Repenser l’Alsace autrement…

L’Initiative Citoyen Alsacienne 2010 lance un « Appel aux élus alsaciens » dont nous publions des extraits. En effet, le gouvernement et sa majorité considèrent que la « réforme territoriale » est entérinée et on ne reviendra plus là-dessus. Il est méritoire que des associations s’élèvent contre cette forme d’oukase que des élus alsaciens semblent à présent accepter contre des « mesurettes » que M. Rottner, jadis opposant farouche du Grand Est, veut mettre en place pour faire passer la réforme… rejetée à près de 90% par les Alsaciens interrogés.

Pour ne pas tomber dans ce qui pourrait être considéré comme un « repli sur soi » (ce qui peut bien exister dans certaines organisations), nous publions ci-dessous une réflexion de Bernard Umbrecht qui permet de pousser la réflexion au-delà des lieux communs et lui donne une vraie hauteur de vue sur les enjeux démocratiques qui se posent dans le cadre d’une société mondialisée qui remet les anciennes structures étatiques chaque jour en cause.

« L’Alsace est actuellement en quête d’une nouvelle manière de s’individuer. Cela s’exprime par une aspiration à un retour à son ancienne existence institutionnelle. Cette région me paraît détenir un potentiel d’expérimentation de cet internation contre le dogme national de l’unicité qui se résume dans le slogan absurde de un peuple, un Etat, une nation, une langue, qui empêche la pleine reconnaissance des langues régionales y compris l’allemand comme langues de France. Cette reconnaissance est une condition nécessaire mais non suffisante. Les langues régionales ne peuvent se résumer – même si ce n’est pas négligeable – à des facilités pour trouver des emplois chez nos voisins. Elles véhiculent aussi des cultures. D’autres chantiers doivent être ouverts si l’on veut éviter une simple restauration du passé pour une continuation de la politique telle qu’elle a été menée par les mêmes jusqu’à présent. La question est : si retour aux anciennes institutions – et pourquoi pas de nouvelles ?– ce serait pour faire quoi ? Au cours d’une récente rencontre, l’on s’est demandé ce qui pourrait mobiliser dans un projet commun, dans une même région, « alsaciens «  et « non-alsaciens », en fait dialectophones et non dialectophones et/ou anciens et nouveaux arrivants ? En déplaçant la focale, on peut trouver des réponses. Dans le fait, par exemple, que nous partageons une même nappe phréatique de plus en plus polluée de nitrates et de pesticides ou dans le fait – autre optique – que nous avons en commun avec nos voisins suisses et du pays de Bade, sur le Rhin, une centrale nucléaire qu’il est temps de fermer. Nous avons en commun avec l’ensemble des habitants de la planète la lutte contre les effets de l’anthropocène. D’autres pistes existent. Nous avons un remarquable modèle de sécurité sociale, hérité de Bismarck, et qui fonctionne bien, à défendre, etc …etc.. . Il serait bon aussi bien sûr pour faciliter les relations avec les autres que les « alsaciens » sortent de leur béate innocence à propos de tout ce qu’il s’est passé dans le siècle écoulé, ils ont à prendre aussi leur part de responsabilité. »

 Bernard Umbrecht

A lire le texte entier sur http://www.lesauterhin.eu/bernard-stiegler-1917-2017-et-apres/

 

Appel aux élus d’Alsace

L’Alsace se trouve à la croisée des chemins. Soit elle disposera à l’avenir des pouvoirs et des moyens lui permettant de définir et de gérer ce qui lui est propre, tout en définissant et gérant avec d’autres ce qui est commun, soit elle disparaîtra dans les oubliettes de l’histoire, alignée qu’elle serait sur l’uniformité jacobine qui se veut d’unir les mêmes et non les différents et qui ce faisant créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque[1].

