Petit coup de colère…

parce que cela commence à bien faire!

Depuis quelques mois, il ne se passe pas de jour sans que nous ayons des nouvelles terribles.
Ça fait au moins trente ans que la situation sociale de ce pays se détériore à bas bruit, en compagnie d’autres pays jadis prospères et sur la voie du progrès social, la dégradation des uns servant de prétexte à justifier et amplifier celle des autres…Les Jeux Olympiques de la Régression Sociale en quelque sorte…Plus Cynique, plus Crade, plus Sordide, telle est la nouvelle devise de nos Maîtres du Monde du moment…

Après des décennies de résistance, on s’est habitués peu à peu à voir les gens perdre leur emploi, puis avoir du mal à joindre les deux bouts, et maintenant à dormir dans la rue et mendier tout ce qu’autrefois ils pouvaient légitimement se procurer en échange de leur travail.

Le visage hideux de ce monde soi-disant civilisé, où comme le disait Leo Ferré prémonitoirement, on voit « les dentelles flottant au nez de la misère » ne choque plus personne, en tout cas pas les médias tenus en laisse par des milliardaires impudents, mais, plus grave, par des ministres en exercice qui, après des années de minauderies cauteleuses, se lâchent aujourd’hui et encouragent par leurs paroles ignobles la majorité des citoyens à se laisser aller à l’égoïsme et au cynisme les plus indécents, regardant de haut leurs semblables plus malheureux qu’eux et leur faisant la leçon..

Quelles que soient les contorsions de langage et les justifications pseudo- philosophico-économiques, un être humain qui n’a pas de toît, un enfant qui ne peut pas vivre son enfance, un étranger chassé de partout qui est un intrus où qu’il aille, une femme exposée à toutes les violences et brutalités, un individu que la faim et l’insécurité torturent, un salarié qui perd son travail pour satisfaire la rapacité de quelques « créateurs d’emploi », la bonne blague ! sont le signe d’une société malade, gravement malade, au point qu’elle ne se rend même plus compte de son état et passe son temps à se gargariser de grands principes pour exorciser sa lâcheté et justifier sa rapacité.

A quoi sert de déclarer la guerre aux violences faites aux femmes, sur le lieu de travail et le domicile, si tant d’entre elles sont obligées de vendre leur corps pour manger ou trouver un toît ? A quoi sert de déclarer la guerre au chômage, si l’on s’en prend à celles et ceux qui en sont les victimes ? A quoi sert de déclarer la guerre au terrorisme, si on laisse grandir toute une génération dans le mépris, le soupçon et le déni ?

Il semble que tout le monde dans ce pays ( à l’instar de bien d’autres régions prospères du monde, je le concède ), a perdu de vue que la finalité d’une civilisation est la recherche du bien public, et non la satisfaction d’intérêts privés à coups d’exonération fiscale et de morale élastique envers les fraudeurs, faisant semblant de croire que la confiscation de l’argent par quelques prédateurs n’est pas la cause première de tous ces scandales innommables, et regardent ailleurs quand on leur met le nez sur ces évidences peu ragoûtantes…

Ces grands distraits laissent détourner leur attention par une cravate qui manque, une chemise qui dépasse ou un maillot de foot non sponsorisé par le club des adorateurs de Lionel Messi pour ne pas avoir à répondre de leur non-assistace à personne en danger, comme ces voyous en garde-à vue qui soutiennent qu’ils n’étaient pas sur les lieux du crime alors qu’ils apparaîssent sur les caméras de surveillance …

Il faut que le corps social se réveille. Il faut que celles et ceux qui s’échinent jour après jour pour que cette épave de civilisation ne sombre pas tout-à-fait se rencontrent, s’unissent et mettent sur le métier un projet d’organisation sociale basé sur le partage, la fraternité et la satisfaction des besoins vitaux de toutes et tous, en commençant par les plus fragiles et les plus exposés.

Il n’est plus possible de continuer à vivre dans cet air irrespirable, de plus en plus irrespirable, à cause de quelques beaux esprits qui n’ont que la préservation de l’environnement à la bouche, mais trouvent des excuses à toutes les catastrophes, du moment qu’elles ne les touchent pas, et qui en renvoient la responsabilité à celles et ceux qui en sont victimes…

Est-ce que les mots ont encore un sens ? Est-ce que le langage articulé sert encore à décrire la réalité, ou a-t-il lui aussi été privatisé par ceux qui peuvent en détourner le sens pour priver la multitude de ce qui lui reste comme arme pour défendre son droit à l’existence dans la dignité ? Faudra-t-il une fois de plus que les bombes prennent le relai des mots pour que ces grands inconscients comprennent qu’ils ont largemenbt dépassé les limites ?

