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MANIFESTE POUR DES EMPLOIS AIDES DE QUALITE

Face à la brutalité de l’annonce de la suppression (totale à terme) des emplois aidés et l’émoi que cela a suscité auprès des salariés intéressés ainsi que des associations faisant appel à ce type d’emploi, L’Alterpresse, Old School, les Sheds se sont associés pour lancer le manifeste publié ci-dessous, ouvert à la signature de toutes les associations et collectivités locales haut-rhinoises qui souhaitent le soutenir.

Ce manifeste est destiné à alerter les élus et les représentants de l’Etat dans notre département sur les conséquences désastreuses de cette suppression sans que les conséquences en soient assumées par le gouvernement. Sans que l’on puisse considérer que les emplois aidés puissent être la solution au chômage, le gouvernement devrait proposer une nouvelle politique pour arriver au plein emploi avant de supprimer sine die des mesures qui ont, malgré leur imperfection, bien souvent une justification économique et solidaire.

MANIFESTE

POUR DES EMPLOIS AIDES DE QUALITE

 

Le gouvernement de M. Macron vient de décider brutalement et unilatéralement la suppression des emplois aidés.

Nous, associations, collectivités locales, assumant des tâches économiques, sociales, culturelles, sportives… que le secteur privé ne prend pas en compte, œuvrons ce faisant pour contribuer au maintien d’une cohésion sociale dans notre pays.

Les manques de moyens récurrents, le gel, puis le recul des subventions, ont déjà affecté négativement nos actions au détriment de la population et singulièrement de sa part la plus fragile.

La suppression des emplois aidés nous prive de moyens au risque de nous obliger à réduire drastiquement, voire à interrompre, nos initiatives et actions, qui relèvent de l’intérêt général et ne sont pas à but lucratif.

Des centaines de milliers d’emplois sont en jeu : des emplois utiles, valorisant les personnes qui les occupent, des emplois qui sont souvent le seul moyen de sortir de la précarité, de la marginalité, de l’exclusion sociale. Sans emplois aidés, la quasi-totalité de ces personnes vont se retrouver au chômage.

Cette décision gouvernementale ne peut se justifier par le besoin de réduire les dépenses publiques. Car, consacrer 24 milliards d’euros d’argent public à un CICE qui ne crée quasiment pas d’emplois, refondre l’Impôt sur la fortune privant l’Etat de 4 milliards de revenus, pèse bien plus lourd que les 3 milliards consacrés aux emplois aidés, utiles socialement tant pour les personnels concernés que pour nos concitoyens.

Les emplois aidés sont une réponse au désengagement de l’Etat dans de nombreux domaines sociaux, culturels, sportifs… Non seulement il ne faut pas les supprimer mais il faudrait au contraire les valoriser, les intégrer dans l’action publique de lutte contre le chômage, afin qu’ils débouchent sur des emplois stables et pérennes.

Le secteur privé n’a créé que 143 000 emplois entre juin 2015 et juin 2016, absorbant tout juste le flux de nouveaux entrants sur le marché du travail, il est donc indispensable de miser sur ces emplois aidés pour sortir deux millions de personnes actuellement totalement exclues de l’emploi et pour empêcher d’autres centaines de milliers d’y tomber.

Nous appelons le gouvernement à revenir sur sa décision et à répondre favorablement à ces centaines de milliers d’associations et de collectivités locales assumant des responsabilités qui relèvent fondamentalement de l’Etat et ses institutions.

Mulhouse, le 21 septembre 2017

De la misère (des contrats aidés) en milieu non-marchand

Ce texte n’épuise pas la problématique des dérives dont ces contrats de travail sont l’objet. C’est un simple témoignage, lancé à l’adresse de leurs défenseurs, et une invitation à penser hors les réflexes pavloviens de la gauche radicale, à partir d’éléments documentés (alsaciens pour partie), et des sources crédibles. Il s’agit surtout de rappeler, y compris de manière polémique, que le dispositif des contrats aidés constitue une solution douteuse parmi les normes sociales et juridiques de rigueur en matière salariale, singulièrement dans le contexte associatif et institutionnel, où ces contrats pullulent dans un climat d’impunité sans pareil. Et que, partant, il n’y a rien de moins normal que de les favoriser, ou les maintenir pour ce qu’ils sont (on pense notamment au dispositif « CUI-CAE »). Quand bien même s’agirait-il d’invoquer de fallacieux prétextes…

A la récente annonce d’une réduction sensible du budget alloué aux contrats aidés lors du second semestre 2017, la ministre du travail, Muriel Pénicaud, provoqua l’incompréhension, voire la colère, de nombreuses structures tributaires de cette forme dérogatoire de contrat de travail. Pourtant, ce feu roulant protestataire dissimule quelques omissions qu’il convient de rappeler obligeamment aux oreilles de ces pétitionnaires démunis. En commençant par souligner combien, de longue date, le secteur para-public et associatif use, et abuse, de toute la panoplie offerte par ces dispositions salariales déséquilibrées, et à temps souvent incomplet.

Fort heureusement, nos plaignants disposent d’un kit de plaidoirie prêt à servir, dont voici à peu près la trame: « Ces contrats aidés agissent comme un tremplin vers l’emploi, par les effets conjugués de l’activité professionnelle, de l’accompagnement et de la formation. De fait, ces contrats aidés sont destinés aux plus fragilisé-e-s par le chômage de masse : personnes privées d’emploi sans qualification, jeunes des quartiers, personnes âgées et handicapées».

Face à un ramage un peu trop beau pour ne pas plumer spontanément les bonnes âmes progressistes, il est temps d’examiner ce dont on parle, par-delà les cris d’orfraie misérabilistes.

Aide-toi toi même !

Élément central de la politique de l’emploi, et du traitement social du chômage de masse, l’État, au travers de Pôle-emploi (prescripteur dans 80 % des cas), régale depuis belle lurette les employeurs du secteur non-marchand de ce genre de dispositifs. Plus de 30 ans déjà que les acronymes TUC, CES, CEC, CAE, CUI-CUI et autres noms floraux surgissent au firmament du précariat low-cost ambulant. Et ce n’est pas prêt de changer, tant le recours à ces contrats indirectement subventionnés par l’État constituerait, selon les économistes, une sorte d’amortisseur social de circonstance (effet «contracyclique » dans leur langage), en cas de hausse significative du niveau de chômage. Le sous-emploi aurait donc ses raisons que la déraison admettrait.

Pour preuve, une partie de la presse de « gauche » emboîte alors le pas de nos « sous-employeurs » privés et publics, et s’émeut du coup de canif envisagé par le gouvernement Macron à leur sujet. Et d’évoquer tour à tour le rôle « socialement utile » desdits contrats, le « coup dur pour les associations », l’« effet de lutte à court terme contre le chômage » ou, plus hardi encore : « l’effet sur la liste d’attente des chômeurs ». Le soldat-chômeur, avançant péniblement dans la file d’attente de l’armée de réserve des sans-turbin saura donc se consoler. Car le contrat-aidé viendra à lui aussi sûrement que le nuage de sauterelle viendra ensemencer son avenir.

Pleureuses enfarinées

Le niveau local n’échappe pas plus au concert de protestation de nos employeurs-aidés. Tonnant comme un choeur de l’Armée rouge sous tranquillisant, il aura toutefois titillé les portugaises du journal «L’Alsace », dont le numéro du 29 août 2017 leur ouvre largement le prétoire.

– Du social, du social, et encore du social, voilà notre grand oeuvre ! s’époumonent-ils, avant d’enchaîner avec le lamento des tartuffes. Une vocalise alsacienne pour travailleurs sociaux contrariés.

Mais alors, que sont les estomacs de nos étudiants devenus ? s’enquiert le peuple subalterne. Des contrats-aidés servent en effet le potage au resto-U du « foyer de l’étudiant catholique » de Strasbourg. Son directeur, Étienne Troestler, reconnaît la nécessité de « faire évoluer le dispositif », mais pas « dans la précipitation et sans concertation » s’étrangle-t-il, avant d’avaler son calice de travers. Une association d’étudiants en médecine strasbourgeoise, quant à elle, ne pourra plus « faire tourner sa cafétéria », prévient-on. Elle employait sept contrats-aidés, sans doute en guise de prophylaxie. Qui donc pour aller servir le redbull à ces messieurs-dames les futurs notables ?

A Mulhouse aussi, des soldats du contrat-aidé pointent le bout du mousqueton. Toujours relayé par « L’Alsace », Jean-Luc Wertenschlag, directeur de « Old School »-« Radio MNE », annonce salarier 13 personnes… dont 9 en contrats aidés. « C’est une vocation sociale qui risque de disparaître », prévient-il. Le patron sera-t-il encore audible sans sa cohorte d’aspirants sociaux ? Mystère et bande FM. Quant à l’APA, une association d’aide à la personne, qui fait figure d’institution en Alsace, elle indique employer 43 contrats-aidés. Un record d’emplois aidés… chargés d’aider ! Tandis que l’EPHAD de l’Arc à Mulhouse emploie un animateur… et 19 contrats aidés… chargés de compléter l’animation! Un ratio optimisé de travailleurs très animés.