 Pour définir ce qui est propre à l’Alsace, il faut raisonner, en premier lieu, en termes d’espace. La première identité de l’Alsace est géographique. L’Alsace, ce n‘est pas qu’une extrémité orientale de la France. Elle n’est pas qu’une fin de France, un finistère. Elle est le début de la Mitteleuropa, son extrémité occidentale. Et c’est en premier lieu de sa situation géographique que découlent ses particularismes, ses besoins et ses intérêts propres, qu’il s’agisse en particulier de bilinguisme, de culture, d’économie, de transport ou de transfrontalier. La dimension transfrontalière est dans l’ADN de l’Alsace[2].

(…)

Au moment même où au niveau national l’amitié franco-allemande est proclamée en permanence, l’Alsace peut-elle accomplir son devoir historique et culturel, celui d’être le trait d’union ? Sert-elle de champ d’expérimentation de la coopération franco-allemande au quotidien ? Est-elle un exemple et une référence pour les autres États membres de l’Union européenne en la matière ?

La France n’a jamais conduit en Alsace une politique à la hauteur des enjeux, obsédée qu’elle est par l’égalitarisme et coincée qu’elle est dans son centralisme, et l’Alsace n’a jamais disposé des pouvoirs et des moyens pour le faire.

Pourtant ces particularismes, ces besoins et intérêts propres sont aussi, au travers de l’Alsace, ceux de la France. Qu’aujourd’hui, la France ne l’oublie pas au moment où l’Alsace revendique une nouvelle institution politique.

Tout en opérant des avancées considérables en matière de droits, de libertés et de progrès social, la France n’a jamais entrepris une véritable prise en compte du fait régional, les collectivités territoriales ne constituant, pour le mieux, que des modalités d’organisation administrative, même si des ouvertures ont été obtenues. La chose est bien connue et maintes fois dénoncée, et pas par les moindres, mais jamais vraiment réformée.

 Nous appelons de nos vœux une nouvelle répartition des pouvoirs et des compétences entre l’État et les Régions. Un nouveau pacte devrait intervenir. Ces dernières devraient pouvoir gérer ce qui ne relève pas expressément de l’État, autrement dit, tout ce qui n’est pas régalien. La dualité de l’organisation étatique ainsi créée reposerait et se construirait sur une double loyauté des citoyens : l’une à l’égard de l’État, l’autre à l’égard de la Région. Mais le grand soir du girondisme n’est pas arrivé.

Pour l’heure, L’Alsace demande et nécessite pour exister en tant que telle une institution politique propre bénéficiant de vraies compétences, les unes transférées par l’État, les autres par la Région Grand Est. Les plus importantes, et les plus déterminantes, celles qui correspondent en premier aux particularismes, aux besoins et aux intérêts propres seraient celle de l’économie avec l’attractivité et le tourisme, celle de la gestion de la langue et de la culture régionales (bilinguisme français-allemand standard et dialectal, scolaire et sociétal, formation des enseignants et des communicants, enseignement de l’histoire et de la culture d’Alsace, politique culturelle…), celle aussi de la gestion de la coopération transfrontalière permettant de travailler à hauteur de pouvoir avec nos partenaires du Rhin supérieur.

Au-delà du contenu, il s’agit aussi de donner une structure et un mode gouvernance à la nouvelle institution. L’Alsace est par elle-même une métropole, tant tout y est proche et lié, une métropole qui resterait à instituer et qui fédèrerait les pays qui la composent.

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est à la reconstruction, tant l’Alsace a perdu en substances économique, linguistique, culturelle… ces dernières décennies. Le temps n’est plus aux tergiversations, aux conflits de personne ou aux intérêts partisans. Le temps est à la démocratie[3]. Le temps est à la prise de responsabilité et à l’unité.

[1] Il existe en effet des statuts particuliers en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux Antilles, en Corse, à Paris…

2L’Alsacianitude est une confluence et une synthèse.

3 C’est-à-dire dans ce cas au «  droit et [à] la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part importante des affaires publiques ». cf.  Charte de l’autonomie locale ratifiée par la France le 17 janvier 2007.

 

 

Chasse à courre à Pôle Emploi

Pour démarrer 2018, nous publions deux chroniques de Dédé Barnoin qui sont dans l’air du temps… Pour en lire plus, rendez-vous sur son blog.

