Brigitte Klinkert: Nous construisons une Collectivité territoriale à statut particulier !

Madame Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin depuis le 1er septembre 2017 en remplacement d’Eric Straumann. Elle nous a reçus il y a quelques jours dans ses bureaux pour un entretien exclusif durant lequel nous avons pu aborder toutes les questions que nous souhaitions lui poser. Souriante, détendue, elle nous a livré des réflexions et analyses qui laissent apparaître une détermination sans faille pour défendre l’existence et l’action des départements au sein d’une région Alsace dotée d’un statut particulier qu’elle nous détaille. Des problèmes aigus dans le département sont également traités : le RSA Bénévolat, Stocamine, Fessenheim, l’avenir de la presse régionale… A vous de juger !

L’Alterpresse : Vous avez récemment exprimé votre avis sur la réforme territoriale en regrettant que l’Alsace ait disparu de la carte institutionnelle. Avec M. Frédéric Bierry, vous avez rencontré Le Premier Ministre ainsi que M. Gérard Larcher, pour leur présenter un projet qui vise à « rendre à l’Alsace une existence politique et institutionnelle ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Brigitte Klinkert : Notre démarche est soutenue par la majorité des parlementaires alsaciens aujourd’hui. On se rend compte qu’il faut à nouveau renforcer l’Alsace dans le Grand Est. Celui-ci est beaucoup trop grand et il n’y a pas vraiment de cohérence dans cette grande région.

Avec Frédéric Bierry, président du Bas-Rhin, dans le cadre qui nous a été défini par M. le président de la République, c’est-à-dire dans le cadre du Grand Est…

L’Alterpresse : … donc pas de sortie du Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Même si l’idéal aurait été de sortir du Grand Est, le président de la République nous a dit que cela n’était pas possible. Il faut savoir qu’au plus haut niveau, ils se rendent bien compte du souci posé par la grande région mais détricoter le Grand Est amènerait d’autres problèmes au sein de cette nouvelle région sans l’Alsace et puis d’autres problèmes dans d‘autres nouvelles régions, du côté de la Savoie, du Pays Basque…

Fusion des deux assemblées, pas des départements

On nous a dit d’accord pour expérimenter quelque chose mais dans le cadre du Grand Est. Il s’agit d’un projet d’une Collectivité territoriale à statut particulier sur lequel nous travaillons. Cela signifie que les deux assemblées départementales du Haut-Rhin et du Bas-Rhin pourraient fusionner, je dis bien les deux assemblées et pas les départements, mais à une seule condition : d’avoir en plus des compétences actuelles, des compétences fortes qui nous seraient déléguées d’une part par la Région et d’autre part par l’Etat.

Alors pourquoi seulement à cette condition ? Si nous voulons créer une Collectivité territoriale à statut particulier Alsace, c’est pour que ce soit une collectivité efficace politiquement, forte, et nous souhaitons également nous inscrire dans une dynamique européenne, celle de l’espace rhénan.

C’est un projet d’innovation territoriale, d’expérimentation, d’efficacité, et un projet pleinement européen.

Nous avons une chance extraordinaire d’avoir le Bade Württemberg et la Suisse du Nord Est (et notamment l’agglomération de Bâle) comme voisins. Ce sont des régions économiquement les plus prospères en Europe et nous souhaitons travailler avec elles. Nous expliquons à nos contacts parisiens que c’est une chance pour l’Alsace de s’ouvrir plus vers ces territoires et que nous y gagnerons en dynamisme économique. Et si l’Alsace y gagne, la France aussi y gagnera.

Une Collectivité avec des compétences nouvelles

Ce projet, innovant, consiste à demander à la Région deux compétences. Nous aurions pu en demander beaucoup plus, mais nous avons retenu d’une part le tourisme, car c’est l’Alsace qu’il faut vendre et pas le Grand Est. Et deuxième compétence forte, c’est l’économie. Parce que tous les jours la présidente du Conseil départemental que je suis, fait de l’économie, et donc de l’emploi, mais qu’en vertu de la Loi Notre, nous n’avons plus le droit d’en faire. Je constate aussi que si on veut créer de l’emploi, redynamiser l’économie dans le territoire haut-rhinois, cela demande un fort investissement d’une collectivité de proximité dans le domaine de l’économie. Je pourrais vous citer des dizaines d’exemples confirmant cette analyse.

A l’Etat, nous demandons les compétences des routes. Nous avons déjà en charge les routes départementales, mais ce que nous demandons ce sont également les routes nationales et les autoroutes non concédées. Parce que nous savons faire et cela nous permettrait de mettre en place, sur l’axe nord-sud, une écotaxe puisque nous avons encore les portiques. Je l’ai dit au Président Macron lors du déjeuner de travail que nous avions à Soultz, en présence du président allemand, lors de l’inauguration du Hartmannswillerkopf.

Je lui ai dit que nous devons avoir cet axe nord-sud parmi nos responsabilités,  car sur cette autoroute, défilent des murs de camions et cela justifie la mise en place de cette écotaxe.

Deuxième compétence transférée de l’Etat : la coopération transfrontalière. Bien sûr l’Etat devra toujours ratifier les décisions que nous prendrions avec nos voisins mais nous devons avoir plus de latitude pour travailleur avec eux. Il y a une demande de la part de nos voisins suisses et allemands pour développer notre travail ensemble.

L’enseignement allemand et le recrutement de professeurs

Troisième compétence : l’enseignement bilangue, pas seulement le bilinguisme, même si c’est avant tout le bilinguisme, mais je dirais le multilinguisme. Aujourd’hui on se rend compte qu’il y a des entreprises en Alsace, d’origine allemande, qui ont beaucoup de mal à recruter des salariés car elles leur demandent de parler quelques mots d’allemand et malheureusement ils ne le savent pas. Nous en sommes, nous département, à faire l’interface avec les entreprises allemandes qui veulent s’implanter chez nous ou même des entreprises qui se trouvent juste de l’autre côté du Rhin, je pense à Europapark qui cherche à embaucher des salariés mais en leur demandant quelques mots d’allemands, eh bien, nous sommes en train de négocier avec ces entreprises pour voir comment elles peuvent prendre en charge l’enseignement  de l’allemand auprès de leurs futurs salariés, quitte à ce que nous les accompagnons ou que nous prenions totalement cet enseignement en charge.

L’Alterpresse : Un des obstacles sur ce point est souvent l’absence ou les difficultés de trouver des enseignants….

Brigitte Klinkert : Justement, les deux départements et la Région, sont liés avec l’Education Nationale dans le cadre d’une convention triennale avec le Rectorat, convention dans laquelle nous mettons chacun 1 million d’euro pour notamment favoriser les jeunes qui souhaitent devenir profs d’allemand. Ils touchent un plus s’ils acceptent d’être prof d’allemand et nous avons pourtant du mal à en recruter. Je suis quelqu’un de très pragmatique : j’ai abordé aussi cette question avec les deux Présidents de la République lors du déjeuner à Soultz, je leur ai demandé, il s’agit d’un exemple parmi d’autres, pourquoi ne pas envisager de faire venir en Alsace, dans les collèges, puisque cela relève de nos compétence, des étudiants allemands en fin de cycle, pendant six mois ou une année scolaire, pour donner des cours au moins de conversation en allemand à nos jeunes et surtout de leur donner envie d’apprendre l’allemand. Le problème est aussi celui-là car l’allemand est présenté comme difficile, ce n’est pas une langue assez « exotique »…

Une autre piste qui me tient à cœur : le fait de favoriser, et nous y travaillons,  les échanges entre les jeunes collégiens haut-rhinois et ceux qui sont juste au-delà de la frontière du Rhin, pas à Munich ou Berlin, pour qu’ils puissent se voir plusieurs fois dans l’année, qu’ils se fassent des copains et que là aussi ils aient envie d’apprendre la langue.

Voilà nos demandes, nous avons déjà pris tous les contacts qu’il faut pour travailler le dossier sous son aspect juridique pour que le moment venu, et si nous obtenons ces compétences, nous puissions mettre en place cette Collectivité territoriale à statut particulier Alsace.

Les initiatives transfrontalières au sein du Traité de l’Elysée…

L’Alterpresse : Nous fêtons le Traité de l’Elysée signé en 1953 et il est envisagé d’en rédiger un nouveau. Le travail transfrontalier ne devrait-il pas trouver sa place dans cette nouvelle mouture ?

Brigitte Klinkert : Je peux vous dire que c’est le cas et lors de ce fameux déjeuner à Soultz, le Président Macron l’a évoqué. Nous avons déjà toute une série de propositions dont la plupart ont déjà été travaillées avec nos voisins, nous avons des projets à intégrer dans cette nouvelle résolution qui complètera le Traité prochainement.

L’Alterpresse : Un exemple concret de projet ?

Brigitte Klinkert : La liaison ferroviaire Colmar-Fribourg en Brisgau.

L’Alterpresse : Verra-t-on la fin de cette aberration que représente l’absence de transport ferroviaire entre ces deux villes voisines ?

Brigitte Klinkert : Très franchement je suis optimiste, tous les feux sont au vert, il y a une volonté de l’Etat, du président  Macron en particulier, de l’Etat allemand également, l’Union Européenne pourrait s’engager sur ce dossier et au niveau local, les principaux acteurs sont favorables à ce projet et sont prêts à le porter. C’est un projet qui ne consiste pas uniquement à relier par le train Colmar, Breisach  et Fribourg, mais il y a aussi les territoires entre Colmar et Fribourg qui seraient irrigués et comme nous parlons beaucoup de Fessenheim, les territoires le long du Rhin. C’est ce que j’ai expliqué au Ministre Le Cornu la semaine dernière : si nous voulons recréer une zone d’activité importante le long du Rhin, il faut aussi prévoir les transports et si possible, le transport ferroviaire. C’est un projet structurant.

L’Alterpresse : Pour revenir quelque peu sur l’apprentissage de la langue allemande, il y a une attractivité de l’Allemagne sur le plan économique par exemple, mais beaucoup moins en sa culture. Ne croyez-vous pas qu’il faudrait également penser à des investissements entre autres dans les activités culturelles ?

Brigitte Klinkert : C’est pour cela aussi que déjà dans un premier temps on souhaite une meilleure connaissance de l’autre. Et si on connaît mieux son voisin, obligatoirement on s’intéressera à son mode de vie, sa culture. Je suis présidente de l’association des Dominicains de Haute-Alsace à Guebwiller et au cours de l’année scolaire passée, nous avons mené à bien un beau projet culturel initié entre une classe d’un collège du département et une autre de Breisach, dans le cadre duquel les collégiens alsaciens et allemands étaient les acteurs. Nous avons envie d’entrer dans les collèges haut-rhinois pour y développer l’enjeu citoyen mais également la culture, notamment cette culture rhénane qui est celle de notre territoire.

L’Alterpresse : Donc sur cette reforme territoriale, l’objectif est de recréer une Collectivité en fusionnant les assemblées départementales mais pas les départements et en demandant des compétences nouvelles aujourd’hui assumées par soit la Région, soit l’Etat…

Brigitte Klinkert : Je tiens à préciser que fusionner les assemblées juste en l’état n’a aucun sens car on souhaite donner une vraie efficacité politique à cette nouvelle collectivité…

L’Alterpresse : Il ne s’agit pas d’un bricolage institutionnel…

Brigitte Klinkert : Non, non…

L’Alterpresse : Est-ce que votre projet est compatible avec ce que veut créer Jean Rottner au sein de la région Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Je ne sas pas exactement ce que Jean Rottner veut faire… Je n’ai pas suivi cela… Mais nous sommes en négociation avec lui.