Que ceux qui trouvent que j’exagère m’expliquent que tout ça n’est pas grave, qu’on peut dormir dans la rue en France au XXIe siècle parce que personne n’y peut rien, parce que c’est comme ça, parce qu’on n’a pas d’argent pour ça, parce que si on est capables de construire des tours de 1000 mètres de haut qui résistent aux tremblements de terre, on ne sait pas comment faire pour mettre les mal logés à l’abri sans que ça énerve la classe moyenne qui a peur pour la valeur de son Sam’suffi, parce que ce n’est pas ma fonction de fonctionnaire de réfléchir à tout ça, voyez le guichet d’à côté… Et puis les classes, ça n’existe pas, tout le monde le sait…

Tout ça est furieusement moderne, enfin plutôt « post-moderne » disent ceux qui ont le souci de faire sauter les références temporelles, parce qu’à y bien réfléchir, tout ça sent furieusement le XIXème siècle, avec en plus l’âcre odeur de poussière, de rance et de moisi.. Il ne manque même pas les visites aux potentats pour leur vendre les merveilles technologiques dont ils ont besoin pour faire tenir leurs sujets tranquilles et bombarder leurs voisins, en toute humanité fraternelle, et qui aident nos industriels à amortir les frais de fabrication de ces mêmes merveilles fort utiles à faire tenir tranquilles les classes dangereuses bien de chez nous …

Retour sur investissement, le mot favori de nos marchands de canons et de nourriture frelatée…Dangereuses pour qui, d’ailleurs , ces classes qui paraît-il, n’existent pas ?

On se demande ce qu’on apprend dans ces « grandes » écoles où les plus intelligents, les plus agiles, les plus apprenants d’entre nous bénéficient de l’enseignement sponsorisé par nos impôts, de toute la culture accumulée depuis des millénaires, et sont ensuite chargés de prendre les décisions qui organisent la vie quotidienne de nous autres, gens de peu, gens de rien, juste bons à nous lever le matin pour trois poignées de cacahuètes, et à qui ont vient encore de reculer l’âge de départ à la retraite, de raboter les points d’indice, le RSA, l’APL, les allocations diverses et variées que tant d’entre nous doivent quémander faute de trouver un travail décent…

C’est à croire que nos apprenants n’ont pas appris grand chose à part bien se tenir à table et dire poliment des choses abominables comme « je ne suis pas le Père Noêl » quand les sans-boulot et sans avenir lui demandent justice et protection …

Tout ce qui concerne le bien-être du peuple est toujours trop cher, ma chère, il ne faut pas se laisser attendrir, vous savez comme ils sont roublards, ces pue-la-sueur…

Tout ça pour voir la mer sillonnée de yachts privés grands comme des paquebots croisant des barcasses de fortune où s’entasse toute la misère du monde…

Mais, un exemple au hasard, l’exploitation à bas prix de ressources minières pour le profit de grandes compagnies n’y est pour rien, qu’est ce que vous allez chercher là ? Bolchevisme attardé et populisme actualisé que tout cela, mon bon !

Et nos beaux esprits nourris de grandes idées ne voient pas le problème…

Et moins encore la solution, ils ne sont pas allés à la  Grande Ecole pour soulager la misère publique, mais pour trouver des formules cabalistiques qui multiplient les profits comme Jésus multipliait les petits pains au chocolat, il faut au moins ça pour mériter la médaille Fields !

Je ne sais pas où en sera l’Humanité dans 1000 ans, si elle ne fait pas la bêtise de se suicider à force de saloper son seul espace vital, mais je ne crois pas que notre époque laissera le souvenir d’un impérissable sommet de civilisation.
Je sais bien que ça n’arrêtera pas la rage destructrice de nos aimables élites qui se prennent pour Dieu depuis qu’ils ont inventé la bombe atomique, déchiffré l’ADN et instauré la dématérialisation des transactions financières, mais de savoir que la postérité les regardera avec horreur et incrédulité me venge, quelque part dans l’espace-temps…
A moins que les riens, les sans-dents et les fainéants, mais pas-sans-coeur et sans -cerveau, se réveillent enfin de ce cauchemar…
Mais c’est là une autre histoire, qui reste à écrire…

Dédé Barnoin

Avec ou sans le Crédit Mutuel, le journal vivra !

