboîte à présent le pays, on sait que les richesses vont continuer de s’accumuler au Luxembourg et ne restera à la France que d’assumer les fermetures d’imprimeries et le cortège de licenciements qui s’en suivra.

Michel Muller

Photographe de presse, une profession en déclin…

Depuis les années 90 déjà, le métier de photographe en général et celui de photographe de presse en particulier, part en vrille. Mais les prémices du déclin arrivent bien plus tôt, toutefois, personne ne veut voir les problèmes à venir et qui vont s’accentuer.
Dans les années 70, il y a plusieurs journaux plus ou moins autonomes. Indépendants ? … non pas vraiment.

La concentration des titres, a toujours été un vrai problème, auquel, lors de la Libération, le C.N.R. tente d’y mettre un frein. Cette « frontière » fonctionne d’ailleurs un certain temps, mais la Finance étant ce qu’elle est, trouve toujours la faille qui permet de contourner les lois établies. On ne parle plus de morale, mais de légalité. Comme aujourd’hui d’ailleurs.

Le coup de la famille Hersant fait tâche d’huile et dans les régions, la tendance au « regroupement » est lancée. Quand le « Nazional-Zeitung » de Bâle (Suisse), rachète pour presque rien, son confrère le « Basler-Nachrichten », les difficultés des correspondants locaux pour la presse d’ici et d’outre-Rhin ont déjà commencé. Le « Freiburger Tagesblatt » et ses dérivés, sont entre les mains de banquiers et de fonds de pension, ou en passe de l’être. Ce qui permet encore de (sur)vivre à la presse papier, c’est la « pub » et les subventions. Mais les subventions ne sont pas toujours distribuées à ceux qui en ont vraiment besoin et qui font un effort véritable de travail journalistique et d’information.

Les correspondants remplacent les journalistes

La publicité, qui permet de financer les investissements, les salaires et projets, partira fin des années 80 vers les médias hertziens et la presse « papier » se retrouve entre les mains de quelques milliardaires qui font la pluie et le beau temps. Dans quasi tous les journaux, hebdos inclus, une « ligne éditoriale standard » est de rigueur. La notion de la fameuse « liberté de la presse », tant vantée devient « Canada Dry ». Le goût, la couleur … mais c’est tout. La P.Q.R. avec ses nombreux titres, qui permettent une concurrence saine et motivante aux journalistes et photographes locaux, se perd dans le fac-similé de l’information aseptisée, diffusée par les officines parisiennes à tous les journaux et l’info de première page, sauf cas exceptionnel, est la même du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.

Dans le Grand-Est, le journal « L’Alsace », comme les « Dernières Nouvelles » utilisent depuis longtemps et sans retenue, des « correspondants », taillables et corvéables à merci et payent à la fin des « seventies », une parution qui varie de 15 à 30 francs, plus frais (film et parfois déplacement). Comme argent de poche en se faisant plaisir, le retraité de l’enseignement, de la police, de la gendarmerie, des mines …. ne se plaint guère et il est heureux de se promener avec une « carte de presse » délivrée par ces journaux !

C’est super pour l’image et l’égo du quidam et cela permet aussi de rentrer gratuitement au sein de certains évènements. Tout va très bien. De plus, c’est pratique pour ne pas se coltiner belle-maman ou les repas de famille le week-end. Ces amateurs, parfois doués, ne se rendent pas encore compte qu’ils vont scier tranquillement la branche sur laquelle tout le monde est assis de plus en plus inconfortablement et que le « retour de flamme » avec le numérique, va donner le coup de grâce à tout un corps de métier, avec ses dégâts collatéraux qui vont impacter d’autres professionnels, dépendant de la photographie (photogravure, graphiste, metteur en page, correcteur, labo photo, fabricants de films, papiers, chimie …).

Les autres, les vrais pros, ne sentent pas encore le « vent du boulet » non plus, puisque Gamma, Keystone, SIPA, Reporters Associés, Magnum … la liste des agences est impressionnante, comme les titres (France-Soir, La Vie Ouvrière, l’Express, Paris-Match, Le Nouvel Obs …) auxquels nous autres pouvons collaborer dans un contexte à peu près normal, basé sur le respect de la loi de 1957 et, lorsque ce sont les agences qui diffusent nos clichés sur un accord tacite 50/50, (droits partagés, moitié pour l’agence, moitié pour le photographe) sans gagner des millions, nous arrivons à vivre à peu près normalement.