Le financement de la Collectivité territoriale

L’Alterpresse : Une dimension nouvelle pour notre région Alsace mais dans quelle mesure aurez-vous les moyens financiers pour assurer ces nouvelles compétences ?

Brigitte Klinkert : Le département ne tire plus ses ressources des impôts locaux depuis quelques années. Evidemment, transfert de compétences veut dire transférer des moyens pour les assumer. La mise en place de l’écotaxe sera également une entrée financière substantielle pour cette Collectivité.

L’Alterpresse : Pas de nouveaux impôts en vue ?

Brigitte Klinkert : Non, nous ne sommes pas dans ce registre. Quand je suis arrivée à la tête du Département, j’ai proposé à mes collègues, qui sont dans le même état d’esprit, un pacte budgétaire qui exclut le recours à l’impôt, cela serait juste impossible à réaliser.

L’Alterpresse : Avez-vous des assurances de la part de la Région et de l’Etat d’obtenir les moyens financiers liés aux nouvelles compétences que vous devrez assumer ?

Brigitte Klinkert : Elément important. Ce que nous demandons avec Frédéric Bierry, c’est que ce soit la loi qui mette cette Collectivité en place, sans ambigüité et qu’on ne puisse pas, en cas de changement de président de Région par exemple, revenir sur cette création…

L’Alterpresse : Et les engagements financiers seront également définis par la loi…

Brigitte Klinkert : Oui. Très franchement, nous en sommes au projet et je dois voir Frédéric Bierry ces jours-ci pour voir comment avancer.

L’Alterpresse : Revenons à l’actualité immédiate. Nous avons vu votre budget et avons été frappé que vous ayez pu dégager ces deux dernières années, 104 millions d’euros pour le remboursement de la dette. Cela fait près de 20% des dépenses d’activité… N’aurait-il pas été plus efficace de les affecter ailleurs, par exemple aux investissements qui ne sont que d’environ 76 millions d’euros ?

Brigitte Klinkert : Il faut savoir qu’un gros travail a été réalisé pour réaliser des économies de fonctionnement et il faut saluer le travail fait par Eric Straumann dans ce domaine. Aujourd’hui, nous avons toujours des contraintes budgétaires mais avec mes collègues et dans la mesure de nos possibilités, nous souhaitons clairement faire des investissements plus importants. Car c’est ainsi qu’on peut redynamiser l’économie : si les départements veulent continuer à garder leur place (et aujourd’hui on se rend compte justement du fait des grandes régions que les départements ont toute leur place, que ce sont des collectivités de proximité irremplaçables qui ne sont pas remises en question clairement aujourd’hui), il faut donc qu’ils répondent présents en matière d’investissements.

Par ailleurs, nous allons continuer à faire des économies notamment de fonctionnement.

« Je suis pour l’équité territoriale »

L’Alterpresse : Le département a fort à faire pour répondre aux défis de développement dans toute la Sud Alsace… Avec ce que Mulhouse est en train de vivre actuellement…

Brigitte Klinkert : Absolument et avec tout ce qui va se passer aussi dans le secteur des 3 Frontières, dans le secteur de Fessenheim, il y  a là de beaux enjeux.

 

L’Alterpresse : Que pensez-vous de la place que prennent de plus les métropoles. N’y a-t-il pas là une concurrence avec les départements qui  est en train de s’affirmer… L’Eurométropole de Strasbourg donne un peu cette impression…

Brigitte Klinkert : Il ne faut jamais oublier que les élus des départements, plus que d’être proches des territoires, en sont issus. Je dis toujours que les conseillers départementaux ont de la boue à leurs souliers, on les connaît, ce sont eux, avec les maires, qu’on va voir quand il y a des problèmes…

Je suis une ardente défenseuse de l’équité territoriale : j’y veille dans le Haut-Rhin entre autres entre les trois principales villes, Colmar, Mulhouse, Saint-Louis et les autres territoires. Cela est du rôle du Conseil départemental. Comme vous évoquiez Strasbourg, une étude récemment faite par France Stratégie* démontre que ce n’est pas la métropole de Strasbourg qui dynamise les territoires du département, mais que ce sont bien les territoires du département qui portent le dynamisme vers Strasbourg.

Troisième élément de réponse : l’eurométropole de Strasbourg n’est pas destinée à suivre le modèle lyonnais cela a été clairement affirmé.

L’Alterpresse : Dans votre budget, on voit apparaître le peu de moyens affectés à la question économique et on comprend pourquoi puisque cela est du domaine de la Région. Le budget fait plus apparaître vos interventions sur les conséquences économiques, comme si vous étiez les « pompiers de service » pour réparer les dégâts… Peut-on imaginer que vous soyez plus à l’initiative avec la nouvelle Collectivité ?

Brigitte Klinkert : Aujourd’hui, j’ai passé ma matinée à faire de l’économie. Je n’ai pas le droit d’en faire selon la loi Notre, mais depuis que je suis présidente, la moitié de mon temps est consacré aux choses économiques. Parce que nous sommes les élus de proximité, il y a une confiance des chefs d’entreprise envers nous, et nous avons aussi la chance d’avoir un outil qui travaille « dans la dentelle » et qui a la confiance des entreprises, c’est l’ADIRA qui fait vraiment un très beau travail.

Par le biais de la solidarité, plus spécifiquement de l’insertion, nous allons sur le terrain de l’économie. Un exemple : nous sommes en train de mettre en place, dans notre Direction de la Solidarité, en partenariat avec les acteurs de l’emploi et de  l’insertion sur le terrain, une cellule qui met en lien nos bénéficiaires du RSA avec des entreprises qui recherchent et qui ont beaucoup de mal à trouver des salariés. Non seulement, nous essayons de trouver parmi nos bénéficiaires du RSA des personnes intéressées mais nous nous efforçons des les accompagner pour les rassurer dans leur démarches de retour à l’emploi mais également de rassurer les entreprises prêtes à recruter ces bénéficiaires du RSA.

Bilan du RSA bénévolat

L’Alterpresse : Est-ce que cela signifie que vous envisagez des contrats d’engagement récriproque avec les entreprises privées comme cela se fait déjà avec les collectivités ou les associations ?

Brigitte Klinkert :  Non, là il s’agit juste d’une mise en contact. Je suis effarée par le nombre d’entreprises, d’artisans qui ne trouvent pas de salariés. Nous avons à présent des bénéficiaires du RSA qui font du bénévolat dans les collectivités ou les associations, mais ce bénévolat doit aussi être un tremplin pour eux pour accéder à l’emploi.

L’Alterpresse : Quel est le bilan que vous tirez de onze mois du dispositif RSA que vous avez mis en place et qui a été tellement décrié…

Brigitte Klinkert : Le RSA bénévolat ne fonctionne pas depuis onze mois, car il a fallu du temps pour le mettre en place à partir de la décision de février 2017. Il a vraiment démarré en septembre 2017, en quatre mois nous avons 500 bénéficiaires du RSA qui ont accepté des missions de bénévolat. Et nous avons 700 propositions de postes…

L’Alterpresse : Pour l’instant vous n’avez donc pas pu répondre favorablement à toutes les demandes des associations ou collectivités…

Brigitte Klinkert : Evidemment, pour qu’un bénéficiaire du RSA accepte une mission de bénévolat, il y a tout un travail à faire par notre Direction de la Solidarité. Se posent des questions comme l’emplacement géographique, l’intérêt du bénéficiaire pour la mission proposée, et cela me conduit à penser que 500 en quatre mois, c’est franchement un bon résultat.

L’Alterpresse :  A partir de ces informations, pouvez-vous savoir si cette mesure a un impact sur l’emploi dans les collectivités, ou bien de l’utilisation du bénévolat pour compenser la perte de contrats aidés ou de postes fixes…

Brigitte Klinkert : Ce n’est pas l’esprit de cette mesure !  Nous y veillons de très près, il y a une charte qui doit être signée par l’association ou la collectivité. Nous avons des partenaires à nos côtés qui nous aident à veiller au grain, il n’est pas question de remplacer des postes fixes…

L’Alterpresse : Est-ce que des collègues d’autres départements vous ont contactée en vue d’appliquer cette mesure chez eux ?

Brigitte Klinkert : Oui, nous avons des collègues qui sont intéressés et qui nous demandent des renseignements.

L’Alterpresse : Et les associations sont satisfaites ? Il y a moins de réactions que ne pouvaient le présager les protestations à l’origine ?

Brigitte Klinkert : Il est normal que les gens s’interrogent, cela ne s’est jamais fait auparavant. C’est toujours bien que tout le monde ne soit d’accord, car cela permet d’affiner, d’aller plus loin. Aujourd’hui, c’est un dispositif qui est tout à fait sécurisé, avec des mesures d’accompagnement.

L’Alterpresse : Savez-vous que beaucoup de bénéficiaires potentiels du RSA ne le demandent même pas… Ne croyez-vous pas que votre condition en découragerait encore plus…

Brigitte Klinkert :  Notre dispositif n’est pas une condition ! Il ne faut pas le voir comme cela, ce n’est pas une obligation. Il s’agit d’une proposition que chacun est libre d’accepter. Nous voyons cela comme une mobilisation de la personne, que cela peut lui donner un objectif d’activité dans la semaine, car ne pas travailler, c’est ne plus se sentir inclus dans la société.

« Stocamine : Je maintiens ma demande de déstockage total »

L’Alterpresse : Autre dossier important pour la région. Stocamine. Vous avez eu la chance de pouvoir accéder au lieu de stockage au fond de la mine. Qu’y avez-vous vu ?

Brigitte Klinkert : Ce sont deux grandes galeries dans lesquelles apparaissent des problèmes de fluage de sel qui sous la pression, déforment les galeries, réduisent l’espace de stockage et compliquent de ce fait l’enlèvement des matières qui y sont déposées. On a pu voir aussi le chantier expérimental des futurs bouchons en béton qui devraient permettre d’isoler Stocamine des galeries voisines.

Je voudrai quand même rappeler qu’un accord initial avait été établi pour assurer la réversibilité du stockage. Et les problèmes de fluage, d’inondation, n’avaient, à cette époque, jamais été évoqués. La question que je me pose, c’est que ces « big-bags » qui contiennent ces déchets sont certes difficiles à déplacer dans la galerie où l’incendie avait sévi. Mais les autres ont été déplacés dans la galerie pour faire le tri et je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas été sorti à cette occasion, j’ai du mal à accepter cela.

Ma position a été confortée lors de cette visite et compte tenu des risques réels d’ennoiement de ces galeries dans lesquelles sont entreposés encore des déchets dangereux et du risque pour la qualité des eaux en Alsace, je maintiens ma demande du déstockage de tous les déchets.

L’Alterpresse : Pourtant, le préfet maintient son arrêté et les travaux de déstockage sont arrêtés. Pensez-vous intervenir pour que les travaux reprennent ?

Brigitte Klinkert : Vous savez qu’il y a une procédure en cours, nous poursuivons notre procès contre cet arrêté.

L’Alterpresse : Il y a constitution d’un groupe d’élus locaux qui se définit comme le seul interlocuteur auprès du ministère. En faites-vous partie ?