C’est par ces mots forts que la secrétaire du comité d’entreprise de L’Alsace, Sandrine Debenath, également déléguée syndicale de la FILPAC-CGT, a conclu la réunion lors de laquelle M. Carli, l’émissaire du Crédit Mutuel, a annoncé la décision du banquier mutualiste ( ?) de jeter 70 familles dans les affres du chômage en fermant l’imprimerie du journal à Mulhouse. Cela montre la détermination du moins des salariés du Centre d’impression de se battre jusqu’au bout pour arriver à empêcher cette hérésie économique et sociale.

Que peuvent encore attendre les salariés de L’Alsace de leur actionnaire unique : celui qui sauva le journal de la disparition en 1972, (certes avec une autre direction et une autre vision d’une banque des valeurs mutualistes) peut devenir le fossoyeur du pluralisme de la presse en Alsace. Et cela au détriment des intérêts du Centre- et du Sud-Alsace, Colmar et Mulhouse compris. Car la pluralité de la presse alsacienne répond à des différences, à des situations propres aux territoires alsaciens : les impératifs économiques, sociaux, politiques, culturels, ne sont pas les mêmes ici qu’à Strasbourg devenue une tentaculaire « Eurométropole ».

Mensonges et cynisme

Le Crédit Mutuel a trouvé son factotum : M. Philippe Carli, ancien PDG de Siemens France qui a fait ses premières armes dans la presse en restructurant à la hache le journal Le Parisien et L’Equipe. Entre autres, en vendant les imprimeries à un imprimeur délinquant fiscal. Il s’est retrouvé disponible quand la direction du groupe Amaury (patron de L’Equipe) a compris que l’individu était juste bon à sabrer dans les effectifs… et que, pour reconstruire, il fallait des gens d’une autre dimension.

M. Carli est donc un de ses mercenaires payés pour tailler dans les effectifs… et après ce funeste travail, il s’en va, ailleurs, au service de nouveaux patrons. Dans de nombreuses entreprises, les salariés ont connus ce type d’individus : pour eux, la fin justifie tous les moyens. Y compris le mensonge et le cynisme.

Ainsi, dans son plan présenté aux élus du personnel de L’Alsace mercredi dernier, il y a beaucoup de promesses : mais sans aucun chiffrage, sans aucun budget annoncé. Même la date de la mise en œuvre de ces prétendues « mesures de relance » sont floues, projetées dans plusieurs mois, voire plusieurs années.

La seule mesure concrète et chiffrée : la fermeture du Centre d’impression de Mulhouse. Et nous apprenons par une lettre d’information consacrée à la presse, La Lettre A, que M. Carli a embauché… M. Riccobono, celui qui a pratiqué l’optimisation fiscale au Luxembourg… et qui imprime dorénavant L’Equipe… M. Carli est apparemment fidèle en « amitiés »… A moins que d’autres facteurs rentrent en ligne de compte dans ce pas de deux Carli-Riccobono…

70 silhouettes rue de Thann, devant l’imprimerie de L’Alsace – Photo Brahim Bouchareb

L’impossibilité technique du plan du Crédit Mutuel

Sans entrer ici dans des détails techniques fastidieux, l’enquête menée par L’Alterpresse68 auprès d’experts en imprimerie et connaisseurs de la particularité de la presse régionale qui édite de multiples éditions (contrairement à la presse nationale, la seule que M. Carli connaisse un peu) démontre qu’il n’est pas possible d’imprimer les deux journaux alsaciens sur un seul site à Strasbourg.

Les deux journaux, DNA et L’Alsace, éditent 25 éditions chaque nuit, plus un journal bilingue. Chaque changement d’édition nécessite l’arrêt des rotatives ce qui peut coûter 1 h 30 à 2 h d’arrêt chaque nuit.

D’autre part, nos journaux alsaciens ont une particularité peu ou pas connue dans la vieille France : plus de 80% de ses lecteurs sont des abonnés qui reçoivent leur journal au plus tard à 7 h chaque matin grâce à un réseau de plusieurs milliers de porteurs. L’éloignement d’un centre d’impression fait peser des risques sur l’acheminement des journaux. Or, les abonnés ont horreur de ne pas recevoir leur journal à l’heure et les retards de distribution sont (avec la hausse des prix) la cause majeure des désabonnements.

M. Carli ose affirmer qu’il garantit la livraison en temps et en heure même dans les territoires les plus excentrés du Haut-Rhin ! Comment peut-il affirmer sérieusement une telle ineptie ! C’est totalement ignorer les aléas de transport dans une région où les conditions climatiques peuvent bouleverser la circulation d’autant plus que le Conseil départemental veut réduire, pour des raisons budgétaires, le déneigement de certaines routes… Il est vrai qu’il dit également que le Crédit Mutuel est prêt à perdre… 2.000 abonnés!