Pour un salaire de misère…

Mais le « correspondant », amateur doué (bis repetita) taillable et corvéable à merci, n’a pas encore intégré que, depuis les années 70, ses « piges » n’ont en rien augmentées ! De 30 francs en 70, nous sommes passés à 5 et 3 euros (selon le support) sans les frais ! Le matériel, les réparations, la post-production, n’est plus pris en compte et les pigistes ou salariés « en poste » se voient dépouiller de leurs droits légitimes d’auteur. Le journal, auquel ils ont la « chance » de collaborer, s’arroge désormais le droit de diffuser, sans aucune contre-partie, leurs clichés sous la forme d’un « pool », qui permet de retrouver les photos  de l’opérateur, au sein du groupe de presse, dirigé par le Crédit Mutuel, un groupe d’Assurances, un fonds de pension … ou autre. C’est ainsi que nous avons en France 5 grands groupes de presse :

– Le groupe EBRA qui englobe quasi tout l’Est, jusqu’au « Progrès de Lyon » en passant par le « Dauphiné Libéré », « Vosges-Matin » et bien entendu les » D.N.A ». et « l’Alsace ».

– Ouest-France, une pieuvre qui regroupe une pléthore de journaux de l’Ouest.

– La « Dépêche du Midi », dont le « patron » est un ancien membre du gouvernement Hollande » (J.M. Baylet) et qui se charge de « couvrir » le Sud-Ouest.

–  « La Provence », récupéré par le grand homme d’affaire(s) Bernard Tapie en 2014 qui s’occupe de « couvrir » le Sud-Est avec d’autres titres comme « Var-Matin », « Corse-Matin » … tout en étant déclaré insolvable !

Mais des journaux vraiment indépendants, à part « La Marseillaise », « L’Humanité », « La Montagne », « Médiapart », « Marianne » … il en existe peu. C’est en grande partie le soutien des abonnés qui permet à ces titres de continuer à paraître dans les kiosques.

Bref, nous sommes loin, voire très loin, de la loi de 1946 sur la concentration des titres et la « fête » continue avec « Instagram », les agences comme « Flickr », et d’autres spécialistes de la photo d’info « ubérisée », depuis la disparition très rapide des dinosaures, cités plus en avant. Alors que faire ?

La question mérite d’être posée, mais la réponse est difficile. Tout le monde se plaint que les petits magasins de proximité ferment, mais tout le monde va faire ses courses au super-marché du coin. Dans le domaine presse, c’est un peu la même chose. Les « gratuits » ne vivent que par la publicité, les « Face-Book », » Youtube » et consors aussi, avec les « clics » de souris en plus. Certains appellent cette façon de faire, le modernisme et prétendent que l’on ne peut y échapper. Sans doute, mais au lieu de ne penser qu’internet, clic de souris, instagram, et autres joyeusetés, il serait peut-être utile de revenir à quelque chose de normal : lire un livre, ailleurs que sur le net et lire un journal, ailleurs que sur une tablette, même de dernière génération.

Des lignes éditoriales plus variées…

Il faudrait aussi que la presse « papier », même si désormais au sein d’un groupe comme le Crédit Mutuel, il y ait plusieurs titres, se remette en question et pense lectorat, plutôt que rentabilité et cotation boursière. Nous aimerions des lignes éditoriales un peu plus variées et que le lectorat ne soit pas uniquement condamné à lire la même chose dans les titres qui sont gérés par un même groupe. En gros, pouvoir disposer d’autres opinions, d’autres points de vue que cette ligne directrice aseptisée et « politiquement correcte » du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est ! C’est sans doute une des solutions pour que le « vulgus pecum » s’intéresse à nouveau à « son » journal et qu’il y retrouve le bonheur des infos, autres que les « reportages » sur la plus grosse citrouille, le plus beau canard, la plus grosse truite et les noces d’or, d’argent, de platine des uns et des autres.

Dispenser des subventions pour ce genre de papier, pourquoi pas, mais en effet, pour « couvrir » ce genre d’évènement, le journal en question n’a pas besoin de « reporter-photographe », ayant fait l’IDHEC ou « Vaugirard » ! Néanmoins, rien n’empêche non plus d’exiger une qualité photographique qui corresponde à un certain critère (cadrage, densité, intérêt des questions posées …). Toutefois, si ces exigences légitimes doivent être de mise, il faudra aussi reconsidérer la rémunération des « correspondants », qu’ils soient professionnels ou amateurs, là n’est pas le sujet. (voir en pièce jointe le barème des pigistes, négocié … un scandale).

Repenser l’information régionale

Tout le monde trouve normal qu’une annonce dans un journal soit facturée en fonction du nombre de lignes, de l’emplacement, du caractère de la police utilisée et tout le monde sait que cela a un coût. Lorsqu’un journal est capable de demander un prix exorbitant à un annonceur – les barèmes sont d’ailleurs fixés par HAVAS et consorts – il devient de fait anormal que le travail d’un correspondant soit rémunéré aussi lamentablement (voir PDF joint).