Traiter le mal par le mal

Par delà les persiflages inspirés par les situations apparemment ubuesques engendrées par l’inflation de ces contrats (même si, tendanciellement, il y a un peu moins de contrats signés que lors des
années 2000), voire les petits arrangements avec la vérité quant aux activités ou missions réellement effectuées par les bénéficiaires, la rigueur et le sérieux des employeurs devraient prévaloir en la circonstance. Chacun sait que derrière ces chiffres, pourcentages ou acronymes, il y a la vie de personnes en désarroi et en graves difficultés économiques. Celles-là même qui, souvent, se persuadent volontiers du bien-fondé de tels dispositifs dont elles disent profiter. « Un contrat aidé, c’est sans doute mieux que rien, cela permet de se sentir utile, de reprendre confiance, c’est une opportunité pour espérer rebondir professionnellement », se promettent-elles.

Pourtant, cette occasion de rebond ne cesse de s’écraser contre le mur du réel, car les faits sont obstinément têtus. Et l’argumentaire de nos employeurs prétendant « faire dans le social », c’est-à-dire agir dans l’intérêt exclusif des personnes en recherche durable d’emploi, ce à quoi est voué en principe le contrat aidé, ne résiste pas longtemps à l’examen.

Des chiffres qui grincent

Les chiffres fournis par la DARES (la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du Ministère du Travail) dans l’un de ses derniers rapports sur ces contrats sont, à ce titre, extrêmement éclairants.

Il est ici important de distinguer entre les « contrats d’avenir », les contrats de chantiers d’insertion (ACI), des contrats CUI-CAE («contrats d’accompagnement dans l’emploi », les plus massivement
utilisés dans les administrations et les associations). De multiples études (dont celles de la DARES) montrent en effet que l’accompagnement social et l’accès à la formation sont, en règle générale, qualitatifs s’agissant des deux premiers, a contrario de celui que nous examinons particulièrement ici, le CUI-CAE.

Le tableau figurant ci-dessus (source DARES) formalise un aperçu de la situation des personnes en contrat aidé (CUI-CAE) six mois après la cessation de leur activité :

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Ces données documentent essentiellement 2 choses. La première est que 51 % des personnes ayant contracté un CUI-CAE du secteur non-marchand (autrement dit un contrat aidé dans une association, une collectivité locale ou une administration) sont au chômage 6 mois après avoir cessé leur activité sous cette forme. Par ailleurs, il indique que 41 % parmi elles ont renouvelé un contrat de ce type, ou au mieux un CDD. En ne prenant en compte que les CDI et les CDD de plus de six mois, ce taux était respectivement de 26,7% dans le secteur non-marchand et 54,8% dans le secteur marchand, en 2009.

L’analyse de ces premiers éléments permet de conclure assez sûrement que le contrat aidé est un dispositif qui génère à la fois de la précarité (de par sa nature de CDD), mais qu’il constitue, symétriquement, une forme achevée de précarité salariale circulaire, d’où il est extrêmement difficile de s’extirper. Constituant donc une sorte d’enfermement ou de cloisonnement social, presque à l’égal d’un RSA.

Un second tableau nous permet d’étayer ce sentiment:

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Il illustre la situation des personnes à 30 mois de la sortie du dispositif. On y apprend que 23 % des personnes issues de l’un de ces contrats y sont revenues, mais cette fois dans le cadre d’un contrat aidé du secteur marchand (sur lequel il faudrait se pencher dans un tout autre article, mais qui semblerait donner des résultats légèrement supérieurs, cela pour diverses raisons). D’autre part, 31 % des personnes issues d’un contrat aidé travaillent désormais dans le cadre d’un CDI non aidé. Moins d’un tiers des bénéficiaires qui renouent enfin avec un véritable emploi, ce n’est certes pas insignifiant, mais cela demeure modeste.

D’autant que la seconde colonne transcrit 2 chiffres bien plus stupéfiants. Le premier, « -5 », indique que le bénéficiaire d’un contrat aidé à 5 points de chance en moins d’être en « emploi non aidé » que s’il s’était dispensé d’y souscrire, et 8 points de chance en moins d’être en « CDI non aidé » que s’il n’avait jamais accepté de contrat aidé !

Autrement dit, le bénéficiaire d’un emploi aidé subit, outre la précarité et la circularité de sa condition, des situations de discrimination de fait à l’embauche !

Des employeurs désolidarisés !

Mais l’étude la DARES documente également le caractère opportuniste du dispositif aux yeux des employeurs. Dans le secteur-non marchand, celui qui nous intéresse, près de 70 % des bénéficiaires d’un contrat aidé quittent l’institution, ou l’association, aux termes de l’aide financière que percevait l’employeur pour financer le poste de travail. Avec un record, encore un, dans l’Éducation Nationale, avec près de 80 % d’exclus aux termes de l’aide financière !

A contrario, plus de 80 % des bénéficiaires d’un contrat aidé demeurent dans des entreprises du secteur marchand. Ce qui semble illustrer que la fin des incitations financières est compensée par la productivité nouvelle et le développement du chiffre d’affaires dégagé par la présence de ces salariés.

(dé)formation d’État

Au coeur du dispositif des contrats aidés, sont censément actives les « actions de formation », préalable indispensable à toute réinsertion durable dans l’emploi, et dont la mise en pratique est une obligation légale. Pourtant, près de 60 % des contrats ne respectaient pas ce volet de la convention signée entre l’employeur et Pôle-emploi en 2011.

Si tous les employeurs sont responsables de cet état de fait, l’Éducation Nationale, matrice institutionnelle de formation de la jeunesse française, n’est pas même fichue de former ses propres contrats aidés ! Cela tombe à point nommé, car l’État, qui a toujours fermé les yeux sur ces négligences particulièrement coupables, a décidé de concentrer les principaux moyens dévolus au financement des contrats aidés en 2017… vers l’Éducation Nationale !

Qu’en conclure, sinon que l’État, via le gouvernement Macron aujourd’hui, continue de s’asseoir sur ses propres obligations, et de creuser inlassablement le sillon de misère et de précarité salariale
circulaire que nous évoquions plus haut.

Un détournement cynique

Outre le déni de droit à la formation, le second élément à considérer est, de fait, le cynisme bien ordinaire d’une fraction non négligeable des employeurs associatifs ou institutionnels.

En 2011, via l’un de ses communiqués intitulé « Les salariés en contrats aidés : des salariés à part entière », la CGT dénonçait déjà le juteux bénéfice que tirent les structures d’accueil, de ce qu’elles ne sont pas tenues de comptabiliser leurs contrats aidés dans les effectifs de l’entreprise. Moralité : pas d’accession aux oeuvres sociales et aux institutions représentatives du personnel en leur sein, notamment.

A l’occasion d’un différend avec des employeurs privés et publics, le tribunal d’instance de Marseille rappelait alors que : « les travailleurs en contrats aidés doivent être des salariés à part entière ». Cela, alors que les accusations de la CGT se faisaient très précises: « Ils [les contrats aidés] sont censés permettre à des travailleurs en grande difficulté d’insertion sociale de retrouver un emploi pérenne. Or, les études de la Dares montrent un détournement de la finalité de ces contrats : les salariés qui en bénéficient sont de plus en plus qualifiés et de moins en moins chômeurs de longue durée ou bénéficiaires de minima sociaux ».

En effet, selon les derniers chiffres de l’institut, plus de 25 % des bénéficiaires d’un contrat aidé employés par des associations sont diplômés de l’enseignement supérieur. Plus de 58 %, si l’on y ajoute les titulaires du baccalauréat !

Le détournement du dispositif est manifeste, et le mot n’est pas trop fort. Les exemples sont légions, et internet regorge de témoignages à ce sujet. Notamment sur l’excellent site : « Le travail concrètement, on vaut mieux que ça ».

Mais le site internet de Pôle-emploi ne démérite pas moins en la matière. La CGT rappelait d’ailleurs récemment à son sujet que près de 50 % des annonces publiées sur celui-ci étaient illégales, ou bidons ! Aucune vérification n’étant réalisée par l’institution quant à la nature et aux spécifications des postes proposés par les employeurs, on y trouvera aisément toutes sortes d’annonces illustrant l’illégalité patente des employeurs publics ou associatifs à l’égard du dispositif CUI-CAE. Des postes d’enseignants dans des écoles privées du premier degré, ou d’éducateurs de jeunes enfants. Des postes équivalent à ceux de travailleurs sociaux, voire de fonctionnaires…

Tous ces exemples (non exhaustifs !) de professions qualifiées et réglementées, supposent l’obtention de diplômes d’État ou la réussite à des concours de la fonction publique. Ils sont néanmoins proposés impunément… sous la forme de contrats aidés !