Brigitte Klinkert : Oui, je suis parmi ce groupe d’élus. Le préfet, lui, est le représentant de l’Etat dans le département. Nous nous adressons au Ministre.

Fessenheim : Cinq axes pour trouver des solutions

L’Alterpresse : Fessenheim. Vous avez accompagné le ministre et lui avez fait des propositions…

Brigitte Klinkert : J’ai été occupé durant deux jours par Fessenheim ! Nous avons  remis au ministre, un document au nom de l’ensemble des élus, des propositions avec un plan de transition énergétique et économique. Cinq axes : créer une zone d’activité franco-allemande à proximité de la Centrale, des investissements d’avenir avec un espace de recherche transfrontalier tourné vers l’énergie et les matériaux de demain, ainsi que vers l’industrie et l’agriculture de demain. Ensuite alimenter le département en énergie exclusivement renouvelable d’ici une dizaine d’années (éolien, solaire, méthanisation, géothermie) mais aussi le stockage de l’énergie, la construction d’une centrale au gaz « vert ».

Les deux autres axes portent sur la fiscalité et, sur le plan social avec lequel j’aurai d’ailleurs dû commencer et dans lequel nous incluons les prestataires et sous-traitants.

Compte tenu des compétences, le plan social sera assumé par l’Etat en lien avec la Région.

Sur le fond de ma pensée, je crois qu’on ferme un peu trop vite et je plaide avec un espoir d’y arriver pour repousser la fermeture en 2021 ou 2022 pour commencer à concrétiser la redynamisation économique de ce territoire.

Le département n’a pas perdu de temps sur cette affaire : nos cinq axes sont des vraies propositions qui ont été profondément étudiées.

Les représentants de la municipalité de  Freiburg, ceux de la Chambre de commerce de Freiburg, étaient là lors de la visite du Ministre. Il y a une volonté de leur part de s’impliquer dans la revitalisation du territoire.

Maintenir le pluralisme de la presse en Alsace

L’Alterpresse : Une dernières question : que pensez-vous de la décision du Crédit Mutuel de fermer l’imprimerie de Mulhouse et des risques que cela fait poser au pluralisme de la presse en Alsace ?

Brigitte Klinkert : On nous a assuré que nous allions conserver les deux quotidiens, les DNA plus dans le Bas-Rhin et L’Alsace plus dans le Haut-Rhin. Il y a déjà une mutualisation faite au niveau des rédactions. Bien évidemment, je regrette la fermeture de l’imprimerie de Mulhouse mais malheureusement elle n’est plus viable économiquement d’après les informations qu’on m’a données.

En tout cas, j’ai exprimé auprès de la direction d’Ebra les préoccupations du conseil départemental car il y a des répercussions sur les personnels, cela va demander des déplacements des personnes, il faut donc des mesures d’accompagnement. Je lui ai également fait part de notre détermination pour le maintien de deux titres en Alsace. C’est effectivement une préoccupation pour qu’il y ait encore un pluralisme de l’information mais surtout que les spécificités haut-rhinoises puissent être prises en compte.

Si le groupe Ebra pouvait développer sur Mulhouse son pole digital, avec les investissements à la fois humains et financiers, cela répondra à un souhait de notre part. Et nous en avons fait part au Crédit Mutuel.

* http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-na-64-dynamique-emploi-metropoles-30-novembre-2017.pdf

Propos recueillis par Michel Muller

LE DEBLOG’DE DEDE

Le « Deblog » de Dédé devient désormais une rubrique régulière dans L’Alterpresse. Sous un ton caustique et impertinent, illustré par un de ses dessins, Dédé nous fait part chaque semaine de son humeur et particulièrement tout ce qui l’irrite dans le fonctionnement si harmonieux de notre société… et notre pays!

“ FAKE NEWS TOI-MEME ! “

Décidément, nos Génies qui gouvernent le Monde ont un petit problème avec la réalité.

Bon, il y en a certains  qui n’ont  aucun souci avec ça, ils sont tellement géniaux que la réalité leur obéit comme un petit chien : le soleil se lève où et quand ils le décident, les lois de la physique ont intérêt à appliquer leurs décrets et les gens qui crèvent de faim sous leur géniale gouvernance, sont priés de croire qu’ils vivent dans l’opulence.

Il est vrai que ces Génies-là n’ont aucun journaliste pour les contredire : s’il y en a un qui l’ouvre, il est bouclé et rayé de la carte s’il est vraiment trop contrariant…

C’est à cela qu’on reconnaît la supériorité de leur Génie : le pays où ils exercent leurs bienfaits sur leurs heureux sujets est comme une propriété privée un peu sur la défensive: parsemée de pièges à loups et de fosses aux lions où aucun journaliste ne peut survivre plus d’une journée…C’est commode pour ne pas être amené à répondre à des questions stupides telles que : “Etes-vous  un criminel contre l’Humanité ? “ qui peut vous donner des aigreurs d’estomac à l’heure de la digestion…Alors autant supprimer la cause du trouble en éradiquant cette espèce malfaisante : le journaliste d’investigation.

Ceci dit, le Génie de plein exercice souffre secrètement d’un mal qu’il lui est plus difficile de combattre : le manque de considération de ses collègues moins absolument géniaux, mais plus habiles à sauver les apparences de leur supériorité sur la plèbe dont ils ont obtenu la garde (par héritage, par force, par séduction ou par ruse, mais ceci est une autre histoire qui fera peut-être un jour l’objet d’un prochain déblog…)

Ces Génies éclairés sont passés maîtres dans l’art de faire semblant de se croire aimés en adoptant des journalistes domestiques qui, tout en imitant à la perfection le ton tranchant et l’air intransigeant de leurs congénères sauvages, se gardent bien de titiller les mollets de leur bienfaiteurs… A quoi sert de pisser sur les géniales godasses, si c’est pour être privés de carton d’invitation au Dîner du Siècle, et de badge donnant accès au chenil de l’avion présidentiel ?

Ainsi, Génies pur sucre et Génies demi-sel se regardent-ils en chiens de faïence : les uns ont besoin des autres, et les autres des uns, ne serait-ce que pour échanger quelques Airbus et deux ou trois centrales nucléaires, ou la recette du missile chercheur de zadiste athée et güléniste, en échange de quelques bidons de pétrole, d’une poignée de terre rare, de métaux du même métal et de sacs en croco de luxe en série limitée cousus à la chaîne dans des usines du trou du cul du monde dans ces pays de merde chers à Donald Trumpescu…Ils appellent ça du « bizness », et c’est génial pour soulager les maux de l’humanité, et seuls quelques tarés de journalistes persistent à ne pas s’en rendre compte…

Le problème avec les Génies qui gouvernent des pays qui ont eu le malheur de connaître un instant de bonheur entre la fin de la guerre mondiale et le début de la guerre sociale, ces trente putains d’années dites “glorieuses” qui malgré leurs tares incontestables, ont apporté la preuve que le progrès était possible pour tous  sans que le Monde s’écroule dans le chaos indescriptible prédit par les gros pleins de soupe claquant des dents à l’idée qu’ils puissent un jour ne plus être les seuls à manger à leur faim, leur problème voyez-vous, c’est que la génération élevée au lait du progrès social a la mémoire longue et l’exigence tenace, et qu’elle sait parfaitement faire la différence entre des lois sociales et de grossières imitations programmées pour tomber dans l’obsolescence aussitôt séchée l’encre de l’accord capitulard…

Qu’ils tardent à mourir, ces baby-boomers certes pas meilleurs que les autres, mais qui ont connu toutes les félicités au sortir de la période la plus terrible dont l’Humanité a gardé la mémoire, donnant des idées perverses à d’autres peuples moins chanceux et tout aussi rêveurs… Quel peuple ne rêve pas de prospérité et d’avenir meilleur pour ses enfants ? A part quelques abrutis et quelques criminels qui ne demandent qu’à inciter leurs compatriotes à s’entretuer par-dessus les frontières ?

Pour  ceux et celles qui ont grandi dans un monde où chaque année apportait son lot de progrès social, à force de lutte et de conscience de classe, il est difficile de faire avaler que le sens de l’Histoire  a enclenché la « Marche arrière »… C’est un « fake news » géant qui n’a aucune chance de les abuser et le bruit assourdissant des coups de brosse à reluire des journalistes domestiques ne peut couvrir la petite musique de la résistance aux cons, aux lâches et aux gloutons… Ami, entends-tu…

Parce que, voyez-vous, il n’y a pas de fatalité, il n’y a que des fatalistes…

Il nous appartient à nous, qui savons faire la différence entre par exemple, Elise Lucet et Cyril Hanouna, d’en informer tous ceux et celles qui désespèrent de l’avenir car ils n’ont pas connu “les jours heureux”, pas toujours radieux, c’est vrai, mais quand même…

Qu’ils se taisent, ces chanceux de l’Histoire, ou fassent amende honorable comme autrefois dans les pays communistes ou tout au moins qu’ils arrêtent de toucher leur retraite de nababs comme s’ils avaient gagné au Loto avec en plus une santé de fer et un solide appétit pour  les biens de ce monde, bienfaits trop méconnus de la médecine de prévention et des dispensaires gratuits et obligatoires, comme dans les Etats collectivistes…

C’est ici que nous voyons combien la réalité est agaçante pour tout Génie qui entend remettre les pendules à l’heure…Tenez, pour ne prendre que la France, pays que vous et moi connaissons bien, il y a en ce moment un maître des lieux en CDD qui n’est pas content du tout de la façon dont certains trublions professionnels répandent des « fake news » à longueur de médias malintentionnés et pour tout dire, mal informés…

D’après ces fabricants de fausses nouvelles, il y aurait dans le Calaisis des représentants de l’ordre qui se comporteraient comme des voyous sous emprise de stupéfiants, importunant les passants sous prétexte qu’ils seraient sans papiers et que par conséquent, ils n’auraient le droit ni de manger, ni de boire, ni de rester là, ni d’aller ailleurs, ni de dormir, ni de respirer…

Comment peut-on croire une chose pareille, dans le pays qui reçoit le Génie du Bosphore en grande pompe et qui va vendre des centrales nucléaires au Génie du Fleuve Jaune, des « Rafale » au Génie du Désert et qui ouvre grand la France aux Génies des Pépètes qui veulent y naturaliser leur compte en banque ?

Naturellement, Jupiter se doit de partir en guerre contre tous ces colporteurs de fausses nouvelles que sont, entre autres, le directeur de la Croix Rouge et le rédacteur en chef du Nouvel Obs, assortis d’une cohorte de folliculaires et de gourous associatifs tous plus délirants les uns que les autres… Il est vraiment urgent de mettre ses pas dans les pas du Génie à Quat’Pattes qui invente la réalité du jour en fonction de ses tweets de la veille…

Courage, Jupiter ! Quand tu auras tordu le cou aux « fake news » de Calais, il te restera à combattre le bobard le plus abominable et le plus éloigné de la vérité qui soit : celui qui tend à faire croire aux populations hébétées que tu serais le président des riches…

Et je pense qu’il te faudra plus d’une loi contre les « fake » et plus d’un quinquennat pour venir à bout de cette méprisable insinuation!

André Barnoin

 

 

Immigration: associations et Gérard Collomb: rien ne va plus!