Repenser l’info régionale est un défi de tous les jours, il faut avoir le courage de l’envisager, sinon il y aura d’autres dégâts au sein de cette profession. Il faut aussi arrêter de considérer qu’à partir du moment où l’on peut faire une photo avec un téléphone portable, le métier de photographe est à la portée de n’importe qui. C’est totalement aberrant !  Demander à un rédacteur de faire en même temps les photos, c’est contre-productif et ce n’est pas son métier.

Il y a dans notre beau pays un groupe de personnes qui se battent au quotidien, dont j’ai l’honneur de faire partie et qui considèrent que le métier de photographe, auteur, reporter, artiste ou autre, n’est pas seulement un accessoire de mode que l’on peut négligemment considérer comme un presse-bouton. Ce groupe s’est constitué en association et cette association qui se nomme : UNION DES PHOTOGRAPHES PROFESSIONNELS, veut être au service de la profession, au sens large du mot.

Aussi, nous invitons tous nos confrères, jeunes ou « anciens », à prendre conscience de ce que notre métier représente, avec ses bons et ses mauvais côtés. Ses joies, ses peines et ses espoirs et les invitons à rejoindre le combat pour la préservation, la défense et la promotion de ce métier, bien mal en point, par les temps qui courent.

Pierre Dolivet

 

Stocamine : des réactions de candidat-e-s aux législatives

Suite à une question que L’Alterpresse68 leur a posée au sujet du dossier Stocamine, des candidats aux législatives ont réagi. Ou pas. Voilà une liste et un contenu des (non) réponses. Continuer la lecture de Stocamine : des réactions de candidat-e-s aux législatives

Wattwiller: « Grand pré », intérêt général, intérêts de quelques uns….

Dans ses dispositions le plan local d’urbanisme adopté en 2013 (PLU) applicable à la commune de Wattwiller prévoyait la protection du « Grand pré » de la rue de Cernay.
Préserver un espace de biodiversité  au cœur du milieu urbain et maintenir  la qualité paysagère du lieu, justifiaient la préservation de cet espace de plus d’un hectare et demi dans le cadre du PLU adopté par la précédente municipalité.

« La prise en compte de l’environnement sur le territoire de Wattwiller est particulièrement vertueuse et en particulier les corridors écologiques clairement identifiés et protégés » avait même  déclaré, en son temps, l’autorité préfectorale habilitée à agréer le PLU.

Mais en 2015 le Tribunal administratif de Strasbourg annule ce document d’urbanisme au seul motif d’un un vice de procédure (intervention d’un élu au cours de l’enquête publique – sur suggestion du bureau d’étude). Le contentieux avait été initié par un groupe de citoyens propriétaires fonciers de la commune qui espéraient voir leurs terrains prendre de la valeur.

D’ordinaire, une telle situation qui ne porte que sur un simple point de procédure peut être facilement corrigée à la demande du maire. En effet, il lui suffit de demander au Tribunal administratif de surseoir à statuer et d’apporter au PLU initialement annulé, la correction nécessaire. En l’occurrence tout à fait mineure.

Mais entre temps, changement de majorité : M. Schellenberger, présenté comme le jeune loup de la droite locale, intronisé par le député sortant M. Sordi, devient  maire de Wattwiller. Curieusement, la nouvelle  municipalité accepte l’annulation du PLU et décide tout bonnement d’en établir un nouveau  au motif principal de la réalisation d’un nouveau complexe « écoles primaires/ maternelle/ accueil périscolaire ». Et, comme par magie, le « Grand pré » devient désormais constructible pour l’essentiel.

Les propriétaires fonciers concernés pourront évidemment réaliser une plus-value, ce qui n’est certes pas interdit. Mais étrangement, cela bénéficie à deux membres du conseil municipal de M. Schellenberger, qui étaient également les principaux animateurs du groupe de citoyens de la commune opposé aux PLU annulé qui préservait le Grand Pré.

Conflit d’intérêt ou simple Dorfpolitik (politique de village) ?

Mais si l’intérêt financier de quelques-uns peut trouver son compte à cette modification de la règle d’urbanisation, il semble bien par contre que la non-protection du grand pré par ce nouveau PLU semble en contradiction avec un autre document d’urbanisme applicable  et qui s’impose légalement: le schéma de cohérence territoriale (SCOT) dont le caractère prescriptif a été renforcé par la loi dite « Grenelle 2 ».

La stratégie d’urbanisation pour la commune exposée dans le PADD (Plan d’aménagement et de développement durable, clé de voûte d’un PLU en termes d’enjeux démographiques, économiques, sociaux et environnementaux pour l’aménagement de la commune) est globalement identique dans le nouveau et l’ancien PLU, à l’exception notable de la préservation des paysages remarquables qui est désormais, curieusement, à peine évoquée.