Pour celles et ceux qui ne se tiendraient pas au courant de l’actualité, et ils ont des excuses, car nous sommes entrés dans le viaduc qui conduit des réjouissances de Noël aux festivités de la Nouvelle Année, ( quoique la culture de l’excuse, hein ? ), je m’en vais vous conter une petite anecdote qui est arrivée à un chômeur privé d’emploi toucheur de subventions en pleine villégiature dans les bois de Bonneuil-En-Valois…

Alors que ce profiteur de la manne publique se prélassait en broutant du gui et en se gavant de houx en veux-tu en Valois, un fier équipage de traqueurs de fainéants vint à passer par là…

Superbes dans leur costume traditionnel, veste sable à boutons d’or, pantalon de gueules, coiffés de la bombe de même et harnachés de leur gibecière à ordonnances, ils patrouillaient à la recherche de ces parasites qui mettent en danger tout le bel ordonnancement de notre société si civilisée, si policée, si douce aux faibles et aux laborieux, pourvu qu’ils enlèvent leur casquette quand sonne la trompe à vilains et que claquent les sabots des chevaux surmontés d’un gyrophare…

Or donc, pendant la trêve des confiseurs, le chef d’équipage Gattaz, Pierre pour les dames, fine mouche s’il en fût, se doutait bien que quelque part, dans quelque fourré juridique bien camouflé sous les épines de l’aide juridictionnelle, un oisif ennemi de la société se la coulait douce en ricanant de la naïveté de ses semblables qui se saignaient aux quatre veines pour lui offrir à lui, Feignasse Cerf ( ou Serf, selon les époques ), des vacances aux Bahamas et des promenades insolentes dans les bois autour de son Agence Pôle Emploi d’attache…

D’un impérieux coup de cor, Gattaz Pierre convoqua son chef de meute Macron, dit Jupiter, qui sauta illico dans son pantalon de gueules et, droit dans ses bottes, courut fissa à son destrier de parade, entraînant à sa suite Muriel, la Diane Chasseresse titulaire actuelle du Ministère de la Chasse aux Fainéants et aux Assistés.

Déjà, dans la cour de l’Elysée éclairée aux flambeaux par les secrétaires particuliers et les stagiaires surnuméraires réveillés en sursaut, Jehan Bassère, maître-chien à la longue expérience, tenait à bout de laisse la meute hurlante de ses limiers impatients d’en découdre avec la méchante bête brouteuse de subventions publiques…

Je ne raconterai pas la longue chevauchée de l’héroïque phalange à travers le maquis législatif peuplé de zadistes sournois et de bergers rebelles à toute objurgation, aidés dans leur entreprise maléfique par des cégétistes obtus, des militants associatifs procéduriers et des opposants à toute forme de retour aux temps bénis de la chandelle de suif pour les manants et de la bougie de cire pour les personnes qui comptent dans la société…

Voilà donc notre troupe battant les fourrés dans la cambrousse, ce lieu incertain et dangereux dont le principal mérite est de fournir des sauts d’obstacle à la bonne société, et accessoirement de cadre de vie à la population ordinaire quand il y reste un bureau de poste en état de marche et une maternité pas encore fermée…

Mais voilà que les chiens donnent tous les signes d’une grande excitation : Pas de doute, ils ont senti la présence du fraudeur, du parasite, du mauvais exemple à ne pas suivre et à radier d’urgence : le Chômeur de Longue Durée !