La réponse apportée par le Crédit Mutuel : avancer l’heure de bouclage de L’Alsace à 22 h 30 ! Comment des journalistes aussi expérimentés que ceux du journal  peuvent accepter cet oukase ! Car cela veut dire en clair que le journal mulhousien ne pourra plus rendre compte d’informations qui surviendraient après cette heure. Nous vous laissons imaginer combien d’événements ne pourront plus être couverts par L’Alsace… mais le seront par contre par les Dernières Nouvelles d’Alsace qui garderont leur heure de bouclage bien au-delà de 23 h !

Encore un exemple de l’impossibilité d’imprimer les deux journaux sur un seul lieu ? Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont imprimés en 4 cahiers ; L’Alsace en 2 cahiers. M. Carli affirme que cela restera ainsi. Mais ce n’est tout simplement pas compatible avec les temps d’impression nécessaire. Là aussi, nos experts nous confirment que pour passer de 2 cahiers à 4, il faut arrêter les rotatives, modifier les passages du papier… Au minimum de 30 minutes à 1 h d’arrêt de la production pour cela. Et il faudra prier pour qu’il n’y ait aucune casse du papier, car il faudrait refaire tout le processus. Et les casses du papier ne sont pas rares sur ce type de machine…

La solution pour le Crédit Mutuel : le journal unique

Nous ne faisons pas l’injure au Crédit Mutuel de méconnaître tout cela ! Mais il ne peut le reconnaître car pour pouvoir imprimer les deux journaux sur un seul centre d’impression, la seule solution est de faire des deux quotidiens un seul, au même contenu et dans un premier temps, maintenir les titres à la Une… ce qui sera la seule différence entre les deux quotidiens.

Seconde mesure : il faut imprimer l’édition bilingue pendant la journée. Ce qui équivaut à condamner ce journal, car il ne collera plus à l’information quotidienne et se privera totalement des événements relatés par le journal francophone.

Troisième mesure : réduire drastiquement le nombre d’éditions. Passer de 17 éditions (ceux des DNA) à 3 ou 4 est tout à fait envisageable. Mais cela signifie moins de place pour les informations locales et donc appauvrissement de la partie du quotidien qui fait son originalité.

Nous sommes là dans la méthode historique de la presse française : aujourd’hui nous ne comptons plus que 66 quotidiens dans l’Hexagone. Ils sont plus de 320 en Allemagne. Car en France, la concentration s’est faite par des rachats qui se sont soldés par la disparition des titres. En Allemagne, le même phénomène de concentration a conduit les éditeurs à maintenir au sein de leur groupe les différents titres en prenant en compte leur ancrage local.

Ainsi, dans le tout voisin Pays de Bade, les citoyens ont encore 11 quotidiens à leur disposition, avec des imprimeries performantes qui impriment à tout va… Mais le Crédit Mutuel ne regarde plus depuis longtemps vers le pays qui a vu naître Raiffeisen, celui qui a inventé le mutualisme bancaire… Et voilà comment la région Alsace va connaître à brève échéance, l’uniformité éditoriale avec 1 seul journal : ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de notre région. Même sous l’annexion nazie, trois journaux avaient été conservés…

Le Centre- et le Sud-Alsace perdront leur quotidien

Dans la série « mensonges et cynisme », M. Carli affirme, sans ciller, que l’indépendance des deux journaux sera maintenue, voire développée. Pourquoi doit-il affirmer cela actuellement contre toute logique et contre la réalité qui est déjà en marche : par exemple, il est manifeste que la rédaction régionale est à présent celle des DNA et non pas celle de L’Alsace.

Il doit délivrer ce mensonge car la disparition de L’Alsace jette un trouble auprès des élus et de la population du Centre- et Sud-Alsace. Nous l’avons vérifié lors de réunion publiques tenues à Mulhouse, Colmar et Thann pour informer sur les véritables intentions du Crédit Mutuel.

Lors de ces réunions, de nombreuses interventions d’élus locaux, font part de leur insatisfaction qui n’est pas récente : ils constatent, en effet, depuis des mois, qu’il y a de plus en plus d’articles communs aux deux journaux tant dans les pages régionales que locales.

En effet, les élus locaux sont bien plus sensibles à l’information locale et régionale qui rend compte de leur action et leur permet de mesurer son impact. La plupart du temps abonnés aux deux quotidiens, ils sont les mieux placés pour mesurer la dégradation du contenu du quotidien haut-rhinois au profit de celui des DNA.

La plupart des maires restent attachés à l’information locale et à sa diversité. On pourrait croire qu’à l’heure d’Internet, les sites des municipalités ou les blogs des élus pourraient suffire pour rendre compte de leurs actions. Mais eux-mêmes insistent sur le rôle du journaliste ou du correspondant, décryptant l’information par exemple d’un conseil municipal, rôle particulièrement apprécié pour mesurer l’impact d’une politique dans une ville ou un village.