Des temps très modernes

Comment peut-on profiter cyniquement de tant de salariés en situation de désarroi économique, a fortiori de l’énergie et de la créativité de la jeunesse universitaire, en leur assurant misère économique et désillusions, au prétexte de l’impératif de continuité d’un projet associatif, quel qu’il soit, ou afin d’assurer l’ordinaire d’une administration en sous-effectif ?

Je fus moi-même l’un de ces rouages que l’on tord à satiété. L’Éducation Nationale, encore elle, m’engagea en tant qu’« assistant de formation » en contrat aidé, chargé de recenser les besoins de formation d’hommes incarcérés. En réalité, dans cette maison d’arrêt, je fis office d’enseignant. J’apprenais le français aux étrangers en attente de jugement, et servais de professeur de langue auprès des détenus. Trop compliqué et trop cher de créer un poste de fonctionnaire, on appuiera donc sur le bouton « contrat aidé ». Facile, et très bon marché. Je n’effectue pas la prestation de travail qui figure dans mon contrat, et on ne me forme évidemment à rien. Et si je souhaite bénéficier des vacances scolaires, ce sera 26 heures de présence par semaine au lieu des 20 heures prévues au contrat. Rémunération : 578 euros nets. Prud’hommes et Cour d’Appel ont heureusement sifflé la fin de la récrée pour le mammouth grimé en baudruche administrative.

Alors que plus de la moitié des candidats tenus de s’engager par défaut dans ces contrats sont bachelier ou issus du supérieur, que la seconde moitié aurait besoin de se voir proposer un parcours de formation structurant et diplômant, que dit le rapport de la DARES sur la qualité du travail opérée par ces salariés ? Si 9 candidats sur 10 déclarent avoir « appris des choses » au cours de leur passage en CUI-CAE, ils sont 77 % a avoir effectué des tâches répétitives tout au long de la journée, 81 % pour l’Éducation Nationale, et 91 % dès lors que l’employeur est issu du secteur sanitaire et social…

Antonomase ta mère !

En vérité, l’essentiel à considérer est que dans notre pays, l’étiquette socio-professionnelle peut-être tout simplement infamante. Nous ne semblons être que ce qu’un statut nous confère, ou ce dont il
nous prive.

Diplômé ou sans formation, de quoi alors le « contrat-aidé », ce nom commun mué depuis en nom propre, est-il le prête-nom ? Du salarié qui n’est porté que par le type juridique avec lequel il se confond ? Et dont la compétence, le savoir-faire ou le métier sont indistincts, malléables ? Du handicapé social, dont on profite au gré des circonstances économiques ? Un polymorphe interchangeable, qui servirait à rafistoler les morceaux de société qui sombrent aussi prestement que le Titanic, et dont il devrait, lui, jouer le marin sauvé des eaux ?

Par-delà l’inertie aveugle de l’administration, qui ne reflète que la lâcheté des gouvernants, ce qui transparaît surtout dans ce débat est le court-termisme dont se rendent coupables certaines structures associatives. Réclamer des fonds, des subventions, créer de l’emploi qualifié et décemment rémunéré, est devenu chose aléatoire, harassante, et presque chimérique, tant cela suppose d’énergie et de temps consacré, dans un contexte de restrictions budgétaires croissantes.

Devant ce labeur inepte, les structures qui emploient ces travailleurs précaires pratiquent de fait l’exploitation par omission, au prétexte que des besoins non pourvus existent. Elles en oublient cependant que se compromettre socialement pour survivre, alors que l’on incarne une forme d’engagement désintéressé, et un modèle de développement alternatif, constitue une négation du projet qu’elles animent. La condition sociale de leur développement ne peut dépendre de l’emploi de sous-employés jetables, mais de la force de leur noyau bénévole, et avant tout de leur rayonnement militant.

L’humilité de cette approche supposerait à tout le moins d’admettre qu’il n’existe aucune organisation qui soit indispensable en soi, dès lors qu’elle délaisse l’idéal et la promesse dont elle est porteuse. Et la nécessité de survivre pour survivre ne justifie rien, sinon que la forme associative est moribonde, et le projet exsangue. La fin ne justifiera jamais l’utilisation d’un volant continu de précaires, a fortiori diplômés et formés !

Capital et jambe de bois

Avec la fin progressive du modèle social « à la française », et le démembrement des solidarités de classe, les dernières décennies ont fait le lit du repli sur soi, des intolérances ethniques et religieuses. Tout cela a été largement documenté et établi par les meilleurs analystes.

Au plus fort de « la crise » dont nous ne sortons jamais que pour y choir, au gré des cycles du capitalisme zombie, ni vraiment mort, ni tout à fait vivant, le modèle marchand de surconsommation continue pourtant à cannibaliser nos imaginaires. Une reptation qui ne connaît plus d’entraves, et menace désormais d’engloutir nos écosystèmes matriciels, après avoir déjà siphonné une part considérable de leurs ressources.

La logique économique capitaliste, fondée sur la rapacité criminelle et la délinquance sociale, doit céder le pas, de gré ou de force, devant la gravité des enjeux qui surviennent. Et parmi les plus impératifs de ces enjeux, figure rien moins que celui de pouvoir survivre à ce siècle. Cela semble être le défi collectif le plus improbable que l’humanité ait eu à affronter depuis son apparition.

Mais outre les fondamentaux de la vie qu’il faudra préserver, ce sont les nouvelles modalités sociales de ce renouveau éventuel qui doivent émerger au plus tôt. Avec la fin possible, par épuisement idéologique et anthropologique, du modèle capitaliste, il s’agira de repenser nos priorités essentielles.

Repenser la place du travail « productif », ainsi que sa finalité. Et surtout valoriser celle de l’activité d’utilité sociale. Où la seule valeur d’usage, que l’on voit poindre aujourd’hui par le truchement de l’économie collaborative, primerait sur toute autre considération marchande ou économique. C’est dans cette optique que le monde associatif trouverait naturellement de quoi irriguer et contribuer positivement à l’émergence d’une société fondée sur la justice et l’utilité commune, et non servir de supplétif hypocrite au capitalisme mercenaire.

Se battre pour faire reconnaître la valeur sociale et économique du bénévolat. Se battre encore pour garantir l’émancipation du citoyen, par le plein épanouissement de ses compétences. Se battre enfin pour que le temps libre devienne une occasion matériellement reconnue de délibérer indéfiniment sur les manières dont il conviendrait d’agir pour rendre la vie plus… vivable !

Au lieu de cela, nous voyons des structures qui gèrent l’ordinaire, comme elles servent la soupe au cadavre auprès de qui elles servent de jambe de bois, et dont elles voudraient réclamer la pitance, afin de prolonger l’enfer social et économique qu’elles appellent monde. Les salariés jetés aux rebuts du fait des décisions gouvernementales quant aux à leurs contrats méritent que l’on se batte pour eux. Ils doivent être réellement « aidés », et valent plus que les larmes de crocodile qu’on leur prodigue ces temps derniers.

Sans évoquer le sort des employeurs publics et institutionnels auprès desquels il n’y a rien à attendre, sinon une (r)évolution de fond en comble, les associations qui gèrent le présent de ces salariés précaires devront décider si elles renoncent ou non à se servir, à travers eux. A défaut de quoi leurs atermoiements ressembleraient plutôt à ceux de geôliers qui verraient s’écrouler avec effroi le mur du monde qu’ils tentent vainement de maintenir à tout prix.

Le mot du Ruffin

Avec une gouaille inimitable et délicieusement provocatrice, François Ruffin, député apparenté « France insoumise », a résumé au mieux le psychodrame des hérauts versatiles du contrat aidé après, il est vrai, avoir préalablement traité le gouvernement de « minable »: « Le gouvernement a, sur ce dossier, commis une nouvelle maladresse. Il va reculer. Il va se rendre compte que, au fond, ces contrats aidés répondent plutôt à son idéologie : ils sont payés à un prix plancher, font baisser les chiffres du chômage, rendent les travailleurs dociles, et tout ça, pour un coût dérisoire. »

Merci à toi, patron !

Fernando TEIVES

LES ANTI LINKY 68 CHEZ LE PREFET

Malgré un ciel peu engageant, plus de deux cents personnes (trois cents, selon la presse) se sont rassemblés devant la préfecture à Colmar samedi 9 septembre dernier. Beaucoup de têtes grises, ce qui ne nous change pas des manifestations à caractère social.
Objet du rassemblement : obtenir la suspension de l’installation des compteurs Linky, ou, pour le moins, la possibilité de choisir d’en être équipé ou pas.