Les Associations intervenant dans le domaine des réfugiés et des migrants expriment un profond désaccord avec le gouvernement sur la façon dont sont traités ces personnes sur le sol français. L’Alterpresse tient à publier ici la position du Ministre de l’Intérieur et les réactions des Associations. Dans le but de donner un éclairage précis et complet sur les enjeux autour de cette question qui mêle humanité et principes démocratiques.

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, reste ferme sur les orientations de son projet de loi sur l’asile et l’immigration, critiqué par les associations.

Les associations parlent d’un projet de loi déséquilibré, où le volet sécuritaire l’emporte sur l’humanitaire. Est-ce une fermeté que vous revendiquez ?

 Les associations parlent d’un projet de loi déséquilibré, où le volet sécuritaire l’emporte sur l’humanitaire. Est-ce une fermeté que vous revendiquez ?

Gérard Collomb. C’est un projet de loi totalement équilibré. Il reprend deux grands principes : la France doit accueillir les réfugiés, mais elle ne peut accueillir tous les migrants économiques. Cette année, 100 000 personnes ont déposé une demande d’asile, 85 000 n’ont pas été admises aux frontières. Il est impossible d’accueillir dignement 185 000 personnes par an. C’est une ville comme Rennes!

 Allez-vous maintenir la circulaire, très contestée, sur le recensement des migrants dans les centres d’hébergement d’urgence ?

GC: Bien sûr. Cette circulaire a été extrêmement caricaturée, mais elle est assez nuancée. Qu’est-ce que nous disons ? Vous avez aujourd’hui des personnes qui ont un statut de réfugié : elles ont vocation à aller dans un logement stable. Il y a aussi ceux qui n’ont pas encore entamé les démarches de demande d’asile : nous allons leur permettre de le faire. Enfin, il y a les déboutés. Nous allons les orienter vers le guichet de manière à pouvoir suivre la procédure normale. Il n’y a là rien que le respect des règles de la République. L’accueil inconditionnel, oui. Mais pas indifférencié.

Vous comptez doubler la durée de rétention administrative. Que prévoyez-vous pour les centres ?

GC: Nous allons ouvrir 200 places d’ici à la fin du mois de janvier et 200 autres en 2018. Pour aller plus vite, nous allons construire des bâtiments adaptés en préfabriqué. Ce ne sont pas les baraquements d’il y a trente ans, mais de vrais bâtiments qui se montent en huit mois seulement.

 Vous souhaitez augmenter le nombre d’expulsions. Quels sont vos objectifs chiffrés ?

GC: Je n’ai pas d’objectif chiffré. Nous avons augmenté les éloignements de 14 % en 2017. Pour ceux que l’on appelle les « dublinés », nous avons fait + 100 %. C’est très important, car nous estimons aujourd’hui, en Europe, le nombre de déboutés du droit d’asile à 500 000. Si tous se disent qu’ils peuvent venir faire une seconde demande d’asile en France et que nous ne pouvons pas les éloigner dans des durées brèves, nous serons impuissants.

 Vous plaidez pour un raccourcissement des procédures de demande d’asile…

GC: L’objectif est de pouvoir examiner les demandes dans un délai moyen de six mois.

 Que comptez-vous faire pour améliorer l’intégration ?

GC: Dans le texte de loi, nous prévoyons un allongement de quatre ans de certaines cartes de séjour, la facilitation de l’accès à la carte de résident de dix ans pour les parents d’un réfugié mineur, l’extension de la réunification familiale aux frères et sœurs d’un réfugié mineur, des dispositions protectrices sur le droit au séjour des victimes de violences conjugales ainsi que pour les jeunes filles qui pourraient être menacées d’excision. Parallèlement, une mission a été confiée à Aurélien Taché (NDLR : député LREM du Val-d’Oise) dans le but d’augmenter le nombre d’heures pour apprendre le français et de faciliter l’accès à la formation et au logement.

 De nouveaux centres d’accueil seront-ils créés ?

GC: Oui. Nous avons expérimenté des nouveaux centres d’hébergement qui concilient hébergement et examen administratif, des CAES (NDLR : centres d’accueil et d’examen de situation). Face au succès de ce dispositif, nous allons ouvrir dans les mois qui viennent 200 places par région. A ce jour, 1 300 places sont déjà ouvertes. En Ile-de-France, nous allons passer à 900 places. Un nouveau centre vient d’ouvrir à Ris-Orangis.

 Vous auriez dit en avoir marre d’être vu comme « le facho de service »…

GC: Je fais ce que je crois devoir être fait. Mais ce n’est jamais plaisant d’entendre ce type d’accusations. On peut être généreux, mais il ne suffit pas de l’être en théorie, il faut l’être dans les faits.

 Le président va à Calais. La « Jungle » a disparu, mais il reste des centaines de personnes qui vivent sans abri…

GC: Il ne reste plus que 400 personnes à Calais, contre 7 000 il y a un an, et une cinquantaine à Grande-Synthe. Il y aura toujours des migrants qui voudront aller en Angleterre. Dans le Nord et dans le Pas-de-Calais, nous avons ouvert cinq CAES. Ceux que l’on voit dormir dehors ne veulent pas s’y rendre, car ils n’ont pas pour projet de déposer une demande d’asile en France.

 Des ONG dénoncent des maltraitances policières…

GC: A l’époque, j’avais demandé une enquête aux inspections du ministère de l’Intérieur. Or, bien qu’elles soient d’habitude assez sévères, elles n’ont pas confirmé les faits. Il a pu y avoir quelques dérapages individuels mais ils sont suivis de sanctions internes.

 Vous vous êtes lancé dans un round de consultations avec les députés LREM. Pour déminer une possible fronde ?

GC: Je ne crois pas à un phénomène de fronde. Les discussions se passent de façon très apaisée. Ma méthode, c’est de jouer la transparence vis-à-vis des associations et des parlementaires, de la majorité, des groupes de l’opposition que je vais d’ailleurs recevoir.

 Vous laisserez une marge de manœuvre aux parlementaires ?

GC: Des possibilités d’amendement, bien sûr. Mais, il n’est pas question de changer d’orientation.

 Avec les Britanniques, y aura-t-il une modification des accords du Touquet ?

GC: Je souhaite aboutir à un protocole additionnel à ces accords, et à des mesures concrètes de prise en charge d’un certain nombre de coûts par les Britanniques, ainsi que d’un plus grand nombre de personnes, au titre de l’accueil des réfugiés et des mineurs non accompagnés.

Les associations d’aide aux migrants déplorent un projet de loi «déséquilibré» qui entérine «une logique de tri». 

GC: « Mieux accueillir les réfugiés » et « mieux expulser » les illégaux: le futur projet de loi asile et immigration, dont le gouvernement a dévoilé les grandes lignes aux associations le 11 janvier, devrait être présenté fin février en Conseil des ministres, puis en avril au Parlement. Les associations d’aide aux migrants, déjà très remontées contre une circulaire prévoyant le recensement des migrants dans les centres d’hébergement, déplorent un projet « déséquilibré » qui entérine « une logique de tri ». D’autres voix, comme celles de la Conférence des évêques de France ou d’intellectuels, ont elles aussi protesté.

 En matière d’asile

GC: La notion de « pays tiers sûr », qui visait à faciliter le renvoi des demandeurs d’asile, a été abandonnée. Mais le texte renforce le contrôle des demandeurs d’asile et les soumet à des délais raccourcis. Ainsi, le demandeur d’asile disposera de 90 jours au lieu de 120 pour déposer son dossier. Puis, s’il est débouté par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, de 15 jours au lieu d’un mois pour déposer un recours. « La volonté de réduire les délais » ne doit pas « porter atteinte à la qualité de la procédure d’asile », prévient Forum réfugiés, qui rappelle que l’enregistrement d’une demande se heurte d’abord, en amont, à l’attente dans les préfectures.

En matière d’immigration

GC: La mesure la plus contestée concerne l’allongement de la durée de rétention administrative, qui passerait de 45 à 90 jours, voire 105 si l’étranger s’oppose à son éloignement. « Inutile et inefficace », assurent les associations, qui rappellent que les deux tiers des expulsions sont décidées dans les douze premiers jours d’enfermement. Autre disposition critiquée et jugée inutile : l’allongement de 16 à 24 heures de la durée de retenue administrative pour vérification du droit au séjour.

Les associations d’aide aux réfugiés sont vent debout contre la circulaire du ministère de l’Intérieur visant à contrôler les migrants dans les centres d’hébergement pour en recenser les occupants, et les orienter en fonction de leur situation.

Le 5 décembre dernier, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait présenté son projet consistant à envoyer des « équipes mobiles » dans les centres d’hébergement d’urgence pour en recenser les occupants, et les orienter en fonction de leur situation administrative. Ce lundi, plusieurs grands acteurs associatifs ont annoncé la saisine du Défenseur des droits, Jacques Toubon, pour suspendre cette circulaire qui fait polémique.

Cette circulaire, adressée aux préfets mardi dernier, a notamment pour but de « réduire le nombre de personnes qui, hébergées pour une durée parfois longue, restent sans statut ou ne peuvent bénéficier ». Elle participe de la politique voulue par le gouvernement sur l’immigration : de meilleures conditions d’accueil pour les étrangers qui relèvent du droit d’asile, mais une fermeté inédite pour ceux qui peuvent être reconduits dans leur pays d’origine comme les sans-papiers, ou dans le pays par lequel ils sont arrivés en Europe (conformément à la procédure dite de « Dublin »).

La Fédération des acteurs de la solidarité (Fas, ex-FNARS) est l’un des auteurs de la saisine. Florent Guegen, est directeur de la FAS, et comme beaucoup de travailleurs sociaux il met en garde contre les dangers de cette circulaire qui va à l’encontre des principes fondateurs des associations d’aide aux migrants. «Notre rôle c’est d’accompagner les migrants pas de devenir des auxiliaires de police. Les travailleurs sociaux, ne sont pas là pour contrôler ou signaler les personnes » explique le dirigeant associatif.

Contre-productif ?

« Le risque que nous pointons, c’est un dispositif totalement contre-productif. Il risque simplement de dissuader les migrants d’aller dans les centres. Ce sera un piège à migrants, pour les éloigner, ou les placer en centre de rétention » alarme Florent Gueguen.

«Au final, il y aura plus de personnes dans les rues. Il y a un vrai risque de reconstitution de campements massifs comme à Calais, à l’est de Paris ou dans des grandes villes comme Lyon ou Lille. » ajoute le directeur de la Fars. « La circulaire pose un problème de périmètre. Elle rentre dans la sphère sociale avec la question du contrôle. Le risque c’est de se retrouver avec beaucoup de personnes dans la rue de peur d’être contrôlées. Alors même que le président s’est engagé à ne plus avoir personne dans la rue » abonde Jean-François Dubost, Responsable du Programme Personnes déracinées, à Amnesty International.

L’idée des associations c’est donc de rendre la circulaire inopérante par le biais de la saisine du Défenseur des droits plus que de gagner du temps.

Absence de la Justice dans le processus

« Cette circulaire est contraire à la loi et au code de l’action sociale et des familles. La loi garantit « l’accueil inconditionnel » dans l’hébergement. Toute personne sans abri a droit à un hébergement sans qu’on distingue sa situation administrative » martèle Florent Gueguen.