Des élus ont fait part du constat que la disparition d’un correspondant local de L’Alsace, a eu un effet négatif sur l’information. La concurrence entre les deux journaux quotidiens enrichissait les contenus et la rapidité de la parution des informations. Aujourd’hui où il n’y a plus que le correspondant des DNA sur place, les informations paraissent au compte-gouttes et avec des délais de plus en plus longs.

Ces élus estiment que le pluralisme est aussi un atout dans l’information locale. Non pour faire la publicité à une « Dorfpolitik » mais pour faire vivre la démocratie au plus près des citoyens par des informations qui touchent à leur vécu immédiat.

La Centre- et Haute-Alsace ont besoin d’un quotidien

Les élus de toutes tendances sont formels : il n’y a aucune « guerre » entre Haut-Rhin et Bas-Rhin ou de contestation sur la place et le rôle de Strasbourg dans la région. Mais ils sont tout aussi formels en faisant part des différences parfois profondes existant au sein même des territoires alsaciens. La proximité économique, sociale, culturelle, de la Centre- et Haute-Alsace avec le sud du Pays de Bade (Fribourg) et la Suisse (Bâle et le Jura avec Porrentruy et Delémont), mais aussi avec la Franche-Comté, pèse sur les choix et orientations politiques.

C’est ce qu’ont affirmé clairement, MM. Rottner, président de la Région Grand Est, Mme Lutz, maire de Mulhouse, M. Fabian Jordan, président de M2A, dans un courrier adressé à M. Théry, le président du Crédit mutuel. Nous citons :

« Vous nous avez assurés que que le pluralisme et l’identité des titres seraient préservés. Il s’agit pour nous  de deux éléments indispensables notamment pour L’Alsace, titre qui s’écrit et se lit essentiellement dans le sud du Haut-Rhin. Nous nous permettons d’insister sur ce point. »

La réaction de M. Carli à cette lettre lors de la funeste réunion démontre son mépris pour la parole des élus car il laissa entendre que ce courrier était destiné à faire plaisir aux salariés. De l’opportunisme politique donc ! Ce n’est pourtant pas ce que ces élus ont confiés aux membres du comité d’entreprise qui les avaient sollicités.

Faut-il plus pour démontrer que les affirmations et les promesses de M. Carli sont uniquement de la gestion de sa communication. Il faut rassurer les journalistes, les autres salariés de l’entreprise et les élus… pour avoir les mains libres pour liquider l’outil de travail et marginaliser ceux qui se battent pour le maintenir.

Autre exemple du cynisme du personnage : à la sortie de la salle de réunion, il eut cette sublime phrase adressée à des salariés qui l’interpellaient : à l’un d’entre eux, le visage remplis de larmes qui lui expliquait sa détresse et celle de sa famille s’il perdait son emploi, il rétorqua, un peu la mine basse quand même : « Je dois rester froid »… Effectivement, pour faire ce sale boulot, il faut être insensible à ce qui est humain, à oublier le malheur qui couve derrière chaque détresse sociale, il faut être un peu inhumain…

Sauver le journal à tout prix…

Ceux qui ne veulent pas être les dupes du discours dont l’ambivalence est facilement démontable pour qui ne veut pas avoir des œillères, ont le sentiment qu’il n’y a plus rien à attendre du Crédit Mutuel. Pourquoi faut-il conserver un actionnaire qui va tuer votre entreprise alors que des solutions de développement sont possibles comme nous le prouverons dans un article reprenant le plan alternatif proposé par la FILPAC-CGT et ses experts.

Si le Crédit Mutuel considère que le journal L’Alsace ne rentre plus dans ses plans et qu’il faut le faire disparaître (mort lente certes, mais mort tout de même !), pourquoi ne pas le céder à un éventuel repreneur? Selon nos informations, des propositions ont été faites dans ce sens à M. Théry qui les a rejetées car elles n’étaient pas financièrement suffisamment élevées.

Les salariés du Centre d’impression ne baissent pas les bras malgré la volonté de la direction et ses affidés, de faire apparaître la décision comme irrévocable. Rien n’est jamais irrévocable pour les gens qui se battent, disent les travailleurs. Et avertissent gentiment les autres salariés : après notre disparition, c’est vous qui serez sur la sellette.

Et de conclure : « Avec ou sans le Crédit Mutuel, L’Alsace vivra… ».