Ont contribué à la mobilisation une vingtaine de collectifs opposés aux compteurs communicants qui se sont constitués dans le département, en lien ou non avec les décisions des municipalités concernées de faire valoir leur droit en la matière, puisqu’elles sont propriétaires des compteurs, même si elles ont délégué leur compétence au syndicat départemental d’électricité du Haut-Rhin. Plusieurs maires arborant leurs écharpes participaient d’ailleurs au rassemblement. Le Préfet ne daigne pas pour autant recevoir une délégation et c’est son secrétaire général qui prendra note des doléances exprimées par les manifestants.

Les griefs sont de trois natures : la préoccupation principale concerne les ondes potentiellement nuisibles pour la santé, mais le captage à fin de communication commerciale à Big Data de données personnelles inquiète également. Enfin, les exemples de plus en plus nombreux de pressions exercées tant sur les communes que sur les particuliers pour imposer l’installation du compteur « intelligent » exaspèrent et inquiètent, tout en posant de sérieuses questions sur l’état de notre démocratie, puisque l’Etat est de fait partie prenante de l’opération.

Parmi les manifestants, quelques agents EDF qui, tout en confirmant les risques sanitaires et la marchandisation des données collectées, contestaient en outre la priorité donnée par l’entreprise à ces installations, alors qu’il leur apparaît bien plus urgent de pourvoir au remplacement de nombreux transformateurs et de lignes enterrées en état d’obsolescence.

compteur

Si le rayonnement des compteurs Linky suscite des inquiétudes, celui des centralisateurs collecteurs et émetteurs des données recueillies et regroupées (autant que de transformateurs dans la commune) est bien plus impressionnant : les habitants vivant à leur proximité auraient du souci à se faire.

A l’heure où 50% des compteurs en question sont déjà installés, comment poursuivre et amplifier la bataille ? Ira-t-ellejusqu’à l’exigence de leur démantèlement postérieur, comme cela a été le cas notamment au Canada ?

Dans l’immédiat, selon Claude Litschky, initiateur du collectif anti-Linky d’Hochstatt, il importe de fédérer les collectifs existants, d’en susciter la création dans les communes qui en sont dépourvus, et de mettre en place une plateforme d’alerte pour permettre le signalement des problèmes consécutifs à la mise en marche des compteurs ainsi qu’aux méthodes utilisées par les installateurs sous-traitants pour les installer de force.

Le rédacteur de ces lignes est, à cet égard, confronté à une situation insolite : alors qu’il a fait part de son refus du compteur « espion » en bonne et due forme, on lui a annoncé le prochain relevé annuel de son compteur par une société externe à Enedis (Solutions 30) dont l’activité consiste plutôt dans l’installation des Linky : qu’a réellement l’intention de faire son agent à la date fixée ? L’avenir nous le dira et nous saurons être sur nos gardes…

DM

4.000 MANIFESTANTS EN ALSACE… CE N’EST QU’UN DEBUT !

Près  d’une centaine de salariés et retraités du journal L’Alsace (339 salariés) ouvraient la manifestation mulhousienne. Signe que ce conflit avec le Crédit Mutuel qui veut liquider 70 emplois en supprimant l’imprimerie du quotidien rue de Thann pourrait être le gros dossier social dans le département lors de cette fin d’année 2017.
Ils étaient suivis de plus de mille manifestants, ce qui est, à l’image de ce qui s’est passé dans toute la France (500.000 selon la CGT) un franc succès, plus fort que la première mobilisation contre la loi El Khomri.  Pourtant, sur le plan syndical, seuls la CGT,  Solidaires et FSU ont été à l’initiative de cette action et se montraient satisfaits de l’écho dans le salariat.

MANIF 10

Le secteur privé était présent ainsi que les retraités qui faisant de l’augmentation de la CSG leur cheval de bataille : en effet comment comprendre que M. Macron veuille réduire l’impôt sur la fortune et taxer les retraites même les plus modestes !

Actes et méthodes

L’attitude bravache de Mme Pénicaud n’y changera rien : elle ne veut pas revenir sur le détricotage du code du travail dont elle continuera de devoir affronter une contestation qui est en train de s’amplifier.

Chacun sait qu’au-delà de la loi travail, d’autres remises en causes sociales sont en route. La suppression des APL aux locataires HLM est une autre preuve de cynisme et de choix de classe que ce gouvernement pratique. Quand le Premier ministre assure que les bailleurs HLM seront contraints de baisser le loyer pour rendre la suppression des APL indolore, il se moque du monde. Il est évident les organismes d’HLM seront ainsi privés de moyens pour construire des logements sociaux.

MANIF 5

On retrouve là la marque de fabrique Macron : d’abord on liquide un acquit et ensuite on propose, pour le futur, de revoir tout un dispositif. Ainsi pour l’APL : première décision, la supprimer pour les étudiants et à présent pour les locataires des logements sociaux (dont les citoyens les plus modestes) et ensuite, promettre une nouvelle politique du logement. Pourquoi ne pas commencer par le début : on met en place une nouvelle politique de logement et après on voit ce que deviennent les aides, si elles sont adaptées ou devenues inutiles… L’inconvénient de cette méthode, c’est qu’il faut du temps, un esprit d’ouverture, de la concertation pour arriver à une adhésion d’une majorité de la population.

Autre exemple : la loi Travail. Mme Pénicaud est une DRH de grandes entreprises dans lesquelles, comme vient de le révéler le journal L’Humanité, elle a touché en 2013, plus d’1,13 million de plus-value sur ses stock-options, en profitant de l’annonce de suppression de postes dans son entreprise de l’époque, Danone. Suppression qu’elle a elle-même assurée ! Elle veut donc faire comme chez Danone : concertation bidon durant des mois, laissant croire qu’il y avait des discussions avec les syndicats… puis divulgation du plan de liquidation du code du travail ficelé depuis longtemps ! Tout en promettant à l’avenir des mesures garantissant la « protection des salariés ». Mais ça, ce sera pour dans longtemps !

Les nouvelles étapes

Forte du succès du 12 septembre, la CGT appelle à une nouvelle manifestation le 21 septembre suivie de celle lancée à l’initiative de la France insoumise le 23 septembre. Trop de manifestations nuiraient à la mobilisation ? On peut penser que toutes les occasions d’exprimer son désir d’une autre politique sont bonnes à prendre et il vaut mieux en avoir plus que pas assez ! D’aucunes voudraient quelque peu instrumentaliser une opposition CGT-France Insoumise sans vraiment se poser la vraie question : pourquoi les autres organisations syndicales restent l’arme au pied.

Le Canard Enchaîné du mercredi 6 septembre a révélé que le gouvernement a reçu la CFDT et Force Ouvrière, le soir du 28 août, pour des négociations secrètes. Evidemment, à l’exclusion de la CGT ! Drôle de manière de pratiquer la transparence ! Durant ces opaques négociations, Laurent Berger (CFDT) et Jean-Claude Mailly (FO) auraient obtenu des concessions. Journée des dupes : car a la publication du projet de Mme Pénicaud, rien n’avait profondément changé dans le texte… Les dupes sont devenus des complices !

Le Canard rappelle également la composition « de choc » du cabinet de Mme Pénicaud : Antoine Foucher, directeur général adjoint du Medef en charge du social jusqu’en 2016, a été nommé directeur de cabinet.  M. Mailly a jugé cette nomination « pas mal » ! Oh, surprise ! On trouve également au poste de directeur adjoint, M. Stéphane Lardy… ancien secrétaire confédéral de Force Ouvrière !

Si toutes ces cuisines politico-syndicales ne sentent pas très bons et rejaillissent négativement sur l’ensemble du syndicalisme, il faut aussi et surtout prendre en compte que de nombreuses organisations départementales et fédérales FO ont appelé à participer aux manifestations.

Au rythme de la perte de confiance de M. Macron, gageons que les foules dans la rue pourront grandir au fil des mois car l’adaptation au forceps de la France au monde « macronien », n’en est, lui aussi, qu’à ses débuts.

Michel Muller

Trop c’est trop…

Donald Trump mène sa croisade anti immigration et veut que soit mis fin dans les 6 mois au programme qui permet à des centaines de milliers de jeunes immigrants clandestins de rester au Etats – Unis.

Ce programme (DACA pour Deferred action for childhood arrivals), avait été crée par son prédécesseur à la Maison Blanche  pour les quelques 800.000 clandestins, mexicains ou asiatiques principalement,  arrivés aux Etats Unis avant l’âge de 16 ans ; il s’agissait de leur permettre de disposer d’un permis provisoire de deux ans renouvelable afin d’étudier ou travailler.