Aussitôt, la traque s’organise : maître Bassère déboucle, et ses contrôleurs assermentés se précipitent en rugissant sur les pièces justificatives, les attestations, les décomptes, les agendas, les curriculum vitae rédigés à 160 exemplaires et expédiés en vain à des employeurs potentiels, putatifs et dubitatifs noyés sous les candidatures spontanées, eux-mêmes à la recherche éventuelle de postes de travail à créer afin de la faire fléchir un peu, cette sacrée courbe qui se hausse du col et refuse un tant soit peu de faire plaisir aux annonceurs de bonnes nouvelles anticipées, histoire de maintenir un semblant de popularité à ceux qui se risquent à prendre les manettes des affaires publiques…

A force de reniflages, de farfouillages et de recoupages, voilà que la bête tapie non loin dans un épais buisson de règlements contradictoires, se met à suer d’angoisse et émet ses effluves à portée de truffe des enquêteurs spécialement sélectionnés pour leur savoir-flaire…

Aussitôt, c’est le grand branle-bas, c’est le tumulte, c’est la chasse à cor et à cris, c’est le chômeur dix cors qui jaillit des fourrés, talonné de près par les limiers lancés à ses trousses, courant, haletant, affolé par les trompes de la renommée qui répètent à l’envi son nom et son matricule à tous les échos…

Déjà les banquiers se frottent les mains et réservent leur part de sa dépouille sous forme de frais augmentés d’agios arrosés d’interdictions diverses et de saisies conservatoires à partager fifty-fifty avec les huissiers, les loueurs de bosquets changent les serrures en prévision de son expulsion, les opérateurs téléphoniques lui coupent la chique avant qu’il n’explose son forfait…

Le voilà fait, le brigand, le gibier de potence, qui fuit à travers les friches industrielles où autrefois le travail poussait à foison, et où ne reste plus que de maigres carrés de start-up maintenues en vie au goutte-à-goutte des subventions filtrées à travers des tonnes de paperasses exsudant l’encre antipathique et la sueur bureaucratique…

En traversant le marché du travail installé sur le carreau de l’usine envolée Dieu sait où, il ne jette même pas un regard sur les stands d’annonces d’aides à domicile pour personnezagées, de vendeurs-démonstrateurs-réparateurs d’objets en panne avant d’être mis en service, de serveurs de fast-food gastronomiques, de pondeur d’appels téléphoniques en batterie ou de contrôleurs de surveillants de vigiles gardiens d’agents de sécurité, métier pourtant en pleine expansion en cette époque bénie de bienveillance de tous contre tous…

Ah, le sacripant ! Ah l’ingrat ! Au lieu de ralentir puis de s’arrêter, comme l’y enjoint la Ministre de la Chasse aux Chômeurs et aux Assistés qui s’époumone dans son cor de chasse à gyrophare, puis de fléchir le jarret afin de recevoir le coup de stylet à radiation porté par Jehan Bassère le préposé idoine, le voilà qui se met en tête de sauter la barrière des convenances et de se réfugier dans la cour de l’Agence Pôle Emploi de son village, seul service public en voie d’extension, y semant l’embarras et la confusion parmi le petit personnel qui ne sait plus à quel saint se vouer :

Prêtera-t-il main forte à son chef légitime en tenant ferme le récalcitrant par les sabots, comme le prévoit le règlement intérieur de la Maison, ou se laissera-t-il aller à son bon sens naturel, qui lui dit que le métier d’aide aux chômeurs consiste à aider les chômeurs, et pas à leur pourrir la vie sur ordre ?

Ici s’arrête mon histoire.

La suite, vous la connaissez par les journaux. Je vous renvoie à la video qui circule sur les réseaux sociaux et qui illustre cet aimable moment de convivialité dans la campagne française au début du XXI ème siècle, et qui laisse M. Hulot pantelant, à moitié étouffé par une couleuvre plus grosse que les autres….

Je soulignerai tout au plus que vous ne reconnaîtrez ni M. Gattaz, ni M. Macron, ni Mme Pénicaud, ni M. Bassère sur les images, car ils ont gardé leur masque pour faire croire qu’ils n’ont rien à voir avec ce monde faisandé et plein de morgue.

Vous ne reconnaîtrez pas non plus Feignasse Cerf (ou Serf ) qui a gardé son apparence de fier dix-cors et qui a eu la chance inouïe d’échapper au massacre d’une bande organisée grâce au courage et au sens de l’humanité d’une communauté villageoise qui sait ce que la vie en société et le respect dû aux êtres vivants veut dire.