Michel Muller

Ari Shavit : la terrible confession…

A l’heure où la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël fait peser sur le monde entier un nouveau risque majeur de graves, très graves, conflits, il n’est pas inutile de rappeler qu’en Israël aussi, des citoyens s’engagent pour éviter cette escalade et militent pour la création d’un vrai Etat palestinien. Nous souhaitons également que leurs voix soit entendues.
L’Alterpresse68

Ari Shavit est un journaliste israélien. Il travaille pour le quotidien Haaretz. Son livre, « Ma terre promise » a obtenu de nombreux prix aux Etats-Unis. Sur la 4e de couverture, l’éditeur présente ainsi l’auteur : « Partisan de la paix et de la création d’un état palestinien, Ari Shavit nous offre, à travers l’histoire de sa famille et des principales étapes de la création d’Israël jusqu’à nos jours, le plus passionnant et contrasté des voyages (…) Son histoire met en évidence la complexité et les contradictions de la condition israélienne. L’évocation d’un pays vibrant d’énergie qui a vécu et vit toujours au bord du gouffre »

Nous publions ici, des extraits du Chapitre 9 de « My Promised Land », intitulé « Gaza Beach 1991 ».

« Vingt ans après que l’Occupation ait débuté et 12 ans après que Ofra fût fondé, la première Intifada éclata. En décembre 1987, les Palestiniens résidant en Cisjordanie et ceux de la bande de Gaza se révoltèrent contre la règle militaire israélienne en vigueur.

Des dizaines de milliers descendirent dans les rues. Villes, villages et camps de réfugiés ne furent que protestation. Un soulèvement palestinien sans précédent défia Israël et mit quasiment en cause son règne sur les Territoires occupés. Mais après le choc initial, Israël riposta. Il mobilisa son armée et l’entraîna pour en faire une force de police effective. Il lâcha le Shin Bet, son efficace service secret sur les masses désarmées qui s’étaient dressées contre lui.

En peu de mois, la force militaire israélienne construisit plusieurs camps de détention dans lesquels de milliers de Palestiniens furent enfermés après avoir été jugés par les tribunaux militaires. En peu d’années, l’insurrection Intifada déclina. L’usage systématique et déterminé de la force oppressive fonctionna. La campagne Palestinienne perdit de sa force propulsive. C’en fut fini des manifestations de masse. C’en fut fini de l’idée que le soulèvement populaire forcerait Israël à en finir avec l’Occupation. Des milliers de civils Palestiniens croupissaient dans les camps de détention. De bien des façons, cet emprisonnement de masse souilla l’identité démocratique d’Israël.

En mars 1991, j’étais un jeune journaliste attendant de devenir père. Quand je dus me signaler à une base militaire proche de Lydda pour mon activité obligatoire de réserve annuelle, je n’avais pas idée de ce que cela signifierait. On me dit que je devrais servir comme geôlier dans un camp de détention de Gaza.

Un endroit idyllique

L’endroit est idyllique, à quelques pas de la plage de sable blanc du bord de la Méditerranée. A 6 h du matin, quand sortent les bateaux de pêche, je me sens en Crète dans les années 50. Tout ce qui est à l’Ouest de moi capture mon cœur : ciel bleu, vagues bleu-vert, pêcheurs pleins d’espoir .Mais la brise fraîche qui souffle dans mon mirador souffle de l’Est dans les clôtures de fil de fer barbelés et sur les sombres tentes militaires. Elle soulève l’âme des Palestiniens emprisonnés et celle des Juifs qui les emprisonnent.

(…) Un jour, quand sera établie la Libre Palestine, son gouvernement louera sûrement ce morceau de terre à un entrepreneur international qui y implantera le Club Med de Gaza Beach.

Un jour, quand il y aura la paix, les Israéliens y viendront pour une courte période de vacances « à l’étranger ». Près de ces eaux bleu-verts, ils boiront du vin blanc et danseront la samba ; sur le chemin du retour ils achèteront les habits noirs palestiniens brodés dans la boutique « duty free » à air conditionné du terminal international qui sépare Israël prospère de la Palestine pacifique.

Mais pour le moment, il n’y a pas ici de Palestine libre et pas de paix. C’est pourquoi nous devons préparer la distribution du matin. Une longue file de prisonniers en uniforme bleu sont conduits à travers les boucles des clôtures de barbelés. Et ceux qui les aiguillonnent avec des tonnes de fusils M-16 sont mes potes. Ils ordonnent aux prisonniers d’arrêter, d’avancer, d’arrêter. Et pendant que la bise fraîche souffle de la mer, ils exigent des prisonniers de tenir leurs mains devant eux. Un jeune soldat va de l’un à l’autre et leur passe durement les menottes.