L’opposition à l’annulation de DACA est forte aux Etat – Unis et plusieurs dizaines de dirigeants de très grandes entreprises américaines ont appelé à maintenir ce programme, soucieuses de l’importance du capital humain dont se priveraient les U.S.A et, pourquoi ne pas l’espérer, du coût humain qu’entraînerait une abolition impliquant que des centaines de milliers de mineurs se retrouveraient chassés du seul pays qu’ils aient jamais connu pour être expulsés vers des pays dont ils ignorent en général tout, où ils n’ont même pas, ou  pas souvent, de famille.

Rien de tel ne pourrait arriver sous notre beau ciel de France ?

Le nombre de « mineurs isolés étrangers » (« Mineurs Non Accompagnés » selon le nouveau label officiel) a presque doublé en France depuis un an. Ils étaient estimés à plus de 4000 en 2010, et plus de 25 000 à ce jour selon l’Association des Départements de France.

Ils ont en général fui la guerre, la misère, dans leur pays d’origine et sont arrivés en France, seuls, par des voies diverses et très souvent périlleuses.

Ils n’ont pas la  nationalité française, n’ont pas de représentants légaux sur le sol français, n’ont pas de capacité juridique.

Ils relèvent du droit des étrangers et au titre des textes sur la protection de l’enfance en danger, du dispositif global français de protection de l’enfance, qui ne pose aucune condition de nationalité.

Ce sont les départements, collectivités territoriales, qui ont la charge de leur suivi, de leur protection sociale, dans notre système légal et dans le cadre de cette loi sur la protection de l’enfance.

Ces mineurs isolés  ne sont pas également répartis entre départements et, surtout, la  charge financière induite pèserait trop lourd sur les budgets départementaux aux dires de nombre d’élus concernés: plus de 2000 mineurs isolés en Seine Saint Denis et moins d’une centaine en Mayenne par exemple, avec un coût est estimé de 20 000 à 70 000 euros par mineur et par an  – soit un milliard d’euros par an dont l’Etat ne rembourse annuellement que15 000 millions d’euros aux départements.

Mais c’est maintenant dans le cadre d’un bras de fer budgétaire largement entamé entre départements et Etat que sont placés ces mineurs.

Leurs situations personnelles concrètes (logement, scolarité, assistance…). sont de plus en plus « oubliées », voire niées, par des institutionnels qui se renvoient « la balle ».

En outre et faute de dispositifs de transition suffisants ils sont même menacés d’expulsion dès leur majorité puisqu’ils sortent à cette date du dispositif de protection et deviennent, de fait, des « sans papiers ».

La question de l’âge exact des intéressés est évidemment centrale dans le traitement des cas individuels.

Malgré les nombreuses contradictions  scientifiques relevées, des tests osseux peuvent être pratiqués (avec un degré de précision inférieur à un ou deux ans reconnu). Malgré l’avis négatif du Haut Conseil de la Santé publique, du Conseil National de l’ordre des Médecins, du Comité Consultatif National d’Ethique, le recours à ces tests reste à l’ordre du jour….pour savoir in fine qui paiera, si le mineur est expulsable immédiatement ou pas, régularisable ou non… dans un contexte où les papiers qu’ils peuvent posséder sont très souvent déclarés « faux », sans aucune expertise ni jugement et toujours dans ce contexte de renvoi de responsabilités.

Entre enjeux budgétaires, discours politiques plus ou moins idéologiques, discours administratifs contradictoires entre départements et services d’Etat, mise en œuvre de tests pseudo – scientifiques, négation arbitraire de l’authenticité de documents d’identité produits,  s’esquisse aujourd’hui une « zone grise » où le mineur isolé l’est de plus en plus, avec le risque d’une assistance défaillante, voire la possibilité de l’expulsion pure et simple pour cadeau d’anniversaire de sa majorité.

Le dispositif que Trump veut remettre en cause est baptisé « dreamers » (rêveurs) aux U.SA.

En France (notre département 68 n’est pas exempt de tels cas de mineurs isolés…) on semble ne plus vouloir rêver non plus : se multiplient querelles politiciennes et administratives, dénis de droit, arbitraire, oubli du dispositif légal en vigueur, zones grises où le mineur isolé, totalement vulnérable, dépend de plus en plus totalement d’associations, de simples particuliers…ou de mafias diverses.

S’il vous plaît, restons dans le camp des « dreamers »….

C.R

 

STOCAMINE : NICOLAS HULOT ENTERINE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS TOXIQUES !

On peut s’ériger « grand défenseur de l’environnement » et devenir un piètre ministre, cela s’est déjà vu sur d’autres thèmes. Mais il faut reconnaître que Nicolas Hulot fait fort dans l’immobilisme et la poudre aux yeux. La surprise de sa nomination devient une incompréhension : mais qu’allait-il faire dans cette galère ? Il est vrai qu’à près de 63 ans, la « chance » de devenir ministre avec son cortège de privilèges et de passe-droits, se réduisait de plus en plus. L’opportunité de la proposition de M. Macron en aurait-il fait un opportuniste ?

C’est ce que pouvait croire la nombreuse foule qui s’est déplacé devant l’entreprise Stocamine à l’appel du Collectif Déstocamine en ce 9 septembre, date anniversaire de l’incendie qui ravagea, en 2002, les galeries dans lesquelles s’entassaient des milliers de tonnes de déchets dangereux. Yann Flory, porte-parole de Déstocamine a pu rappeler que « grâce à cet incendie, nous avons pu enfin connaître la vérité sur la nature des déchets enfouis au fonds de la mine ».

Ce rassemblement était  une nouvelle étape contre l’arrêté préfectoral du 23 mars dernier, qui autorise le confinement des 44 000 tonnes de déchets hautement toxiques par des barrières de béton qui ne feraient que retarder, de l’avis des experts, la pollution, notamment de la nappe phréatique.

Le collectif Destocamine a été mis au courant de la réponse apportée par M. Hulot suite à l’interpellation du président du conseil départemental Eric Straumann.

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire n’envisage pas de demander le déstockage total des 44 000 tonnes de déchets enfouis à Wittelsheim. Dans le courrier adressé au président du Département, Nicolas Hulot se dit « sensible aux craintes exprimées » mais valide la procédure qui a abouti à enfouir définitivement les quelque 40 000 tonnes de déchets restants.

Surprenant décision de la part d’un ministre qui semble plutôt jouer les potiches sur d’assumer de vraies responsabilités. Il est certes plus facile de décréter la fin de l’exploitation du pétrole en France… d’ici 2044 et qui ne concerne qu’à peine 1% de la consommation française…

Là où on attend véritablement le ministre, sur le projet Bure ou sur Stocamine, il continue sur la voie de ses prédécesseurs qui semblaient même un peu plus audacieux sur certains sujets. On se demande comment il va s’en sortir dans le dossier Notre-Dame des Landes !

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Aider le collectif Destocamine

Loin de se décourager devant le mauvais coup du ministre, le collectif continue son action entre autres le recours contentieux contre l’arrêté préfectoral déposé le 23 juillet 2017 au tribunal administratif de Strasbourg en compagnie de  la CLCV (Consommation Logement Cadre de vie) et d’Alsace Nature.

Parallèlement, une demande a été faite aux élus et particulièrement à ceux à l’Assemblée nationale pour qu’une Commission d’enquête parlementaire soit mise sur pied. Plusieurs élus étaient présents lors du rassemblement et le député Schellenberger a exprimé son soutien à la création de cette commission.

La présence de nombreux élus donnent quelques espoirs à l’avocat du collectif qui envisage de déposer un recours en référé suspension. « Il faudra aller vite avant que ne commencent les tests de coulage de béton dans les galeries de Stocamine », explique-t-il.

Espérons que les engagements des élus ici sur place ne s’estomperont pas au fil des kilomètres qui nous séparent de l’assemblée nationale et du pouvoir central parisien ! En tout cas, nous y veillerons car il ne suffit pas de nous abreuver de bonnes paroles qui ne sauraient être suivis de la mise en œuvre des engagements.

En attendant, Destocamine doit continuer à mobiliser la population car ce sera le meilleur garant pour rappeler à tout ce beau monde qu’il faut tenir ses engagements ! Le collectif lance un appel à l’aide financière et votre don est précieux… et donnera droit à une déduction fiscale de 66%. En donnant 10 euros, vous en récupérer dont 6,6 !

Les dons peuvent être envoyé sur un compte dédié soit par chèque libellé à l’ordre de CLCV Destocamine, 2, rue de la Fraternité à Wittelsheim, soit par virement sur le compte : CLCV Destocamine au CCM du Bassin potassique, 2, rue de Cernay 68310 Wittelsheim : code banque 10278, code guichet 03525, compte N° 00010194901 clé 34.