Et aussi un peu grâce à internet que d’aucuns aimeraient bien faire rentrer dans le rang.

Bonne Année 2018, en espérant qu’elle soit un peu moins désespérante que la précédente…

Si cette histoire vous a plu, n’hésitez pas à la propager, elle ne contient pas de virus, sauf celui de l’insolence,

Ce qui ne fait pas forcément du mal en cette période de soumission généralisée,

Surtout de la part de celles et ceux dont c’est le métier de dire et proclamer que le Roi est nu,

Surtout quand il est nu…

Et ce n’est pas madame Lucet qui dira le contraire…

 

“ Bonne Année, Emmanuel ! “

Vous connaissez sans doute la fable de La Fontaine intitulée “Les Grenouilles qui demandent un roi “ ? Non  ?

Ca m’étonnerait que parmi celles et ceux qui ont voté la dernière fois, beaucoup de gens la connaissent, sinon notre bon Emmanuel ne serait pas là où il est…

Vous me direz, moi aussi j’ai fini par voter pour lui à reculons parce que la fifille à son père le Blond, non vraiment ce n’était pas possible, et rester à la maison sans donner mon avis, ce n’est pas mon genre. Alors bien fait pour ma gueule.

Et puis voilà. A force de réclamer un qui connaît la musique, un qui en a, un qui se les bouge, un qui n’a pas froid aux yeux, on a fini par l’avoir…Celui-là a un appétit de jeune homme, une vue perçante, un cerveau boosté aux nanoparticules et ne dort jamais.

Vous allez voir qu’en 5 ans, il va réussir à boucler tout ce que les autres bûches n’ont pas été foutues de faire depuis l’abdication du Général : défaire fissa ce qui avait été mis en place à la Libération et qui avait empêché de dormir des générations de patrons du patronat : la sécu, la retraite, les congés payés, tout ça, augmentés au fil des années des Comités d’Entreprise, des Comités d’Hygiène et de Sécurité, du SMIC, de la RTT, des 35 heures, toutes ces choses qui empêchent l’entrepreneur d’entreprendre le cœur léger et le portefeuille bien lesté…

Vous me direz que ça n’avait pas empêché la France de devenir la cinquième puissance mondiale et de s’y maintenir jusqu’à ces derniers mois, malgré sa population riquiqui et son niveau scolaire qui baisse depuis Charlemagne… Vous me direz que ça n’a pas empêché les millionnaires de devenir milliardaires… Mais ces manants qui prétendaient singer les habitudes de la haute société, ces foules hébétées défilant avec leur cornet de glace devant nos yachts à l’heure de l’apéritif, ou se prenant pour des stars en dévalant les pistes de leur station familiale, non vraiment ça n’était plus possible…

Et dire que pendant ce temps là l’ouvrier japonais, puis le coréen puis le chinois et maintenant l’éthiopien se défoncent 17 heures par jour en échange d’un bol de riz quotidien pour fabriquer nos sacs Vuitton et nos vêtements de marque ! Non mais je t’en foutrai, des 35 heures et des 6 semaines de congé payé ! Le mot “compétitif” n’a pas été forgé en vain, en voilà un néologisme qui vaut son pesant de lingots d’or !

Heureusement Emmanuel vint, et le pays respira ! Enfin, un Code du Travail allégé ! Enfin, un qui ose dire leur fait aux manants et aux vilains qui l’ont trop longtemps ramené et qui ont enfin compris que défiler dans la rue ne sert à rien quand le châtelain leur tient la dragée haute ! Aussitôt, les effectifs de la CGT fondent, paraît-il, comme neige au soleil, c’est ça qui va remettre du beurre dans les épinards de la ménagère monoparentale de plus ou moins 50 ans !

Enfin, un Président pas fier qui téléphone à son pote Hanouna le jour de son anniversaire ! Voilà qui doit ravir M. Finkielkraut et toute la théorie des hommes (et femmes, on l’oublie trop vite !) en vert qui frétillent d’aise depuis l’élection du jeune prodige !