Autre argument des associations : l’absence des instances judiciaires dans le processus. « Ces contrôles s’effectueraient sans procédure judiciaire. Un centre d’hébergement est considéré comme un domicile. Et jusqu’à preuve du contraire, l’administration n’a pas le droit de venir dans le domicile d’un citoyen lambda » précise le dirigeant.

Mais cette circulaire gouvernementale est perçue par le milieu associatif comme une rupture sans précédent dans le processus d’accueil en France. « C’est le coup le plus dur porté aux associations sur les politiques migratoires depuis très longtemps. Le milieu associatif est un contre-pouvoir. C’est un garant du fonctionnement démocratique. Et là, cette circulaire touche au cœur de ce système » témoigne un proche du dossier.

« C’est une rupture avec une doctrine qui date du XIXe siècle ! Doctrine qui dit que les centres sont des lieux de protection, ils ne peuvent pas faire l’objet d’une mesure coercitive. C’est la tradition française de l’accueil des plus démunis » rappelle Florent Guegen. La circulaire n’est que le premier des contre-feux prévus par les associations pour stopper ce projet gouvernemental.

Recours à venir

 » On utilisera toutes les voies du droit pour faire en sorte que cette circulaire ne soit pas appliquée » conclut Florent Guegen. La CNIL a d’ailleurs été saisie sur le courrier du préfet de Haute-Savoie qui demandait aux associations la liste des personnes hébergées. Un recours au tribunal administratif est aussi à l’étude du côté de la FAS. Le regroupement d’associations ne s’interdit pas un recours devant la Cour européenne des Droits de l’Homme.

« Les signaux envoyés par le gouvernement et les pratiques, à Calais, ou à la frontière transalpine, sont autant de témoignages d’illégalités quasi quotidiennes commises par les pouvoirs publics. On renvoie les mineurs, on ne fournit pas de formulaires de demandes d’asile ; à Briançon, la situation est telle que c’est de l’ordre du sauvetage des vies en montagne… Aujourd’hui, en France il y a des personnes mises en danger. Ce n’est pas anodin dans un pays européen… » analyse Jean-François Dubost, d’Amnesty.

« Il faut arrêter de voir les migrants comme un problème, et d’avoir comme seule réponse des moyens coercitifs. Il y a un vrai débat national à avoir et cela ne veut pas dire forcément ouvrir les frontières » commente le membre d’Amnesty International. Les associations attendent de rencontrer le président de la République, comme il leur a été promis, pour faire infléchir la politique gouvernementale.

 

Grenz’up : Les salaires vont-ils bientôt augmenter en Allemagne ?

Mulhouse est une ville ouverte sur le monde où bat le cœur du Rhin supérieur. Ici, comme ailleurs en Alsace, ses habitants ont souvent appris l’allemand à l’école ou parlent parfois l’elsässerditsch en famille.  L’Allemagne et la Suisse sont à quelques encablures de notre agglomération, avec un quasi plein emploi et beaucoup d’entreprises qui recherchent des salariés.
Pourtant, les frontières toujours présentes nous empêchent de profiter de ce marché de l’emploi transfrontalier : manque d’informations sur les entreprises, manque de compétences linguistiques, manque de transport…
Grenz’up est une association basée à Mulhouse dont l’objectif est d’aider à dépasser ces obstacles.  Elle s’appuie sur les savoir-faire et les désirs des individus engagés dans cette démarche, et sans les « prendre par la main », elle les accompagne vers un travail ou une formation transfrontalière. Nous publions volontiers cette information portant sur les conditions de travail et de salaires transfrontalières.

http://grenz-up.eu/

Franchir une frontière pour aller travailler est un véritable effort, surtout si cette frontière est aussi linguistique. Cela peut « valoir le coût » si les conditions de travail, et surtout les salaires, sont sensiblement meilleurs qu’en France.

Jusqu’à aujourd’hui, la Suisse, malgré des conditions de travail souvent « rudes », offrait des salaires bien plus attractifs que l’Allemagne. Si bien que près de 90 % des travailleurs frontaliers du Haut-Rhin se dirigent actuellement vers la Suisse, au détriment du Pays de Bade, qui peine parfois à recruter.

La situation va peut-être changer dans les prochaines années :

  • Le quasi-plein emploi en Allemagne permet de faire pression sur les employeurs pour augmenter les salaires. D’où les Warnstreiks (grèves d’avertissement) de IG Metall la semaine dernière. Le grand syndicat allemand de la métallurgie et de l’électrotechnique demande 6 % d’augmentation générale des salaires. Il réclame également la création d’un droit individuel à la réduction de son temps de travail avec une allocation compensatoire de l’employeur dans certains cas (par exemple, pour s’occuper de ses enfants ou d’un parent malade).
  • Dans le secteur des soins à la personne, encore mal payé, un consensus se crée pour augmenter les salaires des Altenpfleger et Hilfskrankenpfleger. Le pré-accord de gouvernement qui vient d’être conclu entre les conservateurs et les socialistes en font une des priorités à venir.
  • Enfin, vendredi dernier, la baisse des cotisations salariales est apparue sur la feuille de la peut-être prochaine « Grosse Koalition », ce qui se traduirait par une augmentation du salaire net pour tous les salariés.

Sans rejoindre les salaires suisses (qui sont gonflés par le taux de change), les salaires allemands vont ainsi devenir plus attractifs pour les salariés alsaciens… tandis que les conditions de travail restent proches des aspirations des Français au niveau durée hebdomadaire du travail et nombre de jours de vacances.

L’entourloupe de M. Rottner: le « Groupe Alsace »…

Décidément, la réforme territoriale ne passe pas chez les Alsaciens : on le sait, selon un sondage SOFRES, ils souhaitent le retour à une région Alsace de plein exercice à 84 % et ce en conservant les deux départements. Comme ils l’avaient décidé lors du référendum en 2013 en rejetant la fusion du conseil régional d’Alsace avec les deux conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Ce rejet n’est pas tellement surprenant et je ne pense pas qu’on puisse le taxer de « repli sur soi et de rejet des autres » comme certains ont tendance à le caricaturer. Non, à entendre les gens autour de nous, cela relève plutôt du sentiment que les citoyens sont de moins en moins entendus et ils ont l’impression que l’éloignement des centres de décision aggrave ce fait. Comment peut-on parler de décentralisation quand on veut supprimer l’échelon départemental et constituer une méga-région sans aucun lien économique, social, culturel…
Les problèmes spécifiques de l’Alsace sont nombreux, ne serait-ce que la situation géographique frontalière et les échanges économiques trop déséquilibrés avec le Pays de Bade ou le nord de la Suisse au détriment de l’Alsace. Ou bien, évidemment, le problème linguistique qui nécessite des investissements importants dans l’éducation pour que la Région puisse bénéficier de l’avantage d’une population naturellement bilingue… mais pratiquant de moins en moins la langue originelle de l’Alsace.
Cette prise de conscience des Alsaciens pour revenir à une structure territoriale propre est pour une grande part, le fruit de mouvements associatifs, culturels, sociaux, par exemple autour de la défense du droit local…
Cela a pris une telle dimension que les élus politiques de tous bords s’en alarment ayant bien compris que l’avenir d’un élu n’était pas très assuré s’il ignore les aspirations profondes de ses électeurs. Reconnaissons que Unser Land fut un des plus actifs pour rejeter ce Grand Est. Tous les autres en sont venus au même constat. Sauf le Parti Socialiste qui continue de défendre becs et ongles la réforme territoriale pondue par François Hollande… Mais qui se soucie encore aujourd’hui de l’avis du Parti socialiste ?
Donc tous les élus rouspètent, mêmes Les Marcheurs Macroniens font partie du lot bien que leur Président se tortille du popotin pour affirmer clairement qu’il ne reviendra pas sur la réforme des socialistes. Cette obstination des élus à coûter le poste de Président de la Grande Région à Philippe Richert qui, il est vrai, était plutôt contre, pour devenir plutôt pour… Et franchement « pour » quand on lui a proposé le poste de président.
M. Rottner l’a remplacé, lui, c’est l’homme aux plus de 50.000 signatures sur sa pétition contre la création de la Grande Région… De quoi gagner le jack-pot de l’impopularité.
Alors, il vient d’avoir une idée géniale : la création d’un « Groupe Alsace », « dédié à la valorisation de l’identité alsacienne ». Sa mission, indique-t-on à la région, sera « d’identifier les nombreuses spécificités de l’Alsace (linguistiques, patrimoniales, culturelles et le marketing territorial) en vue de valoriser l’héritage culturel alsacien et de renforcer le sentiment d’appartenance à ce territoire particulier ».
Il faut avoir de la peau de saucisson sur les yeux pour ne pas voir l’entourloupe qui se prépare. Non seulement on ne sort pas du Grand Est comme le demande les Alsaciens, mais ce « groupe » s’arroge les compétences qui relèvent aujourd’hui en grande partie des départements. Et hop, le tour est joué : comme sur d’autres questions, on s’assoit allègrement sur une expression populaire démocratique comme le référendum de 2013.
Une entourloupe car ce « groupe » n’a aucune légitimité à part celle du prince Rottner. L’Alsace devrait disposer d’une vraie structure territoriale ayant des pouvoirs de décision entre autres sur les questions économiques, d’aménagement du territoire. M. Rottner donne un os à ronger à ces élites alsaciennes, politiques et culturelles, prêtes à s’en emparer, des fois qu’il y aurait encore quelques grammes de viande qui y serait accrochés.
Car le fameux « groupe » à peine annoncé est déjà constitué : on s’imagine dans quelles conditions, avec quelles tractations (tu me donnes ceci, je te donne cela) les membres de ce groupe ont été approchés et harponnés. Et les « oubliés » s’agitent : « Pourquoi pas moi ?»
Alors qu’on pensait tout ce beau monde alsacien uni, enfin uni, pour un objectif qui vaut la peine, celui de regagner une structure territoriale correspondant aux attentes de la population, une partie retourne sa veste et avale son plat de lentilles…
Ils avaient pourtant tous souscrits à l’idée d’un référendum demandant aux Alsaciens de choisir entre le maintien ou la sortie du Grand Est. Les Corses, à leur manière, somme le Président de la République à la discussion. Une grande partie des élites alsaciennes trahit son peuple : un jour ou l’autre, ce sera peut être au peuple de trahir ses élites…
Michel Muller

Des élus vassalisés par le Crédit Mutuel ?

Le mois dernier, Radio MNE a diffusé, trois heures durant, une émission consacrée à la volonté du Crédit Mutuel de fermer l’imprimerie du journal L’Alsace à Mulhouse. Débutant par un reportage d’une heure sur place, lors d’une nuit d’impression,  les salariés ont fait part de leur incompréhension, leur désarroi et leur volonté de ne pas se laisser faire, l’émission s’est poursuivie par un débat dans les studios avec les syndicats, des élus politiques, des associations, des lecteurs… Et c’est là que nous avons été surpris par les interventions de Mme la maire de Mulhouse, Mme Lutz, et de M. Olivier Becht, député, qui avaient, il y a encore quelques jours exprimé leur total soutien au maintien de l’imprimerie à Mulhouse. Dans la soirée du 14 décembre, tout a semblé changer…

Depuis le début, les salariés pouvaient compter sur un soutien plus ou moins affiché de nombreux élus politiques. M. Becht fut même le premier à envoyer un courrier à M. Théry, PDG du Crédit Mutuel, pour lui faire part de sa désapprobation  devant son choix de liquider 70 emplois et tous les autres induits. Il est vrai que M. Becht avait de l’expérience : c’est sur sa commune de Rixheim que le Crédit Mutuel possédait une imprimerie, Roto Offset, d’où sortait le journal gratuit PAM (Petites annonces mulhousiennes). Au printemps 2012, la banque a décidé de fermer cette usine et licenciait 116 salariés… tout en promettant à M. le maire Becht des compensations devant cette grosse tuile industrielle et sociale. Il attend toujours… Fort de cette expérience, il a bien compris que les promesses n’engageaient que ceux qui y croient et exige donc, à nouveau, des contreparties à la fermeture de l’imprimerie mulhousienne cette fois-ci.