Le PLU annulé pour vice procédural – seule irrégularité relevée par le Tribunal administratif sur les 23 points soulevés par les demandeurs de l’annulation –  définissait une zone (dite AU2 en règlementation d’urbanisme) qui de facto permettait déjà la réalisation du « complexe écoles/accueil périscolaire » justificatif du recours contentieux devant le T.A de Strasbourg… Il n’y avait donc aucune raison de modifier le PLU pour réaliser ce complexe: il était déjà intégré dans l’ancien…

M. Schellenberger se soucie manifestement peu de la protection de la nature

Wattwiller est un joli village niché au pied de la montagne vosgienne qui fait de son environnement un atout entre autres pour la valorisation des produits locaux, dont la fameuse eau de Wattwiller.

Mais dans le projet de nouveau PLU on peut estimer que les objectifs en termes de protection des paysages sont désormais absents comme les nombreux documents d’urbanisme disponibles l’établissent :

  • absence de l’objectif de protection des paysages dans le rapport justificatif,
  • disparition de la mention de la zone « Grand pré » dans les éléments graphiques du document de travail du PPADD permettant désormais l’urbanisation du grand pré (malgré une petite coupure « verte »),
  • création d’une zone qui organise de fait désormais l’urbanisation du « grand pré » (malgré une petite coupure verte centrale) conduisant à la destruction de la perspective remarquable depuis la route des vins et à la fin de la carte postale « Wattwiller village clairière, porte d’entrée remarquable du Pays depuis la Route des Vins »…

Les dispositions du SCOT ne sont de fait pas respectées.

On aura compris que si le PLU adopté en 2013 prenait en compte l’espace « grand pré » dans une approche de respect de la biodiversité et de qualité paysagère, de préservation d’un espace pâturé en milieu urbain, de vision d’aménagement, le projet du nouveau PLU semble manifestement prendre en compte des approches et intérêts très différents.

M. Schellenberger, maire de Wattwiller, n’habite toujours pas à Wattwiller, il pourra donc toujours continuer de ne pas être personnellement concerné par ces questionnements qui relèvent manifestement pour lui d’un simple « intégrisme écologique » et rêver d’un destin national à l’Assemblée voire plus… On peut toujours rêver à condition que la patrouille ne vous rattrape pas et tant que les électeurs ne perçoivent pas les vrais intérêts qui vous animent.

A suivre, évidemment…..

Christian Rubechi

 

 

 

 

 

Tribulations d’un rédacteur en campagne…

Ce fut vraiment une conférence de presse pas comme les autres en ce lundi 22 mai 2017. Les candidats de la France Insoumise pour les législatives de la 2e circonscription du Haut-Rhin nous invitaient à leur rencontre avec la presse. Le lieu : L’Altenberg UGECAM, 222, route de la Schlucht 68140 Stosswihr. Rendez-vous fixé à 15 h 30. Muni de l’essentiel, c’est-à-dire l’adresse et l’heure, je me mis en route.

Continuer la lecture de Tribulations d’un rédacteur en campagne…

Pour une enquête parlementaire sur le dossier Stocamine

L’article précédent : Dossiers Sordi et Stocamine : sortons la vérité du fond du trou ! publié dans L’Alterpresse68 le lundi 29 mai 2017, décrit quelques unes des graves anomalies et des épisodes troublants du dossier Stocamine. L’équipe de notre revue électronique y propose une interpellation des candidats aux législatives. Sur la base d’un modèle de proposition de résolution que nous publions ci-dessous, il s’agit de les inciter à s’engager, sitôt élus, à demander la création d’une commission d’enquête parlementaire. Combien accepteront ? Continuer la lecture de Pour une enquête parlementaire sur le dossier Stocamine

Dossiers Sordi et Stocamine : sortons la vérité du fond du trou !

Michel Sordi ne se représente plus aux législatives. Il ne répond plus aux questions qu’on lui pose. Le silence qu’il s’impose ces dernières semaines et l’omerta qu’il impose depuis toujours ne suffiront pas à nous faire renoncer à nos investigations. Surtout s’agissant d’un dossier de l’importance de celui de Stocamine, qu’un préfet veut enfouir fissa sous des tonnes de bentonite, au fond d’un trou. Continuer la lecture de Dossiers Sordi et Stocamine : sortons la vérité du fond du trou !

Com’ M2A sur les cantines : de la bouillie pour les chats

Des personnels dévoués servent encore aux élèves des repas de qualité dans des cantines de M2A qui sont menacées. Les élus communautaires, eux, font avaler à tout le monde de la bouillie pour les chats, histoire d’entretenir opacité et confusions autour de leurs véritables intentions et responsabilités. Continuer la lecture de Com’ M2A sur les cantines : de la bouillie pour les chats