Le CAMP D’INTERNEMENT DE GAZA BEACH

C’est l’un des multiples camps de ce type construits à la hâte après le soulèvement Palestinien en décembre 1987. Plus d’un millier de Palestiniens sont emprisonnés ici. La plupart ne sont pas des terroristes mais des manifestants et des jeteurs de pierres. Beaucoup sont des ados. Parmi eux ici et là certains sont petits et semblent être des gamins.

Le camp dispose de deux salles d’interrogatoire et 4 compartiments. Dans chaque compartiment une douzaine de vieilles tentes militaires brunes ; dans chaque tente de vingt à trente prisonniers; dans le passé chacune des tentes en comprenait 50 ou 60 mais les conditions se sont améliorées et elles sont maintenant considérées raisonnables.

Chaque compartiment est entouré d’une clôture conventionnelle au-dessus de laquelle il y a des barbelés ; hors de cette clôture un étroit chemin pour les gardiens. Ensuite vient une clôture extérieure – une sorte de mur improvisé fait de barils métalliques remplis de ciment. Comme les geôliers vont et viennent entre ces clôtures il me vient à l’esprit qu’il n’est pas clair pour moi qui est emprisonné et qui est gardien. Le camp dans son ensemble me frappe comme une grande métaphore de ce qu’est l’emprisonnement. Israéliens et Palestiniens sont clôturés ensemble ici.

L’ensemble possède une douzaine de miradors. Certains soldats juifs sont frappés de la similitude entre ces miradors et d’autres de ces objets dont ils ont entendu parler à l’école. Mais le choc n’est qu’émotionnel. Les miradors construits en Europe dans les années 40 étaient faits de solide bois germanique ou polonais, alors que les tours de guet de l’ensemble de Gaza Beach ne sont faites que de métal israélien léger produit en Galilée. Les tours sont équipées de projecteurs qui sont rarement utilisés. En fait le camp est baigné toute la nuit par une lumière jaune extraforte qui vient de centaines de lampadaires puissants. Quand le système électrique n’est pas fermé, comme exigé, à chaque tombée du jour, les lampes et les faisceaux illuminent la lumière du jour.

(…) Une puanteur diabolique flotte dans l’air que la brise méditerranéenne ne peut pas dégager. Bien qu’injuste et infondée, l’analogie traumatisante est partout. Ici elle n’est pas suggérée par la propagande anti-israélienne mais dans le langage que les soldats utilisent comme une façon de parler.

Lorsque A. va prendre son tour de garde au quartier des interrogatoires il dit « Je pars pour l’Inquisition ». Lorsque R. voit une ligne de prisonniers approchant sous les tonnes de M-16 de ses potes, il dit avec une intensité tranquille : « Regardes, l’ « Aktion » a commencé. ». Et même N. qui charrie des idées d’extrême droite grogne auprès de quiconque l’écoute que la place ressemble à un camp de concentration. M. explique avec un sourire fin qu’il a accumulé tellement de temps comme réserviste pendant l’intifada qu’ils vont bientôt le promouvoir comme officier supérieur de la Gestapo.

Et moi aussi, qui aie abhorré l’analogie, qui ait durement polémiqué avec quiconque l’a pointée du doigt, je ne peux pas m’en empêcher. Les associations sont trop fortes. Elles envahissent lorsque je vois un homme de la Prison N° 1 appeler à travers le grillage un homme de la Prison N° 2 pour lui montrer sa fille en photo. Elles envahissent lorsqu’un jeune homme qui vient juste d’être arrêté attend mes ordres dans un mélange de soumission, de panique et de fierté tranquille. Elles envahissent lorsque je me regarde dans une glace, choqué de me voir ici comme geôlier dans cette horrible prison. Et quand je vois des milliers d’hommes, quelque chose comme ça, autour de moi, enfermés dans des prisons, en cage.

Comme un croyant dont la foi vacille je parcours la longue liste de contre arguments, toutes les différences bien connues. Le plus évident est qu’ici il n’y a pas de crématoires. Et en Europe des années 30 il n’y avait pas en Europe de conflit existentiel entre deux peuples. L’Allemagne et sa doctrine raciste étaient l’organisation de l’enfer. Les Allemands n’étaient sous la menace d’aucun danger réel de toute façon.
Mais je réalise alors que le problème n’est pas dans la similitude – personne ne peut penser sérieusement à une réelle similitude.

LE PROBLEME EST QU’IL N’EXISTE PAS ASSEZ DE MANQUE DE SIMILITUDE

Le manque de similitude n’est pas assez fort pour faire taire une fois pour toutes les échos diaboliques.