M. Becht croit avoir fait son job… et advienne que pourra !

M. Carli, l’exécuteur des basses œuvres du Crédit Mutuel, a bien compris le message. Il promet donc aux élus mulhousiens (municipalité et parlementaire) la création de « quelque chose dans le domaine du numérique » dans le cadre de l’initiative KM0 de Mulhouse. Les salariés voudraient en savoir plus, le « quelque chose » étant quand même un peu vague… La question fut donc posée à M. Carli lors de l’émission de radio MNE qui dit sans hésiter : « Il ne s’agira pas d’un outil industriel, mais plutôt d’une structure qui reste encore à définir tant dans son rôle que sa composition. » Cela pour répondre au Comité d’entreprise de L’Alsace qui propose que soit installée une imprimerie numérique, nouvelle technologie dans le domaine des industries graphiques et qui auraient toute leur place dans le projet de la ville. Mais le Crédit Mutuel n’en veut pas.

Et que dit M. Becht lors de la même émission : « J’ai eu des garanties de M. Carli que le Crédit Mutuel va installer un outil industriel dans le cadre de KM0 ». Et donc je n’ai plus rien à redire à la fermeture de l’imprimerie du journal ! Naïf, M. Becht ? On à peine à le croire vu son parcours et son pédigrée. Alors, quelque peu manipulateur, le député ? Ce serait plutôt dans ce registre qu’il faudrait chercher. M. Becht a sûrement eu des assurances, comme en 2012 en tant que maire de Rixheim. Son soutien aux salariés du journal était donc une simple manipulation d’un député voulant apparaître soutenant son électorat…mais flanchant à la première promesse de Gascon d’une banque qui a d’évidence des arguments pour tranquilliser le député.

Mme Lutz : « Les élus ne peuvent intervenir dans la gestion des entreprises »…

Mme la maire de Mulhouse nous a également surpris lors de cette émission. Elle qui, a plusieurs reprises, a manifesté son soutien aux salariés du journal, semble bien plus timide à présent. Elle aussi, a-t-elle reçue des « garanties » quant à la liquidation de 70 postes de travail et autant d’emplois indus ? Si ce sont les mêmes que M. Becht, elle devrait être bien plus méfiante que le député quelque peu éloignés des contingences de son électorat préoccupé qu’il est par son ambition pour sa carrière qui est, paraît-il, incommensurable. L’ambition, pas la carrière…

Mais Mme Lutz ne peut affirmer que les élus ne sauraient intervenir dans la gestion des entreprises ! Non seulement ils peuvent mais ils doivent ! Ou bien cela signifierait que les politiques ont totalement capitulés devant le moloch économique… et ils alimenteront dès lors, encore plus la méfiance des citoyens à l’égard de la politique.

Tout n’est pas perdu, cependant, pour Mme la maire ! La FILPAC-CGT, syndicat majoritaire dans l’entreprise, a commandité des experts pour bâtir un projet d’imprimerie numérique dans le cadre de KM0. Cela ne créerait sûrement pas de très nombreux emplois, mais serait un complément de ressources pour l’imprimerie du journal.

Soutenir un tel projet, Mme Lutz, n’est pas une dangereuse immixtion dans la gestion d’une entreprise : c’est rappeler au Crédit Mutuel qu’il a des droits et des devoirs. Si les entreprises bénéficient de soutien public et exonérations diverses des collectivités locales, ces dernières doivent leur imposer leurs devoirs : celui de développer un espace économique et non pas l’appauvrir en liquidant, sans véritable justification, un outil industriel.

Les deux mensonges du Crédit Mutuel

Pour convaincre ces deux élus, le Crédit Mutuel a développé une stratégie de communication qui convainc ceux qui veulent être convaincus. Même dans une partie de la rédaction, ce qui est bien dommage.

Premier mensonge : la fermeture de l’imprimerie n’aura pas d’incidence sur le titre L’Alsace. Cela n’est tout simplement pas possible techniquement. Même les imprimeurs des Dernières Nouvelles d’Alsace qui imprimeraient le journal mulhousien selon le crédit Mutuel, en conviennent : il est impossible d’imprimer dans les délais les deux quotidiens sans une réduction du nombre d’édition, sans une heure de bouclage précoce pour L’Alsace, sans une accélération du nombre d’articles et de pages commun.e.s aux deux journaux. Et, tôt ou tard, le Crédit Mutuel imposera le journal unique devant les contraintes de l’impression à Strasbourg.

Second mensonge : les compensations. Dans le  plan de M. Carli, il n’y a qu’une seule certitude : la fermeture du centre d’impression mulhousien. Tout le reste : développement, investissements, créations éditoriales, sont de vagues promesses, non datées, non chiffrées. Ce ne sont que des arguments pour tenter de dévoyer le refus des imprimeurs de perdre leur emploi « puisque c’est le passage obligé pour préserver les autres salariés ». Arguments archi-rebattus à tout occasion par le patronat pour casser la solidarité entre les salariés et faire accepter les « sacrifices »… Cela est évidemment favorisé par la division syndicale qui fait preuve, une nouvelle fois, du poison qu’elle représente pour les travailleurs quand les syndicats ne veulent pas s’entendre.

Des élus qui restent fermes…

Pour les salariés du journal qui ne perdent pas espoir de préserver leur entreprise, tous les élus ne semblent pas sensibles aux mensonges du Crédit Mutuel et ne semble pas se laisser vassaliser comme d’autres.

Dans un courrier ferme, le Conseil départemental du Haut-Rhin rappelle à M. Théry qu’il ne compte pas se laisser abuser et qu’il a bien compris les enjeux qui se profilent au-delà de la fermeture de l’imprimerie.

On le voit, MM. Théry et Carli veulent présenter la fermeture de l’imprimerie comme acquise et irrévocable, ils devront encore compter sur une résistance dans le Centre- et Sud-Alsace. 2018, année erratique pour le Crédit Mutuel ?

Michel Muller

Repenser l’Alsace autrement…

L’Initiative Citoyen Alsacienne 2010 lance un « Appel aux élus alsaciens » dont nous publions des extraits. En effet, le gouvernement et sa majorité considèrent que la « réforme territoriale » est entérinée et on ne reviendra plus là-dessus. Il est méritoire que des associations s’élèvent contre cette forme d’oukase que des élus alsaciens semblent à présent accepter contre des « mesurettes » que M. Rottner, jadis opposant farouche du Grand Est, veut mettre en place pour faire passer la réforme… rejetée à près de 90% par les Alsaciens interrogés.

Pour ne pas tomber dans ce qui pourrait être considéré comme un « repli sur soi » (ce qui peut bien exister dans certaines organisations), nous publions ci-dessous une réflexion de Bernard Umbrecht qui permet de pousser la réflexion au-delà des lieux communs et lui donne une vraie hauteur de vue sur les enjeux démocratiques qui se posent dans le cadre d’une société mondialisée qui remet les anciennes structures étatiques chaque jour en cause.

« L’Alsace est actuellement en quête d’une nouvelle manière de s’individuer. Cela s’exprime par une aspiration à un retour à son ancienne existence institutionnelle. Cette région me paraît détenir un potentiel d’expérimentation de cet internation contre le dogme national de l’unicité qui se résume dans le slogan absurde de un peuple, un Etat, une nation, une langue, qui empêche la pleine reconnaissance des langues régionales y compris l’allemand comme langues de France. Cette reconnaissance est une condition nécessaire mais non suffisante. Les langues régionales ne peuvent se résumer – même si ce n’est pas négligeable – à des facilités pour trouver des emplois chez nos voisins. Elles véhiculent aussi des cultures. D’autres chantiers doivent être ouverts si l’on veut éviter une simple restauration du passé pour une continuation de la politique telle qu’elle a été menée par les mêmes jusqu’à présent. La question est : si retour aux anciennes institutions – et pourquoi pas de nouvelles ?– ce serait pour faire quoi ? Au cours d’une récente rencontre, l’on s’est demandé ce qui pourrait mobiliser dans un projet commun, dans une même région, « alsaciens «  et « non-alsaciens », en fait dialectophones et non dialectophones et/ou anciens et nouveaux arrivants ? En déplaçant la focale, on peut trouver des réponses. Dans le fait, par exemple, que nous partageons une même nappe phréatique de plus en plus polluée de nitrates et de pesticides ou dans le fait – autre optique – que nous avons en commun avec nos voisins suisses et du pays de Bade, sur le Rhin, une centrale nucléaire qu’il est temps de fermer. Nous avons en commun avec l’ensemble des habitants de la planète la lutte contre les effets de l’anthropocène. D’autres pistes existent. Nous avons un remarquable modèle de sécurité sociale, hérité de Bismarck, et qui fonctionne bien, à défendre, etc …etc.. . Il serait bon aussi bien sûr pour faciliter les relations avec les autres que les « alsaciens » sortent de leur béate innocence à propos de tout ce qu’il s’est passé dans le siècle écoulé, ils ont à prendre aussi leur part de responsabilité. »

 Bernard Umbrecht

A lire le texte entier sur http://www.lesauterhin.eu/bernard-stiegler-1917-2017-et-apres/

 

Appel aux élus d’Alsace

L’Alsace se trouve à la croisée des chemins. Soit elle disposera à l’avenir des pouvoirs et des moyens lui permettant de définir et de gérer ce qui lui est propre, tout en définissant et gérant avec d’autres ce qui est commun, soit elle disparaîtra dans les oubliettes de l’histoire, alignée qu’elle serait sur l’uniformité jacobine qui se veut d’unir les mêmes et non les différents et qui ce faisant créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque[1].

 Pour définir ce qui est propre à l’Alsace, il faut raisonner, en premier lieu, en termes d’espace. La première identité de l’Alsace est géographique. L’Alsace, ce n‘est pas qu’une extrémité orientale de la France. Elle n’est pas qu’une fin de France, un finistère. Elle est le début de la Mitteleuropa, son extrémité occidentale. Et c’est en premier lieu de sa situation géographique que découlent ses particularismes, ses besoins et ses intérêts propres, qu’il s’agisse en particulier de bilinguisme, de culture, d’économie, de transport ou de transfrontalier. La dimension transfrontalière est dans l’ADN de l’Alsace[2].

(…)

Au moment même où au niveau national l’amitié franco-allemande est proclamée en permanence, l’Alsace peut-elle accomplir son devoir historique et culturel, celui d’être le trait d’union ? Sert-elle de champ d’expérimentation de la coopération franco-allemande au quotidien ? Est-elle un exemple et une référence pour les autres États membres de l’Union européenne en la matière ?

La France n’a jamais conduit en Alsace une politique à la hauteur des enjeux, obsédée qu’elle est par l’égalitarisme et coincée qu’elle est dans son centralisme, et l’Alsace n’a jamais disposé des pouvoirs et des moyens pour le faire.