Michel Muller

22 ET 23 SEPTEMBRE : VOISINS-VOISINES… MAIS SOLIDAIRES !

Conférence de presse originale dans la Maison de la citoyenneté mondiale. En visiophonie entre Mulhouse, Fribourg et Bâle, les responsables de l’initiative « Voisins solidaires » des trois pays ont tenu simultanément une conférence de presse en allemand et français. Pour la partie mulhousienne, Vincent Goulet a présenté la rencontre qui aura lieu les 22 et 23 septembre au Centre socio-culturel du Pax avec de forts intéressants sujets mis en débats… et en action !

Pourquoi « Voisins solidaires » (qui n’a rien à voir avec une association parisienne un peu opaque) ? Dans la région Trois Frontières (Bade, Bâle, Sud Alsace) de nombreuses initiatives de la société civile (associations, collectifs, fondations, entreprises de l’économie sociale et solidaire) se sont développées dans l’optique de promouvoir un développement soutenable, aussi bien sur le plan écologique que social.

Des expériences et compétences significatives ont été accumulées au fil du temps, mais les contacts restaient limités entre voisins. La barrière de la langue, les environnements administratifs très différents, le manque de temps et d’argent mais aussi les façons différentes de conceptualiser le champ de l’économie solidaire et soutenable compliquent les coopérations potentielles.

Pourtant, chacun convient qu’il y a à apprendre des voisins et à donner une dimension rhénane à ces activités.

La Maison de la Citoyenneté Mondiale (MCM) de Mulhouse a pris l’initiative, avec trois associations fribourgeoises (die Fabrik, Treffpunkt et Friga) et une association bâloise (Kontaktstelle für Arbeitslose, d’une rencontre transfrontalière pour les associations de notre région.

Tout cela ne part pas de rien

Ces contacts entre associations de la Regio Trois Frontières ne sont pas rares. Des conférences sont régulièrement organisées par la Maison de la Citoyenneté et des associations allemandes et suisses auxquelles s’associent des syndicalistes des trois pays. La Commission européenne soutient une structure, Eures-T, rassemblant syndicats, employeurs et organismes publics de l’emploi sur la thématique du travail et de ses conditions transfrontalières.

Mais l’initiative « Voisins solidaires » a choisit des thèmes bien ciblés en belle complémentarité avec les autres événements transfrontaliers.

Trois thèmes seront traités et devraient conduire à des coopérations futures :

  • Les jardins urbains
  • La lutte contre le chômage des plus de 45 ans
  • Le développement soutenable et la transition écologique et sociétale.

Les 22 et 23 septembre, des conférences-débats thématiques, des ateliers de méthode pour la coopération transfrontalière, un « mini-salon » et des moments culturels et conviviaux permettront de poser les jalons d’une coopération concrète entre les associations des régions de Bâle, Freiburg et Mulhouse.

Par exemple, se rendre visite pour apprendre de nouvelles techniques de jardinage et s’échanger des semences, utiliser une période de chômage pour renouer avec la langue du voisin et reprendre confiance en soi pour « rebondir » dans un nouvel environnement, inventer des circuits courts qui franchissent les frontières…

Ces deux jours sont gratuits et ouverts à toutes associations et personnes intéressées par les échanges transfrontaliers.

Une centaine de personnes sont attendues (associations d’économie sociale et solidaire, structures d’insertion, groupes de chômeurs et précaires, personnes ressources, étudiant-e-s, etc.) pour présenter leurs expérimentations et réfléchir à ce que nous pouvons faire ensemble au-delà des frontières.

Cette manifestation s’inscrit également dans le programme national « Fête des Possibles ».

Apprendre les uns des autres…

Mais qu’est-ce qui intéressent nos amis bâlois et badois dans la situation mulhousienne ? Gaby Wulfer, de Friga Fribourg, mouvement qui lutte depuis 30 ans pour l’insertion des chômeurs, voit dans l’esprit solidaire en France, un atout qu’elle souhaite diffuser dans une Allemagne trop encline, selon elle, à l’individualisme. Elle rappelle par exemple que les mesures Hartz IV prises par le chancelier Schröder ont des effets dévastateurs pour les chômeurs en Allemagne et semblent bien vouloir inspirer M. Macron en France. Voilà un exemple de coopération tout trouvé dans cette période où la dérégulation sociale semble être une orientation partagée dans quasiment toute l’Europe… sans résultats probants. Car même en Allemagne, ce ne sont pas les mesures Hartz IV qui sont la cause principale d’un taux de chômage inférieur par rapport au reste de l’Europe.

Le but de ces deux jours est d’arriver à mettre sur pied des projets au-delà des frontières, de se mettre à disposition d’associations pour réaliser des initiatives communes. « Voisins solidaires » souhaitent devenir une plate-forme, présente sur Internet, un lieu de documentation et de soutien à l’action associative dans tous les domaines.

Pourquoi le Rhin est-il un fleuve ? Pour pouvoir construire des ponts !

Le programme des deux jours fait bien apparaître les thématiques chères aux organisateurs. Ainsi, le vendredi 22 septembre se déroulera comme suit :

De 14 h à 19 h, on pourra visiter un mini-salon avec des stands d’informations

 Après un accueil à 14 h, trois conférences-débats avec traduction simultanée se dérouleront.

De 14 h 30 à 15 h 30, les Jardins urbains partagés, situation et perspectives à Bâle, Fribourg et Mulhouse avec Stéphanie Koch (Bienencoop Fribourg), Valéry Bohrer (ATD Quart Monde Mulhouse) et Brigitta Diggelmann, Permakultur Garten Grellingen à Bâle.

De 15 h 30 à 16 h 30, le Chômage des plus de 45 ans : osons la solidarité, avec Günter Melle, Nicholas Schaffner et Hans-Georg Heimann.

De 16 h 30 à 17 h 30, La transition, c’est possible, mais comment ? avec Grégory Baïotto (Vallée de Munster en Transition) et Niklas Mischokowski (Gemeinwohl-Oekonomie Fribourg).

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Daniel Muringer

Après une collation, une soirée artistique débutera à 20 h avec le Théâtre Trinational qui jouera « Murs » et le clou sera assuré par Daniel Muringer qui interprètera des chansons alémaniques, françaises et allemandes… Seul artiste alsacien qui fait vivre cette culture commune que nous avons au-delà des frontières, il fait vivre cette phrase de la grande poétesse et écrivaine alsacienne Lina Ritter : « Pourquoi le Rhin est un fleuve ? Pour qu’on puisse construire des ponts… »

Le lendemain, samedi 23 septembre, trois ateliers se dérouleront à partir de 10 h parallèlement avec des aides à la traduction.

Le premier s’interrogera sur la barrière de la langue et autres barrières, animé par Vincent Goulet, le second portera sur les Financements des projets et des outils qui facilitent leur montage, le troisième parler de la mobilisation des citoyens et des élus.

A 14 h, une synthèse de ces deux jours sera effectuée avec l’adoption d’un « Appel pour la coopération transfrontalière de la société civile ».

Des soutiens surtout allemands et suisses

Si le Conseil départemental du Haut-Rhin ainsi que la M2A par le biais de la ville de Mulhouse, soutiennent ces deux journées, il faut bien reconnaître que ce sont surtout les collectivités territoriales allemandes et suisses qui apportent leur contribution à l’organisation de cette journée. Il faudra bien qu’un jour nos collectivités se mettent au niveau de leurs partenaires économiques, sociaux et culturels potentiels de Bade et de Bâle.

Michel Muller

LES ORDONNANCES LOI TRAVAIL : CE N’EST QU’UN DEBUT…

Une fidèle lectrice de L’Alterpresse68 nous a fait part de la lettre qu’elle a envoyée au président Macron pour attirer son attention sur la situation des retraités… La réponse est édifiante : les ordonnances liquidant en grande partie ce qui reste de favorable aux salariés dans le Code du travail ne sont qu’un début. Les « transformations » vont s’enchaîner tant que la population les acceptera sans trop rechigner. Les manifestations à l’appel des syndicats le 12 septembre et de la France Insoumise le 23 seront décisives à ce propos : un échec serait un encouragement à continuer le démantèlement social, un succès conduirait forcément le gouvernement à devoir réfléchir sur la suite des événements. A chacun de se déterminer !

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FUNESTES CONSEQUENCES POUR LA PROTECTION DES SALARIES

Depuis quelques jours, nous connaissons donc le contenu des ordonnances réformant le code du travail : cinq textes, trente-six mesures, près de deux cents pages… Que l’on peut résumer assez aisément : deux cents pages reprenant point par point les demandes du MEDEF et de la CGPME qui prétendent que la « rigidité » du Code du Travail français les empêcheraient d’embaucher.