Peut-être le Shin Bet doit-il en être blâmé. Chaque nuit après avoir réussi à briser quelques jeunes dans la salle d’interrogatoire, les Services Secrets Israéliens livrent aux paras Israéliens qui contrôlent la ville de Gaza, une liste des amis proches de ces jeunes brisés. Et quiconque comme moi, debout près du portail peut voir la jeep des paras quitter le camp de détention après minuit et se rendre dans la ville occupée et dont les lumières sont éteintes à cause du couvre-feu pour arrêter ceux qui sont présumés mettre en danger la sécurité de l’état.

Je serai debout près du portail lorsque les paras reviennent dans leurs véhicules militaires avec des gamins de 15 ou 16 ans qui claquent des dents, leurs yeux sortant de leurs chaussettes. Dans quelques cas ils ont déjà été battus. Les soldats sont rassemblés pour les voir se déshabiller, les voir trembler sous leur sous vêtement. Comme ils tremblent de peur, même S. qui possède une usine de plastiques dans les Territoires occupés n’en croit pas ses yeux « Comment en sommes-nous arrivés là ? » demande-t-il ; «Comment en sommes-nous arrivés à pourchasser ces gosses ?

Ou alors c’est le médecin qu’on doit blâmer pour l’analogie qui me hante ; ce n’est pas un Mengele évidemment mais si je le réveille au profond de la nuit pour s’occuper d’un détenu juste arrivé – pieds nus, meurtri , avec un regard d’épileptique – le docteur lui hurle dessus .Et bien que le détenu ait à peine 17 ans et se plaigne d’avoir été rossé dans le dos , sur son estomac et sur son cœur , et bien qu’en effet il y ait des marques rouges horribles sur tout son corps , le docteur lui hurle : «J’aimerais que tu sois mort » Ensuite , il se tourne vers moi et dit en riant : « J’aimerais qu’ils soient tous morts » .

(…).De ce que j’ai lu des rapports variés relatifs aux droits de l’homme, je sais ce qui pourrait se passer derrière la clôture. Utilisent-ils la méthode de la banane ou des formes de torture encore plus brutales ? Ou appliquent-ils seulement le vieux et rustique passage à tabac ?

Quelle que soit la méthode, je sais qu’à partir de ce moment, je ne connaitrais pas de repos. Parce qu’à cinquante pas des douches où je tente d’éliminer la poussière et la sueur de la journée, des gens hurlent. A quatre-vingts pas du mess où j’essaie de manger, des gens hurlent. A cent pas de mon lit où je tente de dormir, des gens hurlent. Et ils hurlent parce que des gens qui portent le même uniforme que moi les font hurler. Ils hurlent parce que mon état Juif les fait hurler. De façon méthodique, ordonnée, et absolument légale, mon Israël aimé et démocratique les fait hurler.

Arrête ce sentimentalisme, me dis-je. Ne tire aucune conclusion. Est-ce que ce n’est pas le lot de toutes les nations au monde d’avoir ses caves sombres ? Toutes les nations n’ont-elles pas leurs services secrets, leurs unités spéciales et leurs bâtiments d’interrogatoire dissimulés aux yeux du public ? C’est juste ma malchance d’avoir été envoyé à l’endroit exact où je peux entendre tous ces sons. Mais alors que les hurlements deviennent plus intenses, je sais qu’il n’y a pas un atome de vérité dans ce que je viens de me raconter.

Parce que dans ce bâtiment d’interrogatoire, ils n’interrogent ni de dangereux espions ni des traîtres ni des terroristes. Il n’y a pas ici de bombes amorcées. Et dans les complexes d’emprisonnement qu’Israël a érigés dans les années récentes, des milliers et des milliers sont détenus. Beaucoup sont torturés. Dans notre cas la question n’est pas celle d’une douzaine d’agents ennemis mortels et la question n’est pas celle d’une opération limitée et précise de contre-espionnage. Ce qui se passe ici est l’écrasement d’un soulèvement populaire, l’occupation par la force d’une autre nation.

(…) C’est un phénomène sans aucun parallèle à l’Ouest. C’est une brutalité systémique qu’aucune démocratie ne peut tolérer. Et j’en fais partie. Je m’exécute.

Maintenant les hurlements s’atténuent ; ils se transforment en sanglots, en plaintes. Mais dès ce moment je sais que rien ne sera plus comme avant. Un être humain qui a entendu hurler un autre être humain est un être humain transformé .Et j’ai entendu les hurlements de quelqu’un.  Je continue de les entendre .Même lorsque ceux qui hurlent s’arrêtent de hurler, je continue d’entendre leurs hurlements .Je ne peux pas arrêter d’entendre leurs hurlements.