Pourtant ces particularismes, ces besoins et intérêts propres sont aussi, au travers de l’Alsace, ceux de la France. Qu’aujourd’hui, la France ne l’oublie pas au moment où l’Alsace revendique une nouvelle institution politique.

Tout en opérant des avancées considérables en matière de droits, de libertés et de progrès social, la France n’a jamais entrepris une véritable prise en compte du fait régional, les collectivités territoriales ne constituant, pour le mieux, que des modalités d’organisation administrative, même si des ouvertures ont été obtenues. La chose est bien connue et maintes fois dénoncée, et pas par les moindres, mais jamais vraiment réformée.

 Nous appelons de nos vœux une nouvelle répartition des pouvoirs et des compétences entre l’État et les Régions. Un nouveau pacte devrait intervenir. Ces dernières devraient pouvoir gérer ce qui ne relève pas expressément de l’État, autrement dit, tout ce qui n’est pas régalien. La dualité de l’organisation étatique ainsi créée reposerait et se construirait sur une double loyauté des citoyens : l’une à l’égard de l’État, l’autre à l’égard de la Région. Mais le grand soir du girondisme n’est pas arrivé.

Pour l’heure, L’Alsace demande et nécessite pour exister en tant que telle une institution politique propre bénéficiant de vraies compétences, les unes transférées par l’État, les autres par la Région Grand Est. Les plus importantes, et les plus déterminantes, celles qui correspondent en premier aux particularismes, aux besoins et aux intérêts propres seraient celle de l’économie avec l’attractivité et le tourisme, celle de la gestion de la langue et de la culture régionales (bilinguisme français-allemand standard et dialectal, scolaire et sociétal, formation des enseignants et des communicants, enseignement de l’histoire et de la culture d’Alsace, politique culturelle…), celle aussi de la gestion de la coopération transfrontalière permettant de travailler à hauteur de pouvoir avec nos partenaires du Rhin supérieur.

Au-delà du contenu, il s’agit aussi de donner une structure et un mode gouvernance à la nouvelle institution. L’Alsace est par elle-même une métropole, tant tout y est proche et lié, une métropole qui resterait à instituer et qui fédèrerait les pays qui la composent.

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est à la reconstruction, tant l’Alsace a perdu en substances économique, linguistique, culturelle… ces dernières décennies. Le temps n’est plus aux tergiversations, aux conflits de personne ou aux intérêts partisans. Le temps est à la démocratie[3]. Le temps est à la prise de responsabilité et à l’unité.

[1] Il existe en effet des statuts particuliers en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux Antilles, en Corse, à Paris…

2L’Alsacianitude est une confluence et une synthèse.

3 C’est-à-dire dans ce cas au «  droit et [à] la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part importante des affaires publiques ». cf.  Charte de l’autonomie locale ratifiée par la France le 17 janvier 2007.

 

 

Chasse à courre à Pôle Emploi

Pour démarrer 2018, nous publions deux chroniques de Dédé Barnoin qui sont dans l’air du temps… Pour en lire plus, rendez-vous sur son blog.

Pour celles et ceux qui ne se tiendraient pas au courant de l’actualité, et ils ont des excuses, car nous sommes entrés dans le viaduc qui conduit des réjouissances de Noël aux festivités de la Nouvelle Année, ( quoique la culture de l’excuse, hein ? ), je m’en vais vous conter une petite anecdote qui est arrivée à un chômeur privé d’emploi toucheur de subventions en pleine villégiature dans les bois de Bonneuil-En-Valois…

Alors que ce profiteur de la manne publique se prélassait en broutant du gui et en se gavant de houx en veux-tu en Valois, un fier équipage de traqueurs de fainéants vint à passer par là…

Superbes dans leur costume traditionnel, veste sable à boutons d’or, pantalon de gueules, coiffés de la bombe de même et harnachés de leur gibecière à ordonnances, ils patrouillaient à la recherche de ces parasites qui mettent en danger tout le bel ordonnancement de notre société si civilisée, si policée, si douce aux faibles et aux laborieux, pourvu qu’ils enlèvent leur casquette quand sonne la trompe à vilains et que claquent les sabots des chevaux surmontés d’un gyrophare…

Or donc, pendant la trêve des confiseurs, le chef d’équipage Gattaz, Pierre pour les dames, fine mouche s’il en fût, se doutait bien que quelque part, dans quelque fourré juridique bien camouflé sous les épines de l’aide juridictionnelle, un oisif ennemi de la société se la coulait douce en ricanant de la naïveté de ses semblables qui se saignaient aux quatre veines pour lui offrir à lui, Feignasse Cerf ( ou Serf, selon les époques ), des vacances aux Bahamas et des promenades insolentes dans les bois autour de son Agence Pôle Emploi d’attache…

D’un impérieux coup de cor, Gattaz Pierre convoqua son chef de meute Macron, dit Jupiter, qui sauta illico dans son pantalon de gueules et, droit dans ses bottes, courut fissa à son destrier de parade, entraînant à sa suite Muriel, la Diane Chasseresse titulaire actuelle du Ministère de la Chasse aux Fainéants et aux Assistés.

Déjà, dans la cour de l’Elysée éclairée aux flambeaux par les secrétaires particuliers et les stagiaires surnuméraires réveillés en sursaut, Jehan Bassère, maître-chien à la longue expérience, tenait à bout de laisse la meute hurlante de ses limiers impatients d’en découdre avec la méchante bête brouteuse de subventions publiques…

Je ne raconterai pas la longue chevauchée de l’héroïque phalange à travers le maquis législatif peuplé de zadistes sournois et de bergers rebelles à toute objurgation, aidés dans leur entreprise maléfique par des cégétistes obtus, des militants associatifs procéduriers et des opposants à toute forme de retour aux temps bénis de la chandelle de suif pour les manants et de la bougie de cire pour les personnes qui comptent dans la société…

Voilà donc notre troupe battant les fourrés dans la cambrousse, ce lieu incertain et dangereux dont le principal mérite est de fournir des sauts d’obstacle à la bonne société, et accessoirement de cadre de vie à la population ordinaire quand il y reste un bureau de poste en état de marche et une maternité pas encore fermée…

Mais voilà que les chiens donnent tous les signes d’une grande excitation : Pas de doute, ils ont senti la présence du fraudeur, du parasite, du mauvais exemple à ne pas suivre et à radier d’urgence : le Chômeur de Longue Durée !

Aussitôt, la traque s’organise : maître Bassère déboucle, et ses contrôleurs assermentés se précipitent en rugissant sur les pièces justificatives, les attestations, les décomptes, les agendas, les curriculum vitae rédigés à 160 exemplaires et expédiés en vain à des employeurs potentiels, putatifs et dubitatifs noyés sous les candidatures spontanées, eux-mêmes à la recherche éventuelle de postes de travail à créer afin de la faire fléchir un peu, cette sacrée courbe qui se hausse du col et refuse un tant soit peu de faire plaisir aux annonceurs de bonnes nouvelles anticipées, histoire de maintenir un semblant de popularité à ceux qui se risquent à prendre les manettes des affaires publiques…

A force de reniflages, de farfouillages et de recoupages, voilà que la bête tapie non loin dans un épais buisson de règlements contradictoires, se met à suer d’angoisse et émet ses effluves à portée de truffe des enquêteurs spécialement sélectionnés pour leur savoir-flaire…

Aussitôt, c’est le grand branle-bas, c’est le tumulte, c’est la chasse à cor et à cris, c’est le chômeur dix cors qui jaillit des fourrés, talonné de près par les limiers lancés à ses trousses, courant, haletant, affolé par les trompes de la renommée qui répètent à l’envi son nom et son matricule à tous les échos…

Déjà les banquiers se frottent les mains et réservent leur part de sa dépouille sous forme de frais augmentés d’agios arrosés d’interdictions diverses et de saisies conservatoires à partager fifty-fifty avec les huissiers, les loueurs de bosquets changent les serrures en prévision de son expulsion, les opérateurs téléphoniques lui coupent la chique avant qu’il n’explose son forfait…

Le voilà fait, le brigand, le gibier de potence, qui fuit à travers les friches industrielles où autrefois le travail poussait à foison, et où ne reste plus que de maigres carrés de start-up maintenues en vie au goutte-à-goutte des subventions filtrées à travers des tonnes de paperasses exsudant l’encre antipathique et la sueur bureaucratique…

En traversant le marché du travail installé sur le carreau de l’usine envolée Dieu sait où, il ne jette même pas un regard sur les stands d’annonces d’aides à domicile pour personnezagées, de vendeurs-démonstrateurs-réparateurs d’objets en panne avant d’être mis en service, de serveurs de fast-food gastronomiques, de pondeur d’appels téléphoniques en batterie ou de contrôleurs de surveillants de vigiles gardiens d’agents de sécurité, métier pourtant en pleine expansion en cette époque bénie de bienveillance de tous contre tous…

Ah, le sacripant ! Ah l’ingrat ! Au lieu de ralentir puis de s’arrêter, comme l’y enjoint la Ministre de la Chasse aux Chômeurs et aux Assistés qui s’époumone dans son cor de chasse à gyrophare, puis de fléchir le jarret afin de recevoir le coup de stylet à radiation porté par Jehan Bassère le préposé idoine, le voilà qui se met en tête de sauter la barrière des convenances et de se réfugier dans la cour de l’Agence Pôle Emploi de son village, seul service public en voie d’extension, y semant l’embarras et la confusion parmi le petit personnel qui ne sait plus à quel saint se vouer :

Prêtera-t-il main forte à son chef légitime en tenant ferme le récalcitrant par les sabots, comme le prévoit le règlement intérieur de la Maison, ou se laissera-t-il aller à son bon sens naturel, qui lui dit que le métier d’aide aux chômeurs consiste à aider les chômeurs, et pas à leur pourrir la vie sur ordre ?

Ici s’arrête mon histoire.

La suite, vous la connaissez par les journaux. Je vous renvoie à la video qui circule sur les réseaux sociaux et qui illustre cet aimable moment de convivialité dans la campagne française au début du XXI ème siècle, et qui laisse M. Hulot pantelant, à moitié étouffé par une couleuvre plus grosse que les autres….

Je soulignerai tout au plus que vous ne reconnaîtrez ni M. Gattaz, ni M. Macron, ni Mme Pénicaud, ni M. Bassère sur les images, car ils ont gardé leur masque pour faire croire qu’ils n’ont rien à voir avec ce monde faisandé et plein de morgue.

Vous ne reconnaîtrez pas non plus Feignasse Cerf (ou Serf ) qui a gardé son apparence de fier dix-cors et qui a eu la chance inouïe d’échapper au massacre d’une bande organisée grâce au courage et au sens de l’humanité d’une communauté villageoise qui sait ce que la vie en société et le respect dû aux êtres vivants veut dire.

Et aussi un peu grâce à internet que d’aucuns aimeraient bien faire rentrer dans le rang.

Bonne Année 2018, en espérant qu’elle soit un peu moins désespérante que la précédente…

Si cette histoire vous a plu, n’hésitez pas à la propager, elle ne contient pas de virus, sauf celui de l’insolence,

Ce qui ne fait pas forcément du mal en cette période de soumission généralisée,

Surtout de la part de celles et ceux dont c’est le métier de dire et proclamer que le Roi est nu,

Surtout quand il est nu…

Et ce n’est pas madame Lucet qui dira le contraire…

 

“ Bonne Année, Emmanuel ! “

Vous connaissez sans doute la fable de La Fontaine intitulée “Les Grenouilles qui demandent un roi “ ? Non  ?