Le simulacre de « concertation » durant le mois de juillet a pu permettre à certaines organisations syndicales de se féliciter d’avoir « éviter le pire » ( !) mais n’a en rien changé ni la philosophie, ni les trames fondamentales du texte gouvernemental. Après que la démocratie parlementaire ait acceptée de se dessaisir de son rôle en votant le recours aux ordonnances, la démocratie sociale a subi son camouflet en la reléguant au simple rôle de faire-valoir et d’alibi.

Les salariés risquent donc de perdre une grande part de leur protection : les syndicats seront affaiblis puisque dans les entreprises de moins de 20 salariés le patron pourra négocier avec un employé non élu, ni mandaté et dans celles de 20 à 50, cela pourra se faire avec un élu du personnel non mandaté par un syndicat. En outre, dans les entreprises de plus de 50 salariés, les instances représentatives du personnel (Délégués du personnel, Comité d’Entreprise, Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) seront fusionnées en un seul organisme : le Conseil social et économique (CSE). Cette mesure affaiblira considérablement les syndicats qui n’avaient vraiment pas besoin de cela dans l’état où ils sont. Ils auront beaucoup moins d’élus, moins de moyens légaux, moins de temps, pour militer dans l’entreprise, là où pourtant l’essentiel des mesures sociales vont se décider.

Sans parler, bien évidemment, du plafonnement des indemnités prudhommales. Rappelons que ces indemnités intervenaient quand le patron se mettait en-dehors de la loi pour licencier un travailleur : cette mesure dans les ordonnances sera donc en quelque sorte une « amnistie préventive » d’un employeur qui saura le prix qu’il aura à payer pour licencier illégalement ! Et donc s’organiser financièrement pour le faire.

SOUS COUVERT DE MODERNISATION, UN RETOUR EN ARRIERE SOCIAL

Que pèse la vague allusion sur « le télétravail sécurisé » dans les ordonnances devant la réalité que vivent aujourd’hui des milliers de salariés du monde numérique ? Ce retour au paiement du travail « à la tâche » pourtant interdit par le vrai code du travail est un bond en arrière considérable.

Comme le prouve la lutte menée par les «auto-entrepreneurs » travaillant pour Deliveroo contre le paiement du salaire « à la course » : cette transformation de leur contrat avait comme conséquence la réduction de leur paiement de près de 30%. Cette vision des rapports sociaux à la sauce des grandes entreprises tout comme les start-up du numérique est en réalité celle des maîtres des forges du XIXe siècle… et retrouve une nouvelle jeunesse dans la philosophie des ordonnances de M. Macron.

INEFFICACES POUR L’OBJECTIF AFFICHE

Cet affaiblissement des droits des salariés devraient conduire les employeurs, « libérés » de toute contrainte sociale, à embaucher. Or, personne n’a pu prouver la moindre corrélation entre « rigidité sociale » et chômage. Des exemples prouveraient même le contraire : ainsi, comme le révèle l’excellent mensuel Alternatives Economiques dans son numéro de septembre, l’Allemagne a des mesures bien plus rigides en matière de licenciement et a pourtant moins de chômeurs !

Le Job-Act que Matéo Renzi a infligé en 2014 à l’Italie et dont le cœur du dispositif est l’instauration d’un CDI unique à « protection croissante » permettant aux employeurs de licencier un salarié, même sans cause réelle, en échange d’une indemnité d’une valeur maximale de 24 mensualités, a apparemment fortement inspirée M. Macron.

Or, après un effet d’aubaine essentiellement lié aux aides fiscales qui a fait reculer le chômage d’un point (de 12,5% à 11,5%) en 2015, les choses se sont stabilisées, les créations d’emplois se sont taries… Reste une immense précarisation des salariés frappant essentiellement les plus jeunes.

L’objectif affiché de dynamiser l’emploi est donc loin d’être avéré. On peut donc considérer que ces ordonnances sont avant tout faites pour modifier profondément notre modèle social basé sur la solidarité nationale en réduisant les droits des plus faibles pour renforcer les pouvoirs des plus nantis.

SUPPRIMER DES EMPLOIS AIDES… ET LE CICE ?

Une autre mesure est en train de révolter de nombreuses collectivités locales et associations : la suppression des emplois aidés entre autres les CUI-CAE. Rappelons que le CICE et ses aides fiscales aux entreprises en échange de création d’emplois, a coûté 24 milliards par an à l’Etat. Sans générer de l’emploi. Et pourtant, le gouvernement ne le remet pas en cause.

Les emplois aidés type CUI-CAE sont supprimés car « trop coûteux » et « pas efficaces ». Or, ils ont coûté 3 milliards par an à l’Etat et ont généré des emplois, des expériences pour des jeunes qui ont pu les valoriser ensuite en d’autres lieux. Ils ont également permis de consolider les actions d’associations qui pallient aux défaillances de l’Etat. Encore un exemple des choix faits par le « libéral » Macron…

D’autres mesures sont en gestation : la réforme des retraites, celle de l’allocation chômage, la réforme de l’allocation chômage.

Les arguments utilisés par le président de la République dans son interview à l’hebdomadaire Le Point sont sidérants : les retraités sont considérés comme des « nantis » (à partir de 1.200 euros par mois !) et devraient donc être mis à contribution. Oser dire cela quand parallèlement, on veut supprimer tout un pan de l’impôt sur la fortune (ISF) est plus qu’un abus de langage !

Il est à craindre que toutes les « transformations » à venir aillent dans le même sens pour préserver les grandes richesses supposées être les investisseurs futurs.

PEUT-ON CONTESTER UNE LEGITIMITE DANS LA RUE ?

C’est une des libertés fondamentales qui a coûté de nombreuses vies et de malheurs pour les militantes et militants des droits de l’Homme : le droit de grève, le droit de manifester, le droit d’exprimer son opposition… n’ont pas été accepté de bon gré par les possédants.

Une petite musique dangereuse commence à résonner : M. Macron a été élu, il a donc la légitimité pour appliquer son programme et la rue ne saurait contester cette légitimité (M. de Rugy, président de l’Assemblée nationale).

Mais M. Macron a obtenu moins de 20% des inscrits lors du 1er tour de la présidentielle : on peut donc estimer que c’est à ce niveau que se situe l’adhésion à son « programme ». Le fait que de nombreux électeurs aient voté contre Le Pen au 2e tour, ne légitime pas le projet économique et social du Président et de son gouvernement.

Prétendre que dans ces conditions, il n’est pas légitime de contester ses choix dans la rue est une drôle de manière de considérer la démocratie !

Des syndicats comme la CGT, Solidaires, l’UNEF et d’autres associations appellent à manifester le 12 septembre. C’est non seulement leur droit mais plutôt leur devoir s’ils estiment n’avoir que ce moyen pour s’opposer à des mesures iniques.

A QUOI JOUE FORCE OUVRIERE ?

D’autres font un choix différent. On peut d’ailleurs se demander à quoi joue Force Ouvrière. Vent debout contre la loi El Khomri, souvent plus radicale que la CGT, la centrale de Jean-Claude Mailly semble trouver des attraits aux ordonnances Macron pourtant bien plus dangereuses pour le monde du travail. Par quel mystère ? En tout cas, ce n’est pas bien clair… Même Laurent Berger, de la CFDT, pourtant fervent supporteur de la loi Travail précédente, est plus critique.

Il est clair que ces atermoiements, ces renoncements, ces circonvolutions cérébrales, désarçonnent les salariés. La division syndicale a toujours été un poison pour le monde du travail et pèse négativement sur sa capacité d’action.

Le syndicalisme est en recul. Certes, la CFDT se targue d’être devenu le 1er syndicat dépassant la CGT. Mais elle oublie de dire que cela se fait malgré un recul de son influence : elle se retrouve première uniquement parce que la CGT a reculé plus qu’elle ! Il n’y a donc pas de quoi se réjouir, surtout à un moment où les ordonnances Macron vont affaiblir le syndicalisme dans sa totalité en donnant au patronat la main pour les négociations d’entreprise. Une vraie évolution positive aurait été de renforcer les syndicats, de donner aux Comité d’entreprises plus de droits surtout en matière de licenciement.

Les échéances électorales sont bien trop éloignées pour arrêter la boulimie destructrice du gouvernement. C’est donc au tour de la démocratie sociale de reprendre la main et il est heureux que des syndicats prennent leur responsabilité. Le 12 septembre, ils méritent d’être soutenus. En espérant que l’unité syndicale se construira lors de futures échéances dangereuses pour notre modèle social.

Michel Muller

 

MANIFESTATION LE 12 SEPTEMBRE A MULHOUSE

14 h PLACE DE LA BOURSE

PRESSE REGIONALE : LE CREDIT MUTUEL VEUT FERMER L’IMPRIMERIE DE L’ALSACE

Après le gant de velours, apparaît la main de fer  : la personne chargée de la restructuration de la presse du Crédit Mutuel, (groupe Ebra*), M. Philippe Carli, vient de tenir des réunions dites « informelles » pour annoncer aux syndicats de L’Alsace et des Dernières Nouvelles d’Alsace que le Crédit Mutuel veut fermer l’imprimerie du quotidien mulhousien et confier l’impression du journal aux DNA à Strasbourg.