Quel dommage que notre bon Jean d’O n’ait pas vécu ça ! Il nous en aurait fait devant les caméras une pirouette drolatique dont il avait le secret pour rajuster sa cravate quand son image ne collait plus tout-à-fait avec son personnage…Vous me direz que M. Hulot est en train de reprendre le rôle, mais en moins primesautier, je trouve…

Finalement, c’était une riche idée cette idée de milliardaires, d’acheter tous les médias et d’étrangler ou couler ceux qui ne se laissent pas faire !

En 20 ans, une fois débarrassés de tous les vieux briscards (sauf une ou deux  vieilles mules qui s’accrochent ), qui croyaient que leur métier consistait à parler des sujets qui fâchent les puissants et les malfaisants, le paysage médiatique est devenu un lieu paisible où il faut mettre un peu d’agacerie hanounesque pour que le bon peuple ne sombre dans une profonde léthargie entre deux matches de foot et deux funérailles nationales de vieux rockers, ce qui n’est pas bon pour la productivité et nuit à la compétitivité de nos comptes en banque bien garnis, jamais assez garnis, vous avez compris bande de salarié(e)s en Contrats à Durée Déterminée Indéterminés de projets jamais loin de la porte de Pôle Emploi ?

“Je ne suis par le Père Noël “ avait été son slogan de campagne… Pour une fois, nous avons un Président qui dit ce qu’il fait, et qui fait ce qu’il dit… Je ne sais pas si mes concitoyen(ne)s ont apprécié ce qu’ils ont trouvé dans leur sabot le matin de Noël, en matière d’augmentation de coups de bambou et de diminution de sucreries, mais je crois qu’on peut dire que notre premier magistrat tient plus du Père Fouettard que du Père Noël…

Mais puisqu’il l’avait promis, où est le problème ? Ne sommes-nous pas en démocratie, et le peuple souverain n’a-t-il pas le droit de se voter des coups de martinet, si son derrière le réclame ?

            Donc, Emmanuel, notre nouveau capitaine, non de pédalo, mais de porte-avions à turbo-réaction, il ne me reste plus, avec l’ensemble du peuple  qu’à vous souhaiter, en compagnie du Bouffon Hanouna à vous gracieusement prêté par Bolloré en guise de cadeau d’anniversaire, une Bonne Année 2018 pleine de rapines, d’évasions fiscales, de reculs sociaux et de chasses à courre le Chômeur, l’Etranger et le Militant syndicalo-associatif ringard et passéiste…

Ce vestige des trente glorieuses qui se croit autorisé à prolonger le rêve des lendemains qui chantent et qui ne trouve à s’occuper que de tentes sur les quais du Canal st Martin, de distribution de nourritures récupérées en fin de marché et de serrures forcées pout mettre à l’abri des femmes et des enfants dans des appartements gardés vides pour ne pas faire baisser les loyers, toutes activités misérabilistes et peu porteuses de plus-values pour notre portefeuille…

Tous ces sous-produits de l’humanité non comptabilisés au bilan de la start-up France, Marque Déposée et Certifiée par la Grâce de l’Académie Françoise, cette vieille dame qui a retrouvé une nouvelle jeunesse en croyant entendre Richelieu renouveler ses lettres patentes, alors que ce n’était que Finkielkraut qui bramait à la cantonade dans un cornet acoustique à l’attention  de ses camarades de fauteuil, son dépit d’avoir été éconduit d’une Assemblée Générale de Nuit debout…

Bonne Année,donc, mister Président, profitez bien de la stupéfaction des foules ébaubies par votre désinvolture de fils à maman, comme celle de  ces cantonniers qui se faisaient insulter par des fils à papa juchés dans leur topolino, juste avant qu’elle tombe en panne sèche à portée de leurs pelles vengeresses…

Les « Vitelloni », le film culte de Fellini, les « Vitelloni », les veaux élevés sous la mère, vous vous souvenez, Président ?

 

 

Etats généraux des migrations…Vite!

Quelques 500 tracts distribués rapidement devant la gare de Mulhouse ce 18 décembre, journée mondiale des migrants. 