Ca m’étonnerait que parmi celles et ceux qui ont voté la dernière fois, beaucoup de gens la connaissent, sinon notre bon Emmanuel ne serait pas là où il est…

Vous me direz, moi aussi j’ai fini par voter pour lui à reculons parce que la fifille à son père le Blond, non vraiment ce n’était pas possible, et rester à la maison sans donner mon avis, ce n’est pas mon genre. Alors bien fait pour ma gueule.

Et puis voilà. A force de réclamer un qui connaît la musique, un qui en a, un qui se les bouge, un qui n’a pas froid aux yeux, on a fini par l’avoir…Celui-là a un appétit de jeune homme, une vue perçante, un cerveau boosté aux nanoparticules et ne dort jamais.

Vous allez voir qu’en 5 ans, il va réussir à boucler tout ce que les autres bûches n’ont pas été foutues de faire depuis l’abdication du Général : défaire fissa ce qui avait été mis en place à la Libération et qui avait empêché de dormir des générations de patrons du patronat : la sécu, la retraite, les congés payés, tout ça, augmentés au fil des années des Comités d’Entreprise, des Comités d’Hygiène et de Sécurité, du SMIC, de la RTT, des 35 heures, toutes ces choses qui empêchent l’entrepreneur d’entreprendre le cœur léger et le portefeuille bien lesté…

Vous me direz que ça n’avait pas empêché la France de devenir la cinquième puissance mondiale et de s’y maintenir jusqu’à ces derniers mois, malgré sa population riquiqui et son niveau scolaire qui baisse depuis Charlemagne… Vous me direz que ça n’a pas empêché les millionnaires de devenir milliardaires… Mais ces manants qui prétendaient singer les habitudes de la haute société, ces foules hébétées défilant avec leur cornet de glace devant nos yachts à l’heure de l’apéritif, ou se prenant pour des stars en dévalant les pistes de leur station familiale, non vraiment ça n’était plus possible…

Et dire que pendant ce temps là l’ouvrier japonais, puis le coréen puis le chinois et maintenant l’éthiopien se défoncent 17 heures par jour en échange d’un bol de riz quotidien pour fabriquer nos sacs Vuitton et nos vêtements de marque ! Non mais je t’en foutrai, des 35 heures et des 6 semaines de congé payé ! Le mot “compétitif” n’a pas été forgé en vain, en voilà un néologisme qui vaut son pesant de lingots d’or !

Heureusement Emmanuel vint, et le pays respira ! Enfin, un Code du Travail allégé ! Enfin, un qui ose dire leur fait aux manants et aux vilains qui l’ont trop longtemps ramené et qui ont enfin compris que défiler dans la rue ne sert à rien quand le châtelain leur tient la dragée haute ! Aussitôt, les effectifs de la CGT fondent, paraît-il, comme neige au soleil, c’est ça qui va remettre du beurre dans les épinards de la ménagère monoparentale de plus ou moins 50 ans !

Enfin, un Président pas fier qui téléphone à son pote Hanouna le jour de son anniversaire ! Voilà qui doit ravir M. Finkielkraut et toute la théorie des hommes (et femmes, on l’oublie trop vite !) en vert qui frétillent d’aise depuis l’élection du jeune prodige !

Quel dommage que notre bon Jean d’O n’ait pas vécu ça ! Il nous en aurait fait devant les caméras une pirouette drolatique dont il avait le secret pour rajuster sa cravate quand son image ne collait plus tout-à-fait avec son personnage…Vous me direz que M. Hulot est en train de reprendre le rôle, mais en moins primesautier, je trouve…

Finalement, c’était une riche idée cette idée de milliardaires, d’acheter tous les médias et d’étrangler ou couler ceux qui ne se laissent pas faire !

En 20 ans, une fois débarrassés de tous les vieux briscards (sauf une ou deux  vieilles mules qui s’accrochent ), qui croyaient que leur métier consistait à parler des sujets qui fâchent les puissants et les malfaisants, le paysage médiatique est devenu un lieu paisible où il faut mettre un peu d’agacerie hanounesque pour que le bon peuple ne sombre dans une profonde léthargie entre deux matches de foot et deux funérailles nationales de vieux rockers, ce qui n’est pas bon pour la productivité et nuit à la compétitivité de nos comptes en banque bien garnis, jamais assez garnis, vous avez compris bande de salarié(e)s en Contrats à Durée Déterminée Indéterminés de projets jamais loin de la porte de Pôle Emploi ?

“Je ne suis par le Père Noël “ avait été son slogan de campagne… Pour une fois, nous avons un Président qui dit ce qu’il fait, et qui fait ce qu’il dit… Je ne sais pas si mes concitoyen(ne)s ont apprécié ce qu’ils ont trouvé dans leur sabot le matin de Noël, en matière d’augmentation de coups de bambou et de diminution de sucreries, mais je crois qu’on peut dire que notre premier magistrat tient plus du Père Fouettard que du Père Noël…

Mais puisqu’il l’avait promis, où est le problème ? Ne sommes-nous pas en démocratie, et le peuple souverain n’a-t-il pas le droit de se voter des coups de martinet, si son derrière le réclame ?

            Donc, Emmanuel, notre nouveau capitaine, non de pédalo, mais de porte-avions à turbo-réaction, il ne me reste plus, avec l’ensemble du peuple  qu’à vous souhaiter, en compagnie du Bouffon Hanouna à vous gracieusement prêté par Bolloré en guise de cadeau d’anniversaire, une Bonne Année 2018 pleine de rapines, d’évasions fiscales, de reculs sociaux et de chasses à courre le Chômeur, l’Etranger et le Militant syndicalo-associatif ringard et passéiste…

Ce vestige des trente glorieuses qui se croit autorisé à prolonger le rêve des lendemains qui chantent et qui ne trouve à s’occuper que de tentes sur les quais du Canal st Martin, de distribution de nourritures récupérées en fin de marché et de serrures forcées pout mettre à l’abri des femmes et des enfants dans des appartements gardés vides pour ne pas faire baisser les loyers, toutes activités misérabilistes et peu porteuses de plus-values pour notre portefeuille…

Tous ces sous-produits de l’humanité non comptabilisés au bilan de la start-up France, Marque Déposée et Certifiée par la Grâce de l’Académie Françoise, cette vieille dame qui a retrouvé une nouvelle jeunesse en croyant entendre Richelieu renouveler ses lettres patentes, alors que ce n’était que Finkielkraut qui bramait à la cantonade dans un cornet acoustique à l’attention  de ses camarades de fauteuil, son dépit d’avoir été éconduit d’une Assemblée Générale de Nuit debout…

Bonne Année,donc, mister Président, profitez bien de la stupéfaction des foules ébaubies par votre désinvolture de fils à maman, comme celle de  ces cantonniers qui se faisaient insulter par des fils à papa juchés dans leur topolino, juste avant qu’elle tombe en panne sèche à portée de leurs pelles vengeresses…

Les « Vitelloni », le film culte de Fellini, les « Vitelloni », les veaux élevés sous la mère, vous vous souvenez, Président ?

 

 

Etats généraux des migrations…Vite!

Quelques 500 tracts distribués rapidement devant la gare de Mulhouse ce 18 décembre, journée mondiale des migrants. 

 Symbolique, oui…mais pas que….

 Les milliers d’enfants, de femmes et d’hommes accablés.e.s par les violences, les dangers de mort sur les routes de l’exil, ne laissent plus indifférents une opinion publique recrue  de mensonges, de phantasmes, de calculs électoraux de politiciens minables, de désinformation.

 Le mépris des droits humains, la criminalisation des bénévoles, les financements de camps de tri en Libye, l’abandon de milliers de mineurs totalement isolés aux hasards et dangers de la rue, interrogent de plus en plus une opinion publique qui évolue rapidement sur ces sujets, qui comprend la réalité des drames et l’indigence des politiques publiques proposées – en France notamment.

 500 associations et collectifs nationaux voulaient d’abord affirmer ce 18 décembre que ces politiques de chasse au migrant, de violation des droits humains élémentaires ne sont pas conduites en notre nom.

 La France de l’accueil s’est mise en mouvement par ses mobilisations de citoyens solidaires et responsables, eux…

Les dispositifs les plus répressifs

 Mais ce gouvernement, celui de Monsieur Macron, prépare un projet de loi qui durcit encore les conditions d’accueil des migrants; il invente des dispositifs qu’aucun gouvernement n’avait encore osé imaginer (éloignement vers des pays de transit, refoulement pur et simple à la frontière franco – italienne, dispositif de renvoi massif de sans – papiers mais aussi de demandeurs d’asile, contrôles policiers jusque dans les centres d’hébergement sociaux ou d’abri d’urgence, redéfinition de la notion de pays sûrs, réinvention des centres d’assignation à résidence à proximité des aéroports, mobilisation de dispositions  issues du dispositif anti – terroriste pour se dispenser du contrôle judiciaire tels les contrôles au faciès, les zones de contrôles frontaliers élargies…).

 Outre que nombre de ces dispositions sont en contradiction avec des dispositions légales nationales et européennes, avec nombre de conventions internationales signées par la France, elles sont présentées par le locataire de l’Elysée comme un dispositif rationnel, équilibré humain… »efficace » en somme.

 En fait il s’agit désormais de sous – traiter la demande d’asile, ses garanties légales nationales et européennes,  ses principes fondateurs même, à des pays tiers (Turquie comme référence et Tunisie, Maroc, Algérie, Niger, Mali sans doute demain).

Le distinguo entre « demandeurs d’asile » et « migrants économiques » cher à Emmanuel Macron ne cache même plus la réalité de politique de renvoi systématique des uns comme des autres.

Le mur législatif : une terrible régression

Carine Fouteau, dans un article repris par « Mediapart » évoque à juste titre le « mur législatif » construit par le Ministre de l’Intérieur.

Le Défenseur des droits observe par ailleurs que le dispositif de renvoi touche particulièrement les étrangers malades et cite l’éloignement de personnes dont les pathologies ne peuvent pas être traitées dans leur pays d’origine; il souligne « la régression particulièrement terrible et une atteinte au droit fondamental le plus essentiel, le droit à la vie ».

Plus d’un an après la destruction de la jungle de Calais, des experts de l’O.N.U viennent de rappeler à la France la nécessité d’octroyer de l’eau potable aux migrants, de cesser la maltraitance organisée à leur encontre.

La question est désormais de savoir jusqu’où ira ce Président pour, « en même temps » expulser, interdire, oublier nombre d’engagements internationaux de la France, imposer aux pays d’origine récalcitrants, notamment africains, des réadmissions de leurs nationaux, par ce qu’il faut bien nommer un chantage aux aides financières publiques au développement et « en même temps » cacher la réalité de sa politique qui semble désormais ébranler quelques certitudes dans les rangs même de sa majorité.

En Alsace comme ailleurs le  processus national de rencontres, débats, mobilisations est désormais  lancé, avec l’ensemble des personnes impliquées aux côtés des migrant.e.s pour élaborer des propositions, une politique alternative au niveau national comme au niveau européen, les Etats généraux des migrations.

 Il faut le rejoindre…

 C.R