Ce transfert « rapporterait » 6 millions d’euros sur l’année… Une goutte d’eau à l’échelle des déficits qui devraient, selon la direction, monter à 75 millions, voire 100, dans les prochaines années. Que cette situation ne puisse durer est compréhensible, les syndicats eux-mêmes en conviennent. Mais fermer l’imprimerie mulhousienne aurait deux conséquences extrêmement néfastes et sources de futures difficultés :

  • L’éloignement du lieu de l’impression de plus de 100 kilomètres, obligera les journalistes de L’Alsace à boucler le journal très tôt, beaucoup trop tôt pour coller à l’actualité. On parle de bouclage à 22 h 30 (au mieux !) alors que de nombreuses activités économiques, sociales, politiques, culturelles, sportives se déroulent en soirée et ne pourront être couvertes. Cela est flagrant pour le sport : ainsi, dans de telles conditions, L’Alsace n’aurait jamais pu rendre compte dès le lendemain matin, du match de volley qui a couronné l’ASPTT championne de France féminine! On s’imagine la tête des lecteurs concernés! Mais cela ne semble pas inquiéter la direction de L’Alsace totalement soumise à son actionnaire.
  • La presse alsacienne a une particularité en France que tous les journaux lui envient : plus de 80% de son lectorat sont des abonnés. Qui payent leur abonnement en avance et fournissent aux entreprises une trésorerie confortable. Mais cela a un prix : celui de fournir le journal aux abonnés le plus tôt possible, le matin, et surtout avant que les gens partent au travail. Dans certains lieux, comme dans la région frontalière, le journal est souvent livré dès 5 h le matin… Avec le déplacement de l’impression sur Strasbourg, le temps de livraison du journal s’allonge de près de deux heures, avec des risques de retards fréquents, et aura un coût que la direction refuse de communiquer. Quand les délégués de L’Alsace ont fait part de ce risque au restructurateur, celui-ci a rétorqué que la perte de 2.000 abonnés est un risque qu’il était prêt à assumer…

Mais le plus grave dans ce choix concerne l’avenir de L’Alsace. Pour combler les déficits, la vraie réponse serait de développer le journal, d’enrichir l’offre éditoriale, d’aller au plus près des lecteurs en investissant dans l’information locale… Or, l’unification des contenus avec les Dernière Nouvelles d’Alsace, les agences communes comme cela vient de se faire à Guebwiller ne faisant ainsi plus de distinction entre le journal de Strasbourg et celui de Mulhouse, font apparaître le vrai choix de M. Théry, Président du CIC-Crédit Mutuel : ne faire qu’un seul journal en Alsace en concentrant l’information, en liquidant le peu de pluralisme qui existait encore avec les deux quotidiens.

Car une imprimerie peut aussi être un centre de ressources. Si l’outil industriel de L’Alsace devait disparaître, nous n’aurions plus aucune rotative dans le Haut-Rhin et empêcherait définitivement la création d’autres journaux locaux qui pourraient voir le jour dans l’avenir, comme cela se fait dans d’autres régions françaises.

Les syndicats ont une autre proposition : pourquoi le Crédit Mutuel n’utiliserait-il pas ses machines pour optimiser l’impression des titres de son groupe en mutualisant l’impression. Ainsi, Mulhouse serait bien en mesure d’imprimer des exemplaires de l’Est Républicain (faisant partie du même groupe) qui sont diffusés à Belfort et dans le Pays de Montbéliard et qui doivent actuellement être acheminés de Nancy.

Bref, l’argument d’économies à faire pour résorber un déficit ne tient pas. Il serait d’ailleurs intéressant de voir comment le Crédit Mutuel compte assainir les pertes du groupe dans la région Rhône-Alpes qui semblent supérieures à celles dans l’Est.

banderole mulhouse

La fermeture éventuelle (contre laquelle les syndicats s’élèvent, voir un communiqué ci-après) du centre d’impression de L’Alsace à Mulhouse cache en réalité une volonté du Crédit Mutuel de faire disparaître à terme un des 66 quotidiens que la France connaît encore… contre près de 400 en Allemagne.

MM

* Le groupe Ebra est détenu par la Banque Fédérative du Crédit Mutuel est composé de neuf titres : L’Alsace, Le Bien Public, Le Dauphiné Libéré, les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est Républicain, le Journal de Saône et Loire, Le Progrès, le Républicain Lorrain, Vosges Matin. Ainsi que tous les suppléments.

Il couvre 23 départements et quatre grandes régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne Franche-Comté, Grand Est et Provence Alpes Côte d’Azur). Dans ce bassin de 14 millions d’habitants, il diffuse chaque jour 1 million d’exemplaires touchant 4 millions de lecteurs dans sa version papier et 2 millions dans sa version numérique.

Près de 4.000 salariés oeuvrent quotidiennement. Ils étaient encore 7.000 il y a cinq ans : l’hémorragie des effectifs n’a pas permis de redresser la situation économique, bien au contraire, elle s’est aggravée.

Le groupe Ebra dispose également d’un réseau de distribution maillant tout le territoire : rien qu’en Alsace, il dispose par le biais de deux filiales des journaux régionaux, près de 3.000 porteuses et porteurs dont la revalorisation du travail pourrait être source de produits pour les entreprises.

http://lalterpresse.info/presse-alsacienne-developper-plutot-sacrifier/

COMMUNIQUE

filpac

 COMITÉ DE COORDINATION DES SYNDICATS FILPAC CGT

NON à la FERMETUREdu centre d’impression de Mulhouse

 

Les délégués FILPAC-CGT des DNA et du journal L’Alsace se sont réunis à Mulhouse après l’annonce de M. Carli, chargé pour le Crédit Mutuel de la res­tructuration de la presse alsacienne, du projet de fermeture du centre d’impression de L’Alsace à Mul­house. Unanimement, ils s’opposent fermement à la destruction de leur outil de travail. Ce projet de l’actionnaire est un non-sens économique, tota­lement négatif pour l’avenir des deux quotidiens et bien sûr désastreux socialement.

Si l’objectif du Crédit Mutuel allait à son terme, il ne ferait qu’aggraver la situation économique des entreprises comme le prouve la succession des sup­pressions d’emplois intervenues durant cinq ans dans le groupe de presse (près de 3000 !) qui ont contribué à dégrader encore plus les comptes des quotidiens…

La FILPAC-CGT se positionne, au contraire, sur le terrain du développement des deux journaux, de leur modernisation rédactionnelle et technique, pour mieux répondre aux attentes du lectorat tout en pérénnisant les emplois. Cela passe, entre autre, par la pleine utilisation de tous les outils de production pour dégager des ressources nouvelles.

Les délégués réunis en ce 1er septembre propose­ront aux salariés leur propre projet de développe­ment qui servira de base de mobilisation de l’en­semble des personnels des deux entreprises. Ils ont mis en place des commissions de travail communes aux deux syndicats pour analyser les conséquences dramatiques des objectifs patronaux et élaborer les contrepropositions concrètes que fera l’organisa­tion syndicale.

Ils envisagent également d’informer largement l’opinion publique sur le risque de voir disparaître un des deux derniers quotidiens régionaux ; l’unifor­misation des contenus que le Crédit Mutuel impose depuis des mois aux deux journaux est déjà vécue négativement par le lectorat et a des impacts néga­tifs sur la diffusion.

La FILPAC-CGT appelle à l’unité de tous les syndi­cats pour contraindre le Crédit Mutuel à renoncer à son funeste projet de fermeture d’une imprimerie, première étape d’une restructuration qui conduira à liquider le pluralisme de la presse dans notre région.

Les manifestations du 12 septembre prochain, contre les ordonnances Macron, seront une occasion pour informer l’opinion publique des projets antisociaux que le Crédit Mutuel veut imposer aux salariés de ses entreprises de presse. La FILPAC-CGT appelle les salariés des deux quotidiens à participer mas­sivement aux manifestations pour exprimer leur mécontentement et faire la démonstration de leur volonté d’imposer d’autres solutions.

Mulhouse, le 1er septembre 2017

ATTAC : Débattons, résistons, agissons. C’est le moment !

La semaine dernière, celle du 23 au 27 août, j’étais à l’Université d’été d’Attac à Toulouse, un événement important même si les grands médias en ont peu parlé.
Une université européenne des mouvements sociaux, organisée par Attac France. Le mouvement altermondialiste d’éducation populaire et pour l’action citoyenne aura 20 ans l’année prochaine.

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