 Symbolique, oui…mais pas que….

 Les milliers d’enfants, de femmes et d’hommes accablés.e.s par les violences, les dangers de mort sur les routes de l’exil, ne laissent plus indifférents une opinion publique recrue  de mensonges, de phantasmes, de calculs électoraux de politiciens minables, de désinformation.

 Le mépris des droits humains, la criminalisation des bénévoles, les financements de camps de tri en Libye, l’abandon de milliers de mineurs totalement isolés aux hasards et dangers de la rue, interrogent de plus en plus une opinion publique qui évolue rapidement sur ces sujets, qui comprend la réalité des drames et l’indigence des politiques publiques proposées – en France notamment.

 500 associations et collectifs nationaux voulaient d’abord affirmer ce 18 décembre que ces politiques de chasse au migrant, de violation des droits humains élémentaires ne sont pas conduites en notre nom.

 La France de l’accueil s’est mise en mouvement par ses mobilisations de citoyens solidaires et responsables, eux…

Les dispositifs les plus répressifs

 Mais ce gouvernement, celui de Monsieur Macron, prépare un projet de loi qui durcit encore les conditions d’accueil des migrants; il invente des dispositifs qu’aucun gouvernement n’avait encore osé imaginer (éloignement vers des pays de transit, refoulement pur et simple à la frontière franco – italienne, dispositif de renvoi massif de sans – papiers mais aussi de demandeurs d’asile, contrôles policiers jusque dans les centres d’hébergement sociaux ou d’abri d’urgence, redéfinition de la notion de pays sûrs, réinvention des centres d’assignation à résidence à proximité des aéroports, mobilisation de dispositions  issues du dispositif anti – terroriste pour se dispenser du contrôle judiciaire tels les contrôles au faciès, les zones de contrôles frontaliers élargies…).

 Outre que nombre de ces dispositions sont en contradiction avec des dispositions légales nationales et européennes, avec nombre de conventions internationales signées par la France, elles sont présentées par le locataire de l’Elysée comme un dispositif rationnel, équilibré humain… »efficace » en somme.

 En fait il s’agit désormais de sous – traiter la demande d’asile, ses garanties légales nationales et européennes,  ses principes fondateurs même, à des pays tiers (Turquie comme référence et Tunisie, Maroc, Algérie, Niger, Mali sans doute demain).

Le distinguo entre « demandeurs d’asile » et « migrants économiques » cher à Emmanuel Macron ne cache même plus la réalité de politique de renvoi systématique des uns comme des autres.

Le mur législatif : une terrible régression

Carine Fouteau, dans un article repris par « Mediapart » évoque à juste titre le « mur législatif » construit par le Ministre de l’Intérieur.

Le Défenseur des droits observe par ailleurs que le dispositif de renvoi touche particulièrement les étrangers malades et cite l’éloignement de personnes dont les pathologies ne peuvent pas être traitées dans leur pays d’origine; il souligne « la régression particulièrement terrible et une atteinte au droit fondamental le plus essentiel, le droit à la vie ».

Plus d’un an après la destruction de la jungle de Calais, des experts de l’O.N.U viennent de rappeler à la France la nécessité d’octroyer de l’eau potable aux migrants, de cesser la maltraitance organisée à leur encontre.

La question est désormais de savoir jusqu’où ira ce Président pour, « en même temps » expulser, interdire, oublier nombre d’engagements internationaux de la France, imposer aux pays d’origine récalcitrants, notamment africains, des réadmissions de leurs nationaux, par ce qu’il faut bien nommer un chantage aux aides financières publiques au développement et « en même temps » cacher la réalité de sa politique qui semble désormais ébranler quelques certitudes dans les rangs même de sa majorité.

En Alsace comme ailleurs le  processus national de rencontres, débats, mobilisations est désormais  lancé, avec l’ensemble des personnes impliquées aux côtés des migrant.e.s pour élaborer des propositions, une politique alternative au niveau national comme au niveau européen, les Etats généraux des migrations.

 Il faut le rejoindre…

 C.R